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La campagne du 3 mars pour une 13e rente AVS prend un tour explosif
La Suisse a-t-elle les moyens de couvrir une dépense de 5 milliards de francs pour les aînés? C'est autour de cette question que s'entredéchirent la droite, craignant un déficit, et la gauche, soulignant les bénéfices de l'AVS. Quant à l'UDC, elle s'attaque aux Suisses de l'étranger.
Au départ, il y avait une question toute simple, posée par les syndicats: pourquoi ne verserions-nous pas une treizième rente AVS aux aînés, comme l’on verse un treizième salaire aux employés? A l’arrivée, à un mois du 3 mars, la campagne a pris une nervosité folle, tant l’enjeu est important et l’issue du vote incertaine.
Encore ce week-end, dans la presse alémanique, des élus UDC ont relancé la polémique sur les Suisses de l’étranger, coupables «de toucher des rentes de luxe, sans contrepartie», provoquant la réaction de leur association. Le président d’Economiesuisse Christoph Mäder répète, en une de la Sonntagsblick, «que la proposition ne profiterait qu’à ceux qui n’en ont pas besoin». Il y a trois jours, c’est le valaisan Philippe Nantermod qui attaquait l’omniprésent Pierre-Yves Maillard l’accusant de tordre les concepts et de mentir aux électeurs. Il faut dire que le politicien vaudois écrase la concurrence et semble porter à lui tout seul le camp du oui. «Si on gagne, ce sera une sensation», avertit-il.
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Comment Nutella a grignoté mon village
Pour répondre à la demande mondiale en Nutella, la belle région du nord de Rome s'est couverte de champs de noisette à perte de vue. La narratrice relate l'histoire de son village, entre cultivateurs acquis à Ferrero et habitants à qui soudain, on déconseille formellement de se baigner dans le lac d'à côté...
Tout a commencé il y a une dizaine d’années. Tout à coup, dans mon village italien dont je tairai le nom, un sujet s’est imposé: il veleno (le poison), ces pesticides pulvérisés chaque année sur les noisetiers alentour en mai, juin et juillet. L'ennemi à détruire s'appelle cimice en italien – la punaise verte en français, Palomena prasina de son nom scientifique –, un ravageur des cultures à la carapace vert vif. Avec les stylets acérés, la punaise perce au printemps des trous dans la coque encore molle des jeunes noisettes et en aspire la sève. Elle peut se nourrir des graines de plantes les plus diverses, mais c'est la noisette qu'elle préfère. Cela tombe bien: il n’y a presque plus que des noisetiers dans ma région, le haut Latium, à une soixantaine de kilomètres au nord de Rome.
Des noisettes à perte de vue
C’est une monoculture toujours plus avancée, avec des rangées interminables d'arbustes de plusieurs mètres de haut, qui a presque entièrement fait disparaître la mosaïque italienne de champs de blé, de coquelicots et de bleuets, de vignobles et d'oliveraies clôturés, de bocages ponctués de haies et de taillis, de plantations de tabac, de moutons en transhumance, de jardins potagers, de terrains avec de vieux cerisiers et de fermes orangées éparses. C’est comme si un tapis de noisetiers avait été déroulé sur la magnifique *campagna romana*.
Tous, vraiment tous les moyens étaient permis dans la lutte contre la *cimice*, nous expliquait-on d'un air grave à nous, les ignorants – c’est-à-dire les quelques habitants du village qui ne sommes pas cultivateurs de noisettes. La *cimice* était l'ennemi juré qui menaçait l'or brun de notre région. La moindre noisette sur laquelle la punaise diabolique se posait est soudain devenue une calamité. Cela donne une tache sombre sur lacoque et un goût amer désagréable , ça, personne ne le conteste. Mais il en a toujours été ainsi et cela ne se sentait pas, dans l’avalanche de noix qui sont mélangées, hachées, moulues, pressées et transformées en gourmandises traditionnelles à base de noisettes dans toute l’Italie – *tozzetti* que l'on trempe dans le vin, biscuits, gâteaux, crèmes glacées, *torrone* à Noël, crèmes aux noisettes, pâtes à tartiner au chocolat et bien d'autres choses encore.
### «La» Ferrerro, institution nationale
Mais depuis que «la» Ferrero porte un intérêt brûlant aux noisetiers de notre région, une noisette percée semblait être la plus grande catastrophe qui puisse se produire. Oui, le nom du géant du nord du pays qui produit le Nutella est précédé ici d’un «la» de déférence, comme s'il s'agissait de «la» Loren, l’actrice nationale *(Sophia Loren, ndlr.)*. De fait, le petit insecte vert est devenu une obsession. Car la Ferrero a ses méthodes brutales de contrôle par échantillonnage à l'aide d'un appareil qui ressemble à une guillotine. Bam! Une ou deux noisettes avec une tache sombre et tout votre lot, pour lequel vous avez trimé dans les champs pendant des mois et engagé des dépenses importantes, perd d'un coup sa valeur. Des milliers d'euros partis en fumée.
Ce sont les règles implacables de la Ferrero, et personne ne songe à s'y opposer. Il est ainsi devenu *«nécessaire»*, disent les agriculteurs, de pulvériser au printemps d'énormes quantités de poison sur les noisetiers en cours de bourgeonnement, sans quoi la Ferrero refuse ces noisettes. Le poison s'ajoutait aux engrais et aux herbicides déjà utilisés en abondance, dont l’effet était manifeste au pied des buissons. L'herbe a presque complètement disparu et la terre nue était dure comme du béton – des conditions idéales pour la récolte, car les noix mûres tombées au sol peuvent ainsi être facilement aspirées. Cela se fait à l'aide d'aspirateurs géants, et les nuages de poussière qu'ils soufflent dans l’air restent suspendus au-dessus du paysage comme des champignons atomiques pendant les mois de récolte, en août et septembre.
### «Ah, ils ont encore pulvérisé»
L'utilisation d'herbicides a certes été interdite à un moment donné, mais qui contrôle cela? *«Ah, ils ont encore pulvérisé»*, disaient les habitants du village. Aucune désapprobation ne transparaissait dans ces propos, la plupart cultivaient eux-mêmes des noisetiers ou avaient des parents qui le faisaient.
Longtemps, le poison n’a pas été un sujet dans le village: il en faisait partie, tout simplement. Les hommes sortaient le matin et, du haut de leurs tracteurs cahotant, saluaient joyeusement les passants en traversant la place. Une remorque était attachée, d’où s’échappaient les pesticides dilués à l'eau. *«Ciaoooo!»*, criaient les passants, et nous avec, en les saluant de la main. Gianni, Romoaldo, Augusto ou Cesare étaient assis là-haut, sur leur engin, sans aucune protection, en tee-shirt, avec tout au plus un bandana autour de la tête. Dans les plantations, ils pulvérisaient toute la journée, et nous nous promenions entre les rangées d'arbustes, c'était le printemps pour tout le monde. Parfois, un coucou s'échappait malicieusement des branches et des jeunes feuilles, et l'un des paysans envoyait une nouvelle pulvérisation. Nous lui faisions un signe amical en respirant l'air printanier, même si notre langue et notre palais étaient secs et collants – on appelait cela *lappo,* au village.
### Une armée d’astronautes
Mais qu'est-ce qui pouvait arriver de mal? Après tout, ces hommes souriants étaient là toute la journée. Sauf qu’il y a dix ans, les choses ont commencé à changer. Cela a cessé d’être considéré comme allant de soi. On ne voyait plus les hommes traverser la place du village à neuf heures du matin avec leurs citernes de poison. Soudain, ils se sont vêtus de combinaisons de protection et ont mis des casques d'astronautes avec la visière rabattue – une vision fantomatique lorsqu'ils venaient à votre rencontre dans la pénombre de l’aube après les épandages de la nuit, vite, vite, pour ne pas être vus.
*«Ils ont encore arrosé cette nuit!»*, s’est mise à maugréer une mère dont la terrasse sur le toit jouxte directement une plantation de noisetiers.
Au village, il avait toujours été normal de cultiver des noisettes sur chaque parcelle de terrain qui s'y prêtait, jusqu'à la limite des habitations, parfois même à l'intérieur de celles-ci. Avant l'époque du poison, des engrais et des désherbants, personne n'y trouvait rien à redire. Les plants étaient plantés, ils grandissaient et devenaient de petits arbres et au bout de cinq ou six ans, on pouvait récolter les premiers fruits. Pendant les mois d'hiver, on les taillait. Tout était fait à la main, on n'utilisait pas d'engrais et la plupart des petits paysans gagnaient bien leur vie avec leurs deux ou trois hectares.
On pouvait facilement gagner de 7000 à 10’000 euros par an, sans forcément payer d'impôts, ce qui rendait la chose d'autant plus attrayante. Dans notre région, les noisettes ont servi à financer un grand nombre de maisons, de mariages et de 4x4 ostentatoires.
### Une lente réalisation
Le meilleur terrain que l'on puisse imaginer pour la noisette se trouve ici, dans les collines verdoyantes du haut Latium. Dans les Monti Cimini, le poumon vert de Rome, les conditions sont optimales: des sols volcaniques fertiles, des terrains pas trop pentus et faciles à travailler, à une altitude idéale pour la culture des noisettes, entre 300 et 700 mètres au-dessus du niveau de la mer. Des températures parfaites, un ensoleillement et des précipitations parfaits, sans oublier le savoir-faire des personnes qui s'occupent de la noisette depuis un siècle. C'est le paradis de la noisette. Ou plutôt, c’était.
En effet, depuis une dizaine d’années, notre région s'est transformée en secret, en silence, en un dépotoir de poison qui dégrade et détruit tout: les sols, la biodiversité et l'eau. Personne ne s'en est aperçu. La nature envoyait des signaux de détresse depuis longtemps, mais il a fallu des années à des humains ignorants – des humains sans noisettes – pour additionner tous ces symptômes et parvenir à une conclusion irréfutable: la cause de tout cela était la culture intensive et toujours plus étendue des noisettes, qui domine la campagne vallonnée.
### La légende des larves qui tombées du ciel
Pourtant, cela fait un moment que l'on dit qu'il vaut mieux ne pas se baigner dans le lac de Vico *«en été»*, comme si cela était tout à fait recommandé en automne ou en hiver. Ce *«en été»* était lié à la fable des *«larves qui tombent des arbres»*. On les rendait responsables du fait que les nageurs sortaient parfois de l'eau plein de pustules rouges sur la peau et devaient ensuite se rendre aux urgences, à moitié fous de démangeaisons, torturés par les nausées jusqu'aux vomissements. Personne ne les avait jamais vues, ces larves, mais nous acceptions leur existence.
Personne ne disait que la vraie raison était autre, à savoir la forte prolifération des algues rouges lorsque, suite à un mélange d'engrais et de pesticides, d'énormes quantités d'orthophosphate, un nutriment pour les plantes, se retrouvait dans l'eau. Les gens du village ne se baignent pas dans le lac – ils ne savent de toute façon pas nager –, ils n'ont donc aucun problème avec cela. On pouvait toujours manger dans les restaurants de la rive et on racontait aux touristes l'histoire des larves.
### Ne vous baignez jamais dans le lac
Il y a quelques années, j'ai demandé au maire du village, un grand propriétaire terrien avec d'immenses plantations de noisetiers et de châtaigniers, s'il était possible d'emmener mes nièces au lac cet été. Il a rapidement fait le tour de la place du village, puis s'est penché vers moi et m'a dit à l'oreille: *«Non, allez plutôt à la mer. Ou allez à la piscine. Mais ne vous baignez pas dans le lac. En aucun cas, vous m’entendez?»*
Se baigner dans la mer ou dans une piscine? La raison principale pour laquelle nous avions acheté notre petite maison dans ce village à la fin des années 1980 avait été le Lago di Vico, le lac volcanique le plus haut d'Italie, un cratère d'eau de source et de pluie cristalline à 500 mètres d'altitude, niché entre des pentes vert foncé, un fourré de roseaux où nichaient des oiseaux rares, et des plantations de noisetiers qui descendaient jusqu'à l'eau. Mais ces plantations à perte de vue, c’était aussi de la nature, n’est-ce pas?
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La propagation des punaises est une conséquence de la mondialisation. Elles ont été introduites en Europe depuis des régions du monde plus chaudes. La hausse des températures contribue à leur hivernage et à leur propagation. Les punaises s'accrochent aux plantes fruitières et potagères et transmettent des virus. Les producteurs de pommes du lac de Constance et du Tyrol du Sud ont récemment déploré des pertes de récolte considérables dues aux punaises venues d'Asie. Il est difficile de les combattre, car elles n'ont pas de prédateurs naturels.
Il en va de même pour la punaise verte du riz, originaire d'Afrique de l'Est, qui suce les noisettes dans le Latium. Des produits chimiques à large spectre, comme Karate Zeon du groupe agrochimique suisse Syngenta, sont pulvérisés contre ce ravageur. En règle générale, ils ne reçoivent que des autorisations urgentes limitées dans le temps. Afin d'exclure tout dommage aux abeilles, l'insecticide ne peut être pulvérisé que la nuit. La substance active est toxique pour les organismes aquatiques et, selon la classification de l'Union européenne, son inhalation peut être mortelle pour l'homme.****
*Prochain épisode: Le génie de Pietro Ferrero et l’invention du Nutella*
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Le dessin de la semaine: des ministres israéliens appellent à recoloniser Gaza
Toutes les semaines, le dessinateur jurassien Pitch Comment croque un fait d'actualité pour Heidi.news.
Quel est le projet politique d’Israël dans la bande de Gaza, après avoir détruit la moitié de l’enclave, chassé le Hamas qui administrait la plupart des institutions, et affaibli l’UNRWA au point de mettre en danger son existence? A cette question cruciale, Tel-Aviv semble bien en peine de fournir une réponse. Pour l’extrême-droite, l’affaire est entendue: il faut relancer les colonies dans Gaza, retirées unilatéralement en 2005 à l’initiative d’Ariel Sharon. Cet appel a été renouvelé lors d’une convention organisée dimanche 28 janvier dans Jérusalem-Est par le mouvement pro-colons Nahala.
L’affaire, révélée dans les médias israéliens, a suscité un tollé. Il s’avère que pas moins de 12 ministres issus de la coalition au pouvoir étaient présents à la conférence, dont le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir et le ministre des Finances Bezalel Smotrich, issus des rangs de l’extrême-droite religieuse. Le nom de la conférence? Settlement Brings Security, c’est-à-dire «La sécurité par la colonisation»… De quoi susciter une forte réprobation internationale, y compris de la part de l’allié américain de toujours, la Maison-Blanche se déclarant officiellement «préoccupée».
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Comment Trump pourrait faire de l'Amérique un Etat mafieux
Donald Trump a profité de son premier mandat pour augmenter drastiquement le seuil de tolérance des élites politiques à la corruption la plus élémentaire. De retour aux manettes, il aurait toutes les cartes en main pour instaurer un véritable Etat mafieux, sur le modèle de la Hongrie de Victor Orban.
Dans les annales gouvernementales, l’année 2017 appartient déjà à une ère révolue. En septembre de cette année-là, Tom Price, le secrétaire à la Santé nommé par Donald Trump tout juste élu, a dû quitter son poste en pleine disgrâce. Son péché? Il avait voyagé en jet privé, aux frais du contribuable, au lieu d’emprunter des vols commerciaux. La transgression paraît anodine comparé aux abus de pouvoir qui s’annoncent par la suite, mais à l’époque, même Donald Trump s’était senti obligé de crier avec les loups.
Dans les premiers mois de la présidence Trump, on ne savait pas encore trop quel degré de corruption la nation – et le Parti républicain – seraient susceptibles de tolérer. C’est la raison pour laquelle celui-ci s’était résigné à limoger son éphémère ministre. Mais le parcours de Trump dans l’immobilier, sa propension à distribuer les pots-de-vin et intimider les officiels, suggéraient déjà qu’il voyait la Maison-Blanche comme un outil de sa fortune personnelle.
Dix jours avant son entrée en fonction, Trump a tenu une conférence de presse devant d'imposantes piles de dossiers destinées à suggérer qu’une analyse juridique rigoureuse avait été menée. Là, il a annoncé qu’il ne se départirait pas de ses intérêts commerciaux. Ainsi est-il est devenu le premier président américain moderne à bénéficier d’un vaste réseau d’entreprises dans le monde entier, et avec son nom en lettres d’or s’il vous plaît.
Comme un lent pourrissement
Tout cela ne s’est pas produit du jour au lendemain. Les premiers temps de la présidence ont permis de tester les limites. Trump s’est d’abord servi de ses hautes fonctions pour exploiter sans vergogne son empire immobilier. Lors des visites officielles du président ou de sa famille, il n’a pas hésité à facturer des sommes exorbitantes aux services secrets pour l’hébergement d’agents en mission – jusqu’à 1185 dollars la nuit au Trump International Hotel de Washington, d’après le comité de surveillance de la Chambre des représentants.
Lorsque Trump et ses fidèles ont quitté la Maison-Blanche, ils avaient achevé d’effacer toute réticence vis-à-vis de ces pratiques, tant au sein du Parti républicain que de la société en général. Et ils ont profité de leur séjour à la tête de l’Etat pour se fabriquer un véritable petit manuel du spécialiste en corruption, trafic d’influence et prise illégale d’intérêt.
Ce savoir-faire, ce sens de l’impunité, ce talent pour ne jamais oublier de se remplir les poches, tout cela ne manquera pas de servir en cas de retour de Trump à la Maison-Blanche. Le premier mandat était surtout un exercice de petite corruption à moitié improvisé. Un second mandat serait l’occasion d’installer une corruption systémique au cœur de la machine d’Etat. Il existe un terme pour désigner ce type de régime: Etat mafieux.
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Le futur de l'agriculture suisse est-il collectif? A Orbe, visite d’une ferme aux airs de kolkhoze
Plus on est de fourches, plus on rit? En Suisse, le paysan gérant sa ferme seul ou en famille est encore au cœur de l’imaginaire et du droit agricole. Mais de nouveaux idéaux émergent, avec le collectif comme clé de voûte. Pour en savoir plus, nous avons visité la Ferme du Joran, dans le Jura vaudois, où une douzaine de fermiers s’adonnent à un projet qui tient autant de l'agriculture que de l’utopie de gauche.
«J’ai l’impression que les utopistes sont ceux qui croient qu’on peut continuer l’agriculture industrielle telle qu’elle est maintenant.»
Un rire discret ponctue la phrase de Dylan Barclay, paysan tout juste quadragénaire, attablé à une table de jardin dans la fraîcheur automnale. Au loin, quelques chèvres en pension paissent sur un terrain trop pentu pour être cultivé. En cette mi-octobre 2023, mon interlocuteur accepte de jouer le guide au sein de la Ferme du Joran.
Dans cette ferme collective à Orbe (VD), au bord de la rivière éponyme, une douzaine de personnes produisent des légumes, des céréales, du pain et du tofu. L’organisation, qui se veut horizontale, met en avant le respect des terres autant que des «agriculteur.ice.s» qui les travaillent. «Il y en a qui nous imaginent comme utopistes, mais il faut reconnaître que si on ne l’était pas un peu, on n’aurait pas fait tout ça», ajoute le paysan au bonnet rouge.
«On a un devoir de production»
Engagés, les membres de la Ferme du Joran revendiquent de l’être. Militants aussi, parfois, sur leur temps libre. A l’entrée du marché en libre-service, des tracts Uniterre et des exemplaires de la revue Moins côtoient des annonces pour des cours de taï-chi et de classes en forêt. Des affiches «SOS tofu» et «les OGM franchement, c’est nul – et ça pue du cul» décorent le petit réfectoire, dans lequel trône ce qu’on pourrait qualifier de bibliothèque à courges (la collection est encore en cours), dans une atmosphère de récup’ et bricolage.

