Le Temps (Suisse)

L’Ukraine, l’urgence toute relative de l’UE

ÉDITORIAL. La majorité des dirigeants de l’UE s’accordent sur le besoin d’accroître le soutien à l’Ukraine. Mais le sommet européen qui s’est achevé vendredi n’a débouché sur aucune décision concrète. La volonté politique se heurte à des problèmes de financement

Ceux qui espéraient des décisions concrètes du sommet européen qui s’est achevé vendredi à Bruxelles risquent d’être déçus. Dans une tribune publiée dans plusieurs médias européens, Charles Michel, le président du Conseil européen, avait pourtant averti: «Si nous voulons la paix, il faut nous préparer à la guerre; la Russie ne s’arrêtera pas en Ukraine; nous devons passer en mode économie de guerre.»

Lire aussi: Mieux armer l’Ukraine et dynamiser leur propre défense, le dilemme des Européens

Dans les faits, les paroles n’ont pas été suivies d’actes. Du moins, pas dans l’immédiat. Les Vingt-Sept n’ont fait qu’effleurer la proposition de la Commission européenne d’utiliser 90% des revenus générés par les avoirs russes gelés pour acheter des armes pour l’Ukraine. Ils n’ont fait que frôler la proposition tchèque d’acheter 800 000 obus hors du bloc UE-OTAN pour rapidement aider Kiev. Rien non plus de concret s’agissant de la stratégie pour booster l’industrie de la défense européenne. Il n’y a eu que des «premières discussions».

Bien sûr, la «volonté politique» d’accélérer le soutien à Kiev s’exprime plus fortement que jamais. Et l’UE a déjà fourni des efforts considérables. En février, une nouvelle aide de 50 milliards d’euros pour la période 2024-2027 a été débloquée. La menace russe n’est plus sous-estimée.

Mais à Bruxelles, les belles déclarations se heurtent aux problèmes, concrets, de financement. Faut-il solliciter la Banque européenne d’investissement? L’idée de lancer un grand emprunt européen a-t-elle la moindre chance face à l’intransigeance de pays comme l’Allemagne? Les Européens sont divisés.

Après des années de sous-investissements militaires post-Guerre froide, les capacités de production d’armes en Europe restent limitées et les stocks se vident. Plus de 68% des achats d’armes depuis le début de la guerre en Ukraine ont été faits hors d’Europe, très majoritairement aux Etats-Unis. Corriger le tir prendra du temps. Autres obstacles: la Hongrie et la Slovaquie, pour qui équiper militairement l’Ukraine ne contribue qu’à prolonger le conflit.

La majorité des leaders européens sont déterminés à soutenir l’Ukraine «aussi longtemps qu’il le faudra et aussi intensément que nécessaire». Mais chaque décision reportée à Bruxelles a des conséquences sur le terrain en Ukraine. Attendre juin pour étudier les pistes de financement précises qui figureront dans un rapport commandé à la Commission a, dans le contexte actuel, quelque chose d’absurde.

Surtout, l’UE donne des signaux contradictoires. Pour apaiser la colère paysanne à l’approche des élections européennes, les Vingt-Sept ont décidé de plafonner certaines importations agricoles ukrainiennes exemptées de droits de douane, blé et orge exceptés. Un manque à gagner évalué à plus de 1 milliard d’euros par an pour l’Ukraine, qui arrive au pire moment.

Pour l’UE, l’«urgence» d’aider l’Ukraine semble être à géométrie variable. «Les Européens n’ont pas encore pris la mesure de l’urgence», regrettait récemment Josep Borrell, le chef de la diplomatie de l’UE. Et s’il avait raison?

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