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Accord céréalier: Poutine utilise une fois encore l'arme de la faim

Alors que l'accord céréalier de la mer Noire arrive à terme, Poutine menace de ne pas la renouveler, si ses conditions ne sont pas remplies, notamment la réintégration de la banque agricole russe dans le système international de paiement SWIFT.

Reconduira ou ne reconduira pas? Telle est la question que Poutine laisse en suspens à la veille de l’échéance de l’accord sur les céréales ukrainiennes, utilisant la faim dans le monde comme levier de négociation.

Pourquoi c’est important? Il y a un an, la Russie et l’Ukraine signaient, sous l’égide de la Turquie et de l’ONU, l’initiative céréalière de la mer Noire, permettant la levée du blocus maritime russe sur l’exportation du blé ukrainien. Renouvelé à plusieurs reprises, cet accord arrive à terme ce lundi 17 juillet. S’il n’est pas renouvelé, c’est plusieurs pays en voie de développement, en Afrique et au Moyen-Orient, qui risquent de se retrouver en situation d’insécurité alimentaire.

Au cours d’un [appel téléphonique](https://www.lemonde.fr/international/article/2023/07/16/la-reconduction-de-l-accord-sur-les-exportations-de-cereales-ukrainiennes-toujours-freinee-par-moscou_6182157_3210.html) samedi à son homologue sud-africain Cyril Ramaphosa, le président russe a estimé que «l’objectif principal de l’accord» n’était pas atteint. Dans son communiqué, le Kremlin menace de refuser le renouvèlement de l’initiative si les entraves aux exportations russes, notamment les produits agricoles à destination de pays du sud, dont le Brésil, ne sont pas levées par les pays occidentaux. Sinon, Moscou estime ne voir «aucune raison» de prolonger cet accord.

**L’arme de la faim.** Pourtant, vendredi, le président turc Recep Tayyip Erdogan, l’un des parrains de l’accord, était plus optimiste.

> «Nous nous préparons à accueillir Poutine en août et nous sommes d’accord sur l’extension du corridor céréalier de la mer Noire», avait-il assuré.

De son côté le Kremlin a nié avoir passé un accord avec le président turc. Un flou entretenu à dessein par Vladimir Poutine, qui utilise l’arme de la faim pour tenter de faire plier l’ONU sur plusieurs points de désaccord. Moscou demande notamment la réintégration de la Banque agricole russe dans le système international de paiement SWIFT.

Peter Stano, porte-parole de la commission européenne, a un autre point de vue:

> «La Russie, même si elle prétend que l'accord profite aux Européens ou aux Ukrainiens, enregistre en fait des bénéfices accrus sur son propre commerce d'engrais, de blé et de céréales, qu'elle vole également à l'Ukraine. Ainsi, tout ce qui vient de Russie n'est que mensonges et mensonges liés à la campagne illégale contre l'Ukraine.»

Selon l’UE, une non-reconduction de l’initiative provoquerait une envolée du prix des denrées sur le marché mondial, faisant courir le risque d’une insécurité alimentaire dans les pays les plus pauvres.

Ce que minimise Moscou, qui affirme que seul 3% des 32 millions de tonnes de biens alimentaires produits par Kiev depuis un an parviennent aux pays les plus pauvres. Chiffres à leur tour contestés par l’UE, selon laquelle [49% de ces exportations](https://fr.euronews.com/my-europe/2023/07/10/le-temps-presse-pour-prolonger-laccord-sur-les-cereales-ukrainiennes) ont profité aux pays pauvres.

De son côté, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s’est dit prêt à envisager la levée des obstacles visant les exportations russes, en «éliminant les entraves aux transactions financières de la Banque agricole de Russie».

**Perdre des soutiens africains?** Cela sera-t-il suffisant pour convaincre Moscou? Il faudra attendre demain pour le savoir, mais il y a fort à parier que Poutine finisse par céder. Difficile de croire qu’il fasse courir à ses alliés africains le risque de l’insécurité alimentaire, s’il espère conserver leur soutien à l’ONU. Les pays africains ont été les plus nombreux à soutenir, ou du moins à ne pas condamner, l’invasion de l’Ukraine.

Afin de renforcer leurs liens géopolitiques et économiques avec le continent, le gouvernement russe prépare le sommet Russie-Afrique prévu fin juillet à Saint-Pétersbourg. Le président sud-africain a aussi discuté avec son homologue russe du [sommet des BRICS](https://www.courrierinternational.com/article/diplomatie-poutine-laisse-planer-la-menace-sur-l-accord-cerealier-de-la-mer-noire#:~:text=Vladimir%20Poutine%2C%20lors%20d'un,c%C3%A9r%C3%A9ales%20ukrainiennes%20depuis%20un%20an.) (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) qui se déroulera en août à Johannesburg.

La tension est forte: si Vladimir Poutine s’y rend, l’Afrique du Sud, signataire du Traité de Rome, serait obligée de l’arrêter et le livrer à la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre, étant donné la mandat d’arrêt délivré contre lui. Le président russe est «présumé responsable» de crimes de guerre en Ukraine pour la déportation d’enfants de zones ukrainiennes occupées vers la Russie.

https://www.heidi.news/articles/accord-cerealier-poutine-utilise-une-fois-encore-l-arme-de-la-faim

#Presse #heidi #Suisse

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