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La martingale
Une fiction pour l'été. Un postier déchu trouve un petit boulot dans une boîte informatique. Il finit par comprendre à quel jeu se livre son patron: le minage de cryptos. Lorsque celui-ci part en voyage, le postier va s'y mettre aussi, au risque de perdre son âme.
Albert avait toujours détesté les ordinateurs, les machines et autres robots. Petit, il voyait trop peu son père qui travaillait en semaine dans la vallée, employé par une usine pleine de machines. Albert était jaloux de ces engins qui monopolisaient l’attention de son père. Mais le pire arriva lorsque les patrons le remplacèrent par des robots. Dès lors, il voyait son père tout le temps, mais l’adolescent qu’Albert était devenu n’aimait pas ce qu’il voyait: désœuvré, alcoolique et hargneux, son géniteur n’était plus que l’ombre de lui-même. C’était comme si les machines lui avaient volé son âme avant de renvoyer une coque vide dans la maison du bourg.
Albert s’était juré de ne jamais céder aux sirènes des automates et se décida pour un apprentissage à la Poste. Il fut alors le plus heureux facteur de la petite ville, marié à la belle Lucette avec qui ils élevaient leurs enfants dans un chalet coquet. La seule machine qu’il côtoyait était la fidèle bicyclette aux sacoches remplies de lettres. Jamais Albert n’aurait imaginé que les maudites machines allaient l’atteindre dans son paradis alpin.
### Chute vertigineuseEt pourtant. Cela commença par les téléphones portables, des gadgets horripilants toujours à court de batteries. Plus on demandait à Albert de pianoter sur son appareil, moins il y avait de lettres dans ses sacoches, désormais remplacées par de la publicité. Le courrier était devenu électronique. Nul besoin de facteur, les gens s’écrivaient sur des machines voleuses d’âme. Avant même qu’il reçoive sa lettre de licenciement, Albert avait pressenti l’abîme qui s’ouvrait sous ses pas. D’un entretien d’embauche raté à l’autre, il devint amer, irritable puis méchant. Quand le chalet fut repris par la banque, Lucette rentra chez sa mère avec les enfants. Et un matin, la police ramassa Albert endormi dans la neige, les mains serrées sur une bouteille vide de grappa. En découvrant son propre visage hagard dans la glace du poste, Albert se rendit compte que, comme à son père, les machines lui avaient dévoré l’âme.
Vertigineuse fut la chute, ardu le sentier du retour. Par chance Héloïse, l’assistante sociale chargée d’Albert, avait ce sourire qui faisait croire à l’impossible: qu’il puisse y avoir un futur pour un quinquagénaire meurtri et allergique aux automates. Elle le persuada qu’il était dans le vrai et devait protéger les gens des abus des machines. C’est ainsi qu’Albert commença sa reconversion dans la sécurité informatique. Il apprit à détecter les failles derrière les logiciels utilisés au quotidien par ses concitoyens crédules. Il conservait son aversion pour les ordinateurs, mais elle le poussait désormais à étudier son ennemi et devint un atout. Un an plus tard, rasé de près, l’œil vif et le menton fier, Albert reçut son diplôme. Un premier stage rémunéré allait lui permettre de quitter l’aide sociale et, l’espérait-il, reconquérir Lucette.
### L’énigmatique M. Chang
Albert avait été assigné à «l’Observatoire des Réseaux Publics», un nom ronflant qui désignait en fait le laboratoire d’un sous-traitant qui travaillait seul, entouré d’ordinateurs. De vingt ans son cadet, Timothée Chang veillait à la sécurité informatique des services publics du canton depuis son nid d’aigle perché au dernier étage d’une des rares tours de la ville. Comme tous les jeunes, il portait la barbe et des lunettes en plastique noir, ne buvait que du thé du Népal et parlait fort en arpentant le laboratoire dans des langues exotiques ponctuées de termes techniques anglais. En dépit de son habitude à travailler seul, il parut supporter la présence d’Albert sans trop s’en offusquer.
