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Le dessin de la semaine: c'est les soldes à Gaza
Toutes les semaines, le dessinateur jurassien Pitch Comment croque un fait d'actualité pour Heidi.news.
Peut-être se passe-t-il de commentaire, ce dessin? En trois mois, la riposte israélienne contre le Hamas a a rasé une bonne moitié de la bande de Gaza, déplacé la quasi-totalité de ses 2,3 millions habitants et fait plus de 20’000 morts — soit 1% de la population locale. Début décembre, BBC Afrique s’appuyait sur des images satellites pour donner un aperçu de l’ampleur des destructions.
La Cour internationale de justice (CIJ), l’organe judiciaire suprême des Nations unies, examinait les 11 et 12 janvier 2024 une plainte pour génocide déposée contre Israël par l’Afrique du Sud, qui a brisé un tabou historique et suscité l’ire de l’Etat hébreu. Le verdict des juges de La Haye est attendu d’ici deux ou trois semaines. En attendant, les opérations militaires continuent.
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Buster et Oski, les deux chiens que j’ai peut-être entendus parler
Parti de Californie et rendu viral par les réseaux sociaux, le phénomène des mots-boutons, qui donnent à des chiens et parfois des chats l’apparente faculté de parler, suscite autant de passion que de scepticisme. Heidi.news est allé à la rencontre de quelques-uns de ces chiens qui s’expriment, de leurs propriétaires qui racontent et des scientifiques qui étudient le phénomène, afin d’en avoir le cœur net.
Vous vous souvenez du sketch de Raymond Devos, «Mon chien, c’est quelqu’un»? Je le réécoute sur YouTube (vous devriez faire pareil!) sur la route qui mène à Lancaster, à la bordure du désert de Mojave, à une centaine de kilomètres au nord de Los Angeles. Parce que comme dans le sketch de Devos, j’ai rendez-vous avec un chien qui parle. Enfin peut-être.
Lancaster est un décor de film. Top Gun, l’Étoffe des héros et Paris Texas ont en partie été tournés à proximité. Ici, aucun palmier, mais des buissons qui roulent sur des prairies asséchées, parfois une tornade «devil dust» et tout le temps, un soleil de plomb.
«Il n’y a pas grand-chose à Lancaster à part une base aérienne de l’Air Force et des hangars d’assemblage de Boeing, Lockheed et Virgin Galactic», commence par m’expliquer Susan «Sue» Selle, en m’accueillant dans sa petite maison de style ranch, dans un quartier un peu isolé de l’agglomération.

Enseignant en sciences dans une école secondaire de la ville, Sue Selle n’a ni enfant ni mari. Mais elle n’est pas seule. Elle a Buster, son Boston Terrier et son bouledogue français, Juno. Et grâce à eux, une communauté de 20’000 followers sur son compte Instagram @Bustertalks et 70’000 sur TikTok. Parce que Buster et Juno parlent. Enfin, presque.
Un tapis de tuiles colorées
En suivant Sue dans la maison, je tombe d’abord sur un tapis de tuiles en caoutchouc colorées et festonnées de boutons pressoirs, qui occupe presque tout le parterre du living. «Chacune correspond à un mot que j’ai enregistré et qui est prononcé quand on appuie dessus, explique-t-elle. Ces tuiles de couleur forment des régions correspondant à différentes catégories de langage. Il y a celles liées à l’alimentation, celles aux noms propres et celles liées à des concepts plus abstraits comme la temporalité, “maintenant”, “plus tard”, etc.»
Un total de 125 mots-boutons avec, près de la porte, une tuile isolée qui signifie «sortir». A l’autre bout de la pièce, trois tuiles plus grosses sont reliées à une enceinte intelligente Alexa. «Buster c’est le DJ, sourit Sue Selle. Il peut choisir de diffuser de la musique classique, joyeuse ou relaxante, qui est la préférée de Juno.» Le tout est filmé par quatre caméras, 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

Ces mots-boutons (ou words buttons) sont devenus un phénomène de société. Parti en 2019 de Californie, on le suit via Instagram ou TikTok dans une multitude de pays. Star absolue de cet univers avec ses 1000 mots-boutons, Bunny, un Sheepcodle mélange de caniche et de Bobtail, a 1,3 million d’abonnés sur Instagram et 8,3 millions sur TikTok.
