# L'erreur du "security budget" de Bitcoin pour les miners de blocs

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### Rappel introductif

Bitcoin repose sur un "**smart contrat" (script de dépense Bitcoin)** entre deux types d’acteurs : **les nœuds** et **les mineurs**. Ce contrat, entièrement inscrit dans le code du protocole, permet au système de fonctionner de manière stable sans autorité centrale ni coordination humaine directe.

Les **nœuds** représentent la partie législative du réseau. Ils fixent et appliquent les règles de validité des blocs, contrôlent la difficulté du travail à fournir et déterminent quelle chaîne de blocs doit être considérée comme légitime. Ils jouent aussi le rôle de **registre collectif** : chaque nœud valide les transactions, conserve une copie intégrale de l’historique et rejette automatiquement tout bloc qui ne respecte pas les règles du consensus. La véritable sécurité du réseau réside ici, dans la **redondance des vérifications** et dans la **cryptographie des portefeuilles**, où la longueur des clés privées empêche toute falsification de signature.

Les **mineurs**, eux, forment le pouvoir exécutif de ce contrat. Leur mission consiste à produire des blocs conformes aux règles définies par les nœuds. Leur récompense — la coinbase et les frais de transaction — n’a de valeur que si les nœuds reconnaissent leur travail comme valide. Les mineurs participent donc à une compétition de calcul purement probabiliste : chacun cherche, au hasard, une preuve de travail qui satisfait la difficulté fixée.

Sur le plan technique, cette activité de minage est ce qui permet la **synchronisation partielle** d’un réseau mondial sans horloge centrale. Chaque bloc trouvé agit comme un **point de repère temporel partagé** : il marque une étape commune pour tous les nœuds, malgré la latence et les différences de propagation entre eux. La preuve de travail sert ici de **signal d’ordre**, permettant à l’ensemble du système de maintenir un rythme de fonctionnement commun et vérifiable.

Ce n’est pas une sécurité cryptographique au sens strict — celle-ci réside dans les clés privées des portefeuilles —, mais un **mécanisme d’horodatage distribué**. Le calcul minier transforme l’énergie en temps mesuré : il ne protège pas le registre, il lui donne un **rythme**. Les nœuds, en retour, utilisent ce rythme pour maintenir la cohérence du registre et rejeter les blocs produits hors des règles.

Ainsi, le minage n’est pas une armée protégeant la blockchain, mais une **fonction de synchronisation probabiliste**. Il organise la coexistence d’acteurs honnêtes et opportunistes dans un même jeu où la triche est dissuadée par la logique du protocole : un bloc invalide n’a aucune valeur.

Ce **contrat auto-régulé** fonctionne comme un système d’équilibre dynamique. Les mineurs apportent leur puissance de calcul pour tenter d’inscrire le prochain bloc, mais les nœuds ajustent en permanence la difficulté du travail afin de maintenir un rythme moyen d’environ dix minutes par bloc. Si la puissance mondiale augmente, la difficulté s’élève ; si elle diminue, elle baisse. Le protocole « se moque » donc de la puissance absolue en circulation : il maintient simplement un **intervalle de temps constant** entre les blocs, assurant une compétition toujours équitable.

Les nœuds jouent ici le rôle de **gardien du temps** : ils mesurent le rythme de production des blocs et recalibrent la difficulté de calcul pour préserver la cadence du système. Cet espace de dix minutes agit comme une **horloge commune** — un battement collectif mesuré, non produit. Si les blocs arrivent trop vite, les nœuds rendent le calcul plus difficile ; s’ils arrivent trop lentement, ils le facilitent. Les mineurs, quant à eux, fournissent les « oscillations » de calcul (hachages par seconde), tandis que les nœuds en extraient une fréquence stable, utilisable comme variable de régulation.

Dans une horloge classique, le temps est mesuré par la **fréquence d’un oscillateur** : un cristal vibre, un circuit compte les impulsions. Dans Bitcoin, les **hachages** produits par les mineurs jouent un rôle équivalent — mais la stabilité du temps ne vient pas de la vitesse de ces hachages, elle vient de la manière dont les nœuds les **mesurent** et en régulent la cadence. Ce n’est donc pas la puissance qui crée la sécurité, mais la mesure collective qui transforme un flux chaotique de calculs en une suite ordonnée de blocs.