Au début, le travail d’Albert consista à veiller sur les alarmes et redémarrer les serveurs aux horaires stipulés. Pendant ce temps-là, M. Chang écrivait de nouveaux logiciels tout en tapotant sur son téléphone portable. Albert eut vite l’impression qu’en vérité, l’ingénieur jouait en ligne, occupation qui semblait le passionner bien davantage que les algorithmes de sécurité. Toutefois, chacun de ses logiciels écrits à la va-vite fonctionnait immédiatement, sans erreurs et Albert dans son for intérieur, ne pouvait s’empêcher d’admirer le génie désinvolte du programmateur. Il l’avait surnommé «Maître Chang» pour la maîtrise avec laquelle il contrôlait son troupeau de machines.
### Un radiateur étrange
Il y en avait de toutes les formes et les âges. Des piles de serveurs rangés dans des étagères métalliques côtoyaient quelques terminaux anciens au plastique craquelé et des ordinateurs portables à écrans carrés. L’ingénieur expliqua à Albert que chacune de ces machines correspondait à un service public. Ici, le terminal du Services des Eaux, là les serveurs reliés aux feux de circulation, aux panneaux d’affichage des arrêts de bus municipaux ou la gestion des bassins de la station d’épuration. Toute cette machinerie était unie par une forêt de câbles évoquant pour Albert les tentacules d’une pieuvre à l’affût.
Maître Chang ne travaillait que sur son ordinateur portable d’une légèreté surprenante. Pourtant, derrière son bureau se trouvait une sorte de radiateur géant qui soufflait dans le laboratoire un air chaud depuis des fentes sur ses côtés, tandis que l’avant du meuble était scellé par une porte métallique comme celle d’un coffre-fort. L’engin mystérieux ronronnait. Les câbles qui en sortaient confirmaient qu’il s’agissait d’une machine digitale, mais son entretien ne faisait pas partie des prérogatives d’Albert. Maître Chang se comportait comme si ce radiateur étrange n’existait pas, tout au moins durant les horaires de travail d’Albert, qui en était aussi venu à l’ignorer.
### Un tintement métallique
Après deux mois de stage, Albert avait enfin obtenu un studio pour se loger et entrevoyait la fin du tunnel. Bien sûr, son emploi restait précaire mais il pouvait désormais recevoir ses enfants de temps en temps et rêvait de les inviter en vacances un jour, peut-être même avec Lucette. Il demanda à Maître Chang de l’initier à l’écriture d’algorithmes, mais les premiers essais se révélèrent loin d’être concluants. Albert devait se résigner à son poste d’employé subalterne, un balayeur des mémoires vives du laboratoire, le gardien de phare des alarmes, l’œil rivé sur un océan de moniteurs. Il n’avait que le Loto pour espérer s’enrichir un jour, si bien qu’il remplissait chaque semaine sa grille dans l’espoir d’une martingale, de la chance qui enfin lui sourirait.
Un matin, alors qu’Albert redémarrait pour la troisième fois le terminal archaïque de la voirie, un tintement métallique retentit dans le laboratoire. Maître Chang se leva d’un bond et se tourna vers le radiateur. Albert ne put s’empêcher d’observer à la dérobée comment l’ingénieur débloquait le verrou du meuble et parvint à distinguer un écran avec une alarme clignotante avant que Chang ne refermât la porte métallique en jetant vers son apprenti un regard soupçonneux. Albert l’entendit ensuite discuter avec excitation au téléphone dans une langue asiatique. Il n’avait jamais vu son maître aussi euphorique, passant apparemment d’un interlocuteur à l’autre comme s’il avait été témoin d’un évènement incroyable. Lorsqu’enfin il termina ses appels, maître Chang referma son ordinateur, le rangea dans sa housse, et se prépara à sortir. Sur le seuil de la porte, il parut se souvenir de la présence d’Albert et retourna prestement vers lui en lui tendant un trousseau de clés. Il filait à l’aéroport pour assister à une conférence à Hongkong. Albert devait surveiller les alarmes et le prévenir en cas de problèmes. Sans un mot de plus, Maître Chang claqua la porte et disparut.
