J'ai eu plus de suivi médical pour une chirurgie esthétique que pour ma césarienne.
Il y a quelques années, j'ai subi une chirurgie orthognatique : une correction de la mâchoire pour traiter un décalage qui me créait des tensions chroniques dans tout le dos. C'était une chirurgie dite "de confort", accessoirement esthétique. Techniquement complexe (fracturer un os pour le rallonger artificiellement), mais réalisée par une petite incision interne.
Le protocole de suivi :
→ 3 jours d'hospitalisation
→ Surveillance médicale constante
→ "Faites attention en vous levant, reposez-vous"
→ Rendez-vous de contrôle hebdomadaires, puis mensuels
→ Suivi jusqu'à 1 an post-opératoire
→ Accompagnement orthodontique en parallèle
Quelques années plus tard, j'ai eu une césarienne.
Pour ceux qui ne le savent pas, une césarienne implique :
→ L'incision de 7 couches de tissus (peau, graisse, fascia, muscles abdominaux, péritoine, utérus)
→ Le déplacement temporaire d'organes
→ L'extraction du bébé
→ La suture méticuleuse de chaque couche
C'est une chirurgie abdominale majeure. L'une des plus pratiquées au monde.
Le lendemain de mon opération :
→ "Levez-vous"
→ "Occupez-vous de votre bébé"
→ "Massez vous-même votre cicatrice"
Je n'avais même pas le courage de la regarder.
Je suis sortie de la maternité en fauteuil roulant, incapable de marcher. On m'a dit que cela n'avait "rien à voir avec la césarienne", que je m'étais "sûrement coincé le dos avec la fatigue".
Je signalais qu'un côté de ma cicatrice tirait anormalement. On me répondait qu'elle était "belle".
J'ai dû chercher par moi-même un ostéopathe compétent.
Lui m'a confirmé ce que je ressentais : des adhérences cicatricielles qui m'empêchaient de marcher normalement.
J'ai eu un unique rendez-vous de suivi à 3 semaines post-opératoire. Mon ressenti a été réduit à une phrase dans mon dossier médical : "A mal vécu son séjour à la maternité."
Toujours les mères qui "vivent mal" des situations. Jamais les situations qui sont objectivement inadaptées.
Si la césarienne ne concernait pas exclusivement les femmes, nous n'en serions pas là.
Aucune autre chirurgie majeure n'est aussi systématiquement banalisée et sous-suivie. C'est un problème de santé publique, mais aussi un révélateur sociétal.
Nous vivons dans une société qui :
→ Minimise la violence de l'acte chirurgical quand il concerne la naissance
→ Attend des femmes qu'elles se "lèvent" immédiatement après une opération majeure
→ Leur confie la charge d'un nouveau-né 24h/24 sans temps de récupération
→ Pathologise leur ressenti plutôt que de questionner les protocoles
Les conséquences sont graves :
→ Complications non détectées (adhérences, infections, douleurs chroniques)
→ Impact sur la santé mentale maternelle
→ Difficultés dans le lien mère-enfant
→ Séquelles physiques à long terme
C'est une honte collective de prendre si mal soin des mères, et donc des enfants d'aujourd'hui, des adultes de demain.
Les femmes méritent mieux. Les bébés méritent mieux. Nous pouvons faire mieux.
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Je suis Susana, doula, et parmi mes multiples passions… je pourrais
écouter des récits de naissance à l'infini. Et pleurer à chaque fois. De
tristesse, de colère, de bonheur. Et si tu me racontais le tien ?
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