> La sécurité n'est donc pas dans le minage des blocs, ce minage est une mesure utilisée par les nœuds pour leur synchronisation qui assure par les noeuds une protection contre les doubles dépenses.

Même si la puissance mondiale de minage varie fortement, le protocole continue de battre à la même cadence. Les nœuds maintiennent la cohérence du registre et la stabilité du temps ; les mineurs, la production régulière des blocs. **Cette régulation découple totalement le fonctionnement du réseau des fluctuations économiques du marché minier.**

Sur le plan économique, la **sécurité réelle** ne dépend ni du nombre de mineurs ni de la puissance engagée, mais du **rapport de forces entre participants honnêtes et adversaires**, ainsi que du **flux de rémunération** que le protocole distribue. Une attaque ne devient rationnelle que si la valeur qu’elle permet de détourner dépasse le coût d’opportunité du minage honnête — un seuil rarement atteignable.

Bitcoin (les noeuds) se présente ainsi comme une **constitution algorithmique** : les règles y sont codées, leur application est collective, et la sanction — le rejet automatique des blocs invalides — est immédiate. Les nœuds incarnent la souveraineté des règles ; les mineurs, la force d’exécution. L’ajustement de difficulté agit comme un arbitre neutre, maintenant la régularité du temps sans qu’aucune autorité ne puisse l’altérer.

En résumé, Bitcoin n’est pas une économie fondée sur la puissance, mais sur la **mesure du temps et la loyauté au code**. Il n’a pas besoin d’une armée de mineurs, seulement d’un consensus sur les règles et d’un mécanisme équitable de compétition. Ce contrat tacite entre calcul et validation fait de la blockchain un **système d’horodatage universel**, où la confiance est remplacée par la régularité d’un rythme partagé.

### Pourquoi le concept de « security budget » de Bitcoin pour les mineurs est une erreur de compréhension

L’expression « security budget » est souvent employée pour désigner la somme dépensée en récompenses (subvention et frais) versée aux mineurs, censée représenter le « prix » de la sécurité de Bitcoin. Ce terme, **hérité d’une analogie comptable, a cependant conduit à une erreur d’interprétation fondamentale** : il suppose qu’il existerait un _budget fixe et nécessaire_ pour garantir la sécurité du réseau, comme si Bitcoin devait continuellement « acheter » sa propre survie. En réalité, **la sécurité n’est pas budgétisée, mais émerge d’un équilibre économique et temporel autorégulé.**

**Une confusion entre flux et stock**

Le « budget » suppose une ressource finie, dépensée pour obtenir un service mesurable. Or, dans Bitcoin, la récompense versée aux mineurs n’est pas un coût programmé à dépenser pour acheter la sécurité ; c’est un **flux endogène**, ajusté en continu par le marché des frais et la règle de difficulté. Le réseau ne dépense rien : il distribue un revenu proportionnel à la rareté des blocs et à la demande d’inclusion des transactions.

**Une méprise sur la causalité**

L’idée de « budget » laisse entendre que plus les mineurs reçoivent, plus la sécurité augmente, comme si la dépense précédait la sûreté. **En réalité, la fiabilité des mesures de l'horloge résulte de la compétition probabiliste et du contrôle de la difficulté, non du montant distribué.** – Si le hashrate chute, la difficulté s’ajuste pour maintenir le rythme des blocs ; la sécurité logique de la mesure reste intacte tant que la majorité honnête subsiste. **Ainsi, Bitcoin ne « paie » pas sa sécurité : il règle un prix de marché pour le travail réussi, dont la valeur est déterminée par la demande de mesure de temps pour réaliser un effort donné, en en déduit "un temps universel par le volume de travail accompli avec une puissance ajustée".**

**Un contresens sur le rôle du travail**

Le travail n’achète pas la sécurité, il horodate l’ordre des événements. **La preuve de travail (PoW) ne protège pas le système par dépense d’énergie, mais par sa contribution à la fonction de métronome aléatoire et décentralisé** : elle synchronise un réseau asynchrone en imposant une limite physique à la vitesse de falsification. L’énergie dépensée est un _coût d’opportunité_ qui rend la réécriture de l’histoire économiquement irrationnelle, pas une assurance contractée auprès des mineurs.

