L’Inde rêve des Jeux olympiques mais doit d’abord régler son problème avec le dopage, selon le CIO
Si le pays le plus peuplé du monde brille peu dans les grandes compétitions sportives internationales, ses athlètes tombent souvent dans les filets de la lutte antidopage. Une question de culture: en Inde, une médaille rapporte souvent un emploi gouvernementalC’est l’un de ses rares champions olympiques, l’athlète Neeraj Chopra, qui le dit: «le dopage est un gros problème en Inde». Alors, candidat à l’organisation des Jeux olympiques de 2036, le pays le plus peuplé de la planète s’emploie à redorer son blason en la matière. La rencontre a eu lieu à huis clos, mais les échos de la visite cet été à Lausanne d’une délégation indienne au siège du Comité international olympique (CIO) qui ont filtré dans la presse ont fait du bruit.Non contents de rappeler aux Indiens les faillites de leur gouvernance et les faibles performances de leurs athlètes, le CIO leur a conseillé de muscler leur arsenal contre le dopage s’ils veulent pouvoir organiser des Jeux à Ahmedabad, dans l’ouest du pays. «Le CIO veut s’assurer que le pays auquel il va attribuer les Jeux dispose d’une politique antidopage et d’une gouvernance solides», reconnaît Michael Payne, son ex-directeur du marketing, avant de s’empresser d’ajouter, songeant aux précédents russes et chinois: «Mais si vous regardez le passé, beaucoup d’hôtes avaient un bilan «compliqué» en matière de dopage et ça ne les a pas empêchés d’organiser les Jeux».
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«La question principale reste la confiance dans la capacité du pays à organiser des Jeux en temps et en heure et, là-dessus, l’Inde a du travail, développe Michael Payne. Le souvenir de la débâcle des Jeux du Commonwealth est resté vif». En 2010, cette compétition organisée à New Delhi a connu son lot de retards et de ratés dans la construction des infrastructures, de soupçons de mauvaise gestion ou de franche corruption.
Une médaille pour une rente à vie
Néanmoins, l’Inde a pris cet avertissement des instances olympiques en matière de dopage très au sérieux. Le ministre des Sports Mansukh Mandaviya a aussitôt mis sur pied une commission spéciale chargée de faire reculer ces pratiques. Plus qu’à la fraude de quelques tricheurs, c’est à un système que les autorités vont devoir s’attaquer, dans un pays où la récompense du succès sportif va bien au-delà de la gloire et encourage la performance à tout prix.En Inde, les athlètes qui atteignent (rarement) le podium des Jeux olympiques ou (plus fréquemment) asiatiques – parfois même les champions nationaux – se voient régulièrement offrir un très convoité emploi public. «Décrocher une médaille […] les aide à obtenir un emploi gouvernemental», confirme l’avocat Saurabh Mishra, qui a défendu plusieurs sportifs accusés de dopage. «Ils savent qu’ils peuvent être punis mais n’hésitent pas à mettre leur carrière en jeu pour ça.»
Le poste, souvent dans l’armée ou la police, reste fictif pendant la carrière active de l’athlète, qui ne l’occupe réellement qu’à sa retraite. Parmi les exemples célèbres – et sans suggérer qu’il ait pris des libertés avec les règlements antidopage – figure le joueur de cricket Joginder Sharma, entré dans la police après la victoire de l’Inde à la Coupe du monde 2007.Athlètes et lutteurs constituent l’essentiel des cas de dopage récemment confirmés en Inde. Dernier exemple en date, le jeune lutteur Reetika Hooda, quart de finaliste dans sa catégorie aux Jeux de Paris 2024, a été testé positif et suspendu.
«Besoin d’éducation»
L’Autorité mondiale antidopage (AMA) considère l’Inde comme l’un de ses plus mauvais élèves. Un classement que son équivalente nationale (NADA) réfute en arguant que les chiffres élevés retenus traduisent justement sa politique agressive de tests. Sur 5606 échantillons prélevés en 2023, 213 ont été testés positifs, selon les statistiques.
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L’avocat Saurabh Mishra plaide également que certains athlètes recourent à des produits dopants à leur insu. Certains absorbent des compléments alimentaires ou des potions sans savoir ce qu’elles contiennent, développe M. Mishra, soulignant «le besoin d’éducation et de conseil» des athlètes.Soutien affiché de la candidature indienne aux JO de 2036, le gouvernement du premier ministre Narendra Modi a fait voter une nouvelle loi antidopage très stricte en août au parlement. Elle prévoit notamment la hausse du nombre des centres de détection afin, espère-t-elle, «de respecter les plus hauts standards d’intégrité».