### Le mystérieux minage
Les premiers jours, Albert s’en tint à sa routine. Mais le troisième soir, alors qu’il s’apprêtait à fermer le laboratoire, le même tintement mystérieux retentit. Cette fois, il en était sûr, le bruit provenait du radiateur. Non sans appréhension, le stagiaire s’approcha du meuble étrange, hésita un long moment avant de tourner la roue du verrou comme il l’avait vu faire à son maître, jusqu’à ce qu’un déclic métallique signalât l’ouverture de l’armoire. Il fit pivoter la porte. Le meuble abritait un ordinateur comme Albert n’en avait jamais vu de semblable. Une bouffée de chaleur accompagna sa découverte, provenant apparemment de centaines de composants qui tapissaient les parois du meuble, tous reliés au cube central du processeur, noir et froid, sur lequel trônait un moniteur. Un message clignotait sur l’écran: «Vous avez miné un DigÉcu».
Le terme DigÉcu sonnait familier, sans doute dû à quelque titre de presse entrevu au kiosque ou à un commentaire du journal télévisé, mais il fallut à Albert une longue recherche en ligne pour comprendre de quoi il s’agissait: une cryptomonnaie, un code informatique très spécial qui pouvait s’échanger contre les pièces et les billets des gens normaux. A la différence des monnaies frappées par les banques centrales et les gouvernements, les DigÉcus n’étaient émis par aucune institution, mais créés sur des ordinateurs par tout un chacun. Chaque monnaie était comme un casse-tête plus compliqué que la précédente. Le premier qui cassait ce code gagnait une nouvelle monnaie, on disait qu’il avait «miné» un DigÉcu, dont le code devenait le nouveau casse-tête à résoudre. Simples au début, ces codes étaient devenus d’une effarante complexité en un peu moins de vingt ans. Tout autour du monde, des entreprises et des particuliers étaient en compétition pour miner ces monnaies chiffrées à l’aide de calculs inextricables effectués par des composants électroniques comme ceux qui revêtaient les parois du «radiateur». Cette mystérieuse armoire recelait donc la mine de DigÉcu de Maître Chang.
### Pris de vertige
Tous ces détails techniques avaient épuisé les dernières forces d’Albert. Il était sur le point de s’assoupir sur sa chaise lorsqu’il fit une dernière recherche sur la valeur de cette fameuse monnaie digitale. Tout cela ne semblait pas très sérieux à l’ancien facteur, un jeu de mathématiciens pour gagner des billets de Monopoly virtuels. Il en tomba presque à la renverse, et refit plusieurs recherches pour se convaincre de la réalité de cette information: chacun de ces DigÉcus valaient le prix d’une maisonnette! Leur taux de change paraissait instable, mais en moyenne en hausse constante. La voilà la vraie martingale, se dit Albert en songeant à ses ridicules grilles de Loto. Sous ses dehors farfelus, maître Chang avait trouvé une mine d’or; il fallait l’imiter!
Albert passa aux travaux pratiques et ouvrit un porte-monnaie digital à son nom. Puis il chercha ces fameux logiciels de minage et se rendit compte que les cours de cryptographie qu’il avait suivis avec ennui lors de sa formation prenaient un intérêt nouveau. Albert recopia un logiciel trouvé sur Internet, le modifia, et le fit tourner sur un des ordinateurs du laboratoire. Une machine puissante mais pas très récente: il se demandait si elle avait une chance de battre les gigantesques centres de données dédiés produisant des fortunes chaque jour. Peu importe, il voulait essayer son logiciel, qui paraissait fonctionner. Les lignes de code se mirent à défiler sur l’écran. Albert les suivit un moment des yeux, mais fut pris de vertige, ses dernières forces le quittèrent et il s’écroula dans un profond sommeil à même le sol dallé du laboratoire.