**Une confusion entre coût marginal et coût total**

La sécurité de Bitcoin dépend du coût marginal de l’attaque à un instant donné, non du coût total historique du minage. Même si la puissance mondiale baisse, une attaque reste aussi coûteuse que le coût actuel pour dépasser la difficulté : **le passé dépensé n’est pas un budget amorti, il n’a aucune valeur défensive accumulée.** Autrement dit, la sécurité est _instantanée_, non cumulative.

**Une fausse analogie avec un service d’assurance**

Certains commentateurs assimilent le mining à un service de défense que le protocole devrait rémunérer continuellement pour ne pas perdre sa sécurité. Cette vision est fausse : – Les mineurs ne protègent rien d’extérieur ; ils participent à un jeu dont le seul résultat valide est un bloc accepté. – Le protocole ne peut pas « acheter » leur loyauté ; il ne récompense que la conformité aux règles. **La sécurité découle de la vérification automatique, pas de la confiance envers les mineurs.**

**Argument 1 : « Si la récompense diminue, les mineurs partiront, donc la sécurité baissera. »**

**Pondération :** – Oui, un hashrate plus faible réduit le coût absolu d’une attaque, mais la difficulté baisse aussi, préservant la cadence des blocs. – Ce qui change, c’est la sécurité économique (le coût d’un 51 %), pas la sécurité logique du consensus. – **À long terme, la transition vers un modèle à frais (fee-only era) rend cette dynamique plus sensible ; d’où la nécessité d’un marché actif des frais, mais non d’un « budget » au sens fixe.**

**Argument 2 : « Les mineurs assurent la sécurité, donc ils doivent être payés à hauteur du risque. »**

**Pondération :** – Les mineurs ne « protègent » pas ; ils produisent des blocs conformes pour obtenir un revenu aléatoire. – Leur incitation repose sur l’espérance de gain, non sur une rémunération proportionnelle au risque. – **Leur rôle est neutre : ils n’ont ni la responsabilité ni la capacité d’assurer la sécurité hors du protocole de validation, leur travail important ou faible est mesuré pour maintenir l'espace de temps entre les blocs.**

**Argument 3 : « La baisse du security budget entraînera une centralisation. »**

**Pondération :** – Ce risque existe si le seuil de rentabilité devient trop élevé. – Toutefois, **la centralisation découle davantage des économies d’échelle énergétiques et de la concentration géographique que du montant global des récompenses.** – Une difficulté moindre permet d’ailleurs à des mineurs plus modestes de concourir à nouveau ; la décentralisation n’est donc pas directement corrélée au budget total.

**Argument 4 : « Sans un budget minimal, Bitcoin sera vulnérable quand les subventions cesseront. »**

**Pondération :** – C’est la critique la plus sérieuse (Budish 2018) mais pour 2140. – Toutefois, la rémunération de la sécurité par les frais d’inclusion est _endogène_ : si la demande de finalité augmente, les frais s’ajustent. – De plus, **la sécurité dépend du ratio attaque/coût, non d’un montant absolu : si la valeur attaquable reste inférieure au coût de renversement, l’équilibre demeure stable.**

**Argument 5 : « Le budget de sécurité mesure la santé économique du protocole. »**

**Pondération :** – C’est un indicateur comptable utile (pour suivre les flux vers les mineurs), mais il ne mesure pas la sécurité. – **La vraie métrique est l’inégalité de non-rentabilité :**

k × (R_b × P + C_h) > V_a, où :

- **k** : nombre de blocs de confirmation nécessaires

- **R_b** : récompense par bloc (subvention + frais)

- **P** : prix du bitcoin

- **C_h** : coût opérationnel de production d’un bloc

- **V_a** : valeur économique que l’attaquant pourrait détourner

> Tant que cette condition est respectée, la sécurité économique est assurée, quel que soit le niveau global du « budget ».

