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Je suis partie à la rencontre de mères porteuses en Ukraine

Mères porteuses, mères courage. Notre journaliste Julie Zaugg a suivi des mères porteuses ukrainiennes aux destins bouleversés par la guerre.

Fin janvier 2023. Cela fait près d'un an que l'Ukraine subit l’invasion russe. Le pays tout entier a le regard tourné vers la ligne de front. A Kiev, les sirènes anti-aérienne retentissent quasi en continu depuis que l'Allemagne et les Etats-Unis ont annoncé la livraison de tanks à l'Ukraine. Et pourtant, dans un petit appartement en banlieue de la capitale, deux femmes sont absorbées par un tout autre combat: une lutte pour donner naissance au bébé d'une autre en pleine guerre, une bataille pour offrir une vie meilleure à leurs propres enfants.

Le phénomène des mères porteuses existe depuis la nuit des temps, depuis que Sarah, personnage de l'Ancien Testament, a demandé à sa servante Hagar de porter l'enfant qu'elle ne pouvait pas avoir avec Abraham, diront certains. Mais il ne s'est mué en marché global, avec sa vaste coterie d'intermédiaires, d'agences et de sociétés de transport de matériel génétique, que récemment. Et l'Ukraine se trouve à l'épicentre de cette industrie, depuis que les autres destinations de premier choix – l'Inde, la Thaïlande, le Cambodge, etc. – ont fermé leurs portes.

Dans ce pays où le salaire mensuel moyen dépasse rarement 350 euros, elle attire des jeunes femmes qui rêvent d'une vie meilleure. Pour faciliter le processus, de nombreuses agences et cliniques – plus ou moins professionnelles, plus ou moins préoccupées par le bien-être de celles qui leur «prêtent» leur utérus – ont vu le jour. De l'autre côté du miroir, on trouve des couples européens, américains, chinois qui, eux, se rêvent parents, souvent depuis des années et au prix d'un long parcours douloureux fait d'opérations ratées, de fausses couches et d'espoirs brisés.

Mais cette machine bien huilée s'est arrêtée tout net le 24 février 2022, le jour de l'invasion russe. Des mères porteuses enceintes se sont retrouvées sur la route, au milieu d'un flot de réfugiés. D'autres ont dû accoucher dans un bunker, sous les bombes. D'autres encore ont dû donner naissance dans un autre pays, qui ne reconnaît pas la gestation pour autrui (GPA). Mais la guerre a aussi fait émerger les liens forts, indestructibles, qui unissent ces femmes à la mère de l'enfant qu'elles ont porté durant neuf mois.

Dans cette Exploration qui m'a menée en Suisse, en Irlande, en Ukraine et en Géorgie, nouvelle destination pour la GPA, j'ai rencontré des femmes fortes, résilientes, malmenées par la vie qui ont su se serrer les coudes face à la guerre. Qu'il s'agisse de l'Irlandaise Cathy et de sa mère porteuse Ivanna qui vivent avec leurs cinq enfants et la mère de cette dernière dans une ferme au sud de Dublin. Ou de la Suissesse Mercedes qui a accueilli sa mère porteuse Yuliia durant plusieurs mois chez elle en Argovie. Ou encore de l'infirmière Maryna qui s'est occupée sans compter de la petite orpheline Bridget, abandonnée par ses parents biologiques, puis a accepté de s'en séparer pour qu'elle puisse s'épanouir aux Etats-Unis.

Le marché des mères porteuses est avant tout une affaire d'argent, avec son lot d'exploitation et d'abus. Mais il a aussi permis de tisser des liens solides entre ce pays situé à l'intersection de l'ex-bloc soviétique et de l'Europe, qui a désormais le regard solidement vissé vers l'ouest.

https://www.heidi.news/articles/je-suis-partie-a-la-rencontre-de-meres-porteuses-en-ukraine

#Presse #heidi #Suisse

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