Mais si les réseaux sociaux ont servi d’amplificateur, je vais rapidement m’apercevoir que le phénomène est aussi porté par le regain récent de curiosité humaine pour les langages entre espèces et les capacités cognitives des animaux. Buster et Juno, les deux chiens de Sue Selle, participent ainsi à une étude scientifique.
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Et demain, quelle place pour les agricultrices?
Il n’y a pas si longtemps, l’agriculture était un métier d’hommes, éventuellement assistés de leur épouse. Désormais, près d’un agriculteur nouvellement formé sur quatre est une femme. Mais il reste du chemin à parcourir pour que les femmes soient reconnues comme des paysannes à part entière. La rémunération et l’accès à la terre restent des enjeux majeurs.
Imaginez. Un monde dans lequel près de la moitié des femmes travailleraient dur sans être rémunérées – de longues heures et des activités souvent pénibles, en plus des tâches liées au ménage et aux enfants, assorties de très rares vacances. Sans salaire, ni reconnaissance, ni protection sociale.
On ne parle pas ici d’un pays africain ou de l’Iran des mollahs, mais de la Suisse de 2023, ce petit Etat riche et heureux au cœur de l’Europe… Du monde agricole, plus précisément, où perdurent des inégalités extrêmement marquées.
Le parcours d’Ariane est révélateur. Fille de paysans, elle épouse à 21 ans un agriculteur qui vient de reprendre le domaine familial des hauts de Lausanne. Après un apprentissage de commerce, Ariane, qui se dit «malheureuse comme un pou dans son travail de bureau», le quitte pour seconder son mari à la ferme et «s’épanouir dans cette vie en plein air, très physique». Au fil des années et de la naissance de cinq enfants, elle prend des poules, des cochons, développe la vente directe en créant un des premiers marchés à la ferme, qui devient vite florissant.
Entre-temps, son couple se délite. En trente ans de vie commune, Ariane n’a jamais perçu de salaire ni contribué aux assurances sociales. Le réveil sera brutal: «A 55 ans, je me suis retrouvée sans un sou et quasiment à la rue». De tempérament optimiste, elle ne se laisse pas abattre, contracte un prêt et lance une activité de traiteur au sein d’une organisation agricole. Elle en rit parfois aujourd’hui, évoquant son «premier salaire, touché à 55 ans»…
Du travail non reconnu
En 2022, l’OFAG a commandé une étude pour mieux comprendre le phénomène. Réalisée par Agridea, elle a ciblé 1500 exploitations agricoles employant des femmes ou dirigées par des femmes. Sur 778 femmes ayant répondu au sondage, un tiers (32%) déclarent ne percevoir de revenus. Le chiffre donne une estimation basse, puisque seulement 55% déclarent recevoir un salaire, les 12% restants n’ayant pas répondu à la question de leurs revenus. Par ailleurs, la moitié (53%) des femmes interrogées travaillent à côté de leur activité à la ferme.
L’agriculture demeure un univers patriarcal, analyse Anne Challandes. Présidente de l’Union Suisse des paysannes et des femmes rurales (USPF) et vice-présidente de l’Union Suisse des Paysans (USP) depuis 2019, elle se bat depuis une douzaine d’années pour faire évoluer la situation. Dans un pays qui, en la matière, ne s’est pas signalé par son progressisme: la Suisse est un des derniers pays d’Europe à avoir accordé le droit de vote aux femmes (en 1971) et elle a attendu 1988 pour réviser son droit matrimonial.
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Quand l’invasion du Liban par Israël faisait naître le Hezbollah
Alors que le conflit actuel entre Israël et le Hamas risque plus que jamais de s’étendre à la région, notamment au Liban après l’assassinat ciblé du numéro 2 du Hamas à Beyrouth le 2 janvier 2024 et celui d’un haut chef militaire du Hezbollah six jours plus tard, nous poursuivons la publication de témoignages d’anciens délégués du CICR. Précisément sur la première intervention israélienne au Liban, en 1982, qui va laisser tant de traces de part et d’autre. Notre grand témoin est Carlos Bauverd, alors en charge du plus grand camp de prisonniers du monde, qui a par la suite occupé des fonctions importantes au sein de l’institution.