La Ferme de Joran est donc un projet de vie, qui mêle autosubsistance, préservation des terres et activité agricole. «La terre est tellement précieuse en Suisse qu’on a un devoir de production», juge Dylan Barclay. Pratiquement deux décennies séparent le fermier du jeune diplômé en automatique qui rêvait de cultiver des terres avec des amis. Après une formation d’ingénieur agronome à l’Hepia… qu’il ne terminera pas, plus mordu de pratique que de théorie, il finit par lancer la ferme collective en 2017. Cette année, il a décroché un CFC d’agriculteur.
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Ainsi est morte Emilie, vieille dame isolée en curatelle à Genève
Emilie (prénom modifié), la vieille dame genevoise au cœur de nos deux premiers épisodes, est décédée le 19 janvier 2024, à l'âge de 96 ans. Ses obsèques ont été expédiées en un quart d'heure, sans même la présence de son avocat curateur. En guise de point final à cette enquête, nous relatons ce moment.
Une cérémonie expédiée en quinze minutes et une tombe creusée dans un cimetière désert, malgré le grand ciel bleu. Emilie (prénom modifié), cette Genevoise de 96 ans dont Heidi.news a fait le portrait dans les deux premiers épisodes de notre Exploration «A Genève, de la curatelle au cauchemar», s’en est allée, vendredi 19 janvier 2024, comme elle a vécu les dix dernières années de son existence sous curatelle: dans un vide affectif réfrigérant.
Lire l’épisode: Qui se souvient d’Emilie?
Souvenez-vous: c’est elle qui, placée sous curatelle contre son gré dans une commune genevoise, s’est fait imposer un curateur insensible et des gouvernantes menant grand train dans la maison où elle-même était maintenue isolée.
### A la sauvette
Certes, sur le plan des formalités, l’essentiel a été fait. Un avis signalant le décès de la vieille dame, quelques jours plus tôt, est paru dans la *Tribune de Genève*. Un coussin de roses blanches et rouges avait été commandé pour ses obsèques. Mais pour ce qui est de la chaleur humaine, il n’y a pas eu de service minimum.

