Le Temps (Suisse)
Louis Matute: «Un disque, c’est fait pour rêver, pour oser!»
Le guitariste genevois Louis Matute vient sort ce vendredi son quatrième album, «Small Variations From the Previous Day». Rencontre en terre lausannoise avec ce musicien branché sur la sono mondiale
A tout juste 30 ans, le guitariste Louis Matute s’impose comme un des noms incontournables de la nouvelle scène du jazz, bien au-delà de nos frontières. Puisant son inspiration dans la musique latino-américaine, le musicien revendique une vision fantasmée du «nouveau monde», sans souci d’authenticité musicale. Alors qu’il cartonne en ce moment du côté hexagonal, on le retrouve calé dans un bar de quartier à deux pas de la place de la Riponne à Lausanne, chai latte en main. Il nous raconte la cosmogonie de ce nouvel album.
Le Temps: Après «Our Folklore» en 2022, quelle a été votre source d’inspiration pour ce nouvel opus?
Voir plushttps://www.letemps.ch/articles/louis-matute-un-disque-c-est-fait-pour-rever-pour-oser
#Presse #letemps #Suisse
Le Temps (Suisse)
S’adapter ou mourir, les magasins n’ont aucun autre choix
ÉDITORIAL. La livraison le jour même, proposée par des acteurs suisses tel Galaxus, et la pression croissante des multinationales chinoises obligeront les magasins traditionnels à évoluer rapidement
Franz Carl Weber qui s’efface, Esprit qui ferme ses magasins, Yves Rocher qui a quitté la Suisse… La liste des enseignes qui abaissent leur rideau s’allonge et le mouvement semble s’accélérer. Ce qui se passe a des conséquences brutales: des emplois sont perdus, des clients sont déboussolés, du lien social disparaît et les centres urbains perdent petit à petit de leur vie.
Il ne faut pas sous-estimer les dégâts causés, sur la durée, par ces fermetures. Mais il faut aussi, en parallèle, se poser une question centrale: quelle est réellement la valeur ajoutée d’un magasin physique par rapport à un site de vente en ligne?
Prenons l’exemple des jouets. Bien sûr, il y a le plaisir, en magasin, d’admirer, de comparer et de toucher des produits. Mais dans les grandes surfaces et les chaînes spécialisées, ce sont évidemment des jouets standardisés. Ils ne présentent aucune originalité et s’achètent en ligne, sur des sites suisses, facilement 20 à 30% moins cher. Avec un brin de cynisme, on peut avancer que les magasins physiques qui proposent ces jouets servent, bien malgré eux, de surfaces d’exposition gratuites à des concurrents en ligne vers qui les consommateurs vont ensuite se tourner…Cette question de la valeur ajoutée se pose aussi dans le secteur des cosmétiques, ou des habits. Bien sûr, on veut parfois voir ou essayer un produit et bénéficier des conseils de vendeurs. Mais ensuite, souvent, ces produits, encore une fois standardisés, s’acquièrent à meilleur compte en ligne.
Et pour assombrir le tableau, il n’y a pas que le prix. Il y a aussi le côté pratique. De nombreuses plateformes suisses de vente en ligne proposaient déjà la livraison le lendemain. Désormais, la tendance va vers une livraison le jour même – Galaxus, filiale de Migros, étant à la pointe dans ce domaine. La majorité de ses clients qui effectuent une commande avant 11h reçoivent leur colis vers 21h. Et il y a une demande pour ce service: selon les régions, entre 20 et 30% des commandes sont déjà livrées le soir même sur demande du client.
Bien sûr, il peut y avoir un côté absurde à voir un livreur – dont on peut suivre le déplacement en direct sur l’écran de son smartphone… – déposer un paquet de croquettes pour chat le soir devant sa porte. Pourtant, d’après une étude récente de Galaxus, ce sont les jeunes qui plébiscitent le plus ce type de livraison éclair.
Les magasins traditionnels ont donc tout intérêt à se préparer à cette concurrence issue d’acteurs helvétiques. Bien sûr, il y a aussi des acteurs étrangers tels Temu ou Shein, dont les prix sont si bas qu’ils paraissent aberrants, et dont la qualité des produits est si faible qu’elle est inquiétante. Face à cette concurrence jugée déloyale, les représentants des magasins suisses ont raison de se plaindre.
Mais pour tout le reste, ils doivent trouver comment s’adapter aux nouvelles exigences de leur clientèle.
https://www.letemps.ch/articles/s-adapter-ou-mourir-les-magasins-n-ont-aucun-autre-choix
#Presse #letemps #Suisse
Le Temps (Suisse)
Syngenta abandonne ses projets d’introduction en bourse en Chine
Le groupe agrochimique bâlois, qui appartient au chinois Chemchina, a vu ses recettes et sa rentabilité reculer en 2023
Le géant agrochimique Syngenta a vu ses ventes et sa rentabilité s’éroder l’an dernier. Sur ses trois divisions, seule celle dédiée aux semences, contribuant pour moins d’un quart au chiffre d’affaires, affiche une croissance. L’entreprise a également abandonné pour le moment ses projets d’introduction en bourse en Chine.
Les ventes du groupe ont atteint 32,2 milliards de dollars (29 milliards de francs), en repli de 4% en rythme annuel, indique Syngenta dans un communiqué publié vendredi. L’excédent brut d’exploitation (Ebitda) a quant à lui plongé de 18% à 4,6 milliards. La marge correspondante s’est inscrite à 14,2%, rabotée de 2,5 points de pourcentage par rapport à l’année précédente.
Ce repli, qui suit une année 2022 record, est lié à des déstockages de produits phytosanitaires effectués par les grossistes et les détaillants et à la hausse des taux d’intérêt. La baisse de la demande qui en a résulté s’est répercutée sur les volumes des ventes et sur les prix, poursuit le groupe bâlois en mains chinoises. Entre octobre et décembre, les recettes ont en revanche progressé de 5% sur un an, à 7,9 milliards. Ce rebond est à comparer au quatrième trimestre 2022, lorsque les déstockages ont débuté. L’Ebitda a ainsi bondi de 15% sur la période, s’inscrivant à 1 milliard, au-dessus du record de 2022.### Consolider une part de marché
Par divisions, les ventes des produits phytosanitaires (Syngenta Crop Protection) se sont contractées de 5% à 15,5 milliards, et celles de son segment Adama, issu du rachat de la société israélienne éponyme en 2020, ont plongé de 17% à 5,6 milliards. Les activités semences (Syngenta Seeds) ont affiché un plus de 2% à 4,8 milliards. L’entité dédiée au marché chinois Syngenta Group China a vu son chiffre d’affaires progresser de 11% à 9,6 milliards de dollars.
L’ensemble des synergies réalisées atteint 1,2 milliard. Le groupe aux quelque 60 000 collaborateurs dans plus de 100 pays ne formule pas de prévisions pour l’exercice en cours.
Syngenta avait été rachetée par Chemchina en 2015. Au cours des dernières années, le groupe avait annoncé à plusieurs reprises vouloir revenir en bourse en Chine. Vendredi, il a annoncé avoir retiré sa demande d’introduction à la Bourse de Shanghai. Il veut entre autres se concentrer sur la consolidation de sa part de marché. Dès que les conditions nécessaires seront réunies, l’entreprise s’efforcera de relancer son introduction en bourse en Chine ou sur une autre bourse internationale. L’entreprise examinera également d’autres sources de financement.
https://www.letemps.ch/articles/syngenta-abandonne-ses-projets-d-introduction-en-bourse-en-chine
#Presse #letemps #Suisse
Le Temps (Suisse)
Le Jukebox de mars: Ariana Grande, Sameer Ahmad, Psycho Weazel...
Tous les derniers vendredis du mois, les mélomanes de la rédaction vous proposent leur sélection des dernières sorties. A l’aube du printemps, on hume les airs pop de la très scrutée Ariana Grande et les rimes du rappeur de Montpellier Sameer Ahmad
Meril Wubslin, appât lent

Meril Wubslin, «Faire ça» (Les Disques Bongo Joe)
* * *
### Gallagher et Squire, ensemble comme un rock

Voilà une paire dont les nostalgiques des nineties ne pouvaient que rêver. Le premier a officié dans un des groupes de rock britanniques les plus iconiques, le second a fait exactement la même. Liam Gallagher, chanteur d’Oasis, et John Squire, guitariste de The Stone Roses, étaient faits pour collaborer. Trente ans exactement après la rencontre de ces deux enfants de Manchester dans un studio gallois.
Début 1994, Liam Gallagher et sa bande enregistrent leur premier album, John Squire et les Stone Roses leur dernier – les deux musiciens sympathisent et ne se perdront jamais de vue, jusqu’à partager la scène en 2022 – où sera scellée leur collaboration.