Dès 1979, les services secrets israéliens mènent au Liban une campagne d’attentats à la voiture piégée qui tuent des centaines de Palestiniens et de Libanais, civils pour la plupart. Un chroniqueur militaire israélien reconnaîtra plus tard qu’il s’agissait de pousser l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) de Yasser Arafat à commettre des actes terroristes afin de justifier une invasion du Liban. Celle-ci démarre le 6 juin 1982, sous l’appellation Paix en Galilée.
L’armée israélienne, puissante et expérimentée, soutenue par l'Armée du Liban sud et les Phalanges libanaises, des milices libanaises majoritairement chrétiennes, entend réduire à néant les menaces que constituent les milices palestiniennes réfugiées au Liban depuis leur défaite du Septembre noir en Jordanie en 1970. Or la victoire de Tsahal au Liban, incontestable sur le plan militaire, se retourne en grande partie contre elle politiquement. Le mouvement Peace Now («La Paix maintenant») se renforce en Israël mais surtout, cette guerre aboutit à la création du Hezbollah parmi les populations chiites du Sud-Liban. Ce groupe armé va progressivement prendre une importance considérable, allié de la Syrie et soutenu par l’Iran. Quoi qu’il en soit, les violations du droit humanitaire durant le conflit vont renforcer le rôle du CICR dans la région.
Lire aussi les biographies de nos onze témoins, anciens délégués du CICR en Israël, Palestine et Liban
Carlos Bauverd
Alors âgé de 29 ans, Carlos Bauverd a derrière lui quatre ans de CICR durant lesquels il est passé du Nicaragua au Cambodge et d’Angola au Sinaï. Au Liban en 1982, il a pour mission de veiller sur les milliers de combattants palestiniens capturés par Israël dans son avancée rapide.
«Aux premiers jours de l'invasion du Liban, je suis un des responsables des régions occupées par Israël. Peu après s’ouvre l’immense camp d’El-Ansar, sur un plateau balayé par le vent. C'est un endroit absolument sinistre. Il se remplit rapidement, sa population va culminer, je pense, aux alentours de 30'000 prisonniers et 1500 gardiens israéliens. C'est une masse humaine considérable. Cela provoque des chocs chez les soldats israéliens, ou en tout cas les plus sensibles d'entre eux, parce que c'est à l’évidence une image concentrationnaire.
«Pour la première fois, la Palestine combattante se retrouve nez à nez avec l'armée israélienne.»
C'est un camp de tentes, avec des sections de barbelés et des chemins de rondes autour des sections, sillonnés en permanence par des chars de l'armée. Cela fait un bruit terrifiant, jour et nuit, et soulève une poussière épouvantable qui envahit chaque minute de l’existence des prisonniers, jusqu’aux cuisines.

Pour la première fois, la Palestine combattante, si on peut l’appeler comme ça, se retrouve nez à nez avec l'armée israélienne. Pendant toutes ces années de guerres et de crises, il n’y avait pas vraiment de contact direct et quotidien. Et là, ça dure des mois et ça crée un précédent au CICR: on comprend qu’on ne peut plus quitter le camp, physiquement, à la fin de la journée, sinon ça dégénère. Il y a eu des incidents graves, des confrontations et parfois des issues mortelles. Alors qu’en étant là, présents physiquement, ça crée une espèce d'inhibition des deux côtés. On est une équipe d’une quinzaine de délégués, médecins compris.
«On n’avait rien de plus intelligent à faire que de parler de nos trois cultures»
Je prends la décision de rester dans le camp, et qu'il y ait toujours au minimum deux délégués sur place, y compris la nuit. Pour rester bien neutre, j’alterne, je dors une nuit dans les sections des prisonniers, et une nuit avec les gardiens israéliens. Cela permet d'avoir de longues soirées de discussions, qui tournent en séminaires de religions comparées. C’est le sujet principal. On parle de nos origines et du mode de fonctionnement de la judaïté, de l'islam et de mon éducation dans le christianisme, même si on n’est pas des pratiquants. De manière tout à fait informelle, pendant ces soirées où on n’a rien de plus intelligent à faire que de parler de nos trois cultures, nous tissons des liens très forts qui permettent d’éviter un certain nombre de grosses casses dans ce camp.