Personne, ni son curateur depuis 2012, un avocat de la place que nous avons nommé Me Luc Elaret, ni les gouvernantes recrutées par ce dernier et qui ont régenté la vie d’Emilie pendant plus d’une décennie, ne s’était donné la peine de confier quelques fragments sur sa vie ou sa personnalité à l’officiant de la chapelle de la Cluse pour lui permettre de préparer la cérémonie. Le pauvre homme ne savait même pas si la vieille dame était croyante, et encore moins son éventuelle obédience.
Seule Gisèle *(prénom modifié)*, avertie à la dernière minute par une connaissance ayant vu le faire-part dans le journal, a pu souffler à l’homme d’Église que la défunte était issue d’une famille de maraîchers alémaniques et qu’elle avait été élevée dans la religion protestante.
### Deux croix en bois et une fleur
Cette ancienne gouvernante, qui avait officié au domicile d’Emilie et de son mari Max *(prénom modifié)* en 2012, est sans doute la dernière personne à avoir noué un lien amical avec le couple. Abruptement licenciée quand le curateur Me Elaret a été désigné, Gisèle n’a pas été autorisée à revoir Emilie avant que celle-ci ne repose en son cercueil.
Les deux gouvernantes engagées par le curateur sont arrivées à la chapelle au dernier moment, avec le mari de l’ainée d’entre elles, dont la familiarité excessive inspirait une forte antipathie à Emilie. Le trio s’est éclipsé aussitôt prononcées par l’officiant les quelques paroles insipides de circonstances, agrémentées par un morceau de musique classique.
Si bien que seule Gisèle a assisté à la mise en terre d’Emilie. Au cimetière, cette dernière repose désormais au côté de son mari. Ni stèle, ni pierre tombale. Deux croix chétives en bois fichées dans la terre signalent au passage que l’un et l’autre ont un jour été de ce monde.
### Place aux bulldozers
A 3 kilomètres de là, la jolie maison d’Emilie et de Max est désormais vide. Les gouvernantes qui y avaient pris leurs aises vont devoir occuper différemment leur existence. Le 17 décembre 2020, la propriété a été vendue à prix modique par le curateur à un consultant immobilier ayant travaillé 25 ans en Suisse, aux États-Unis, en Allemagne, en Afrique du Sud, au Royaume-Uni, en République populaire de Chine, aux Émirats arabes unis et au Qatar.
Pour cette affaire, il est associé à une fameuse entreprise genevoise de construction. Les bulldozers ne devraient plus tarder.