L’apposition de leurs deux noms suffisant à créer l’événement, ils s’en sont contentés pour le titre, tandis que la pochette de l’album (signée Squire, il s’est mis aux arts visuels), joue au collage de produits ménagers. Musicalement, les deux briscards ont dégainé l’arsenal rock qui décape. Gallagher, 51 ans, a même laissé son aîné piloter la composition, alors bien sûr que le _guitar hero_ a fait mugir sa Fender. Infusés de ses solos, les dix morceaux sont des condensés d’efficacité – de quoi faire oublier des paroles pas toujours inspirées. Flirtant ici avec la pop (_Raise Your Hands_) ou le blues (_I’m a Wheel_), l’album déborde d’une énergie à la fois rétro et juvénile. Ni fine, ni vraiment audacieuse, mais revigorante. Comme le résumait le duo dans les pages de _Libération:_ «Un truc qui tient, qui résiste aux bourrasques.» Solide comme un rock. **Virginie Nussbaum**
Liam Gallagher, John Squire, «Liam Gallagher & John Squire» (Warner)
* * *
### Ariana Grande, le cœur a ses raisons

_Yes, And?_ Le titre du single qui l’a vue renouer avec les sommets, en début d’année, veut tout dire. Un hymne à la confiance en soi (et un clin d’œil musical au _Vogue_ de Madonna), qui est là pour rappeler qu’Ariana Grande n’en a que faire du qu’en-dira-t-on. Une mise à plat très à propos: ces derniers mois, la pop star s’est retrouvée au milieu d’un scandale, de ceux dont les réseaux ont le secret – accusée d’avoir brisé le couple de l’acteur Ethan Slater, avec qui elle partage l’affiche de la future adaptation de _Wicked._
Vous n’avez pas suivi? Pas grave. Il faut dire qu’Ariana Grande n’en est pas à son premier drame, de l’attentat de Manchester en 2017 (devant la scène où elle s’est produite) à l’overdose mortelle de son ex-compagnon, le rappeur Mac Miller, avant son divorce du suivant, le comédien Peter Davidson. Ces années agitées ont vu la chanteuse, connue pour sa voix de sifflet, grimpant encore plus haut que ses queues de cheval, se faire plus discrète que d’habitude.
Après cinq ans de hiatus, voici son septième album, _Eternal Sunshine._ On pense bien sûr au film de Michel Gondry, et on retrouve, sinon les vertiges spatiotemporels, une forme de mélancolie magnétique. A 30 ans et quinze de carrière, Ariana Grande choisit de ne rien oublier et de laisser l’émotion déborder. Amour, désir, deuil, trahison: sur fond de R & B, ici feutré, ailleurs plus pop ou plus trap, les 17 morceaux dessinent la constellation capricieuse des connexions amoureuses. Mosaïque intime et sophistiquée, mature oserait-on dire, _Eternal Sunshine_ prouve qu’Ariana Grande n’a rien à prouver. Tout à briller. **V. N.**
Ariana Grande, «Eternal Sunshine» (Universal Republic)
* * *
### Psycho Weazel, glace ta joie

C’est généralement au milieu des communiqués de presse annonçant la sortie d’un disque qu’on trouve les informations les plus intéressantes. C’est le cas pour _Boysdontcry,_ très récent album du duo électro neuchâtelois Psycho Weazel, dont on nous dit qu’il contient «des compositions conçues non seulement pour les clubs mais aussi pour l’écoute intime». Ce type de polyvalence étant rarement souligné, on s’intéresse. Et on acquiesce: Léo Besso et Ivo Roxo proposent une suite de titres qui associent à une vraie puissance quelque chose qui tient d’une séduisante mélancolie de synthèse. Prenez _Memoria_ et _Amigo_, les deux titres qui ouvrent l’album: engageants exercices de breakbeat qui creusent une beauté triste très proche, même si davantage lustrée, de celle que l’on trouve chez un Burial – autant dire le maître incontesté en la matière. A d’autres moments (on pense par exemple à _Favorite DJ_), c’est presque un peu de Depeche Mode qui affleure. D’autres fois encore, on jurerait tomber sur une démo oubliée d’Underworld. Autant de définitions des fêtes froides. **P. S.**
Psycho Weazel, «Boysdontcry» (distr. Irascible Music)
* * *
### **La vie est bien faite grâce à Sameer Ahmad**

Sameer Ahmad a sorti son premier album en 2014, alors que déferlait sur le rap français une nouvelle scène amatrice de boom-bap, de formules bien senties et de rimes soignées. Nekfeu est devenu une immense star, Alpha Wann le héros des puristes, mais pendant ce temps, l’artiste qui nous intéresse ici n’a pas vraiment dépassé le stade du (joli) succès d’estime. Cela ne l’a pas empêché de perfectionner son art jusqu’à _La vie est bien faite_, dernier opus magistral sorti le 15 mars.
Il se trouve que le Montpelliérain d’origine irakienne s’exprime en français, mais il le ferait dans une langue inconnue que cela ne changerait rien au plaisir de l’écouter balader sa voix traînante et son flow agile sur des productions aux accents jazzy ou G-funk. Oui, Sameer Ahmad assume une écriture au service de la musicalité, et ses schémas de rimes confinent à la virtuosité, mais cela ne l’empêche pas de parsemer ses morceaux d’aphorismes délicieux, comme quand il clame que «mieux que rien, c’est pire que tout» (_C’est la vie_).
Dans ses textes à tiroirs, ce «Baudelaire en sportswear» convoque Doc Gynéco et Andy Warhol, le Wu-Tang Clan et Pink Floyd, délivrant un rap ni «à la mode» ni ringard, juste brillamment intemporel. Et, pour utiliser une référence qu’il ne renierait sans doute pas, conçu pour durer. «Je garde en tête que je rappe dans la quarantaine/On rendra l’antenne quand on sera centenaire», promet-il sur _Vivarium_. **Lionel Pittet**
Sameer Ahmad, «La vie est bien faite» (Bad Cop Bad Cop)
* * *
### **Nos Jukebox précédents**
- [**Février:** Usher, BEN plg, Ruisseau Cerise…](https://www.letemps.ch/culture/musiques/le-jukebox-de-janvier-usher-ben-plg-ruisseau-cerise)
- [**Janvier:** Bill Ryder-Jones, Gruff Rhys, Flo and The Murmurs…](https://www.letemps.ch/culture/musiques/le-jukebox-de-janvier-bill-ryder-jones-gruff-rhys-flo-and-the-murmurs)
- [**Décembre:** Dolly Parton, Nicki Minaj, Hyperculte…](https://www.letemps.ch/culture/musiques/le-jukebox-de-decembre-dolly-parton-nicki-minaj-hyperculte)
- **Et retrouvez** [tous nos Jukebox](https://www.letemps.ch/dossiers/pop-folk-electro-nos-jukeboxes)
https://www.letemps.ch/articles/le-jukebox-de-mars-ariana-grande-sameer-ahmad-psycho-weazel
#Presse #letemps #Suisse
Le Temps (Suisse)
En Pologne, le président Andrzej Duda met son veto à l’accès facilité à la pilule du lendemain
La coalition pro-UE, au pouvoir depuis décembre, avait adopté un projet de loi visant à permettre son accès à partir de l’âge de 15 ans. Anticipant le veto présidentiel, le gouvernement a d’ores et déjà préparé sa contre-attaque
Le chef d’Etat conservateur Andrzej Duda a mis vendredi son veto à la législation visant à libéraliser l’accès à la pilule du lendemain, actuellement autorisée en Pologne uniquement sur ordonnance médicale, a annoncé la présidence. La Pologne a connu un recul des droits reproductifs des femmes pendant les huit années du gouvernement du parti nationaliste populiste Droit et Justice (PiS), l’accès à la contraception d’urgence ayant été rendu possible uniquement par une ordonnance médicale en 2017.
Andrzej Duda a décidé de «renvoyer l’amendement à la loi sur les produits pharmaceutiques au Parlement en lui demandant de réexaminer la loi», indique le communiqué de la présidence.
### «Le président une nouvelle fois se tourne contre les Polonaises»
La coalition pro-UE, au pouvoir depuis décembre, avait adopté un projet de loi visant à permettre l’accès à la pilule du lendemain à partir de l’âge de 15 ans. Le chef de l’Etat a motivé son refus par le respect des normes de protection de la santé des enfants. Andrej Duda «ne peut accepter des solutions légales permettant aux enfants de moins de dix-huit ans d’avoir accès à des médicaments à usage contraceptif sans contrôle médical et sans tenir compte du rôle et de la responsabilité des parents», précise le communiqué.