### La sécurité de Bitcoin n’a pas de prix fixe

> **La sécurité de Bitcoin n’est pas un service à financer, mais une propriété émergente d’un jeu d’incitations et d’ajustements automatiques.**

> **Le protocole n’achète pas la sécurité ; le noeuds créent un environnement où la tricherie devient économiquement irrationnelle, afin de synchroniser le réseau sans biais. La sécurité, elle, vient de la cryptographie utilisée sur les wallets.**

**Les flux vers les mineurs ne sont pas un « budget », mais un** **_thermomètre de tension_** **: ils reflètent la demande de finalité et la compétition pour l’espace de bloc.** Réduire Bitcoin à une simple question de budget revient à méconnaître sa nature profonde : un système où la sécurité est une **conséquence logique du consensus et de la vérification**, non un coût d’exploitation.

### La valeur des bitcoins n'a aucun rapport avec leur coût de production

Certains avancent que le bitcoin devrait avoir une valeur minimale, c’est-à-dire au coût énergétique et matériel du minage. Cette idée paraît intuitive : si miner coûte cher, le prix devrait au moins couvrir cette dépense, sinon les mineurs cesseraient leur activité. Pourtant, cette interprétation confond **valeur économique** et **coût de production**, deux notions distinctes dans la tradition de l’économie de marché — et, d’un point de vue méthodologique, sans lien de causalité directe.

**Le coût de production n’est pas la cause de la valeur**

Dans une économie fondée sur la subjectivité des échanges, la valeur d’un bien n’est pas déterminée par la quantité de travail ou d’énergie qu’il a fallu pour le produire, mais par **l’évaluation que les acteurs font de son utilité marginale** : ce qu’ils sont prêts à échanger pour l’obtenir. Un bloc miné est rémunéré non parce qu’il « coûte » un certain nombre de kilowattheures, mais parce qu’il permet d’obtenir un bitcoin reconnu par le réseau comme valide et transférable. Si demain la demande d’échange en bitcoin s’effondre, le prix peut chuter en dessous du coût de production sans que le protocole ne soit affecté. Le marché ajustera simplement le hashrate et la difficulté à la baisse.

**Le coût se forme à partir du prix, non l’inverse**

Le mécanisme d’ajustement du mining illustre ce renversement causal. Quand le prix du bitcoin monte, de nouveaux mineurs entrent, augmentant la difficulté et donc le coût marginal de production ; quand le prix baisse, des mineurs se retirent, la difficulté diminue et le coût moyen suit. Le coût de production s’adapte au prix d’équilibre de marché, pas l’inverse. Autrement dit : **le prix de marché détermine le coût viable**, et non le coût qui fixe le prix.

Le coût de production n’est donc pas un plancher théorique de valeur, mais la _conséquence_ du prix observé et de la compétition pour l’obtenir.

**Bitcoin n’a pas de valeur « intrinsèque » mesurable**

La croyance en une valeur minimale liée à l’énergie consommée repose sur une analogie avec les biens physiques. Mais Bitcoin n’est pas un bien matériel : c’est un **registre de propriété décentralisé**. Sa valeur découle de la confiance collective dans la validité de ce registre et dans sa rareté algorithmique. Ni l’électricité, ni le silicium, ni le travail des mineurs ne confèrent à l’unité monétaire une valeur intrinsèque ; ils servent seulement à en garantir l’émission et la cohérence temporelle. Si l’électricité devenait gratuite ou si des algorithmes plus efficaces divisaient le coût du hash, la valeur du bitcoin ne serait pas affectée ; seul le coût d’entrée dans la compétition minière changerait.

**Le marché efface toute corrélation stable**

Historiquement, la corrélation entre le coût de production estimé et le prix du bitcoin est variable et instable : – lors des bull-runs, le prix s’élève bien au-delà du coût marginal ; – lors des chutes prolongées, il passe souvent en dessous sans que le protocole s’arrête ; – le retarget de difficulté corrige ces déséquilibres en maintenant le rythme des blocs. Cela prouve que le système fonctionne sans référence à une valeur minimale « énergétique ».