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Que cache le plan de Giorgia Meloni pour l’Afrique?
La Première ministre italienne doit présenter son plan pour l’Afrique lors d’un sommet à Rome réunissant une vingtaine de délégations africaines, ce dimanche 28 et lundi 29 janvier. Annoncé en 2022, le contenu du projet est encore flou, mais suscite déjà de vives inquiétudes.
Giorgia Meloni n’a d’yeux que pour l’Afrique. Et la Première ministre a même un objectif bien précis: créer un partenariat «d’égal à égal» avec le continent pour réduire à long terme les flux migratoires vers les côtes italiennes. Pour cela, elle a un plan: le «plan Mattei», nommé en hommage à Enrico Mattei, fondateur de l’entreprise énergétique italienne ENI, considéré comme un visionnaire.
Annoncé en 2022, et jusque-là resté flou, le contenu du projet doit être enfin présenté lors du sommet Italie-Afrique, organisé à Rome dimanche 28 et lundi 29 janvier. À cette occasion, une douzaine d’organisations internationales et une vingtaine de délégations africaines feront le déplacement vers la capitale italienne.
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Bio, diversifiées, locales: les microfermes veulent révolutionner l'agriculture suisse
Elles se veulent le symbole d’une agriculture à taille humaine, plus respectueuse de la nature et d’une forme de sobriété: les microfermes explosent en Suisse. Ils sont déjà quelques centaines d’agriculteurs en Suisse à incarner ce modèle, plébiscité des consommateurs, qui prend le contrepied des grandes exploitations modernes. Et les microfermiers sont en train de s’organiser pour peser dans le paysage.
Cuisinier avant d’être maraîcher, Raphaël Gétaz a toujours su que «le goût serait au centre de tout». Formé notamment auprès du triple-étoilé Alain Passard, l’homme s’est initié au maraîchage avec un voisin à son retour en Suisse, avant de créer en 2017 Les Jardins de Chivrageon, sur les hauts d’Aubonne (VD): quelque 250 variétés, souvent anciennes, rares, originales, cultivées en biodynamie dans un mouchoir de poche (à peine 2 hectares), prolongé désormais par une exquise table d’hôtes…
Pas très loin de Chivrageon, dans la campagne genevoise, Alexandre, Antoine et Julien ont eux aussi des parcours contrastés – études de russe, d’horticulture ou cursus d’ingénieur agronome – avant de lancer leur propre projet d’agriculture contractuelle. Ils dénichent à Avully un terrain de l’Etat déjà labellisé Bio Suisse et y installent dès janvier 2019 une joyeuse diversité de légumes et quelques poules de races anciennes. Ainsi naît la Ferme du Sonneur, baptisée en clin d’œil au rare crapaud sonneur à ventre jaune qui se plaît sur les bords du Rhône…
Quant à Yaëlle Maye, entre-temps secondée par son compagnon, elle a eu le déclic lorsqu’elle a perdu son emploi. Cette jeune horticultrice, agricultrice, et apicultrice a lancé sa ferme bio à Château-d'Œx, à 900 mètres d’altitude, entre Gruyère et Pays d’Enhaut. Le Potag’Oex, cette «oasis de biodiversité» à 900 mètres d’altitude, associe les plantes aromatiques et les légumes, les abeilles et les poules pondeuses, les infusions et les sels aromatisés…
Raphaël, Yaëlle et le trio genevois incarnent et résument bien la nouvelle génération à l’origine des microfermes dans notre pays. Parce qu’ils sont souvent issus d’autres horizons, venus du tertiaire ou diplômés de hautes écoles, «néo-ruraux » pour certains. Parce qu’ils sont pétris de convictions et d’éthique, motivés à révolutionner l’agriculture grâce à des pratiques vertueuses, biologiques, biodynamiques, inspirées de la permaculture, d’un zeste d’agroforesterie. Le tout sur des microsurfaces, dont ils ne sont que très rarement propriétaires, avec un minimum de mécanisation pour un maximum de travail manuel et de valeur ajoutée…
Et c’est quoi, une microferme?
On peut estimer que la Suisse romande compte une centaine de microfermes et la Suisse alémanique le même nombre, estime David Bichsel, auteur d’une étude sur le sujet et président d’une Association suisse des microfermes nouvellement créée.
De quoi s’agit-il? En matière de culture, ces ministrusctures font beaucoup de maraîchage (culture de légumes diversifiés), mais l’offre se veut inventive: les vergers et l’agroforesterie, l’aquaponie et la culture de champignons, l’herboristerie, la valorisation des produits et les activités liées, traiteur, boulangerie, fromagerie ou restauration, les chambres d’hôtes ou les démarches pédagogiques, l’élevage de cochons laineux et autres moutons shropshire… Sans oublier quelques distilleries tout à fait étonnantes, comme Gagygnole à Souboz.
Les microfermes poussent en plaine ou en montagne, en zone urbaine ou loin des villes et se nomment de manière volontiers poétique – La Clef des Champs, La Belle Courgette, Le Panier bio à 2 roues, Rage de vert, La Chèvre et le Chou… Certaines d’entre elles arborent le label Terre durable, créé en 2019. Leur forme juridique, elle aussi, est multiple: coopérative de producteurs ou de consommateurs, association, SARL, société en raison individuelle ou entrepreneur indépendant, alors que le nombre de collaborateurs ou employés est généralement modeste.
Ce n’est pas que la taille qui compte
La définition des microfermes reste toutefois assez vague, voire mouvante, relève Delphine Piccot, qui planche notamment sur le sujet dans le cadre de la section dédiée, créée récemment au sein de Proconseil, filiale de Prométerre, et d’un projet financé par l’OFAG.Pour David Bichsel, la taille de l’exploitation est certes un critère (pas plus de 5 hectares) mais ce n’est pas le seul. Le nombre d’employés, les quantités produites, le nombre de consommateurs concernés ou le chiffre d’affaires pourraient aussi être pris en compte.
Certains experts proposent de mettre en relation la surface cultivée et le nombre d’exploitants. On obtient alors un ratio dix fois inférieur aux fermes classiques, qui allouent en moyenne une personne à temps plein pour 13,4 hectares. La microferme requiert davantage de main d’œuvre mais compense en générant des revenus supérieurs aux exploitations classiques. On peut parler de cultures à forte valeur ajoutée, s’agissant en particulier de maraîchage biologique.
A cela s’ajoute le recours à la vente directe dans la quasi-totalité des cas, via un système d’abonnement, de la vente sur les marchés et parfois un magasin à la ferme. Pour David Bichsel il faudrait enfin ajouter à cette définition la notion de diversité des cultures, avec au minimum 30 types de légumes – et souvent beaucoup plus…
Les chantres du retour en avant
En Suisse comme dans d’autres pays voisins, l’agriculture connaît un double mouvement. D’abord, une concentration: les grosses exploitations, de plus de 30 hectares, sont en augmentation. Mais en parallèle, le nombre de petites structures, avec environ 1 hectare de terres cultivées, est en train de s’envoler. Comment expliquer ce phénomène?
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Le dessin de la semaine: Trump roule sur ses adversaires aux primaires républicaines
Toutes les semaines, le dessinateur jurassien Pitch Comment croque un fait d'actualité pour Heidi.news.
D’abord l’Iowa, puis le New Hampshire. Ultra-favori aux primaires républicains, Donald Trump roule sur la concurrence. L'ancien gouverneur du New Jersey Chris Christie, longtemps le seul candidat ouvertement anti-Trump, a jeté l’éponge le 10 janvier, avant même le début des hostilités. L’entrepreneur Vivek Ramaswamy, pressenti pour la vice-présidence, a abandonné à l’issue du scrutin dans l’Iowa, où il est arrivé quatrième. Quant au gouverneur de Floride, Ron DeSantis, qui faisait figure de principal challenger, il a lui aussi renoncé le 21 janvier, soit deux jours avant le scrutin dans le New Hampshire.
Lire notre Exploration «Si Trump revient»
Qui reste dans la course pour faire barrage au géant orange? L’ancienne ambassadrice à l’ONU Nikki Haley, 52 ans, qui mise sur les républicains modérés et les indépendants — et commence à hausser le ton vis-à-vis du candidat du «chaos». Mais sa défaite dans le New Hampshire (43% des voix), Etat réputé peu favorable à Donald Trump, est de mauvais augure pour la suite. Beaucoup estiment déjà que les primaires républicaines sont terminées. Seul vent contraire: Trump semble avoir beaucoup de mal à séduire les électeurs indépendants, affiliés à aucun des deux grands partis, qui constituent un vivier électoral essentiel pour remporter l’élection présidentielle en novembre.
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Massacre de Sabra et Chatila: quand Israël laisse faire et que le CICR doit se taire
Le 16 septembre 1982, dans Beyrouth assiégée, des phalangistes chrétiens pénètrent dans Sabra et Chatila, avec la complicité d’Israël. Enragés par l’assassinat de leur président deux jours plus tôt, les miliciens tuent, pillent et violent des Palestiniens sans défense – femmes, enfants, vieillards, et jusqu’aux animaux. Le massacre dure trois jours. Le CICR est en première ligne face à l’horreur, mais son rôle est d’aider les victimes, pas de dénoncer les coupables. Nos témoins racontent.
Fin de l’été 1982, en pleine opération israélienne au Liban. Tel-Aviv obtient que les derniers combattants de l’OLP retranchés dans Beyrouth assiégée embarquent avec leur leader Yasser Arafat sur des navires américains, laissant le quartier palestinien de Sabra et le camp de réfugiés palestiniens voisin de Chatila sans défense. Le 14 septembre, le président libanais chrétien Bachir Gemayel est assassiné dans un attentat à la voiture piégée, aux commanditaires alors inconnus. Les milices chrétiennes enragées se vengent contre les Palestiniens.
Les profils des délégués et anciens du CICR qui témoignent sont disponibles dans le premier épisode.
Carlos Bauverd
«Une situation qui ne peut aboutir qu'à un drame»
«La journée du départ d’Arafat et ses troupes de l’OLP est une chose absolument incroyable et poignante. Ce sont des milliers d'hommes armés qui partent, sur des bateaux, et qui laissent derrière leur femme, leur famille, les enfants, les vieillards qui restent à Beyrouth, essentiellement dans deux camps qui s'appellent Sabra et Chatila, dans la banlieue sud. On sait qu’on est en train de créer une situation qui ne peut aboutir qu'à un drame. Il n'y a plus de combattants pour défendre les familles.
Parallèlement à ça, au Liban à cette époque-là, il y a la montée d'un leader qui s'impose à tous, qui est Gemayel, et Bachir Gemayel est élu président. A peine élu, peut-être trois semaines après son élection si mes souvenirs sont bons, il est assassiné. Qui, quoi, comment? Personne ne le saura jamais, l'histoire ne l'a pas encore dit. (En 2017, 35 ans après les faits, ont été condamnés par contumace au Liban deux des assassins de Bachir Gemeyel, tous deux membres du Parti syrien national social, piloté par Damas, ndlr.)
Mais à partir de là, les combattants chrétiens alliés d'Israël sont évidemment dans une rage et dans un désir de vengeance épouvantable. On aboutit à cette situation qui est historiquement connue qui était le grand massacre de centaines et de centaines de Palestiniens. Je ne prononcerai pas le chiffre exact, puisqu'on est les seuls au CICR à le connaître et qu'on ne l'a jamais livré au public. (Les évaluations oscillent entre 460, selon le rapport officiel du procureur général de l'armée libanaise au moment des faits, et 3000-3500 victimes, selon des travaux historiques plus tardifs, ndlr.)»
Jean-Jacques Frésard
«Les malades avaient été achevés dans les lits»
Dès qu’ils entendent les premières rafales, les délégués du CICR Carlos Bauverd et Jean-Jacques Frésard demandent à pouvoir entrer dans les camps, mais l’armée israélienne ceinture le périmètre pendant que les phalangistes se livrent aux massacres. L’équipe du CICR doit patienter deux jours, avant de découvrir des horreurs qui les marqueront à jamais.
«On est entrés dans les camps. Est-ce que c'était le vendredi 17, le samedi 18 [septembre 1982]? Je ne suis pas sûr. On a été en direction de l'hôpital d’Acca à Chatila, et très vite, à l'entrée du camp, on a vu des cadavres partout. Ils étaient déjà morts depuis 48 heures. Il faisait très chaud encore en ce mois de septembre. Ils étaient déjà gonflés, déjà un peu mangés par la vermine. Le premier que j'ai vu, c'est un vieillard, les cheveux tout blancs, le poing dressé comme ça, couché. Il y avait des femmes qui avaient les mains liées dans le dos, les jupes retroussées. Pas besoin de vous expliquer ce qui leur était arrivé. Il y en avait comme ça, beaucoup.
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Trump parviendra-t-il à enterrer le climat une deuxième fois?
Donald Trump n’a qu’une seule politique en matière d'énergie: miser sur les fossiles, tout en travaillant activement à enterrer la question du réchauffement climatique dans l'opinion. Mais les Etats-Unis sont bien plus avancés sur le chemin de la transition énergétique que lors de son premier mandat. A-t-il encore une capacité de nuisance sur ces sujets?
En janvier 2017, six jours avant l’investiture de Donald Trump, j’ai assisté à un hackathon d’un genre singulier au sein d’une bibliothèque de l’Université de Pennsylvanie. Dans un chaos organisé, les volontaires, archivistes, bibliothécaires ou informaticiens, écumaient les sites officiels du gouvernement américain, à la recherche de données sur le changement climatique à sauvegarder d’urgence. De tels groupes ont essaimé un peu partout dans le pays après l’élection.
Sur les tableaux blancs s’affichaient alors les objectifs de ces sauveteurs improvisés. Dupliquer plusieurs décennies de statistiques sur les carottes glaciaires de l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique (NOAA). Récupérer les résultats des contrôles de qualité de l’air effectués par l’Agence de protection de l’environnement (EPA, équivalent du ministère de l’Environnement, ndlr.) sur les quatre années précédentes. Trouver un moyen de sauvegarder une carte détaillée des usines et des centrales les plus émettrices de gaz à effet de serre.
Enterrement de première classe
Les participants du hackathon redoutaient que la nouvelle administration ne supprime l’accès à ces données publiques. Une semaine plus tard, leur crainte s’était réalisée.
A midi, le jour même de l’intronisation, toute mention du changement climatique avait disparu du site officiel de la Maison-Blanche. En mai, l’équipe avait supprimé la page de l'EPA présentant la science du climat au grand public, ainsi que 108 pages dédiées au Clean Power Plan d'Obama, destiné à réduire les émissions carbones des centrales électriques. Quelques mois plus tard, l’administration Trump tentait d’abroger ce plan historique dans sa totalité.
La nouvelle administration voulait à l’évidence qu’on oublie le changement climatique. Au-delà de son inaction politique, elle a fait disparaître la seule mention du sujet de l’ordre du jour national – et par extension, des priorités internationales. Si Trump revient aux manettes, il ne manquera pas de s’atteler à enterrer le dossier du climat avec une énergie redoublée.
La crainte d’un effet domino
Quelles seraient les conséquences d’un tel retour, au plan international? Michael Gerrard, fondateur et directeur du Sabin Center for Climate Change Law à l'Université de Columbia, pense que les Etats-Unis sortiraient de nouveau de l’accord de Paris. Malgré leur statut de deuxième plus gros émetteur mondial, et sans conteste le plus riche, les Etats-Unis continuent de montrer peu d’intérêt pour le financement de l’action climatique mondiale – y compris sous administration démocrate. Pour l’heure, cependant, le pays figure toujours à la table des négociations internationales sur le climat.
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Qui mettra la main sur les terres agricoles de Suisse?
Le droit foncier rural, qui définit les grands principes d’accès à la terre, est un pilier de l’agriculture suisse. Alors que la moitié des chefs d’exploitation partiront à la retraite d’ici à 2040, la Confédération prévoit de réformer la loi. Faut-il déverrouiller l’accès aux terres agricoles pour les nouveaux venus, au risque de voir de grands groupes accaparer les rares terres fertiles du pays? Le sujet est explosif.
Parlez à n’importe quel agriculteur qui n’est pas lui-même issu d’une famille de paysans. A tous les coups ou presque, un sujet viendra spontanément sur la table: la difficulté d’accéder à des terres. Et avec elle, le sacro-saint droit foncier rural, défini par la loi fédérale du même nom (LDFR). Un texte juridique d’une trentaine de pages, vieux de 30 ans, qui pose les piliers juridiques de l’agriculture suisse.
Ces fondations-là vont être rénovées: la Confédération prévoit une révision du texte en 2025. Certains y voient l’opportunité de démocratiser l’accès aux terres agricoles pour faire de la place aux nouveaux entrants – jeunes diplômés, collectifs, néo-paysans. D’autres se satisfont très bien que les terres restent au sein des cercles traditionnels, et craignent que cette réforme n’ouvre une boîte de Pandore pour l’agriculture suisse.
Au cœur, l’exploitant individuel et la famille
La LDFR est un peu l’alpha et l’oméga de l’accès à la terre. Les principes fondateurs sont clairs: «encourager la propriété foncière rurale» et «maintenir des exploitations familiales comme fondement d'une population paysanne forte et d'une agriculture productive». Il s’agit aussi de lutter contre la spéculation foncière et de prévenir le surendettement et l’enchérissement des prix des terrains agricoles, qui sont une denrée rare dans le pays.
Ce vaste programme est mis en application par une ordonnance fédérale, qui se décline elle-même à l’échelle cantonale, avec des lois et règlements d’application.
Le droit précise aussi des aspects très concrets, tels que les critères pour faire l’acquisition d’une ferme et ceux pour devenir exploitant agricole – ce statut indispensable pour percevoir des subventions fédérales (les fameux paiements directs), qui représentent parfois jusqu’aux trois quarts des revenus des paysans. Les règles de succession dans la famille? Elles sont aussi établies dans la LDFR. La fourchette du prix de vente d’une exploitation? Idem.
«Ce droit est très protecteur», analyse Eline Müller, du syndicat paysan Uniterre. Elle est responsable de Coalition Terre, une structure de préservation des terres agricoles qui réunit associations, fondations, chercheurs et militants. «En mettant l’exploitant individuel au centre du droit, avec la notion de famille, il empêche en théorie des entreprises comme Migros ou Nestlé de s’emparer de terrains agricoles pour faire de la spéculation immobilière.»
En substance, tout prétendant à la reprise de terres cultivables se doit d’être une personne physique, qui effectuera elle-même le travail de la terre et dispose des capacités pour ce faire. Vous aimeriez acheter un lopin de terres cultivables? C’est impossible si vous entendez simplement louer le terrain, si vous n’exploitez pas déjà des terres ou si vous n’avez pas de formation reconnue dans le domaine, comme un CFC agricole.

