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La pierre philosophale de l’ère numérique

L’effondrement des cours fin 2021 a nettoyé le marché: les cryptomonnaies remontent et peuvent à nouveau régner dans l’imaginaire comme une source de richesse presque miraculeuse. Le banquier et écrivain Karel Gaultier s’en inspire pour quatre nouvelles écrites sur le mode des contes, où le Bitcoin revêt les qualités magiques qui imprègnent les bonnes histoires pour enfants.

Nées avec le siècle, les cryptomonnaies bousculent le paysage financier mondial. Mais à l’inverse de la plupart des révolutions monétaires passées, les pouvoirs en place ne sont plus, cette fois, les principaux acteurs de ce changement. Au contraire, les institutions financières, tant publiques que privées, se sont montrées frileuses, voire hostiles aux monnaies digitales, sans que cette opposition réussisse à endiguer leur succès croissant. En conséquence, certaines banques centrales tentent de lancer leurs propres cryptomonnaies, quelques Etats se risquent à leur accorder le statut de devise et une poignée de fonds d’investissements s’aventurent à créer des portfolios de monnaies digitales.

Lire le 1er conte: la martingale

Les pionniers des monnaies digitales ont disposé de l’immense avantage d’avoir créé les premières «concessions» de cryptos. Ces geeks ont mené la ruée vers ce nouvel Eldorado à l’aube du siècle dans l’ignorance et le scepticisme général: leurs premières mines de cryptos ont produit facilement d’énormes quantités de monnaies. Quand traders, banquiers et institutions se sont rendu compte que ce phénomène était là pour durer, il était devenu beaucoup plus ardu de miner, requérant des centres de calcul énormes pour produire la même richesse que ce que quelques PC dans un garage avaient miné auparavant.

### **La mort du Bitcoin, annoncée 474 fois**

Les pouvoirs monétaires en place s’inquiètent, car le contrôle régalien sur l’émission des monnaies était jusqu’à présent leur prérogative exclusive. Avec leurs alliés de la finance traditionnelle, ils ne perdent pas une occasion de discréditer les cryptomonnaies et mettent en avant les faillites (celle de FTX, de Genesis, etc) pour tenter d’instiller le doute chez les utilisateurs. A la fin 2021, le cours des cryptomonnaies s’est effondré après plus de vingt ans de croissance exponentielle. En vérité, ces aléas boursiers ont nettoyé le marché et le Bitcoin (BTC), dont la mort aurait été annoncée 474 fois à ce jour selon le site [Bitcoin Obituaries](https://99bitcoins.com/bitcoin-obituaries/), ressort renforcé de cette crise. A l’heure où j’écris ces lignes, un Bitcoin vaut 25’700 francs suisses. Sa valeur maximale a été de 67’000 dollars le 19 octobre 2021 avant de plonger à 16’000 dollars un an plus tard.

Cette baisse temporaire du marché des cryptos sera bien vite oubliée dans quelques mois lorsque le prochain «halving» propulsera le BTC vers de nouveaux sommets. Il s’agit d’une opération qui réduit de moitié la récompense en BTC lors du minage de chaque bloc. D’autre part, un scénario consensuel veut que la FED baisse ses taux d’intérêts au printemps 2024. De mauvais gré, Etats et banques centrales n’ont pas d’autre solution que de reconnaître la place prépondérante des monnaies digitales et leur potentiel de croissance.

### **Une ébullition mondiale**

Les véritables acteurs des cryptos sont avant tout des individus, et pas seulement issus des classes privilégiées des pays développés. L’ébullition crypto est mondiale, à l’instar de l’Internet qui l’a rendue possible. L’engouement pour le porte-monnaie digital est d’autant plus fort et populaire que les citoyens doutent de leur monnaie nationale. On peut facilement acheter en bitcoins une arepa (galette de maïs) dans la rue en Colombie ou payer en cryptos son dîner au Rwanda. Cet engouement planétaire a créé un marché extrêmement spéculatif et dérégulé, donc risqué. Mais pour de petits investisseurs sur leur téléphone, l’accès au trading est direct et a formé les premières cohortes de millionnaires en cryptos.

C’est une révolution dans l’imaginaire de la richesse. Des notions il y a peu considérées comme pierres angulaires de l’économie sont désormais obsolètes. L’image d’Épinal des vertus de l’épargne est ternie, l’association de la monnaie au monarque ou à l’État a disparu, ces monnaies ne sont plus sonnantes ni trébuchantes.

### **Alchimie médiévale**

Il y a dans la cryptomonnaie quelque chose de l’alchimie médiévale. Le mystère des «blockchains» ou l’étrangeté du «minage» contribuent à l’image d’une richesse issue de rien, comme une pierre philosophale de l’âge digital. Le commun des épargnants n’en voit que les dangers alors que la plupart des enthousiastes et des utilisateurs de ces monnaies ont les yeux qui brillent devant cet Eldorado digital, même s’ils n’ont soulevé qu’une petite partie du voile.

Ma série de quatre nouvelles raconte cette ferveur sur le mode du conte. Les personnages sont nos voisins, des gens croisés dans un café, à l’arrêt de bus ou au marché. Ce sont souvent des déclassés, maltraités par les changements économiques, sociaux, politiques ou technologiques de l’ère de l’Information. De tous âges, avec des profils bien différents, leur rencontre avec la prospérité digitale les rend singuliers. Chacun à leur manière, ils contribuent à saper les fondations de marbre de la «Grande Banque».

Une nouvelle course a commencé. Le Graal est désormais de trouver la technologie qui alliera le coût le plus faible et la plus grande rapidité d’exécution des échanges. Le tout dans un contexte global dans lequel le coût énergétique et son empreinte carbone sont devenus des garde-fous à la spéculation. A travers ces nouvelles, les lecteurs pourront en savoir plus sur les différents aspects de la création, us et abus de la cryptomonnaie que j’ai inventée pour l’occasion: le DigÉcu. Sera-t-il ce nouveau Graal?

https://www.heidi.news/articles/la-pierre-philosophale-de-l-ere-numerique

#Presse #heidi #Suisse

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