**Le coût du minage est un prix d’équilibre, pas une valeur plancher**

Ce que certains appellent « coût de production » est en réalité le **prix d’équilibre instantané** du service de preuve de travail : un point où les revenus attendus compensent le coût marginal d’électricité. Si le prix du bitcoin tombe, les mineurs à coûts élevés se retirent, abaissant le coût moyen et ramenant le réseau vers un nouvel équilibre. **La production n’est jamais détruite faute de « budget », elle se réorganise.**

### Conclusion

Associer une valeur minimale du bitcoin à son coût de production, c’est inverser le sens de la causalité économique. Le coût ne fonde pas la valeur ; il en découle. La dépense énergétique ne crée pas le prix, elle révèle la compétition pour un bien déjà reconnu comme utile. Le protocole, par son ajustement de difficulté, neutralise d’ailleurs tout lien direct entre puissance, coût et valeur : il garantit seulement la cadence des blocs, pas leur prix.

Ainsi, **le bitcoin n’a pas de valeur « énergétique » (mais une mesure énergétique)**, seulement **une valeur d’usage et d’échange déterminée par la confiance dans ses propriétés : rareté algorithmique, neutralité, résistance à la censure et prévisibilité monétaire.** Le coût de production n’est qu’un effet secondaire du prix de marché, jamais sa cause, ni un plancher garanti de sa valeur.

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### Pourquoi 10 minutes (environ entre les blocs), 2 016 blocs (ajustement de la difficulté), 210 000 blocs (halving) ?

Il y a des contraintes techniques, il y a des simulations de la latence sur le réseau internet, il y a des simulation économique sur le coût de l'opportunité ramenée au délais, il y a 1000 raisons, certaines initiales et d'autres "découvertes", mais quand on s'en écarte, plus rien ne va, sauf à des compromis refusés sur Bitcoin.

Les nœuds refuseraient tout bloc invalide ou non conforme à la chaîne majoritaire. Les transactions resteraient protégées par la cryptographie des clés privées, qui rend impossible toute falsification des signatures. Le risque de double dépense n’apparaîtrait que si une entité parvenait à contrôler durablement la majorité de la puissance de calcul — une situation hautement improbable à l’échelle du réseau global — et, même dans ce cas, chaque nouveau bloc provoque une **revérification intégrale** de la validité des précédents, ce qui renforce la résilience du protocole.

Mais durant une période de réajustement du rythme des blocs, lorsque la puissance de calcul globale varie fortement, des déséquilibres temporaires peuvent apparaître :

- **Blocs trop rapides** : la difficulté n’a pas encore eu le temps de s’ajuster. Le risque de double dépense s’accroît légèrement, car plusieurs mineurs peuvent trouver des blocs presque simultanément, avant que le réseau n’ait propagé le précédent. Il peut alors survenir davantage de **réorganisations** (réorgs) où la chaîne majoritaire se redéfinit à mesure que les blocs se propagent et que les nœuds tranchent.

- **Blocs trop lents** : le réseau peut se fragmenter en sous-chaînes divergentes pendant quelques instants, car la lenteur de propagation allonge les délais de confirmation. Les réorgs deviennent alors plus rares mais aussi plus longues, avec des **conflits prolongés** entre versions concurrentes de la chaîne avant que la majorité ne se reconstitue.

Ces épisodes n’altèrent pas la sécurité fondamentale de Bitcoin, mais ils peuvent temporairement affecter la fluidité du consensus et la latence perçue. Le protocole les corrige automatiquement à chaque réajustement de difficulté, ramenant progressivement le réseau vers un rythme d’équilibre.

Il est intéressant de noter que **de nombreuses autres blockchains** ont choisi de contourner ces contraintes physiques en introduisant des notions d’**états ou de finalité explicite** : une transaction est considérée irréversible après validation par un nombre fixe de blocs ou par un mécanisme de vote interne. Cette approche réduit le besoin de recalcul et améliore la rapidité apparente du consensus, mais elle affaiblit la transparence du contrôle collectif : – si une attaque ou une falsification passe la barrière de la finalité, elle peut rester **invisible et irréversible**, car les nœuds ne revalident plus intégralement les anciens blocs ; – inversement, si une divergence profonde est détectée, le réseau peut se **figer durablement**, incapable de trancher entre plusieurs états contradictoires.

