Le paradoxe d’une vie sans occupation, sans objectif, sans adversité ni conflit est que la vie cesse d’avoir un but. L’individu meurt en esprit. La société s’effondre.
Ce qui fut découvert et illustré par l’étude de Calhoun:
Le paradis des souris
Dans les années 60, John B Calhoun a enfermé quatre paires de souris dans un enclos métallique de 9 x 4,5 pieds, complet avec des distributeurs d’eau, des tunnels, des bacs à nourriture et des nichoirs. Il leur fournissait toute la nourriture et l’eau dont elles avaient besoin à chaque instant et veillait à leur confort total et à ce qu’aucun prédateur ne puisse y accéder. C’était une utopie pour souris.
Au début, les souris se sont bien développées, explorant l’environnement, développant une hiérarchie sociale et des normes comportementales, construisant des nids. Leur nombre doublait tous les 55 jours. Mais au bout de 600 jours, avec pourtant suffisamment d’espace pour accueillir jusqu’à 1 600 autres rongeurs (donc doubler le nombre d’individus), la population atteignit un pic de 2 200 individus et commença à décliner de façon exponentielle – jusqu’à l’extinction de toute la colonie – en dépit du fait que leurs besoins matériels étaient satisfaits sans qu’aucun effort ne soit requis de la part d’aucune souris.
Le tournant dans cette utopie de souris, a observé Calhoun, s’est produit le 315e jour, lorsque les premiers signes sont apparus d’une rupture des normes et de la structure sociales. Les anomalies comportementales se sont multipliées : les femelles abandonnaient leurs petits et devenaient agressives, les mâles ne défendaient plus leur territoire et les deux sexes devenaient plus conflictuels. Les comportements déviants, sexuels et sociaux, augmentèrent de jour en jour. Les mille dernières souris à naître avaient tendance à éviter les activités stressantes et à concentrer de plus en plus leur attention sur elles-mêmes.
Ces jeunes souris qui grandissaient jusqu’à l’âge adulte dans l’abondance, le confort et l’oisiveté présentaient un type de comportement encore différent des autres. Le Dr Calhoun a appelé ces individus « les beaux ». Leur temps était uniquement consacré à se toiletter, à manger et à dormir. Ils ne se mêlaient jamais aux autres, n’avaient pas de relations sexuelles et ne se battaient pas. Tous apparaissaient comme une parfaite représentation anatomique de l’espèce avec des yeux vifs et alertes et un corps sain. Ces souris, cependant, ne pouvaient pas affronter et surmonter des stimuli inhabituels. Bien qu’elles aient l’air curieuses, elles étaient en fait très stupides. Elles évitaient systématiquement toute activité stressante, tout compétition. Aucune capacité à être agressives, donc à se défendre et défendre leurs nids. Évitement des relations sexuelles (arrêt de la reproduction). Manque total de compétences sociales.
En raison de l’abondance d’eau et de nourriture fournie par l’extérieur, combinée à l’absence de menace d’un quelconque prédateur, les souris n’ont jamais eu à acquérir des ressources par elles-mêmes. Les souriceaux n’ont jamais observé pratiquer de telles actions par leurs aînés, et ne les ont jamais apprises. Les compétences de vie nécessaires à la survie se sont éteintes. Comme le note Kubań,
« L’utopie (quand on a tout, à tout moment, sans aucune dépense) incite au déclin de la responsabilité, de l’efficacité et de la conscience de la dépendance sociale et finalement, comme l’a montré l’étude du Dr Calhoun, conduit à l’auto-extinction. »