### Multiplier la puissance
Ce fut un sifflement qui le réveilla. Le stagiaire hébété regarda tout autour de lui avant de se souvenir qu’il avait choisi ce jingle idiot comme alarme de son programme de minage. Albert se frotta les yeux, remit ses lunettes de lecture et s’approcha de l’écran. «Vous avez miné un DigÉcu»! Albert était soudain riche! Il consulta son porte-monnaie digital et effectivement, la monnaie y apparaissait. Il convertit une fraction de DigÉcu et le transféra sur son compte bancaire: le nombre de zéros lui fit mal aux yeux mais ce n’est qu’après avoir commandé un déjeuner gourmet et l’avoir dévoré sur le bureau de Maître Chang qu’Albert fut enfin convaincu de la réalité de cette crypto-monnaie. Il n’avait jamais disposé d’une telle fortune sur son compte, et passa l’après-midi à faire les comptes de ce dont il avait besoin. A sa grande déception, il constata qu’une fois remboursées ses dettes, aménagé son appartement, réservé une semaine de vacances en famille et offert une bague à Lucette, le nombre de zéros allait fondre. Il jeta un œil vers l’écran où continuaient à défiler des lignes de codes, mais qui restait muet. Ce premier DigÉcu serait peut-être le dernier, sa chance unique de débutant, songea-t-il.
Le jour suivant, Albert dut résoudre quelques alertes mineures et mettre à jour les antivirus de la plupart des serveurs. Pas le moindre sifflement joyeux pour le déranger: son logiciel de minage n’enregistrait plus que des échecs. Si seulement il disposait d’un aussi grand nombre d’ordinateurs que les services industriels du canton… Il se figea soudain. Ces ordinateurs en réseaux étaient tous reliés en réseau au laboratoire de Maître Chang! Il suffisait d’installer à distance son logiciel sur les serveurs de tous les services publics du canton pour multiplier presque à l’infini sa puissance de minage de cryptomonnaies! Pas si difficile à programmer, pensa Albert. Cela lui prit pourtant une nuit entière. A l’aube, le logiciel passa les tests, Albert le déploya et rentra dormir chez lui.
### Un réveil de milionnaire
Il se réveilla dans l’après-midi et consulta immédiatement son porte-monnaie digital. Lequel affichait déjà douze DigÉcus. Albert n’en cru pas ses yeux. Il se passa la tête sous l’eau fraîche, ouvrit à nouveau son téléphone: au bout de quelques secondes apparut un treizième DigÉcu. Puis encore un au bout de quelques minutes. Albert était hypnotisé par son porte-monnaie qui se remplissait de plus en plus vite, mais n’osait encore calculer l’étendue de sa fortune. Il se trouvait confronté à un futur qu’il n’avait jamais envisagé, n’ayant jamais entretenu aucune ambition de richesse. Comment dépenser cette abondance d’argent qui augmentait à chaque sifflement? Albert n’avait pas d’autre aspiration que celle de récupérer sa maisonnette du bourg avec Lucette et les enfants, voire quelques jolies vacances en plus. Les sifflements se succédaient désormais à quelques secondes d’intervalle. Même sans calcul exact, il se rendait compte qu’il venait de gagner plusieurs fois ce qu’il avait dépensé durant toute sa vie. Mais comment les riches arrivaient-ils à flamber autant d’argent?
Loin de tranquilliser Albert, cette opulence inespérée commençait à l’angoisser. Il lui sembla soudain qu’il avait beaucoup à perdre. De retour au laboratoire, la peur de la baisse du cours l’incita à convertir toutes ses cryptomonnaies en espèces locales, mais il se ravisa: ce revenu allait certainement être taxé et il fallait d’abord régler ses arriérés. Il ne changea donc qu’un DigÉcu, justement pour régler ses dettes. Les sifflements incessants de son logiciel lui tapaient sur les nerfs. Il se rapprochait du terminal pour couper le son lorsqu’une alerte retentit sur le moniteur de la voirie. Certains des ordinateurs gérant la signalisation routière semblaient saturés. Albert suivit le protocole de redémarrage, sans succès. Ce fut alors que l’écran du Service des Eaux qui se mit à clignoter en rouge, puis celui de la comptabilité cantonale, suivis bientôt par ceux de la distribution d’énergie et des crèches. En quelques minutes, le laboratoire parut frappé par la rougeole. Soudain, les néons de la pièce fluctuèrent avant de s’éteindre, remplacés par les éclairages bleutés du générateur d’urgence. Albert, jetant un coup d’œil à l’extérieur, se rendit compte que toute la ville était maintenant plongée dans l’obscurité et sursauta à la vue d’un accident en contrebas causé par l’absence de feux rouges.