Des tunnels, pour s’évader
«Ce qui n'empêche pas certains événements très graves. D’abord, les prisonniers commencent à creuser des tunnels pour s'évader. La méthode israélienne pour les dépister est de passer sur ces tunnels avec les chars. Les tunnels s'effondrent et il y a parfois du monde dedans, c’est dramatique. Vouloir s’évader, c’est dans l’ordre des choses. En tout cas nous, les délégués du CICR, on n’est pas là pour l’empêcher ou le faciliter, comme alliés des gardiens ou des prisonniers.
Ensuite, les épurations. On a affaire à des combattants dans un univers concentrationnaire, et donc à un cortège de drames entre les prisonniers eux-mêmes.
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Quel candidat à la Maison-Blanche a la préférence de Xi Jinping?
Les Etats-Unis et la Chine se disputent la domination mondiale. Dans ce contexte, le candidat favori de Xi Jinping à la Maison-Blanche ne fait guère de doute. Seul un second mandat de Trump permettrait à Pékin de consolider son emprise sur les pays en développement.
Après quatre ans de Joe Biden, il est probable que les dirigeants chinois seraient soulagés de voir l’ancien locataire faire son retour à la Maison-Blanche.
Donald Trump a pourtant initié une guerre commerciale avec la Chine, taxé les importations chinoises, et provoqué l’ire de Pékin en qualifiant le coronavirus de «virus chinois». Il avait alors accusé le Parti communiste chinois d’avoir joué un rôle dans la propagation du Covid, et parfois même repris à son compte la théorie selon laquelle le virus avait été conçu à dessein par la classe au pouvoir.
Mais s’il a agi sans tambour ni trompette, Joe Biden a frappé la Chine plus durement que ne l’a jamais fait son prédécesseur. Plus volontariste en politique étrangère, il a porté à l’économie et aux ambitions géopolitiques chinoises des coups sévères, dont Xi Jinping a peiné à se remettre.*«Du point de vue de la Chine, les États-Unis dirigés de Biden sont un défi plus redoutable»*, juge Scott Kennedy, conseiller principal au Center for Strategic and International Studies de Washington.
### **Tous azimuts contre la Chine**
La politique technologique de Biden est l'exemple le plus parlant. En 2022, son administration [a réussi à empêcher l’export vers la Chine](https://www.theatlantic.com/international/archive/2022/10/biden-export-control-microchips-china/671848/) des semi-conducteurs les plus sophistiqués, ainsi que l'équipement complexe nécessaire à leur fabrication. Cette mesure a retardé de plusieurs années les espoirs de la Chine de se doter d'une industrie des semi-conducteurs compétitive, et permis d'entraver ses progrès dans des secteurs clés comme l'intelligence artificielle.
Joe Biden a réactivé le réseau mondial d’alliances autour des Etats-Unis, abîmé par Trump, et l’a mobilisé contre la Chine. Les pays démocratiques du G7 ont fait preuve d'un degré de coordination inhabituel sous sa houlette, en convenant en 2023 d'une approche commune pour réduire leur dépendance à l'égard de l'économie chinoise. Le président américain a aussi favorisé l'établissement de liens plus étroits avec de nouveaux partenaires, en particulier l'Inde, afin de concurrencer l'influence chinoise sur les pays en développement.
Ces succès ont semé l’émoi chez les dirigeants chinois, qui craignent de subir [un encerclement et un endiguement par des pays favorables aux Etats-Unis](https://abcnews.go.com/International/chinas-xi-blames-us-containment-suppression-amid-tensions/story?id=97676556).