En somme, les terres cultivables sont destinées aux seuls agriculteurs. Il existe quelques exceptions, par exemple si aucun repreneur ne s’est manifesté après publication d’un appel d’offre – un cas extrêmement rare, au moins dans le canton de Vaud, de l’avis de Jean-Claude Mathey, président de la commission foncière rurale. Cette institution, présente dans chaque canton, est la garante du respect de la règlementation en vigueur.
Dans le canton de Vaud, la vente de parcelles agricoles représente la plupart des quelque 800 dossiers traités chaque année par la commission foncière rurale de Vaud. Protection des terres ne signifie pas immobilisme.
Pas de place pour les nouveaux
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Les Houthis, une allumette dans la poudrière moyen-orientale
Les attaques menées en mer Rouge par les rebelles houthis yéménites menacent l'un des principaux axes de commerce international. Les Etats-Unis ont déjà annoncé que les frappes se poursuivront tant que les attaques persisteront. L'escalade régionale semble inévitable.
Les rebelles houthis ont revendiqué vendredi des frappes contre un navire américain, le Chem Ranger, dans le golfe d’Aden. Un peu plus tôt, les Etats-Unis avaient tiré plusieurs missiles sur des sites appartenant à ce groupe armé yéménite, détruisant des bases de lancement.
Ces bombardements sont les deuxièmes en vingt-quatre heures et les cinquièmes depuis le début des affrontements, le 19 novembre. Augurant d’une accélération de la crise en mer Rouge et dans le détroit de Bab El-Mandeb, zone stratégique où transite 12% du commerce mondial.
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Pour 2024, on a fini par vous dénicher de l’optimisme dans le monde
Le 13 janvier dernier, nous vous présentions 2024 vue par nos correspondants, espérant illuminer une année qui s'annonçait sous de ternes auspices. Las! De Hong Kong à New York en passant par Kyiv, tous nous ont servis des vœux à l'encre de seiche. Pas question d'en rester là. Alors nous leur avons demandé de changer de palette et de nous dénicher des perspectives réjouissantes. Ils se sont exécutés avec entrain, voire félicité. Et voici ce qu'ils ont à vous dire.
Vu d'Afrique de l'Ouest, avec Amaury Hauchard