«Dommage que le président une nouvelle fois se tourne contre les Polonaises», a commenté aussitôt sur X la vice-ministre de l’Education, Katarzyna Lubnauer. Anticipant le veto présidentiel, le gouvernement avait d’ores et déjà annoncé qu’il contournerait cette obstruction en autorisant les pharmaciens à délivrer des ordonnances pour la pilule. «Nous avons préparé un règlement (…) Cette pilule sera disponible sur prescription pharmaceutique», délivrée par un pharmacien, avait déclaré mercredi la ministre de la Santé, Izabela Leszczyna.
Prezydent @AndrzejDuda zawetował antykoncepcję awaryjną bez recepty.
Spokojnie, Minister @Leszczyna wie, jak poradzić sobie i z tą przeszkodą.
Szkoda tylko, że Prezydent znowu jest przeciw Polkom.
«Si nous ne voulons pas que les femmes et les jeunes filles connaissent des grossesses non désirées, faisons tout pour rendre la pilule aussi accessible que possible», à compter du 1er mai, a-t-elle déclaré à la radio RMF FM.
Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la contraception d’urgence devrait être «systématiquement incluse» dans tous les programmes nationaux de planification familiale.
#Presse #letemps #Suisse
Le Temps (Suisse)
Ode au vertige, quand l’accueil du vide donne du poids à notre vie
Trouble physique angoissant et fascinant, danse pernicieuse avec le vide de la falaise ou celui de l’existence, le vertige, en nous laissant entrevoir l’immensité de ce qui nous échappe, constituerait une précieuse voie de connaissance
Tout d’abord, il y a la pathologie. Face au vide, les jambes sont en coton, le corps tremble, craint la chute, se paralyse et il devient difficile de se maîtriser. Sueurs froides, chaudes, nausée, angoisse, accélération du rythme cardiaque… On parle d’une discordance des éléments sensoriels (vision, oreille interne ou proprioception). Le trouble survient de façon aléatoire ou récurrente, il dépend des circonstances, il peut être présent depuis toujours comme disparaître brusquement.
Les raisons, on ne les connaît pas. Le vertige se situe dans la «partie fantastique du cerveau, c’est-à-dire, celle qui imagine ce qu’on ne voit point», écrit La Mettrie, dans son Traité du vertige, paru au XVIIIe siècle. Dès lors, le vertige ne se soigne pas, il se dompte, grâce à l’habituation d’une part: à force de mises en situation, le cerveau va se spécialiser, travailler l’équilibration (le corps exécute le geste, et le cerveau ne s’oppose pas à cette réalisation), et grâce à l’extrême concentration d’autre part: les alpinistes, grimpeurs, par exemple, sont dans l’immédiate perception du geste efficace à produire.
Voir plushttps://www.letemps.ch/articles/ode-au-vertige-quand-l-accueil-du-vide-donne-du-poids-a-notre-vie
#Presse #letemps #Suisse
Le Temps (Suisse)
Une très Grande mosquée pour la République algérienne
Cinq ans après la fin des travaux, le président Abdelmadjid Tebboune a inauguré fin février la Grande mosquée d'Alger et son «plus haut minaret du monde». Un condensé de symboles dont le coût interpelle certains Algériens.
D’un navire, en avion, en voiture ou à pied, vous ne voyez plus que lui à l’approche d’Alger: le plus haut minaret du monde, celui de la Grande mosquée Djama’a El-Djazaïr. Selon les premiers plans, il devait culminer à plus de 300 mètres. Les autorités de surveillance aérienne ont dit stop alors qu’il dépassait 260 mètres. Ce sera 265 mètres au final, pas un de plus. De fait, deux minutes après le décollage de l’aéroport international Houari-Boumédiène, les avions opèrent un virage juste au-dessus, à quelques centaines de mètres. Mais c’est bien le plus haut, plus haut en tout cas que celui de la mosquée de Casablanca (210 mètres) et là est peut-être l’essentiel face au rival marocain. Plus haut aussi que la basilique Notre-Dame-d’Afrique, longtemps premier monument à se signaler à l’horizon des marins venant accoster les côtes algéroises. C’est le nouveau phare de la capitale de la République algérienne démocratique et populaire. Il a éclipsé le Mémorial des martyrs (92 mètres).
En empruntant l’un des 17 ascenseurs, le visiteur peut atteindre le 38e étage et sa plate-forme panoramique. Les cinq derniers étages sont réservés au président et ses VIP. Ce jour-là, aucun touriste ne scrutait l’horizon. Mais deux ouvriers chinois, Lin et Sha, en tunique de l’entreprise d’État China State Construction Engineering (CSCEC, celle-là même qui a construit l’aéroport Houari-Boumédiène) tirent des câbles dans une cage par laquelle le vent s’engouffre. Dans un dialecte du Shandong, leur province natale, les deux campagnards expliquent travailler sur ce chantier pour une durée de deux ans. Ils sont encore une centaine, logés dans le «China town» de la mosquée. Plusieurs sont rentrés en Chine pour la fête du printemps, retrouver leur femme et enfant dont les études sont financées par leur labeur sur ce chantier au nord de l’Afrique. Au plus fort des travaux, ils étaient plus de 4000.
Voir plushttps://www.letemps.ch/articles/une-tres-grande-mosquee-pour-la-republique-algerienne
#Presse #letemps #Suisse
Le Temps (Suisse)
Les traditionnels bouchons de Pâques se sont formés devant le tunnel du Gothard
Les files de voitures ont dépassé les 10 kilomètres sur l'axe Nord-Sud, occasionnant près de deux heures d'attente
Les voyageurs ont dû faire preuve de patience vendredi matin devant le portail nord du Gothard. Les bouchons dépassaient déjà 10 km en ce premier jour du week-end de Pâques.
Les dix kilomètres de bouchons correspondent à un temps d’attente de 1 heure et 40 minutes sur l’autoroute A2 entre Erstfeld et Göschenen, dans le canton d’Uri, indique le Touring Club Suisse (TCS) sur X. La raison donnée par le TCS était une surcharge de trafic.
### Rester sur l'autoroute, malgré les bouchonsLe temps d’attente devant le portail sud entre Quinto et Airolo (TI) n’était lui que de 10 minutes. Le tunnel a été brièvement fermé dans les deux sens vers 11h à cause d’un véhicule en panne.
En prévision du week-end pascal, l’Office fédéral des routes (OFROU) a prié les automobilistes de rester sur l’autoroute, même en cas de bouchons. Le report du trafic sur le réseau secondaire est néfaste pour les habitants des localités qui bordent les routes nationales et paralyse le trafic régional, a fait valoir l’OFROU.
#Presse #letemps #Suisse
Le Temps (Suisse)
Corruption au Brésil: Trafigura plaide coupable devant la justice américaine
Le géant des matières premières basé à Genève a accepté de verser un total de 127 millions de dollars dans un accord avec le département de la Justice des États-Unis pour des faits de corruption au Brésil
Dans un communiqué mis en ligne jeudi, Trafigura indique avoir accepté de plaider coupable dans une procédure ouverte par le département de la Justice des États-Unis (DOJ). Il s’agit d’une affaire de corruption au Brésil remontant à il y a une dizaine d’années. Le spécialiste du négoce de matières premières dont le centre opérationnel se trouve à Genève paiera la somme de 127 millions de dollars (114 millions de francs) dans le cadre d’un accord avec le DOJ, dont 80,5 millions sous la forme d’amende et 46,5 millions sous la forme de confiscation. En décembre, Trafigura avait indiqué constituer une provision de ce montant en prévision du paiement. Pour son exercice fiscal clôt en septembre dernier, le négociant a enregistré un bénéfice de 7,4 milliards de dollars en 2023.
«Pendant plus d’une décennie, Trafigura a soudoyé des fonctionnaires brésiliens pour obtenir illégalement des contrats et récolter plus de 61 millions de dollars de bénéfices, déclare la procureure générale adjointe principale Nicole M. Argentieri citée dans un communiqué du DOJ. Le plaidoyer de culpabilité d’aujourd’hui souligne que lorsque les entreprises versent des pots-de-vin et portent atteinte à l’État de droit, elles s’exposent à des sanctions importantes.» La période des faits s’étend de 2003 à 2014 dans le cadre contrats avec Petrobras, une compagnie pétrolière d’Etat brésilienne qui se trouve au cœur d’un immense scandale de corruption depuis dix ans.
