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«Grâce à la foodtech, Israël gagnera de l’argent… Et importera de la nourriture.»

Dans le petit pays désertique et montagneux, l’auto-suffisance alimentaire n’est pas une priorité. Innover dans les champs et les assiettes sert avant tout à exporter un savoir-faire… et assurer le développement économique de la population. Et ce, depuis plus d’un siècle.

C’est le moment de confesser une certaine naïveté personnelle. Un postulat erroné: celui selon lequel Israël investit massivement dans l’innovation alimentaire afin de renforcer son autosuffisance. Une nécessité, pour un Etat composé aux deux tiers de montagnes et de désert, et en conflit avec la Palestine. J’avais tort.

La théorie s’est érodée avant même mon arrivée en Israël, lors d’un appel avec Roee Nir, CEO de la start-up Forsea. La jeune société cultive en laboratoire des filets de poissons, en particulier d’espèces menacées. Lors de notre conversation, il m’avait dit ne pas viser le marché israélien, «trop petit».

Les Etats-Unis en ligne de mire

L’argument est revenu à chaque nouvelle rencontre d’entrepreneur: avec ses neuf millions d’habitants – à peine plus que la Suisse – Israël offre des perspectives économiques trop maigres, en comparaison avec les 330 millions de consommateurs potentiels aux Etats-Unis.

Le géant américain offre en prime une politique plus douce vis-à-vis des organismes génétiquement modifiés – dont l’usage est récurrent dans l’innovation agroalimentaire. «Pour l'instant, nous visons le marché américain, principalement en raison de la question des OGM», m’a expliqué Raya Liberman-Aloni, la directrice technique de PoLoPo, une start-up qui veut transformer des pommes de terre en usines à protéines. Même chose chez Imagindairy, qui développe du lait de vache synthétique à partir de micro-organismes.

Israël, une vitrine du futur de l’agriculture

Cette appétence pour l’export se retrouve aussi dans les innovations agricoles. Le pays reçoit régulièrement la visite de délégations – Japon, Maroc, Afrique subsaharienne, et même la Corse – pour exhiber ses innovations. La culture en plein désert de tomates (voire de poissons), par 30°C la moitié de l’année, est devenue une vitrine pour l’étranger.

Le village de Midreshet Ben-Gurion devant la vallée de la Zin, dans le désert du Néguev, le 8 mars 2023. | Heidi.news / Nina Schretr

Cet intérêt ne risque pas de s’essouffler, avec le dérèglement climatique et la désertification des territoires. Près de la moitié des terres émergées de la planète sont déjà recouvertes de zones arides. Israël devient autant un laboratoire qu’un avant-goût de ce qui attend les pays au climat plus tempéré.

«L’Europe subit des stress qu'elle n'avait pas auparavant»

La vigne en est un bon exemple: «A la fin du 19e, le baron de Rothschild a apporté en Israël des ceps français (cabernet-sauvignon, merlot), retrace Naftali Lazarovitch, directeur du French Associates Institute for Agriculture and Biotechnology of Drylands, basé à Midreshet Ben-Gurion, dans le désert du Néguev.

Le professeur poursuit:

«L'idée était de cultiver ces plantes ici comme en Europe. Mais ici, ce n'est pas l'Europe (il rit). Nous devons changer les pratiques, irriguer, fournir des engrais... Même le palissage, le travail avec la plante, la coupe, tout doit être adapté. Une fois que nous maîtrisons tout cela dans notre environnement aride, nous pouvons exporter nos connaissances vers l'Europe. Parce que les pays commencent aussi à subir des stress qu'ils n'avaient pas auparavant.»

Tout en exportant ces savoirs-faire à l’étranger, on l’assure: l’innovation ruisselle aussi jusqu’aux agriculteurs locaux, qui peuvent s’associer à des instituts de recherche.

«Les exploitations de dattes (un fruit phare de l’Etat hébreux ainsi que de Palestine, comme le raconte notre reportage sur place, ndlr.) sont étudiées pour améliorer la productivité, poursuit Naftali Lazarovitch. Nous utilisons différentes techniques pour améliorer la qualité des fruits, qu'il s'agisse de leur taille, de leur forme ou de leur goût. Un petit fruit ne se vend pas bien. Nous utilisons des technologies, des capteurs, des modèles, des techniques d'irrigation afin d'améliorer les récoltes.»

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https://www.heidi.news/articles/grace-a-la-foodtech-israel-gagnera-de-l-argent-et-importera-de-la-nourriture

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