#### [S’abonner à notre newsletter internationale Le Point du jour](https://www.heidi.news/abonnements)
La deuxième raison de voir la vie en rose est culturelle et malienne. Le ciel leur est quasiment tombé sur la tête, mais [le collectif Don Sen Folo](https://www.facebook.com/DonSenFoloLAB), installé en périphérie de Bamako, garde la tête haute. Cette équipe de jeunes artistes organise des résidences dans leur village-laboratoire et avait lancé un génial projet de pirogue de danse. Elle avait failli tout arrêter quand celle-ci a été interceptée par des hommes armés dans le centre du pays, brûlée, et ses membres kidnappés. Six mois plus tard, les otages ont été libérés, ils ont retrouvé leur famille sain et sauf, et Lassina Koné, initiateur du collectif, est plus optimiste que jamais: «On est en train de voir pour récupérer l’ancienne pirogue, la reconstruire et relancer», me dit-il.
Comme quoi, on peut habiter dans un pays meurtri par le conflit, où la culture a été reléguée en bas des priorités, et maintenir allumée la flamme de la culture.
### Vu de Kyiv, avec Florent Vergnes

On pourrait croire que trouver du positif en Ukraine revient à chercher une aiguille dans une botte de foin – de la taille d’un bombardier russe, la botte. Mais pour voir sourire un Ukrainien, il suffit de vous mettre devant un bon \*borsch\* et lui dire qu’il s’agit du meilleur plat du monde (ne pas mentionner la Russie qui en consomme aussi). Couronnez le tout avec une tranche de *salo* (sorte de lard sans viande) et quelques *vareniki*, des raviolis à la pomme de terre, accompagnés de crème acide. Là, vous verrez un sourire. Arborez enfin un tee-shirt *«In Borsch we trust»*, et vous aurez gagné le respect de toute la famille. Et si, comme moi, vous considérez que cela ne «suffit pas à faire une gastronomie», vous pouvez toujours vous rabattre sur le délicieux vin de Tchernihiv, dont les raisins poussent (étrangement) au nord du pays et (c’est peut-être la raison) non loin de Tchernobyl.
Astuce: pour récupérer les amis ukrainiens que vous avez outrés en leur confiant vos doutes sur la «gastronomie» slave, vous pouvez les accompagner en patins sur un lac gelé du centre de l’Ukraine, y faire un trou dans la glace pour pêcher la carpe, ou prendre un sauna sur les rives du Dniepr. Ici, vous serez fouetté avec des branches de laurier, avant de plonger, la peau à vif et le souffle court, dans le fleuve glacé en criant *«Slava Ukraini!»*. Enfin, vous aurez des gens heureux. Et des engelures, mais ça n’empêche pas le bonheur.
Au-delà des petits plaisirs que les Ukrainiens grappillent au quotidien pour oublier la guerre, il y a une raison plus sérieuse de voir une flamme brûler dans la nuit glaciale du front de l’Est. Cette petite lueur s’appelle Truth Hounds. Récompensée en 2023 par le prestigieux prix Sakharov pour la liberté, l’ONG, créé en 2014 après Euromaïdan, travaille au quotidien à documenter les crimes de guerres et potentiels crimes contre l’humanité depuis le début de l’invasion russe. Si le pays regorge maintenant d’ONG en tous genres – médicales, de soutien alimentaire ou autre –, Truth Hounds fait figure de pionnier en se rendant dans les endroits bombardés ou récemment libérés, pour relever les preuves et les témoignages des victimes de violences russes.
Si les dossiers sont nombreux, les enquêtes de l’équipe de Truth Hounds permettront peut-être un jour aux victimes de trouver la voie de la justice, et de pouvoir enfin se reconstruire. Leurs investigations inscrivent aussi l’actualité dans l’Histoire. Celle qui, je l’espère, remémorera aux hommes du futur, les atrocités de la guerre pour en prévenir de nouvelles. Croisons les doigts. *Nadiya ye* («Il y a de l’espoir»)!
### Vu du Caire, avec Sami Zaïbi

En Egypte, où la guerre à Gaza a supplanté tous les autres problèmes du pays (qui n’en manque pas), la lueur vient de la solidarité inédite des Egyptiens vis-à-vis de leurs voisins palestiniens. La pauvreté chronique, le manque de soins de qualité, l'absence de perspectives, tout cela est passé au second plan depuis trois mois. Les médecins égyptiens, pourtant si nombreux à s'exiler en Europe pour des raisons économiques, ont été plus de 2000 à se proposer comme bénévoles pour venir en aide aux hôpitaux gazaouis. En novembre, près de 7000 personnes ont aidé bénévolement à préparer les premiers gros convois d'aide humanitaire. Et de nombreux Egyptiens, riches ou moins riches, assistent financièrement des habitants de Gaza, via des Palestiniens installés au Caire ou via des plateformes de crowdfunding.
Cet élan de solidarité dépasse le soutien financier. Dans une Egypte tenue d'une main de fer par Al-Sissi, où la liberté d'expression s'est réduite comme peau de chagrin ces dernières années, la cause palestinienne réactive une témérité que les Egyptiens eux-mêmes pensaient révolue. Pour la première fois en dix ans, des manifestants ont marché de force sur la place Tahrir, pourtant encerclée de policiers. Dans la rue, dans les écoles, dans les mosquées, les manifestations se multiplient, quand bien même les rassemblements publics sont interdits et sévèrement réprimés. Tout cela au nom de la Palestine, pour une cause qui ne changera pourtant rien au quotidien des Egyptiens, voire l'aggravera. En 2024, reste à voir si cette solidarité se poursuivra, et si le président s'y tiendra, alors que des accords financiers pour ouvrir le Sinaï et vider Gaza de ses habitants pourraient être mis sur la table.
### Vu des Etats-Unis, avec Lionel Pousaz
. | Keystone / AP Photo / Richard Vogel")
Il y a 52 ans, Richard Nixon déclarait la guerre contre la drogue. Derrière ce plan radical, une panique morale comme seule l’Amérique sait les amplifier: la drogue, ennemi numéro un des familles, de l’église, de l’armée. A laisser faire, les jeunes allaient tuer maman pour une dose d’héroïne, sniffer l’épargne-retraite de papa et se transformer en hippies sous LSD, plutôt que d’aller se faire tuer au Vietnam comme de braves garçons. Les journaux de l’époque regorgent de ce genre d’histoires.
En un demi-siècle de furie antidrogue, les Etats-Unis ont dépensé plus d’un millier de milliards de dollars, mis le feu aux forêts colombiennes, emprisonné des centaines de milliers de simples consommateurs – dont 60% de noirs et de latinos – plongé dans la misère d’innombrables familles, enrichi des gangs ultraviolents et aggravé la pire épidémie d’overdoses mortelles que le pays ait jamais connue, dans les années 2010, quand des milliers de patients pauvres, traités sous opiacés bon marché, ont fini par devoir s’approvisionner dans la rue. Tout ça pour une guerre perdue d’avance.
Comme souvent, l’Amérique a donné le ton au reste du monde. Agité par les mêmes craintes, les autres pays occidentaux ont suivi, Singapour a sorti le gibet (l’année précédente on y a pendu un pauvre type pour 54 grammes de morphine) et de nombreuses nations à majorité musulmane, une fois n’est pas coutume, se sont reconnues dans la politique de Washington. Cette catastrophe mondiale avait commencé aux Etats-Unis, et elle est peut-être en train d’y prendre fin.
On agite désormais la guerre contre la drogue comme un vieil épouvantail, avec toujours moins de conviction. Le tabou est sans doute encore trop fort et les victimes trop pauvres et insignifiantes pour que l’on ose y mettre un point final, mais le vent souffle dans la bonne direction. Prenant les devants sur Washington, les Etats progressistes font marche arrière (parfois dans l’excès, il est vrai). Ils sont soutenus en cela par les agences de l’ONU et une majorité d’experts en santé publique. Les autorités sont toujours plus nombreuses à offrir des compensations aux malheureux consommateurs qui ont passé pour rien des années derrière les barreaux. Le cannabis pourrait bientôt sortir de l’annexe 1 – qui le classe au même niveau de dangerosité que les opiacés – ainsi que les psychédéliques, qui ont terrifié le bourgeois des années 1970. Il était temps.
### Vu de Hong Kong, avec Eric Sautedé