Voir plus#Presse #letemps #Suisse
Le Temps (Suisse)
L’offensive de Memorial auprès de l’ONU à Genève pour pousser Moscou à libérer les prisonniers politiques
Une délégation de l’ONG Memorial, bannie en Russie, est venue de pays d’Europe pour dénoncer devant le Conseil des droits de l’homme la violente répression orchestrée par le Kremlin qui serait pire qu’à l’époque de Khrouchtchev et Brejnev
Elle a été dissoute par la Cour suprême de Russie le 28 décembre 2021 après avoir été harcelée par le régime de Vladimir Poutine depuis les grandes manifestations anti-Kremlin de 2011-2012. L’ONG Memorial International n’a pourtant pas baissé les bras. L’organisation de défense des droits de l’homme fondée à l’époque de la perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev avec l’aide du Nobel de la paix Andreï Sakharov, est renée de ses cendres à Genève sous le nom d’Association Memorial international. De lundi à jeudi, elle a mené une vaste offensive auprès de l’ONU à Genève. Notamment au Haut-Commissariat aux droits de l’homme. Parmi eux, trois jeunes Russes qui ont tous trois étudié le droit et qui sont désormais établis en Europe: Violetta Fitsner, Vladislav Alifirov et Denis Shedov. Ils sont actifs au sein de Memorial et d’une autre organisation, OVD-Info, active dans les droits humains, les médias et fournissant de l’aide aux victimes de la répression en Russie.
Pire que sous Khrouchtchev et Brejnev
#Presse #letemps #Suisse
Le Temps (Suisse)
La Suisse est dans les yeux de celui qui regarde
CHRONIQUE. Notre chroniqueur évoque les Suisses du lointain, et relève qu’il y a deux ou trois fois plus de Suisses de l’étranger que de Tessinois. Presque autant que de Vaudois
Pour être parfaitement honnête, et dit avec tout le respect du monde, les Suisses de l’étranger ne caracolent pas en tête de nos préoccupations. Nous en connaissons tous, parfois ce sont des proches dont nous prenons des nouvelles, mais rien ne nous suggère urgemment de les considérer comme un groupe, ce qu’ils ne sont d’ailleurs pas du tout. Voilà pourquoi je me permets de vous embarquer dans cette relative indifférence.
Il leur arrive de surgir en cohorte dans le débat politique, au détour du débat sur la treizième rente par exemple, pour nous rappeler qu’ils existent bel et bien dans les comptes. Mais d’ordinaire et presque par définition, ils restent très loin des affaires courantes. En Suisse, les Suisses de l’étranger sont au pire une statistique, au mieux une série d’été dans une actualité molle.
Voir plushttps://www.letemps.ch/articles/la-suisse-est-dans-les-yeux-de-celui-qui-regarde
#Presse #letemps #Suisse
Le Temps (Suisse)
La pédagogie Montessori, un siècle de révolutions et de controverses
L’essor de la méthode a constitué un tournant majeur de l’éducation à l’échelle mondiale. Un succès à travers le temps et les frontières, qui a suscité autant d’engouement que de critiques
Tout aurait commencé par des miettes de pain. Nous sommes à l’aube du XXe siècle, dans une clinique psychiatrique de Rome. Dans une salle, des bambins dits «déficients intellectuels» jouent avec des miettes de pain, au sol. Répugnant, juge leur surveillante auprès d’une médecin volontaire. Cette dernière, une certaine Maria Montessori, jette un œil dans la pièce. Aucun matériel ou jouet, la salle est désespérément vide. «Elle vit dans le comportement des enfants une envie très différente de celle de nourriture. Elle réalisa qu’il existait pour ces pauvres créatures une seule et unique voie vers l’intelligence, et cela passait par leurs mains», retrace ainsi E. Mortimer Standing dans la biographie, Maria Montessori. Sa vie, son œuvre.
La médecin, spécialiste en psychiatrie, militante socialiste et féministe, est presque une inconnue lorsqu’elle ouvre sa première école en 1907, la Casa dei Bambini. Un siècle plus tard, pas moins de 15 000 écoles de 154 pays se revendiquent de sa pédagogie. Un succès qui suscite encore l’engouement et les critiques.
Voir plushttps://www.letemps.ch/articles/la-pedagogie-montessori-un-siecle-de-revolutions-et-de-controverses
#Presse #letemps #Suisse
Le Temps (Suisse)
«La Nouvelle Femme», amener de la fiction dans le champ du réel
Le premier long métrage de la réalisatrice française s’intéresse à la figure de Maria Montessori avant que l’Italienne ne théorise sa méthode pédagogique révolutionnaire
En 2007, Paola Cortellesi (réalisatrice et actrice d’Il reste encore demain, actuellement à l’affiche) incarnait Maria Montessori dans un téléfilm de luxe en deux parties. Réalisé par Gianluca Maria Tavarelli, et visible sur YouTube, Maria Montessori, une vie au service des enfants retrace le parcours de la pédagogue de son entrée à la Faculté de médecine de La Sapienza, à Rome, à sa distanciation du régime fasciste de Mussolini, afin d’éviter la récupération politique orchestrée par le Duce.
Portrait: Paola Cortellesi, se battre jusqu’à demain
Voir plushttps://www.letemps.ch/articles/la-nouvelle-femme-amener-de-la-fiction-dans-le-champ-du-reel
#Presse #letemps #Suisse
Le Temps (Suisse)
Léa Todorov, réalisatrice de «La Nouvelle Femme»: «J’avais envie d’oublier le mythe Montessori»
Rencontre avec la réalisatrice française, qui signe sa première fiction après des années passées dans le documentaire
Comment Maria est-elle devenue Montessori? Comment la première femme à avoir étudié la médecine à Rome a-t-elle mis au point une méthode pédagogique révolutionnaire? C’est ce que raconte Léa Todorov dans La Nouvelle Femme, son premier long métrage de fiction après des années passées dans le documentaire. On y découvre Maria Montessori (1870-1952) lorsque, jeune mère d’un enfant issu de sa relation avec son collègue Giuseppe Montesano, elle travaille dans un institut psychiatrique avec de jeunes enfants neuro-atypiques au contact desquels, forcée de s’adapter à leur rythme et à leurs difficultés, elle va mettre au point les bases de sa théorie d’apprentissage libertaire.
#Presse #letemps #Suisse
Le Temps (Suisse)
L'écrivaine Catherine Colomb à portée de voix grâce à la comédienne Catherine Kunz
Dès le 11 avril, la comédienne Catherine Kunz s’élance dans la lecture intégrale du chef-d’œuvre de la romancière née à Saint-Prex, «Les Esprits de la terre». Le Collectif CLAR, pour sa part, met en scène le premier roman de l’auteure, «Pile ou face»
La passion de transmettre, la joie aussi. Catherine Kunz est comédienne et depuis 2008, entre deux spectacles, elle peaufine, en duo avec la chercheuse en littérature Anne-Lise Delacrétaz, des lectures-conférences (www.conférences-lectures.ch) autour d’écrivaines et d’écrivains suisses. Elles ont ainsi donné près d’une centaine de représentations autour de Corinna Bille, Monique Saint-Hélier, Alice Rivaz ou Nicolas Bouvier en Suisse romande mais aussi à Edimbourg, Athènes ou Copenhague. C’est dans ce cadre que la comédienne découvre Catherine Colomb et ressent un véritable coup de foudre pour la romancière née à Saint-Prex en 1892, autrice dans les années 1930-1960 d’une œuvre pionnière, férocement drôle, poignante par sa justesse émotionnelle, d’une liberté formelle qui transporte ou intimide voire rebute.
Familles ruinées
#Presse #letemps #Suisse
Le Temps (Suisse)
Joe Biden s’entoure d’Obama et de Clinton pour une collecte de fonds record
Les deux anciens présidents ont témoigné leur soutien à Joe Biden lors d’une soirée qui a permis de récolter 25 millions de dollars au candidat. Un show perturbé par des militants pro-palestiniens et fustigé par le camp Trump
Trois présidents, 25 millions de dollars: Joe Biden s’est entouré jeudi de Barack Obama et Bill Clinton pour une soirée de levée de fonds record à New York, où Donald Trump est aussi venu faire campagne, sur un tout autre registre.
Le républicain s’est rendu à la veillée funèbre d’un policier mort dans l’exercice de ses fonctions, quelques heures avant que ne débute l’événement de campagne du président américain, qui a été perturbé par des manifestants pro-palestiniens.
**Lire également:** [La Floride, passage obligé pour la campagne la plus chère de l’histoire des Etats-Unis](https://www.letemps.ch/monde/ameriques/la-floride-passage-oblige-pour-la-campagne-la-plus-chere-de-l-histoire-des-etats-unis)Joe Biden et ses deux prédécesseurs démocrates ont été acclamés à leur arrivée sur la scène du Radio City Hall, en plein cœur de Manhattan, où se produit notamment la célèbre troupe de danseuses The Rockettes.
