# 👮 Berlin : la police peut pénétrer secrètement dans les domiciles pour installer des chevaux de Troie gouvernementaux

Pour collecter des données à partir de systèmes informatiques, les enquêteurs berlinois peuvent fouiller secrètement les chambres des suspects. Cette mesure figure dans un amendement à la loi sur la police.

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(Image : Trismegist san/Shutterstock)

Avec la majorité de la coalition CDU-SPD et les voix de l'opposition AfD, la Chambre des députés de Berlin a adopté jeudi une modification complète de la loi sur la sécurité générale et l'ordre public (ASOG). Cette réforme accorde à la police des pouvoirs qui empiètent fortement sur les droits fondamentaux et dépassent les limites précédentes de la politique de sécurité de la capitale. Alors que la sénatrice de l'Intérieur Iris Spranger (SPD) défend cette loi comme une mise à jour nécessaire à l'ère numérique et dans la lutte contre le terrorisme, ses détracteurs y voient une atteinte disproportionnée à la vie privée.

### La loi prévoit un resserrement massif

La combinaison de la surveillance numérique et de l'intrusion physique est un sujet controversé : afin de surveiller les communications cryptées, les enquêteurs seront désormais autorisés, selon le [projet du Sénat](https://www.parlament-berlin.de/ados/19/IIIPlen/vorgang/d19-2553.pdf) et les [Änderungen der Abgeordneten](https://www.parlament-berlin.de/ados/19/IIIPlen//vorgang/d19-2786.pdf), non seulement à pirater les systèmes informatiques, mais aussi à pénétrer secrètement dans les appartements des suspects. Cette innovation explosive se cache dans les paragraphes 26a et 26b. Ceux-ci réglementent ce qu'on appelle la surveillance des sources de télécommunications (Quellen-TKÜ) et les perquisitions secrètes en ligne. Afin d'intercepter les communications sur des appareils tels que les smartphones ou les ordinateurs portables avant ou après leur décryptage, la police peut utiliser des logiciels malveillants tels que des chevaux de Troie d'État.

Mais la nouvelle loi sur la police va encore plus loin : si l'installation à distance du logiciel espion n'est techniquement pas possible, le paragraphe 26 autorise explicitement les enquêteurs à « pénétrer secrètement dans des locaux et à les fouiller » afin d'accéder aux systèmes informatiques. En fait, Berlin légalise ainsi – [comme l'avait fait auparavant le Mecklembourg-Poméranie occidentale](https://www.heise.de/news/Mecklenburg-Vorpommern-Durchsuchungsrechte-fuer-Polizei-deutlich-ausgeweitet-4681989.html?from-en=1) – l'intrusion de l'État dans des appartements privés afin d'y installer physiquement des chevaux de Troie, par exemple via une clé USB. Les experts en sécurité informatique ne se contentent pas de mettre en garde [contre le fait de laisser des vulnérabilités ouvertes](https://www.heise.de/news/Staatstrojaner-Urteil-Die-IT-Sicherheit-bleibt-die-offene-Flanke-10513616.html?from-en=1). Ils voient également une violation de la Constitution dans la combinaison de la violation de l'espace résidentiel et de l'enquête numérique.

### Caméras corporelles, fouilles de téléphones portables et lecture des plaques d'immatriculation

Cette atteinte à l'inviolabilité du domicile s'accompagne du paragraphe 24c, qui réglemente désormais l'utilisation des caméras corporelles. Alors que leur utilisation était auparavant limitée aux espaces publics, les forces de police sont désormais autorisées à activer les caméras dans les domiciles privés et autres lieux non publics s'il existe des indications concrètes d'un danger pour la vie ou l'intégrité physique. Bien que le législateur mette l'accent sur l'aspect de l'autoprotection, les opposants craignent que cela ne conduise dans la pratique à une surveillance audiovisuelle dans le refuge le plus intime des citoyens.

Berlin procède également à une mise à niveau technique dans les espaces publics. Avec le paragraphe 26e, la requête relative aux antennes-relais est élargie. À l'avenir, la police pourra demander aux opérateurs de réseau les données de trafic de tous les téléphones mobiles qui se trouvaient dans une zone couverte par une antenne-relais donnée à un moment précis. Cela permettra de créer des profils de déplacement de milliers de citoyens innocents, qui se trouvaient peut-être par hasard sur le lieu d'une manifestation, grâce à des recherches par quadrillage.

Parallèlement, le paragraphe 24d crée la base juridique pour l'utilisation de systèmes automatiques de reconnaissance des plaques d'immatriculation. Ces scanners capturent les plaques d'immatriculation dans le trafic routier et les comparent avec des bases de données de véhicules recherchés. Le paragraphe 24h autorise également l'utilisation de moyens techniques contre les systèmes sans pilote tels que les drones, y compris la prise de contrôle.

### Reconnaissance faciale et apprentissage automatique

Un autre aspect critiqué par les experts est l'introduction du paragraphe 28a. Celui-ci autorise la police à effectuer des comparaisons biométriques de visages et de voix à partir de données accessibles au public sur Internet. La police peut ainsi effectuer des recherches automatisées sur les réseaux sociaux ou les plateformes de photos, par exemple à l'aide de la reconnaissance faciale automatisée, en utilisant des images issues de la vidéosurveillance pour identifier des individus.

En outre, le nouveau paragraphe 42d autorise le traitement ultérieur des données à caractère personnel à des fins de « formation et de test des systèmes d'intelligence artificielle ». Ainsi, les représentants du peuple créent une base juridique pour l'utilisation de données policières réelles – telles que des images, des vidéos ou des messages texte issus d'enquêtes – pour la formation d'algorithmes d'IA. Les défenseurs de la protection des données critiquent vivement cette mesure, car les modèles d'IA permettent souvent de tirer des conclusions sur les données d'entraînement, et la limitation de la finalité des données initialement collectées est ici considérablement étendue.

Les possibilités de privation de liberté sont également en augmentation. Avec la révision du paragraphe 33, la durée maximale de la détention préventive est prolongée de 48 heures à cinq jours. En cas de menaces terroristes imminentes, elle peut même être prolongée jusqu'à sept jours. Sur le plan politique, ce durcissement a été discuté notamment dans le contexte des actions menées par le groupe « Last Generation ».

### Protestations de toutes parts

L'opposition a réagi par un rejet catégorique. Elle accuse Schwarz-Rot de sacrifier sans scrupules les droits fondamentaux. Niklas Schrader (Die Linke) a parlé d'un « jour noir pour les libertés civiles » lors du débat. Vasili Franco (Verts) considère que cet amendement est très risqué sur le plan constitutionnel. L'Alliance NoASOG considère cette réforme comme une atteinte à la société civile. La Société pour les droits civils (GFF) a annoncé qu'elle examinerait la possibilité d'un recours constitutionnel.

Avec cette décision, Berlin rejoint les rangs des États fédéraux qui ont considérablement renforcé leurs lois policières. Cependant, la combinaison des nouveaux instruments rend le paquet berlinois particulièrement ambitieux. Le législateur a ainsi considérablement abaissé les obstacles à l'accès de l'État à la vie privée numérique et physique. La responsable de la protection des données à Berlin, Meike Kamp, a qualifié la légalisation du cheval de Troie d'État d'attaque frontale contre la sécurité informatique de tous les citoyens. Elle a estimé que l'ensemble des mesures aboutissait à une densité de surveillance hautement contestable sur le plan constitutionnel.

[Source](https://www.heise.de/en/news/Berlin-Police-can-secretly-enter-homes-for-state-trojan-installation-11103284.html)

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