Optimiste, optimiste, est-ce que j’ai une gueule d’optimiste? Côté politique, c’est vraiment mission impossible. J’ai beau me creuser les méninges, le secrétaire général du Parti communiste chinois, alias le président Xi Jinping, ne semble pas du tout vouloir changer le cap d’un durcissement du régime pour son troisième mandat, bien au contraire, et à Hong Kong, notre chef de l’exécutif, ancien premier flic du territoire, s’est coulé dans l’obsession sécuritaire de son mentor du nord. Petit bémol par rapport à ceux qui n’en finissent plus de répéter que M. Xi bénéficie du soutien de 90% de la population – dixit Harvard quand même – et donc d’une forte légitimité, [un article très fouillé du ](https://www.cambridge.org/core/journals/china-quarterly/article/do-chinese-citizens-conceal-opposition-to-the-ccp-in-surveys-evidence-from-two-experiments/12A2440F948D016E8D845C492F7D0CFE?s=08)*[China Quarterly](https://www.cambridge.org/core/journals/china-quarterly/article/do-chinese-citizens-conceal-opposition-to-the-ccp-in-surveys-evidence-from-two-experiments/12A2440F948D016E8D845C492F7D0CFE?s=08)* vient démontrer que ce soutien se situerait plutôt entre 50 et 70%, et que l’on serait donc assez loin de l’unanimisme précédemment postulé. Faut-il s’en réjouir? Je le pense, quand on songe qu’un gouvernant fait toujours un peu mieux quand il est sous pression, n’en déplaise à Messieurs Macron et Scholz.
Pendant ce temps à Davos, [une causerie](https://www.caixinglobal.com/2024-01-18/davos-attendees-weigh-chinas-strengths-and-weaknesses-at-caixin-luncheon-102158064.html) est venue rappeler que l’économie chinoise avait quand même crû de 5,2% en 2023, dépassant les anticipations. La Chine conserve des atouts décisifs pour la transition verte – il suffit de comparer des images du ciel de Pékin à 10 ans d’écart pour s’en persuader – et promet une liste de prouesses technologiques qui nous emmène de l’espace infini aux profondeurs de la terre.
Loin de ces rêves de gloire nationale, certains à Hong Kong s’intéressent au tissu social et ceux qui le font. C’est le cas du [projet Hong Kong Shifts](https://hongkongfp.com/2024/01/06/hkfp-yum-cha-hong-kong-shifts-shines-spotlight-invisible-workers-who-keep-city-going), qui s’est donné pour mission de relater en texte et en images la vie de petites mains sous-payées de cette ville très darwinienne: policier, ouvrière, charpentier, fermier, chauffer… Tous ces travailleurs postés, aussi visibles dans la rue qu’invisibles dans la société, qui participent à rendre la mégapole vivable au quotidien.
https://www.heidi.news/articles/pour-2024-on-a-fini-par-vous-denicher-de-l-optimisme-dans-le-monde
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Le dessin de la semaine: A Davos, Guterres alerte sur la fonte des glaciers
Toutes les semaines, le dessinateur jurassien Pitch Comment croque un fait d'actualité pour Heidi.news.
«Ici en Suisse, les glaciers disparaissent sous nos yeux», a déploré mercredi Antonio Guterres, devant le Forum économique mondial (WEF) à Davos, dans les Grisons. «Certains sont partis pour toujours. D’autres ont perdu 10% de leur volume seulement ces deux dernières années. De tels changements rapides devraient tous nous perturber».
Comme l’a rappelé le secrétaire général de l’ONU, la Suisse est aux premières loges. D’après l’institut de recherche Glacier monitoring in Switzerland (Glamos), l’ensemble des glaciers suisses a perdu 6 % de volume en 2022. Dans le massif du Mont-Blanc, une étude vient de montrer que la fonte des glaciers de haute altitude (plus de 2100 mètres) s’était fortement accélérée, avec des pertes d’épaisseur allant jusqu’à jusqu’à 3 ou 4 mètres sur la seule saison 2021-2022.
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Qui aidera Trump à se venger s'il revient à la Maison-Blanche?
Quand Trump a été élu en 2017, beaucoup de caciques républicains se sont dévoués pour rejoindre son équipe à la Maison-Blanche et tenter de limiter les dégâts. Ce ne sera pas le cas s’il revient pour un second mandat. Au contraire, les personnalités pressenties pour jouer un rôle de premier plan sont aussi radicales que serviles, et le camp Trump entend bien faire trembler l’administration fédérale sur ses bases.
Pendant son premier mandat, Donald Trump s’est surtout entouré de collaborateurs ayant le profil de l’emploi: des commis de l’Etat aux CV longs comme le bras, en phase avec l’image qu’on peut se faire d’une administration idéale. Certes, il y a eu Steve Bannon, Michael Flynn et consorts. Mais l’équipe du président a aussi compté James Mattis, général quatre étoiles multi-décoré devenu ministre de la Défense, Gary Cohn, directeur d’exploitation de Goldman Sachs nommé à la tête du Conseil économique national, ou Rex Tillerson, qui a quitté le richissime pétrolier ExxonMobil pour diriger le secrétariat d’Etat (équivalent du ministère des Affaires étrangères, ndlr.).
On a vu Trump grisé de constater que des gens importants se pressaient soudain pour travailler à son service. Ses soutiens populistes n’ont pas apprécié de voir que la nouvelle administration recrutait tant de créatures du sérail, mais pour l’establishment de Washington, ce fut une heureuse surprise. Un consensus avait émergé: le nouveau gouvernement avait surtout besoin «d’adultes dans la salle». Accepter une nomination de Trump était devenu un devoir patriotique pour les républicains raisonnables, désireux de sauver leur pays de la ruine. Beaucoup ont répondu à l’appel.
Les adultes ont quitté le navire
Ne vous attendez pas à ce que le miracle se reproduise. Depuis 2017, les profils sérieux et qualifiés, susceptibles de servir une administration Trump, sont devenus rares. Et nombreux sont les adultes qui ont quitté la salle avec pertes et fracas. Certains ont pris la porte d’eux-mêmes, frustrés ou entrés en disgrâce, d’autres ont été limogés par le président. Plusieurs ont vécu ensuite au rythme des convocations devant le Congrès et des mises en examen. Après avoir vu de près les coulisses du pouvoir, rares sont ceux qui signeraient pour une saison de plus: l’été dernier, NBC News a évalué à 4 sur 44 le nombre de directeurs de cabinet qui se rangent derrière Trump en vue d’un second mandat.
Même si une partie de la vieille garde républicaine était disposée à travailler avec lui, il est peu probable que Trump recrute dans ses rangs. Il s’est senti trahi par beaucoup des membres de son premier cabinet, et n’en a pas fait mystère. Dorénavant, l’obéissance comptera davantage que les compétences. «Je pense qu'il y aura un effort concerté, très calculé, pour s'assurer que les futurs membres de son administration, même s’ils ne partagent pas exactement sa vision du monde, devront quoi qu’il arrive la mettre en œuvre», estime Hogan Gidley, qui était porte-parole de la Maison-Blanche à l’époque du premier mandat Trump.
A quoi faut-il s’attendre en pratique? Prédire les nominations à la Maison-Blanche près d'un an avant l'élection est un exercice risqué, surtout avec un président aussi lunatique. Certains candidats probables pourraient aussi échouer aux portes de l’administration, en raison d’une polémique médiatique ou d’affaires judiciaires en cours – il faut se préparer à une série d’auditions mouvementées devant le Sénat. Mais les noms qui circulent actuellement au sein de la galaxie Trump donnent une bonne idée des profils qu’il a en tête.
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A la désalpe de Charmey, au cœur de la tradition laitière: «Faut être motivé pour continuer»
Cette année, comme depuis quatre décennies, le village de Val-de-Charmey, dans le canton de Fribourg, a accueilli la désalpe, la plus populaire des fêtes alpestres. L’occasion de discuter avec des éleveurs traditionnels, entre deux passages de vaches décorées, sur leur avenir et celui du lait, véritable poumon économique de la région. L’or blanc fait-il encore recette en Gruyère?
«Un grand merci aux éleveurs de garder toutes ces belles traditions. Ce sont de véritables paysagistes des alpages, qui se donnent à cœur.»
Malgré son âge – on mise sur 70 ans –, Pascal Andrey réveille le village de Val-de-Charmey d’une voix puissante, portée par un micro. Avec son acolyte Jean-Pierre Macherel, plus connu sous le nom de Bob Morlon, employé communal gruérien, il assure l’animation de la traditionnelle désalpe de Charmey. Un événement incontournable de Suisse, célébration de l’élevage, des pâturages et de la gastronomie locale, qui fêtait ce 23 septembre 2023 sa 44e édition.
Dès le matin, l’heure est à la fête. On prépare les étals de vacherin, on sert des gobelets de café, quand les enfants gambadent déjà sur les trottoirs, habits traditionnels sur le dos. A l’autre bout du village, Pascal, vêtu du traditionnel bredzon, est sur le pied de guerre. Avec une passion contagieuse, il relate la vie des alpages aux touristes et habitants du cru agglutinés devant les barrières, déjà nombreux. On attend 10’000 personnes.
Pendant près de cinq heures, et sans perdre de sa vigueur, Pascal égrainera les anecdotes, infatigable. Sur la production laitière quotidienne («40 litres par vache en moyenne»), le rôle des muletiers («très important»), les troupeaux moins nombreux cette année (une bonne nouvelle, des bêtes ayant pu profiter du beau temps pour rester à l’alpage). Il est pleinement dans son élément, l’élevage laitier. Ses traits portent d’ailleurs l’expérience de quatre décennies de désalpe.