### Soutien à Israël critiqué
L’équipe de campagne du démocrate de 81 ans avait déjà annoncé dans la matinée une collecte de fonds «record» pour l’événement, de plus de 25 millions de dollars, en notant au passage que c’était plus que n’en avait levé Donald Trump pendant tout le mois de février. Les partisans de Joe Biden battaient le rappel depuis plusieurs semaines pour cette soirée politico-mondaine – dans la salle se trouvait par exemple la rédactrice en chef de Vogue Anna Wintour.
**Lire aussi:** [Le basculement des jeunes Américains (juifs) en faveur des Palestiniens indispose Joe Biden](https://www.letemps.ch/monde/ameriques/le-basculement-des-jeunes-americains-juifs-en-faveur-des-palestiniens-indispose-joe-biden)
Les chanteuses Queen Latifah et Lizzo, entre autres, ont chauffé la salle avant que les 42e, 44e et 46e présidents des Etats-Unis ne s’assoient pour un débat animé par le présentateur et humoriste Stephen Colbert. Cette discussion mêlant sujets sérieux et blagues a été interrompue à plusieurs reprises par des cris de soutien à la Palestine. Des manifestants s’étaient aussi rassemblés à l’extérieur, à proximité de la salle de spectacle, pour dénoncer la politique de soutien quasi-inconditionnel à Israël de Joe Biden.
Le président américain a déjà été interpellé de cette façon à plusieurs reprises pendant des apparitions publiques, et chacun de ses déplacements donne lieu désormais à des rassemblements aux cris de «Libérez la Palestine!» ou «Joe le génocidaire.» L’intervention des trois présidents s’est conclue sur une note plus légère, lorsqu’ils ont chaussé des lunettes de soleil de type Aviator, l’accessoire favori de Joe Biden.
### «Revenir à l’ordre et à la loi»
Le porte-parole de Donald Trump, Steven Cheung, avait fustigé sur le réseau social X la «soirée clinquante» des trois démocrates «avec leurs bienfaiteurs élitistes et déconnectés». L’ancien président républicain a fait une courte déclaration après s’être rendu à la veillée funèbre de Jonathan Diller, tué lundi par arme à feu lors d’une opération sur la voie publique. «Il faut arrêter ça, il faut revenir à l’ordre et à la loi», a dit le milliardaire, qui s’est abstenu de toute critique directe de son rival démocrate. Il consacre une bonne partie de ses discours de campagne à attaquer l’immigration clandestine et à reprocher à Joe Biden d’être laxiste en matière de maintien de l’ordre.
**Lire aussi:** [Une plongée dans Truth Social, la plateforme qui doit sauver Donald Trump](https://www.letemps.ch/cyber/une-plongee-dans-truth-social-la-plateforme-qui-doit-sauver-donald-trump)
Joe Biden et Donald Trump, qui se sont déjà affrontés dans les urnes en 2020, sont assurés de récolter cet été l’investiture de leurs partis respectifs pour la présidentielle de novembre. Joe Biden dispose de caisses de campagne mieux garnies que son adversaire républicain, inculpé quatre fois au pénal, qui dépense en partie en frais d’avocats l’argent récolté auprès de ses partisans. Donald Trump verra s’ouvrir à New York, le 15 avril, son procès dans une affaire de paiements à une actrice de films pornographiques en 2016.
#Presse #letemps #Suisse
Le Temps (Suisse)
Désintérêt pour la finance durable: «Il est important de cibler les 50% d’indécis»
Une petite minorité de clients de la gestion de fortune se dit intéressée par les investissements responsables. Pour quelles raisons et comment améliorer les chiffres
Seuls 10 à 15% des clients de la gestion de fortune souhaitent que leurs avoirs soient gérés de façon durable, nous révélait le patron de l’UBP, Guy de Picciotto, dans une interview du 25 mars. Ce chiffre valable pour l’ensemble des banques s’explique, selon nos interlocuteurs, par des questions de formations des banquiers ou de recherche de performance, si bien que la finance durable semble se trouver dans un creux passager. Comment en sortir?
«Plus le conseiller est convaincu par le durable, plus le pourcentage de clients motivés est élevé, la formation des employés est donc primordiale et c’est un effort très important pour les banques», avance Olivier Calloud. Le directeur général de Piguet Galland confirme ce chiffre de 10 à 15%, qui correspond à la proportion de clients affichant une forte conviction ESG chez Piguet Galland lors du recueil de leurs préférences en matière d’environnement, d’aspects sociaux et de gouvernance. Comment faire augmenter ce pourcentage?
Voir plus#Presse #letemps #Suisse
Le Temps (Suisse)
Le palmier, de l’invitation au voyage au déséquilibre écologique
ÉDITORIAL. Comment la puissance symbolique d’un arbre s’est-elle transformée en un problème écosystémique très concret? A force d’être associé au luxe et à l’oisiveté, le «Trachycarpus fortunei» se multiplie désormais dans les forêts du Tessin
Dites «palmier», on vous répondra «vacances». Et avec ceci, un chapelet de lieux communs: le sable fin, la mer qui scintille, la chaleur écrasante, le soleil de plomb… Ça y est, vous l’avez dans l’œil? Coiffant un long fût duveteux, sa touffe de grandes feuilles en éventail déploie une belle ombre ajourée comme une invitation à la sieste. A présent, vous pensez tropiques et lenteur, paradis lointain, luxe, calme et volupté.
Ce cliché-là ne date pas d’hier. Au XIXe siècle déjà, cet arbre exotique était associé à une forme d’oisiveté luxueuse, et c’est pour cette raison que des gens puissants se sont mis à en planter dans leurs jardins, comme un signe extérieur de richesse. Dans leur sillage, les communes touristiques l’ont fait le long de leurs rivieras. Puis les propriétaires de villas sam’suffit, plus ou moins dans le monde entier.
### Portée symboliqueLa société des loisirs et de la consommation a fini par transformer l’arbre en pictogramme, pour indiquer l’emplacement, ici d’un solarium, là d’une agence de voyages ou d’un bar à cocktails. A Dubaï, deux îles artificielles ont été construites en forme de palmier pour maximiser le nombre de kilomètres de plages privées destinées aux investisseurs et aux touristes. Dans l’entreprise où je travaille, une messagerie interne permet de signaler son absence à ses collègues à l’aide d’émojis; par défaut, celui des vacances est un palmier.
Peu de végétaux peuvent se targuer d’une telle portée symbolique. En lisant notre enquête sur _Trachycarpus fortunei_, également appelé «palmier de Chine» puisqu’il en est originaire, on apprendra comment la puissance évocatrice d’un arbre s’est transformée en un problème écosystémique très concret: cette espèce exotique robuste se multiplie à présent tranquillement dans les forêts du Tessin.
Ce sujet fascinant nous a été soufflé par le photographe Yann Gross. Curieux de tout ce que le vent de la mondialisation sème en terre étrangère (les idées, les désirs ou les plantes – voir son portfolio), il mène en ce moment une enquête photographique sur cet arbre importé, et désormais considéré comme invasif. Les images qu’il nous livre ici, notamment en couverture, en sont un aperçu généreux.
Possiblement, la lecture de cette enquête nous conduira à réfléchir: à quoi rêve-t-on lorsqu’on remplit son caddie en _garden center?_ De quels fantasmes, de quels symboles nos jardins individuels sont-ils semés? Et de tous ces désirs, tous ces clichés, quelles seront les conséquences à long terme sur notre environnement?
https://www.letemps.ch/articles/le-palmier-de-l-invitation-au-voyage-au-desequilibre-ecologique
#Presse #letemps #Suisse
Le Temps (Suisse)
Vous nous avez écrit sur… les répercussions en Suisse de la crise à Gaza, le chef de l’armée, les populistes…
HYPERLIEN. La situation au Proche-Orient, la guerre d’Ukraine mais aussi les tarifs du Capitole à Lausanne, le forcené d’Yverdon ou l’incapacité de Thomas Süssli à s’exprimer en allemand: vos nombreux courriers ces dernières semaines ont abordé des sujets très variés! Sélection de vos récents messages
▪️ J’ai mal à mon féminisme
_Bénédicte Amsellem-Ossipow, Genève_
Grande admiratrice du combat des femmes pour l’égalité de droit et de fait entre hommes et femmes, je suis choquée de ce qui s’est passé, y compris à Genève et à Lausanne, à l’égard de femmes juives lors des manifestations du 8 mars. A Lausanne la police a dû leur conseiller de quitter les lieux pour leur protection… A Genève, les femmes juives étaient mal à l’aise et faisaient profil bas.