Bitcoin, en conservant un modèle de **validation continue et sans finalité arbitraire**, assume le coût computationnel de la rigueur : chaque bloc revérifie les précédents, chaque nœud participe à la mesure du temps commun, et la cohérence du registre ne dépend jamais d’une décision humaine ou d’un vote majoritaire, mais d’une **mesure partagée de l’effort accompli dans le temps**.

> En ce sens, le maintien du rythme moyen de dix minutes n’est pas une contrainte technique mais un pilier de la stabilité : il garantit que la mesure du temps, et donc de la vérité commune du registre, reste indépendante de la vitesse du monde physique comme des volontés humaines.

On peut voir l’intervalle moyen de dix minutes entre les blocs comme une **fenêtre de stabilité comportementale** : un compromis entre la vitesse technique du réseau et le rythme humain des décisions opportunistes. Cet espace de temps laisse aux acteurs la possibilité d’évaluer leurs incitations à tricher ou à rester honnêtes, tout en empêchant que ces choix puissent se traduire en actions exploitables avant que le consensus n’ait consolidé les blocs précédents.

Autrement dit, Bitcoin ne cherche pas à battre le temps réel, mais à **synchroniser un système d’intentions humaines et de calculs mécaniques** dans une même cadence mesurée. Passé un certain seuil de rapidité, le jugement et la rationalité économique des acteurs fluctuent plus vite que le protocole ne peut les absorber : les motivations changent avant que les actions ne soient validées. Le délai de dix minutes agit alors comme une **latence de sécurité**, un amortisseur entre la logique humaine de l’opportunité et la logique algorithmique de la vérification — une mesure de stabilité adaptée à la vitesse de notre ère numérique.

### Les époques de réajustement : la mesure du temps et le rythme de mise en circulation

Bitcoin repose sur deux horloges internes, chacune gouvernant un aspect distinct de son équilibre : – la **régulation du temps**, assurée par l’ajustement de la difficulté ; – et le **rythme de mise en circulation**, défini par la décroissance de la récompense, dite halving.

Le premier cycle, celui de la **difficulté**, intervient tous les **2 016 blocs** (environ deux semaines). Les nœuds y mesurent le temps réel écoulé pour produire ces blocs et le comparent à la durée théorique de quatorze jours. Si la production a été plus rapide, la difficulté augmente ; si elle a été plus lente, elle diminue. Cette variation, bornée par un facteur quatre, maintient la régularité du battement du réseau. Ce mécanisme n’ajuste pas la puissance de calcul, mais la **mesure commune du temps** : il transforme un ensemble de hachages indépendants en une cadence collective, perceptible et vérifiable par tous les nœuds.

Le second cycle, le **halving**, survient tous les **210 000 blocs**, soit environ tous les quatre ans. Il ne crée pas la rareté — celle-ci résulte de la topologie des UTXO et de la division effective des unités existantes —, mais il **oriente la vitesse d’émission** des nouveaux bitcoins. Le halving agit donc comme un métronome économique : il module le flux d’introduction des unités dans le système sans altérer la structure interne de la monnaie.

En combinant ces deux boucles, Bitcoin relie la **stabilité temporelle** à la **progression de la circulation** : – le **réajustement de difficulté** garantit la constance du rythme, indépendamment du niveau de puissance disponible ; – le **halving** organise la transition progressive entre une phase d’émission et une phase de maturité où la circulation devient quasi stationnaire.

Ce double mécanisme traduit la logique fondamentale du protocole : le temps n’est pas imposé, il est **mesuré collectivement** ; la valeur ne vient pas de la dépense, mais de la **traçabilité et de la cohérence** des unités inscrites dans le registre.

Ainsi, la difficulté règle le tempo, le halving module le souffle économique, et la véritable rareté — celle qui fait de chaque bitcoin un fragment unique du registre — réside dans la **distribution finie et vérifiable des UTXO**, non dans la cadence du minage.

Dernière précision : la rareté véritable se manifeste dans la granularité des **UTXO**, c’est-à-dire dans la structure effective du registre, le nombre de dépense possibles sur le réseau, tandis que le halving n’organise pas la rareté mais le **rythme de mise en circulation**.

[Source](https://www.linkedin.com/pulse/lerreur-du-security-budget-de-bitcoin-pour-les-miners-nicolas-cantu-3a6he/)

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