Les 364 autres jours de l’année, l’animateur est éleveur de vaches laitières: il en possède une soixantaine et produit un gruyère qui lui a valu quelques prix. L’agriculteur compte d’ailleurs bientôt tirer sa révérence. Son fils, à ses côtés pendant quelques années, n’a pas souhaité reprendre le flambeau. «Il a bifurqué vers une autre voie. C’est triste, mais c’est un choix!», philosophe-t-il. Heureusement, son patrimoine ne s’éteindra pas avec lui: il a trouvé deux jeunes à qui remettre son exploitation agricole. «En plus, ils s’y connaissent en informatique, alors ce sera plus facile avec la bureautique», rigole Pascal. «Le souci de la reprise, c’est surtout pour les jeunes qui n’ont pas de famille dans l’agriculture.»
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Heidi.news
EN PHOTOS — «Allez dire à un type qu’il a une tête de bouledogue!»
Gerrard Gethings est un photographe animalier britannique, qui immortalise des couples assortis d’animaux humains et non humains. Son travail accompagne si bien le propos de cette Exploration que nous l’avons contacté pour publier ses clichés et lui poser quelques questions.
Né en 1970 à Wigan, près de Manchester, Gerrard Gethings grandit dans une famille ouvrière et passe sa jeunesse dans les forêts du Lancashire. Très jeune, il est déjà fasciné par les oiseaux, les insectes et les animaux. Il étudie la peinture et la photographie à l'Université de Sheffield, puis devient peintre abstrait et collabore avec le photographe emblématique Terry O'Neill. En 2008, il adopte un Border Terrier du nom de Baxter et découvre ce qui sera son vrai sujet: les animaux. Il devient un portraitiste animalier reconnu et publie plusieurs ouvrages, dont le célèbre Do you look like your dog? (éd. Laurence King, 2018).

À la campagne. J’ai quitté Londres il y a quelques mois, après y avoir vécu une éternité. Là, je suis entouré de champs et de fermes. Les animaux sont plus gros qu’en ville.

##### **Comment avez-vous procédé pour vos séries?**
J’ai commencé par le plus facile, les chiens. Sur les réseaux sociaux et autour de moi, j’ai demandé qui avait un chien un peu spécial. J’ai reçu des centaines de propositions, j’en ai retenu des dizaines. Ils venaient dans mon studio photo, j’en faisais parfois sept ou huit par jour, la vie était belle.

##### **Et les humains?**
Sauf exception, ce ne sont pas leurs maîtres, mais des gens que j’ai abordés après dans les parcs, au supermarché, dans la rue ou sur les réseaux, parce qu’ils ressemblaient aux chiens que j’avais en magasin. Allez dire à un type «j’aimerais vous photographier parce que votre tête, on dirait un bouledogue». Surprise: personne n’a refusé.

##### **Et les chats?**
Ah, les chats, c’est une autre paire de manches. D’abord, ils se ressemblent bien davantage entre eux. Trouver des chats qui sortent du commun, c’est dur. Et quand vous en avez un, il faut aller chez lui, il ne se déplace pas. J’ai tourné dans toute l’Angleterre, l’Écosse et le Pays de Galles. Et si vous pensez qu’ils se laissent faire… Il y en a qui ronronnaient quand que je préparais le décor et les flashes, puis disparaissaient dès que je sortais l’appareil. D’autres m’ont griffé jusqu’au sang. Et franchement, côté humain, les ressemblances sont moins évidentes. J’ai dû utiliser des trucs, des costumes, du maquillage.

##### **Des exceptions?**
Oui, une: le gars à la moustache blanche. J’ai mis l’image du chat en ligne. Une femme d’Édimbourg m’a appelé pour me dire que c’était le portrait craché de son père. J’y suis allé, elle avait raison.

##### **Ce travail vous a-t-il rendu végétarien?**
Pas encore. J’ai des crises, je procrastine. Ce ne sont pas les chiens et les chats qui me travaillent la conscience. Ceux que j’ai vus sont ultra choyés, comme des membres de la famille. La plupart se font servir de la nourriture de luxe, des vitamines et des traitements contre l’arthrose. Ce sont ceux des fermes qui me feront renoncer un jour à la viande, les veaux, les vaches, les cochons. On les traite comme si c’était de la matière première, des légumes, des patates. Je les vois, et je me demande s’ils savent comment ils vont finir.
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Heidi.news
Pourquoi passe-t-on tous les excès aux véhicules électriques?
CHRONIQUE. A force de vouloir favoriser le remplacement des véhicules thermiques, on se retrouve à favoriser les véhicules électriques de façon aussi injuste qu'indiscriminée, pointe notre chroniqueur Michel Huissoud, ex-directeur du Contrôle fédéral des finances.
Mais que fait cette moto qui slalome entre les piétons sur le trottoir? L’explication est toute simple, regardez à l’arrière: elle ne sera pas verbalisée, n’ayant pas de plaque d’immatriculation… Silencieux, des pneus imposants de vingt centimètres de largeur, un look de Harley, les nouveaux «véhicules pour la jungle urbaine» sont là. Les chiffres de vente augmentent rapidement.
Lancés à 20 kilomètres par heure, ce sont de mini-bolides de 200 kilos avec passager qui remontent les voies de bus, circulent et se parquent sur les trottoirs. On attend encore des statistiques détaillées de la SUVA, mais l’augmentation du nombre et de la gravité des accidents avec les deux-roues électriques est incontestée.
### **La magie de la fée électricité**L’inégalité de traitement de ces e-scooters avec une moto est frappante. Une moto ne peut ni circuler, ni parquer sur les trottoirs, les dommages qu’elle cause sont couverts par une assurance responsabilité civile obligatoire, elle paye un impôt sur les véhicules et consomme du carburant – dont plus de la moitié du prix constitue un impôt indirect. Soumise aux contrôles périodiques des véhicules, une moto «normale» est surtout équipée d’une plaque d’immatriculation. En cas de parquage sauvage, la police établira une contravention à laquelle échappera la moto électrique.
Ne s’agit-il que du constat frustré d’un motard jaloux? Non, notre société semble aujourd’hui aveuglée par l’électricité. Tout est autorisé, voire soutenu, pour autant que le moteur soit électrique. Le Conseil fédéral a décidé à juste titre de supprimer dès 2024 le privilège des véhicules électriques qui ne payaient pas d’impôt à l’importation. Mais les cantons? Dans la plupart des cantons, les automobiles électriques sont subventionnés par le biais de l’impôt sur les véhicules. Est-ce justifié?
### **Pas aussi écolo qu’on le dit**
Leur charge sur l’environnement n’est pas négligeable. Les statistiques montrent que chaque année les véhicules sont non seulement plus électriques, mais surtout plus lourds et plus puissants. Nous fermons les yeux sur l’énergie grise nécessaire à leur fabrication et sur les particules fines produites lors d’accélérations avec des moteurs de plus de 300 chevaux *(par abrasion au niveau des freins et des pneus, ndlr.)*.
Une voiture électrique serait par définition écologique! Et peu importe si elle consomme de l’électricité d’origine nucléaire ou produite à l’étranger dans des centrales thermiques…
Un petit espoir vient du [Valais](http://www.impact-living.ch/wp-content/uploads/2022/01/Consommation-vehicules-hybrides-rapport-publie-IMPACT-LIVING-canton-Valais-11-01-22.pdf), qui a fait preuve de bon sens. Plusieurs [études](https://www.caradisiac.com/encore-une-etude-qui-accable-les-voitures-hybrides-rechargeables-200749.htm) ont montré que les véhicules hybrides consomment en moyenne beaucoup plus de carburant que ce que promet la publicité. Le canton a rapidement réagi. Il a décidé de supprimer les réductions de l’impôt sur les véhicules dont bénéficiaient les véhicules hybrides. [D’autres cantons](file:///C:/Users/Michel%2520Huissoud/Downloads/2021_02_25_Motorfahrzeugsteuern_FR.pdf) suivent. Bravo!
https://www.heidi.news/articles/pourquoi-passe-t-on-tous-les-exces-aux-vehicules-electriques
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Heidi.news
Volodymyr Zelensky arrive en Suisse en situation d'urgence
Invité cette semaine au Forum économique de Davos, le président ukrainien tentera de remettre l'attention sur la guerre en Ukraine. Une urgence alors que le soutien européen et américain s'affaiblit.
Volodymyr Zelensky va tenter de remettre l’Ukraine au centre du jeu politique mondial au Forum économique de Davos, qui se tiendra du 15 au 19 janvier.
Mais la tâche sera rude, alors que la guerre avec la Russie entre bientôt dans sa troisième année et que le pays est sous pression militaire. Au découragement d’une population usée par le conflit s’ajoutent l’arrêt des livraisons d’armes américaines et une baisse du soutien européen, dont les attentions sont désormais davantage tournées vers le Proche-Orient.
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