Dos au mur, Emmanuel Macron va devoir faire ce qu’il exige des autres
ÉDITORIAL. Le président français demande depuis plusieurs mois à ses alliés et opposants de renoncer à des points centraux de leur programme pour faire avancer un compromis. C’est son tourOn y est. Après deux semaines d’attente et de débats provoqués par l’annonce du vote de confiance suicide auquel François Bayrou a décidé de se soumettre ce lundi, la France se retrouve sans premier ministre et donc sans gouvernement. Emmanuel Macron doit trouver rapidement un casting pour sortir de l’impasse et rassurer l’économie ainsi que la population.Depuis que le premier ministre démissionnaire a pris la décision de mettre son poste en jeu, il a effectivement rouvert toutes les questions, tous les problèmes qui n’avaient pas été résolus par sa nomination. Sur la spirale déficitaire française et les solutions afin d’en sortir, mais aussi (voire surtout) sur l’impasse politique qu’implique une Assemblée Nationale explosée, sans piste de majorité possible.
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Le président de la République va donc devoir trouver une solution dans les jours qui viennent. Sinon son pays plongera dans un nouveau cercle de crise économique, plus profond et plus grave, un cercle dont le président lui-même ne pourra plus sortir et qui pourrait lui coûter son poste. La censure d’un nouveau premier ministre à l'approche de la date butoir du budget et/ou une nouvelle dissolution débouchant sur un parlement sans majorité prouveront en effet sans débat possible que la solution ne peut se trouver qu’à l’étage supérieur, celui de la présidence.S’il veut s’en sortir par le haut, Emmanuel Macron ne peut plus faire semblant d’écouter ce que ses concitoyens ont exprimé lors des législatives anticipées qu’il a provoquées l’année passée. Ils ont clairement dit qu'ils ne voulaient plus de sa vision. Le chef de l’Etat français ne peut plus continuer à mener la politique qu’il estime la meilleure, celle de l’offre et des gestes en direction des entrepreneurs et des grandes fortunes. Il va devoir passer la main d’une manière ou d’une autre. Et surtout tolérer qu’un premier ministre fasse des concessions assez grandes pour qu’elles remettent en cause son logiciel, comme celle de taxer les grandes fortunes exigée par le Parti socialiste, seul parti en position de sauver la peau du président. Et encore… seulement si cela se fait sans aliéner la droite traditionnelle des Républicains.
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Emmanuel Macron est donc dos au mur. Et c’est là que l’on verra s’il est capable de faire ce qu’il exige des autres depuis plus d’un an: renoncer à des points centraux de son programme pour faire avancer un compromis avec des forces opposées. Ce n’est qu’ensemble que ces partis centraux pourront sortir la France de son ornière.
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