Or cela arrive [alors que le rapport de l’ONU confirme les viols de femmes israéliennes](https://letemps.sirius.press/articles/455178) le 7 octobre ainsi que ceux d’otages, et donc probablement encore à l’heure où j’écris ces lignes. Ces femmes seraient-elles indignes de la dignité et de la protection des droits humains fondamentaux? Faire entendre leur voix suffirait-il à justifier des menaces au nom de la Palestine? Si le combat de la gauche accepte cela, c’est une défaite morale sans nom et la perte de sa crédibilité.
* * *
**Les articles que nous avons consacrés aux familles en Suisse des otages israéliens vous ont fait beaucoup réagir.**
### **▪️** Merci
_Myriam C._, _Lausanne_
«Je tiens à vous remercier pour vos articles parus dans _Le Temps_ d’aujourd’hui.
Vous avez eu le courage de prendre la plume à contre-courant des lignes éditoriales en cours auprès de la majeure partie de la presse en Suisse et ailleurs. Cela est remarquable.»
### **▪️** Merci
_Philippe Rochat, Grandson (VD)_
«A temps et à contretemps, privilégier l’humain. Les humains ont un visage, un cœur, une intelligence, une voix. Quand ceux-ci, qui qu’ils soient, d’où qu’ils viennent, sont labourés par la souffrance et les larmes, le reconnaître, le faire connaître est vital; pour eux, et tout autant pour nous.
Parmi tous les aspects du journalisme, c’est peut-être le plus fondamental. C’est aussi le plus exposé, voire le plus dangereux, celui où métier et vocation se rejoignent.
Il est des circonstances où la parole est vie, le silence lâcheté. Vous choisissez la vie.
Je vous dis ma solidarité totale, sans réserve. MERCI, Aïna Skjellaug!
* * *
### **▪️ «**Bad guys» contre «good guys», vraiment?
_Joël Guélat, Biel/Bienne (BE)_
Monsieur Nordmann, [dans sa chronique parue dans _Le Temps_ (20.03.2024)](https://letemps.sirius.press/articles/455589), déclare que certains pays «veulent remplacer le système démocratique fondé sur le respect du droit international par l’autoritarisme».
Cette vision «noir ou blanc» ou «bad guys vs. good guys» du monde me paraît totalement irréaliste. Si le respect des droits humains et la justice dans les quatre pays mentionnés – Russie, Chine, Iran et Corée du Nord – est un instrument politique qui ne donne aucune garantie, il est important de mentionner que les pays occidentaux, de tout temps, ne respectent le droit international et les valeurs que lorsque cela les arrange. Sans vouloir entrer dans le détail, on peut se remémorer les tragiques colonisations et l’esclavage, qui ont laissé des séquelles indélébiles comme le montre l’exemple actuel d’Haïti.
On prend souvent les Etats-Unis comme un modèle de démocratie. Permettez-moi d’en douter. Ce pays a massacré une grande partie de sa population indigène, a soutenu des coups d’Etat contre des dirigeants élus démocratiquement et a ainsi soutenu des dictatures militaires très meurtrières. Les Etats-Unis ont aussi envahi des pays tels l’Irak et l’Afghanistan sur la base de mensonges ou pour défendre leurs intérêts et cela au mépris des intérêts des populations locales. Encore aujourd’hui, comment justifier le blocus économique et commercial des Etats-Unis contre Cuba depuis 1960? Chaque année, l’Assemblée générale de l’ONU vote une résolution demandant d’abandonner cet embargo. En 2023, 187 Etats ont voté cette résolution. Seuls les Etats-Unis et Israël ont voté contre.
Que penser aussi du système électoral des Etats-Unis? Dans la plupart des Etats, c’est le système majoritaire qui prévaut. Lorsqu’un parti arrive en tête, tous ses candidats (grands électeurs) sont élus. C’est la règle du «winner-takes-all». Ainsi, seuls les deux grands partis historiques peuvent gagner une élection, et, pour certains Etats, l’issue est courue d’avance, car ils sont historiquement ancrés dans la mouvance d’un parti. Au Capitole, seuls deux partis sont face à face, ce qui est plus facile pour trouver un compromis que de devoir composer avec une ribambelle de petits partis. Mais cela ne s’apparente-t-il pas à une sorte de dictature?
Quant à nous, Européens et Suisses, nous ne sommes pas toujours cohérents dans l’application des droits humains. Nous n’avons aucun scrupule à faire du commerce avec des régimes autoritaires et qui abusent des droits humains et fermons volontiers les yeux si nous pouvons exporter notre production et acheter des marchandises à moindre coût, car si nous prenions des sanctions de manière isolée, nous nous retrouverions aussi isolés et notre standard de vie en souffrirait. En conclusion, nous devrions montrer plus de courage dans l’application des droits humains et du droit international tout en continuant à critiquer la manière de fonctionner des pays qui nous font peur et de ceux qui se disent démocratiques.
* * *
### **▪️** Renvoi d’ascenseur sans filtre, pour Mme Laure Lugon
_Renaud Gautier, Genève_
Avec la pertinence et l’aimable méchanceté qui vous caractérise, vous avez avec justesse évoqué la saga d’une grande famille américaine [dans votre chronique (LT du 16.03.2024)](https://www.letemps.ch/opinions/chroniques/geneve-et-ses-airs-de-republique-des-kennedy). Fallait-il comparer une famille genevoise à celle-ci? A la forme certainement, au fond peut-être pas; ce n’est pas faire justice aux Kennedy…
A travers cette absence de filtre, vous ne faites, malheureusement, qu’effleurer cette institution genevoise, maintenant bien établie, qu’est le «renvoi d’ascenseur». J’eusse aimé que vous vous attardiez un peu plus non seulement sur la famille évoquée, mais, plus largement, sur la petite coterie, la plupart du temps parfaitement incompétente, mais qui «gravite» dans le bon parti, au moment de la distribution des récompenses, les nominations dans les conseils hypertrophiés des entités para-étatiques.
Il est loin le temps où l’excellent David Hiler avait décidé de revoir la gouvernance de ces entités. Son projet, qui s’approchait nettement plus des standards actuellement requis pour les nominations, n’avait, évidemment, que peu plu aux députés (on ne mord pas la main qui vous nourrit) ni non plus aux citoyens, probablement trop sensibles aux arguments des partis.
Peut-être aurez-vous envie, un jour, de passer votre absence de filtre sur ce vivier de copains généralement peu au fait de la réalité du monde, des contraintes et de l’indépendance que ces postes demandent. Contrairement à ce que pensent certaines familles…
* * *

### **▪️** L’AVS et les populistes
_Bernard Walther, Villeret (BE)_
Je souhaite apporter une mise au point suite au texte de Marie-Hélène Miauton intitulé [«13e rente, la victoire du populisme de gauche»](https://www.letemps.ch/opinions/chroniques/13e-rente-la-victoire-du-populisme-de-gauche) paru aujourd’hui 10 mars sur votre site.
Mme Miauton écrit: «Pourtant, Daniel Lampart, économiste à l’USS,[l’a affirmé](https://www.letemps.ch/opinions/chroniques/13e-rente-la-victoire-du-populisme-de-gauche#:~:text=Daniel%20Lampart%2C%20%C3%A9conomiste%20%C3%A0%20l%E2%80%99USS%2C%20l%E2%80%99a%20affirm%C3%A9): «La 13e rente va coûter quelque chose, mais vous n’allez pas le remarquer.» Selon lui, 4 milliards annuels, soit presque 500 francs par tête d’habitant, ce serait indolore! Quel culot, quelle démagogie!»
Je pense au contraire que c’est elle qui use de démagogie: qui va payer 500 francs par an et donc environ 42 francs par mois? Au taux annoncé de 0,4%, ce sera quelqu’un qui gagne 125 000 francs par an et donc plus de 10 000 francs par mois… Et là, on peut être facilement d’accord avec les syndicats: on y sera à peine sensible! Je rappelle aussi que le salaire médian en Suisse est d’environ 6100 francs par mois et par conséquent la moitié des salariés paieront un supplément de moins de 25 francs par mois! Sans oublier non plus que la très grande majorité des travailleurs recevront à la retraite bien plus que ce qu’ils auront payé!
En disant «500 francs par tête d’habitant», Mme Miauton essaie d’effrayer en suggérant par exemple qu’une famille de 4 personnes va devoir se passer de 2000 francs quel que soit son revenu! Ce n’est pas honnête. Je note qu’elle rejoint ainsi Philippe Nantermod qui a affirmé tout aussi démagogiquement: «Le calcul est simple: en moyenne, toute personne qui travaille dans notre pays paiera 1000 francs chaque année en plus.» (LT du 06.02.2024). Or il faut gagner 250 000 francs pour arriver au montant de 1000 francs avec le taux de 0,4% ! Ça n’arrivera donc pas à toute personne qui travaille!