### Le canton dans le chaos
Dans la semi-obscurité, Albert tentait de résoudre une situation qui échappait à son contrôle. Ce ne fut qu’alors qu’il comprit que le virus qui paralysait les ordinateurs du canton n’était autre que son propre logiciel de minage de crypto-monnaies. Le programme avait drainé toute la puissance de calcul des services publics qui, l’un après l’autre, tombaient en panne. Il tenta de le stopper, mais les sifflements devenaient continuels et comme hachés, tandis que le compteur de DigÉcus tournait follement.
Albert avait trahi sa mission et plongé son canton dans le chaos. Après l’euphorie et l’angoisse, le voilà paralysé par un désespoir honteux. Il allait être jeté en prison pour le restant de ses jours!
Le téléphone filaire sur le bureau de maître Chang commença à sonner. Albert savait qu’il s’agissait de la ligne directe avec les autorités cantonales et se garda bien de décrocher. Mais au quatrième appel, il prit son courage à deux mains et répondit. C’était le maire en personne, furieux. Le stagiaire eut beau raconter que la situation était sous contrôle, l’élu tempêtait et exigea de parler avec M. Chang, ce qui poussa Albert à prétendre que l’ingénieur était comme il se devait en train de résoudre le problème et qu’il rappellerait dès que possible. Ce mensonge, loin de calmer l’édile, produisit l’effet inverse: hors de lui, le maire hurlait maintenant menaces et invectives. Des crissements se firent entendre sur la ligne, puis soudain, l’appareil devint muet, épargnant à Albert une avalanche d’insultes. Le réseau téléphonique lui-même avait fini par imploser.
### Le retour du Maître
La voix du maire qui résonnait encore dans sa tête eut raison des dernières hésitations d’Albert. Il empoigna le téléphone portable laissé par Maître Chang dans l’éventualité d’une urgence et composa son numéro. Le réseau mobile paraissait fonctionner encore, car une sonnerie se fit entendre. L’ingénieur décrocha sans rien dire. Albert bafouilla:
* Un désastre s’est produit monsieur, je n’arrive pas à le résoudre.
* Et bien heureusement que je suis rentré, Albert!
Le stagiaire se retourna et vit l’ingénieur pousser la porte en raccrochant, le visage sévère. En un regard circulaire, ce dernier prit la mesure de la situation. Il sortit son ordinateur, inscrivit très rapidement des lignes de code entrecoupées de frappes sur le bouton «enter». Au bout de quelques minutes, toutes les alarmes cessèrent. Un dernier sifflement attira l’attention de Maître Chang vers le vieux terminal sur lequel Albert avait déployé son logiciel de minage pour la première fois. L’ingénieur se dirigea rapidement vers l’écran et émit un juron aigu devant la quantité de DigÉcus indiquée par le portemonnaie numérique d’Albert. L’électricité était rétablie, l’ingénieur empoigna le téléphone filaire pour rassurer les autorités, promettant un prompt remboursement des dégâts et assurant qu’une telle panne ne se reproduirait plus.
Il se tourna alors vers Albert, qui restait tête basse. De la main droite, il lui releva le menton pour le regarder dans les yeux. Le Maître voulait savoir qui avait donné à Albert ce programme de virus de minage. Lorsqu’Albert finit par avouer que c’était lui qui avait modifié un logiciel pour l’adapter aux serveurs de tous les services publics, Chang parut surpris, retourna vers l’écran pour relire les lignes de code, grommela que c’était à la fois simple et élégant puis admonesta Albert et lui annonça que l’essentiel de ses gains en crypto-monnaies seraient dédiés aux dédommagements. Quant au reste… il proposa de l’investir avec lui dans un centre de données dédié au minage de DigÉcus. Ils seraient désormais associés, si Albert en était d’accord.
Ils scellèrent leur accord par une poignée de main mais Albert tint à ajouter: *«Mon père avait raison: ces machines volent les âmes. Ma fortune s’est faite aux dépens des citoyens du canton. Un fils sage écoute l’instruction de son père, mais le moqueur n’écoute pas la réprimande.»*
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