Le Temps (Suisse)

Le grand ménage anticorruption du football chinois

L’ancien président de l’Association chinoise de football a été condamné à la prison à vie pour avoir accepté des pots-de-vin. Dans le milieu, il n’est ni le premier ni le dernier à subir les foudres de la justice

C’était il y a exactement 8 ans. Lors du mercato d’hiver 2016, de nombreux grands noms du football mondial avaient accepté un transfert en Chine, attirés par des salaires mirobolants et la promesse de participer à l’essor d’une nouvelle grande puissance de ce sport. Le président Xi Jinping n’avait-il pas manifesté son intention de voir le pays participer à la Coupe du monde, puis l’organiser et un jour la gagner?

Le projet a fait long feu. L’équipe de Chine n’a jamais dépassé le 57e rang du classement FIFA (en 2017) et elle ne figure aujourd’hui qu’à la 88e place. Elle n’était ni en Russie en 2018, ni au Qatar en 2022, et dans l’intervalle, la plupart des renforts étrangers ont quitté le championnat local, tandis que plusieurs grands clubs disparaissaient purement et simplement. Et aujourd’hui, un grand ménage anticorruption a lieu au détriment d’anciens dirigeants.

Mardi, l’ancien président de l’Association chinoise de football Chen Xuyuan, en poste de 2019 à 2023, a ainsi été condamné à la prison à vie, rapporte Le Quotidien du peuple, un média d’Etat. Il a été reconnu coupable par un tribunal de la province de Hubei, dans le centre du pays, d’avoir profité de sa position pour «accepter illégalement des sommes d’argent pour un total de 81,03 millions de yuans», soit environ 10,1 millions de francs suisses. L’homme a en outre été déchu de ses droits politiques, et tous ses biens personnels ont été confisqués. Des pots-de-vin «particulièrement énormes», selon le journal, qui estime que les actions de Chen Xuyuan ont «eu de sérieuses conséquences pour le secteur du football chinois».

### Ancien sélectionneur emprisonné

Sa condamnation s’inscrit dans le cadre d’une grande campagne anticorruption entreprise par Xi Jinping depuis une décennie. Au total, une dizaine de hauts dirigeants du football chinois ont été écartés. Dans des verdicts distincts annoncés mardi, un ancien responsable de la fédération chinoise, Chen Yongliang, a été condamné à 14 ans de prison, toujours pour corruption. L’ancien directeur général de la Super League chinoise (CSL), Dong Zheng, a, lui, écopé de 8 ans de réclusion.

D’autres verdicts sont attendus. L’un pourrait concerner l’ancien sélectionneur de l’équipe nationale, Li Tie, visé par une enquête pour corruption depuis 2022 et en détention provisoire. Dans un retentissant documentaire de la télévision d’Etat CCTV diffusé en janvier, l’ex-joueur d’Everton (Premier League) avait admis avoir contribué à acheter plusieurs matchs ayant permis aux équipes chinoises de deuxième division qu’il dirigeait d’accéder à l’élite.

**Lire aussi:** [Le football chinois n’est plus un eldorado](https://www.letemps.ch/sport/football/super-league-chinoise-nest-plus-un-eldorado)

Pour obtenir son poste de sélectionneur, il avait fait verser par Wuhan Zall, le club dont il était l’entraîneur, 2 millions de yuans (250 000 francs) de pots-de-vin à Chen Xuyuan. Li Tie affirmait également dans le documentaire avoir donné de sa poche 1 million de yuans au secrétaire général de l’Association chinoise de football, une structure étatique qui fait office de fédération sportive. «Je regrette énormément. J’aurais dû rester terre à terre et suivre le droit chemin, a déclaré à la télévision, l’air penaud, le technicien de 46 ans. Il y a certaines choses qui, à l’époque, étaient des pratiques courantes dans le milieu du football.»

### Acte d’auto-contrition

Un autre cas qui a fait scandale est celui du footballeur international sud-coréen Son Jun-ho, qui a été détenu dix mois en Chine, où il jouait en club. Il vient d’être libéré et est retourné dans son pays, a annoncé lundi le Ministère sud-coréen des affaires étrangères.

Dans le même documentaire de CCTV, l’ancien patron du football chinois Chen Xuyuan déclarait qu’il avait reçu des pots-de-vin d’acteurs du milieu lui ayant au préalable fait comprendre que c’était ainsi que cela fonctionnait. Il reconnaissait avoir été incapable de mettre en application les règles anticorruption durant son mandat, sous-entendant que cela revenait à enquêter sur lui-même et sur des gens à qui il était redevable.

«Les supporters peuvent accepter le fait que le niveau du foot chinois soit mauvais, mais pas pardonner la corruption, avait-il concédé. Je tiens à m’excuser profondément auprès de tous les supporters chinois.» Un acte d’auto-contrition qui n’aura pas suffi à lui valoir la clémence de la justice.

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