Peut-être que c’est ça le populisme de droite, défendre les personnes à hauts revenus en faisant peur à celles qui sont au bas de l’échelle?
* * *
###
### **▪️** Le docteur Jivago en Ukraine
_Dr Paul Vanderbroeck, Genève_
En réaction à la chronique de Marie-Hélène Miauton («[Guerre ou paix en Ukraine](https://www.letemps.ch/opinions/chroniques/guerre-ou-paix-en-ukraine)»_,_ LT du 01.03.2024).
Mme Miauton préfère comparer la guerre en Ukraine à la Première Guerre mondiale plutôt qu’aux années 1930, ce qui est militairement correct, mais géopolitiquement faux. Politiquement, la comparaison avec la situation autour des Accords de Munich en 1938 a plus de sens. Mme Miauton laisse les Accords de Minsk (2014), que nous pouvons considérer comme un «Munich bis», de côté. Avec ces Accords, la mainmise par M. Poutine sur le Donbass d’abord et sur la Crimée ensuite a été acceptée de fait par le monde occidental avec Mme Merkel dans le rôle de M. Chamberlain. Tout comme le premier «Munich» de 1938 a accordé l’annexion de l’Autriche et des Sudètes à Hitler. Après Minsk, Poutine a attaqué l’Ukraine en 2022, comme Hitler l’a fait avec la Tchécoslovaquie en 1939. De plus, Munich 1938 a donné la voie libre à l’URSS pour s’emparer impunément des morceaux de la Pologne et de la Finlande ainsi que les pays baltes en 1939-1940.
Des accords de paix forcés à l’Ukraine ne seraient donc pas un deuxième mais plutôt un troisième «Munich». Hormis stimuler l’appétit de la Russie pour ses pays voisins, ce troisième «Munich» signifierait une invitation pour toute autre autocratie d’attaquer un pays voisin. Les autocraties n’aiment pas les voisins libres et démocratiques. Soit ils les séparent avec un mur, soit ils tentent de les soumettre. Mieux vaut les en empêcher.
Certes, comme le dit Mme Miauton, il faudra penser l’après-guerre. Il serait en effet hasardeux de mettre la Russie à genoux, car le traité étranglant de Versailles, imposé à l’Allemagne vaincue en 1919, a fait naître le revanchisme dont Hitler a pu profiter. Or, depuis 1945, l’Allemagne de l’Ouest ainsi que le Japon ont bénéficié d’un autre traitement. Indéniablement, cela a été une réussite. Ceci aussi devrait démontrer que l’on peut apprendre de ses erreurs, sur la façon d’éviter une grande guerre ou sur celle de gagner la paix.
* * *
### **▪️** Guerre ou paix en Ukraine
_Edith Herzog, Préverenges (VD)_
Le titre de la [chronique](https://letemps.sirius.press/articles/454920) de Mme Miauton me paraît excellent car on aurait pu l’appliquer à l’Europe dès les prémices de sa construction après la fin de la Deuxième Guerre mondiale ou en tout cas à la chute du mur de Berlin.
En effet, une fois le Pacte de Varsovie dissous, l’OTAN devait disparaître… mais… se maintint, englobant progressivement tous les pays européens occidentaux et très vite les pays de l’Est qui le souhaitaient et ce sans se soucier de la susceptibilité russe, allant même jusqu’à y installer des bases antimissiles contrairement aux promesses qui leur avait été faites, etc., etc. Et là, il serait bon de rappeler à ceux qui l’auraient oublié que, en 1962, ces mêmes Américains ont refusé l’installation d’une base de missiles à Cuba sous prétexte que cette base était beaucoup trop proche de leur territoire. Les Russes ont accepté…
Donc, pour en venir à Mme Miauton et à son éventuel antiaméricanisme, ce qui l’agace profondément, ce n’est pas toute la politique américaine mais plutôt le fait que jamais les Américains n’ont eu à subir de sanctions d’aucune sorte malgré toutes les horreurs qu’ils ont eux aussi perpétrées (Hiroshima, Nagasaki, les Philippines, la Corée, le Vietnam, l’Irak, l’Amérique du Sud, autres coups d’Etat, etc.) violant le droit international en de multiples circonstances, notamment en décrétant des embargos contraires à ce même droit, de même que les sanctions d’ailleurs. Ce deux poids, deux mesures semble contraire à son idée d’une certaine justice ou équité.
Donc oui, si l’Europe s’était constituée en une véritable force politique et militaire en s’émancipant de la tutelle américaine, la face du monde en aurait peut-être été modifiée car elle aurait bien dû construire un dialogue réel avec la Russie d’alors (toute proche) qui ne demandait qu’à être respectée et non pas considérée comme une nation vaincue. Peut-être qu’en préparant la guerre, elle aurait pu accroître les chances de paix. A ce propos, relire l’article de Daniel Warner [paru le 27 mars 2014 dans votre journal](https://www.letemps.ch/pdf/817d41f5-fe6f-4908-b472-7cb3aba17315)ainsi que celui de Gabriel Galice du 3 février 2015. Une troisième grande force aurait pu équilibrer ce monde beaucoup trop radicalisé.
Donc oui, l’Europe a loupé le coche et je lui appliquerais volontiers ce titre, mais par contre pas à la Suisse qui se doit de rester une force diplomatique au service de la paix dans le monde, même si elle peut décider de s’armer un peu plus…
* * *
###

### **▪️** Comment dit-on «grande muette» en allemand?
_Yves Pillard, Auvernier (NE)_
Votre éditorial du 28 février titrait: [«Süssli, ni l’art ni la manière»](https://letemps.sirius.press/articles/454793). J’ai envie d’ajouter «ni le français». Alors qu’on demande volontiers une maîtrise du «_durch, gegen, ohne, um_, + accusatif» aux fonctionnaires romands, le chef de l’armée ne s’exprime qu’en allemand.
Avoir un haut responsable [qui a besoin d’une traduction simultanée au _19h30_ pour répondre aux questions de Philippe Revaz](https://www.rts.ch/play/tv/19h30/video/interview-avec-le-chef-de-larmee-suisse-thomas-suessli-au-sujet-des-revelations-de-problemes-budgetaires?urn=urn:rts:video:14673488) est inadmissible! La maîtrise des langues nationales devrait être une condition sine qua non pour de tels postes. Déjà que la perception de l’armée laisse à désirer en Romandie, c’est maladroit et méprisant d’informer de la sorte. A moins que les communicants de Johann Schneider-Ammann aient été recyclés au DDPS – le rire, c’est bon pour la santé.
On demande du courage à nos militaires, y compris celui de s’exprimer dans un autre idiome national. Dès lors, offrons-leur des cours de langue obligatoires. Pourquoi ne pas y consacrer une partie du budget des chars Leopard que l’on n’exporte pas en Allemagne – Deutschland?
* * *
### **▪️** Cour européenne des droits de l’homme et démocratie
_Yves Sandoz, professeur honoraire de droit international humanitaire_
[«La CEDH nuit-elle à la démocratie?](https://letemps.sirius.press/articles/454494)» se demande dans sa chronique Mme Miauton (LT du 23.02.2024).
Rappelons que ce sont le harcèlement des Juifs en Allemagne, puis l’horreur absolue de la solution finale qui ont fait entrer les droits de l’homme dans la sphère du droit international. Ce que l’on commençait à appeler la «communauté internationale» ne pouvait plus tolérer de tels abus de l’un de ses Etats membres, fussent-ils soutenus par le peuple, qui n’a pas toujours démontré à cet égard la sagesse qu’on aime lui prêter.
La Déclaration universelle des droits de l’homme, les Pactes de l’ONU et les Conventions régionales, puis les Conventions sur les réfugiés, ne veulent certainement pas nuire à la démocratie, mais l’encadrer. On n’a plus le droit de harceler, ostraciser, ou même laisser massacrer les membres de minorités, ni même de renvoyer les femmes courageuses qui ont défié les talibans en Afghanistan ou les ayatollahs en Iran, comme toutes celles et ceux à qui seront réservés l’internement, la torture ou la mort à leur retour. Faut-il le regretter?
Prétendre par ailleurs que toutes les juridictions sont «alignées» sur la CEDH est bien outrancier. La Convention européenne fixe un cadre dont on ne doit pas sortir, mais seule une infime minorité de textes frôlent le cadre. Et si l’on peut critiquer certaines des décisions de la CEDH, comme celles de toute instance judiciaire, cela ne saurait remettre en cause le principe de juridictions indépendantes pour interpréter et faire appliquer les lois.
