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Diagnostique: infertilité inexpliquée

Les Irlandaises Adriana et Cathy et la Suissesse Mercedes ont vécu un long parcours d'infertilité avant de se tourner vers une mère porteuse. Leur expérience reflète celle d'un nombre croissant de femmes qui font des enfants plus tard. Car en se lançant toujours plus tard dans la maternité afin de faire carrière, de nombreuses femmes se découvrent infertiles au moment de passer à l'acte.

Adriana s'est mariée jeune. A 25 ans, elle venait d'émigrer en Irlande depuis sa Roumanie natale, tout comme son mari, Andrei, et avait une idée très claire de son avenir. «Nous allions faire des enfants rapidement et vivre heureux dans ce pays où tout semblait possible», se remémore la comptable de 40 ans qui derrière son sourire timide et ses fines lunettes cerclées de métal cache un regard rieur.

Mais rien ne se passe comme prévu. Quatre fois elle tombe enceinte et quatre fois elle perd le bébé avant la fin du premier trimestre.

«La première fois a été la pire, car je pensais naïvement que cela marcherait du premier coup, raconte-t-elle. J'étais en route pour l'échographie qui devait confirmer le battement du cœur mais quand je suis arrivée à l'arrêt de bus, du sang s'est mis à couler le long de ma jambe. J'ai tout de suite su que je faisais une fausse couche.»

Une décennie d’espoirs déçus

Elle se jette alors à corps perdu dans les fécondations in vitro (FIV), multipliant les procédures en Irlande, au Royaume-Uni et en République tchèque. «J'ai subi 14 transferts d'embryons».

Mais rien à faire, elle ne tombe pas enceinte. Le diagnostique est vague: infertilité inexpliquée. En 2016, après une décennie de traitements et d'espoirs déçus, elle se tourne vers l'adoption. «Cela n'a pas été une décision facile à prendre, dit-elle. J'ai dû faire le deuil de porter mon propre enfant. Six ans plus tard, j'ai encore cette douleur en moi.»

Le couple veut adopter en Roumanie, son pays d'origine. Pour cela, il lui faut un certificat des autorités irlandaises. «Des inspecteurs ont passé deux ans à nous a faire la leçon sur la culture roumaine, à examiner nos finances et a vérifier que nous étions aptes à devenir parents, avant de décréter qu'ils ne pourraient pas émettre le certificat», lâche Adriana, amère. Dublin les oblige en effet à passer par une agence qui exige d'être rémunérée 5000 euros mais Bucarest interdit les intermédiaires payés.

Parcours d’infertilité

Désespérée, Adriana se lance dans une recherche en ligne et déniche une avocate irlandaise spécialisée dans la gestation pour autrui, la fameuse GPA. Il lui faudra plusieurs mois avant de se résoudre à la contacter, début 2018. «Il s'agit d'une solution de dernier recours. Je savais que ce serait long et difficile.»

Isabelle Streuli, spécialiste de l'infertilité aux Hôpitaux universitaires de Genève, voit régulièrement arriver des patientes dans le même cas que Adriana. «Elles ont en général un long parcours d'infertilité derrière elles, avec des transferts répétés d'embryons qui n'ont pas réussi à s'implanter. Et il est parfois très difficile d'établir la cause de ces échecs.»

D'autres sont nées sans utérus, un syndrome appelé Mayer-Rokitansky-Küster-Hauser (MRKH) ou ont subi une hystérectomie suite à une hémorragie ou à un cancer de l'endomètre, du col de l'utérus ou des ovaires. «La couche basale de l'endomètre peut en outre être endommagée, empêchant la nidation de l'embryon, explique l'experte. Cela arrive lorsque des cicatrices se forment suite à une tuberculose ou à un curetage après un avortement ou une fausse couche.» Cette affection, appelée syndrome d'Asherman, peut aussi être causée par un stérilet.

GPA, dernier recours

Autre cas de figure, l'utérus est rempli de fibromes, soit des tumeurs musculaires bénignes, ou sa paroi a été infiltrée par les glandes de la muqueuse, une maladie appelée adénomyose. Ici aussi, l'implantation de l'embryon est peu probable. Lorsqu'une de ces patientes pousse sa porte, la médecin n'a guère de solutions à leur offrir. «Il ne leur reste que la gestation pour autrui ou la greffe de l'utérus, une procédure expérimentale.» Lourde sur le plan chirurgical, cette opération réalisée pour la première fois en 2014 en Suède n'a été effectuée que sur une soixantaine de femmes, donnant naissance à 20 enfants.

Cathy a souffert toute sa vie d'adulte d'endométriose, une maladie douloureuse provoquée par des excroissances de l'endomètre en dehors de l'utérus. Quelle n'a donc pas été sa surprise de découvrir en décembre 2013 qu'elle était enceinte, quelques mois à peine après avoir épousé son mari Keith. «C'était comme un rêve éveillé», raconte l'Irlandaise.

Un trou dans l’utérus

Mais à sept mois de grossesse, l'éleveuse de moutons, qui vit sur une ferme à Wicklow, au sud de Dublin, se réveille en pleine nuit dans d'atroces douleurs. A l'hôpital, on lui fait une échographie et on lui assure que tout va bien. Mais après quelques heures, son état se détériore. Les médecins opèrent et découvrent qu'elle a subi une rupture spontanée de l'utérus, un accident extrêmement rare. «J'avais un trou de 20 centimètres dans l'utérus, raconte-t-elle. J'ai perdu cinq litres de sang.» La petite fille qu'elle porte ne survit pas.

Par miracle, les médecins parviennent à sauver son utérus et elle décide de se tourner vers la FIV. Mais 15 cycles plus tard, elle n'est toujours pas tombée enceinte. Sa dernière conversation avec son obstétricienne, une spécialiste de l'infertilité d'origine ukrainienne, a lieu fin 2018.

– Vos embryons sont de bonne qualité mais nous les implantons dans un utérus qui ressemble à une zone de guerre. Ils n'ont aucune chance de prendre.

– Mais je veux être mère, je l'ai toujours voulu. Je ne peux pas abandonner.

– Alors vous n’avez plus qu’une option: la gestation pour autrui. Je connais une clinique qui pourra vous aider.

Le tabou de la FIV ratée

L'échec de la FIV reste un sujet tabou. Les traitements reproductifs continuent d'être perçus comme une solution miracle qui permettent de surmonter l'infertilité à tous les coups. Pourtant, en Suisse seules 15% à 19% des FIV ont débouché sur une naissance entre 2010 et 2020, selon les chiffres de l'Office fédéral de la santé.

Pour les autres, il reste la gestation pour autrui (GPA), une pratique qui n'est autorisée que dans une poignée de pays mais qui a gagné en visibilité ces dernières années lorsque de stars comme Kim Kardashian, Paris Hilton ou Priyanka Chopra y ont eu recours.

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Mercedes, argovienne de 53 ans originaire du Portugal, avec son fils Cristiano, né en Ukraine juste avant le début de la guerre. Photo: Julie Zaugg

Mercedes en sait quelque chose. «C'est ma fille qui m’a convaincue de passer par une mère porteuse, livre l'Argovienne d'origine portugaise de 53 ans. Elle m'a dit: pourquoi tu ne ferais pas comme Cristiano Ronaldo?»

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