### **Tels des vases communicants**
Vu de Pékin, les marchandages sur les tarifs douaniers et les passes d’armes fanfaronnes de l’ère Trump ne sont que de simples nuisances. Les événements chaotiques du mandat Trump, de la gestion insensée de la pandémie à l’assaut sur le Capitole, ont permis à la propagande chinoise de présenter les Etats-Unis comme [une superpuissance en déclin](https://www.foreignaffairs.com/articles/united-states/2020-10-13/china-thinks-america-losing). Le retour américain sur la scène diplomatique orchestré par Biden a rendu ce narratif plus difficile à imposer.
En réaction, Xi Jinping a accumulé les signes d’hostilité vis-à-vis de Washington. Il refuse tout dialogue avec l’administration Biden et montre une détermination accrue à bousculer la domination des Etats-Unis dans le monde. Cette politique du désespoir a isolé le président chinois. Contrecarré par la plupart des grandes puissances et désireux de former une coalition anti-américaine, Xi Jinping a fini par se jeter dans une alliance de fortune avec des États parias comme la Russie et l'Iran.
S’il revient à la Maison-Blanche, Trump pourrait conserver certains aspects de la politique étrangère chinoise de Biden. Il est à peu près sûr qu’il conservera le contrôle des exports de technologie, par exemple. Mais son seul retour aux commandes suffirait à faire vaciller le front des grandes démocraties contre Pékin. Sa politique de fermeté affichée tend à se focaliser sur une question – le commerce, par exemple – au détriment des autres, comme les droits humains et Taïwan.
### **Mieux vaut un irrationnel versatile qu’un opposant déterminé**
En comparaison, Joe Biden a maintenu la pression sur toute une gamme de sujets. Au point de prendre ses distances avec la traditionnelle [politique d’ambiguïté délibérée](https://www.theatlantic.com/international/archive/2022/09/joe-biden-taiwan-china-strategic-ambiguity/671512/) de Washington sur la question de Taïwan, pour suggérer que les Etats-Unis défendraient l’île en cas d’assaut chinois. Du point de vue de la Chine, Trump est moins menaçant et bien plus facile à gérer que Biden.
Quel que soit le résultat de l’élection de 2024, Xi Jinping continuera de s’opposer à la puissance américaine pour tenter d’imposer [un ordre mondial dominé par la Chine](https://www.theatlantic.com/international/archive/2022/07/china-xi-jinping-global-security-initiative/670504/). Mais cet agenda serait facilité par un retour de Trump à la Maison-Blanche. En affaiblissant la position des États-Unis à l'étranger et la démocratie à l'intérieur du pays, celui-ci offrirait bien plus d’opportunité à Xi Jinping pour étendre l'influence chinoise et gagner les cœurs et les esprits dans les pays en développement.
Bien entendu, il ne faut pas s'attendre à ce que la politique chinoise de Trump soit un simple copier-coller de celle menée lors de son premier mandat. Confronté à un environnement géopolitique modifié par la guerre en Ukraine et à une animosité accrue de la part de la Chine, il devra tenir compte de ces nouvelles réalités. Mais si sa politique étrangère évolue, sa personnalité ne changera pas. Or, Trump est tout aussi à même de camper sur ses positions que de s’aplatir servilement devant un dictateur comme le président chinois.
Si Xi Jinping pouvait voter en novembre, gageons qu’il donnerait son bulletin à Donald Trump.
https://www.heidi.news/articles/quel-candidat-a-la-maison-blanche-a-la-preference-de-xi-jinping
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2024 sera-t-elle l’année des souverainistes européens?
Alors que l’extrême droite gagne du terrain un peu partout en Europe et dans le monde, elle pourrait bien renverser l’équilibre au sein du Parlement européen après les élections en juin prochain.
2024 sera un marathon électoral: 4,1 milliards de personnes (soit la moitié de l’humanité) seront appelées aux urnes dans 68 pays. Et l’UE n’y échappera pas. Du 6 au 9 juin, les citoyens des vingt-sept Etats membres devront voter pour élire le Parlement européen. Un scrutin qui pourrait conduire à une poussée de l’extrême droite populiste et eurosceptique.
En effet, les récents sondages laissent peu de doutes: à droite, les souverainistes gagnent en popularité. Si le parti Identité et Démocratie (composé du Rassemblement national français et de la Lega italienne) s’associait avec les Conservateurs et Réformistes européens (composés du PiS polonais, du Vox espagnol et de Fratelli d’Italia), ils pourraient égaler le Parti populaire européen de centre-droit (PPE), qui a aujourd’hui le plus grand nombre de députés au Parlement.