Alors que des pays pseudo-démocratiques toujours plus nombreux remettent en question les droits de l’homme et les obligations qui en découlent, il est essentiel que notre pays, plutôt que de chercher des poux à la CEDH, reste dans le clan des ardents défenseurs de ces droits. Cela d’autant plus face au gigantesque chantier de l’immigration, dont on doit tous reconnaître avec humilité l’extrême difficulté.
* * *
###
### **▪️** L’Ukraine et l’Europe
_Georges Haour, professeur à l’IMD, Paris_
Le Sénat américain tergiverse en se dirigeant peut-être vers un arrêt de l’aide à l’Ukraine. Cela souligne la fragilité du rôle protecteur des Etats Unis, jugé si importante par des pays comme la Pologne ou les Etats baltes.
Face à cette situation, l’Europe doit se préparer à ne plus être sous protectorat américain et investir dans une défense européenne. Le temps presse. Pour ce faire, il a été évoqué le principe de lancer un emprunt. Je précise que cet emprunt pourrait être émis soit par la Commission européenne – eurobonds – , soit par un groupe de pays, probablement la France, l’Allemagne, les Pays-Bas et les pays nordiques; la Grande-Bretagne devrait aussi en faire partie. Les fonds levés seraient utilisés pour amplifier la production de l’industrie européenne de défense, à destination de l’Ukraine et des pays européens. Ces derniers achèteraient alors beaucoup plus en Europe qu’aux Etats Unis. Une alternative serait de lever un «impôt citoyen», comme celui qu’ont payé les Allemands de l’Ouest pendant trente ans après la réunification. Les Français seraient sans doute peu enthousiastes quant à une telle solution!
L’Ukraine paie le très lourd tribut du sang pour survivre, mais aussi pour défendre les valeurs européennes: liberté, respect de la vie et refus de la peine de mort, Etat de droit et séparation des pouvoirs, ainsi qu’une préférence têtue pour la négociation plutôt que l’affrontement.
Cela nous amène aux très importantes élections européennes du 9 juin 2024. Il est crucial que les électeurs de l’UE votent et choisissent la liste qui défendra le mieux ces valeurs européennes, en continuant sagement à construire une Europe puissance, qui, face à la Chine, l’Inde et l’Amérique du Nord, aura la taille pour exister seule dans un monde brutal. L’Europe a tous les atouts pour brillamment réussir, si elle le veut… Mais si l’Ukraine est défaite, l’avenir de l’Europe, Suisse comprise, s’assombrira tragiquement.
* * *
###

### **▪️** La Cinémathèque, lieu culturel visant à partager le cinéma?
_Pierre-Philippe Lob, Cheseaux-sur-Lausanne (VD)_
Je me suis rendu aux [portes ouvertes du Capitole](https://letemps.sirius.press/articles/454188) le week-end dernier; un lieu rénové à nouveau magnifique, mais…
Quelle ne fut pas ma stupeur, en lisant le nouveau programme, de voir les nouveaux tarifs appliqués maintenant: prix des places cher (plein tarif à 15 fr.), abonnements ayant plus que fortement augmenté (carte de 20 places passant de 120 fr. l’an dernier à 200 fr. maintenant, soit une augmentation de 60%!)!
Est-ce cela la conception du _partage du cinéma_? Pour les nantis sûrement, mais pour les jeunes ou les retraités, on s’approche, égale, voire dépasse les tarifs des cartes ou abonnements des salles privées.
Quelle institution ou politique a décidé de ces nouveaux tarifs? La Cinémathèque? La ville de Lausanne (afin d’amortir comme tout bon capitaliste les frais de rénovation)?
Je pense surtout que ces tarifs vont malheureusement éloigner les amateurs du 7e art comme moi, car ces prix, pour une institution culturelle, sont indécents.
Espérons que ma réflexion poussera la Cinémathèque à revoir ses tarifs à la baisse, pour que ce lieu, comme précédemment à Montbenon, devienne populaire.
* * *
### **▪️** Prise d’otages dans le train à Yverdon: attention à la haine de l’autre
_Azar Tahbazian, Genève_
Le 8 février dernier, [les passagers d’un train ont été pris en otage](https://letemps.sirius.press/articles/453910). Que ces heures ont dû être longues… Je suis profondément navrée de ce qu’ils ont eu à vivre.
Voyez-vous, cette histoire me touche… En tant qu’être humain, en tant qu’Iranienne, en tant que Genevoise. Je suis binationale, en Suisse depuis 1977, et régulièrement une claque me rappelle que je serai toujours une étrangère.
J’étais venue ici pour étudier puis rentrer chez moi, la révolution de 1979 en a décidé autrement et Genève est devenue ma ville. Cette précision me semble utile car je n’ai pas vécu les situations décrites plus loin.
J’ai beaucoup lu ces derniers jours sur ce bien triste événement… Les articles bien sûr, mais aussi les commentaires sur les réseaux sociaux: «Un de moins… 1-0… On a fait les poubelles…» Comment peut-on dire de telles horreurs? Qu’auraient-ils dit s’il s’agissait d’un citoyen suisse? Il faut être un monstre pour écrire de tels mots, bien planqué derrière son écran.
Dans ce cas précis, il s’agit d’un problème psychologique. Ce n’est pas une question de nationalité ou de permis de séjour, allez ranger votre haine. Et la police a fait ce qu’elle avait à faire, aucun doute là-dessus. Qu’on arrête de dire qu’ils auraient pu faire autrement.
Si ces petits esprits étriqués pensent qu’il est facile de quitter son pays, sa terre, sa famille, son histoire, eh bien ils se trompent lourdement. S’ils pensent qu’il est aisé d’être dans un camp en attente d’une décision, sans pouvoir construire une vie, eh bien ils se trompent vraiment. S’ils pensent que c’est facile d’accepter une décision de renvoi après plusieurs années, alors que vos enfants considèrent qu’ils sont d’ici, eh bien ils se trompent encore.
Non, tout le monde n’est pas ici pour profiter. Beaucoup souhaitent et espèrent un nouveau départ. Sauf qu’en plus d’être long, le système actuel ne fait qu’attiser la haine envers l’autre… Avoir une double nationalité est un privilège car on est riche d’une double culture. Le revers de la médaille est qu’on ne se sent jamais chez soi nulle part: ici, je reste une étrangère, et là-bas, je suis devenue étrangère.
Quant à ceux qui crachent sans cesse sur l’étranger, qu’ils retournent à leur misérable vie. La haine n’a pas sa place dans un pays de paix.
* * *
#Presse #letemps #Suisse
Le Temps (Suisse)
Au Tessin, les palmiers de Chine bousculent la biodiversité
Au Tessin, ces plantes invasives se sont échappées des promenades et autres zones villas. Leur multiplication sauvage déséquilibre les écosystèmes au sud des Alpes
On l’appelle «Tessinerpalme», le palmier du Tessin. Il séjourne là comme un vieil habitué, dont on a oublié les lointaines origines. Trachycarpus fortunei ou palmier de Chine a pris ses quartiers dès 1882 sur le lac Majeur, entrant dans la région par la grande porte, celle des collections de la famille Borromée, notamment sur les îles de Brissago. Puis avec l’essor du tourisme, ce symbole de la royauté et des tropiques s’est démocratisé: les communes l’ont planté en alignement, au bord des lacs. La via delle Palme à Locarno a fait des envieux et chaque village, et bientôt chaque villa, a voulu ses palmiers. Les pépinières locales ne se sont pas fait prier, il n’y a rien de plus facile, bon marché et rapide que de produire cette plante-là. Ou comment la noble passion d’un collectionneur fortuné est devenue un produit de masse, qui a fini par s’échapper dans les forêts et les deltas tessinois.
Venu du centre et de l’est de la Chine, il est le plus rustique de tous les palmiers: il résiste jusqu’à moins 15 degrés, pousse vite, se contente de peu, en eau et en sol. Son système racinaire, très superficiel, ne dérange rien, ni en profondeur, ni alentour. Contrairement à un arbre de hauteur comparable, 12 mètres environ, on peut le planter tout proche des maisons, il convient donc même lorsque l’espace manque. D’où son succès dans les jardins autour des villas individuelles, dont le nombre a explosé, comme partout en Europe et aux Etats-Unis, dès les années 1960. L’imaginaire collectif l’a associé aux vacances et à l’été et il y est resté. Et puis on le trouve beau, tout simplement.
Voir plushttps://www.letemps.ch/articles/au-tessin-les-palmiers-de-chine-bousculent-la-biodiversite
#Presse #letemps #Suisse