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Trump est de retour et il n’est pas content (nous non plus)
L'élection présidentielle d'octobre 2024 est dans toutes les têtes aux Etats-Unis, et avec elle la perspective d'un retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Quels ravages, ou bonnes surprises (!), nous réserve celui qu'on surnomme parfois l'agent orange? Le prestigieux magazine The Atlantic a demandé à ses meilleures plumes de se pencher sur ce futur possible, dans des domaines comme l'Europe, la Chine, le récit national américain, la corruption ou le climat. Nous en avons tiré une Exploration baptisée «Si Trump revient». C'est donc une perspective de l'Amérique sur elle-même que vous vous apprêtez à découvrir. Passionnante et sans concession, elle dresse les cheveux sur la tête.
Permettez-moi deux souvenirs personnels. Le premier d’entre eux: le 9 novembre 2016 à l’aube, je suis réveillé par les messages d’une amie américaine. Cette universitaire californienne, cultivée et multilingue, est en larmes: le géant orange, encore considéré comme un bouffon médiatique par la moitié du pays, l’a emporté de justesse face à Hillary Clinton. L’Amérique a basculé dans l’inconnu.
Quatre ans plus tard, le soir du 6 janvier 2021, après que Trump a revendiqué une victoire imaginaire dans les urnes, la planète assiste, médusée, à l’assaut sur le Capitole. Toute la soirée, le canal WhatsApp de Heidi.news n’en finit pas de bruisser, la rédaction s’étant spontanément réunie en ligne pour commenter l’événement. Chacun sait qu’il assiste à l’histoire en marche.
### **Vous avez aimé le premier? Attendez le second**L’histoire se répète deux fois, paraît-il: d’abord comme une tragédie, ensuite comme une farce. Dans l’Amérique confrontée au retour de Trump, cette farce-là ne fait pas rire. Elle commence même à semer un vent de panique, dans les colonnes des journaux et chez les commentateurs de la vie publique d’une bonne moitié du pays – celle qui ne regarde pas Fox News.
Le premier Trump est entré comme par effraction à la Maison-Blanche, impréparé et ignare des arcanes du pouvoir, tempéré par des conseillers souvent plus responsables que lui. Le second Trump, s’il parvient à ses fins, ne sera pas de la même trempe. Humilié par sa défaite dans les urnes, mis au pied du mur par [une myriade de procès en cours](https://www.letemps.ch/monde/ameriques/donald-trump-sur-le-banc-des-accuses-les-six-proces-qui-planent-sur-sa-campagne-en-un-coup-d-oeil) (escroquerie, vol de documents classifiés, parjure, subornation de témoins, *you name it*…), il revient avec un agenda bifide: se sauver et se venger. Le reste n’est que littérature.
De notre côté de l’Atlantique, les deux guerres aux confins de l’Europe accaparent toute l’attention médiatique. Mais au sein de l’Empire américain, tourné avant tout vers lui-même comme il se doit, on a déjà les yeux rivés sur l’élection de 2024. Et beaucoup ont le sentiment d’assister, impuissants, à l’avènement d’une nouvelle ère aux furieux airs de déclin.
### **Vous reprendrez bien un peu de dystopie**
C’est pour donner de la substance à ce sentiment-là que nous avons choisi de publier «Si Trump revient», une Exploration au titre transparent et à la matière trouble. Elle nous vient de *The Atlantic*, le mensuel basé à Boston, réputé intellectuel et mesuré. En déclinant différents thèmes – nous en avons sélectionné huit, dont l’OTAN, le climat, la Chine ou le récit national –, les meilleures plumes du magazine américain s’adonnent à cet exercice souvent redouté des journalistes: la prospective.
Disons-le, ce qu’ils dessinent, en cas de victoire de Trump, a l’odeur, le goût et la texture du fascisme. *«Trump et le trumpisme représentent une menace existentielle pour l’Amérique et les idées qui l’animent»*, argumente [dans son éditorial](https://www.theatlantic.com/magazine/archive/2024/01/warning-second-trump-term/676117/) Jeffrey Goldberg, rédacteur en chef de *The Atlantic*. *«Le pays a survécu au premier mandat, non sans subir de sérieux dommages. Un second serait bien pire.»*
### **Et nous, et nous, et nous**
Mais après tout, les empires vivent et meurent. Que nous chaut, de notre côté de l’Atlantique? Hélas, ce n’est pas tant que les idées portées par l’Amérique s’affaissent – c’est déjà le cas, à l’évidence, concernant l’héritage des Lumières… C’est surtout que la Pax Americana risque de laisser la place à une compétition encore plus débridée entre grandes puissances, Etats-Unis compris. Or, et c’est un postulat de base en géopolitique, seule la puissance arrête la puissance.
Notre Vieux Continent, qui incarne sans doute mieux les valeurs humanistes et libérales que l’Amérique contemporaine (n’en déplaise à celle-ci), reste affublé d’un défaut essentiel: morcelé, il échoue à faire bloc face au retour des empires – Russie, Turquie, Chine, Iran… L’Union européenne est restée au milieu du gué, entre la conception française de l’«Europe puissance» et la vision allemande et anglo-saxonne d’une Europe du marché et du droit, volontiers croupion de l’Amérique. (Inutile de préciser où se situerait la Suisse, si d’aventure...)
On a cru un moment que la guerre en Ukraine donnerait à Bruxelles l’impulsion pour avancer comme un seul homme. Ces illusions aujourd’hui se dissipent. Il suffit de voir comment, frappés par la nécessité stratégique de muscler la défense aérienne européenne, Berlin et l’Europe centrale [souhaitent se tourner vers des systèmes d’armes américains](https://www.lemonde.fr/international/article/2023/06/18/face-au-projet-de-bouclier-antimissile-allemand-la-france-esquisse-sa-contre-offre_6178195_3210.html) (et israélien!) tandis que Paris et Rome aimeraient jouer à domicile, sans avoir les moyens de convaincre. Ce genre de fractures en dit long.
### **Rendez-vous dans un an**
On pourrait imaginer qu’un retour de Trump à la Maison-Blanche provoque un nouvel électrochoc salutaire en Europe, mais ce serait sans doute pécher par optimisme. Comme l’explique l’ancien ambassadeur français Michel Duclos [dans les colonnes du ](https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/12/28/c-est-en-prenant-une-plus-grande-part-a-la-defense-de-l-ukraine-que-l-europe-peut-se-proteger-des-effets-d-un-retour-de-trump_6208087_3232.html?lmd_medium=al&lmd_campaign=envoye-par-appli&lmd_creation=ios&lmd_source=whatsapp)*[Monde](https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/12/28/c-est-en-prenant-une-plus-grande-part-a-la-defense-de-l-ukraine-que-l-europe-peut-se-proteger-des-effets-d-un-retour-de-trump_6208087_3232.html?lmd_medium=al&lmd_campaign=envoye-par-appli&lmd_creation=ios&lmd_source=whatsapp)*, la tentation probable de la plupart des pays européens serait plutôt de chercher des alliances bilatérales avec les Etats-Unis, à la façon du Royaume-Uni, plutôt que de serrer les rangs derrière Bruxelles.
Combinez ça avec la [fin programmée de l’OTAN](https://www.heidi.news/explorations/si-trump-revient/la-fin-d-un-monde-ou-comment-trump-pourrait-tuer-l-otan), et vous obtenez une guerre sans fin aux portes de l’Europe. Et nous voilà face à un constat déplaisant mais, me semble-t-il, lucide: le 5 novembre 2024, ce n’est pas seulement le sort de l’Amérique qui se jouera dans les urnes, mais celui du monde occidental. Et si vous n’en êtes pas encore convaincu… je vous souhaite une bonne lecture!
https://www.heidi.news/articles/trump-est-de-retour-et-il-n-est-pas-content-nous-non-plus
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La fin d’un monde, ou comment Trump pourrait tuer l’OTAN
S'il est réélu en 2024, Donald Trump voudra sans doute mettre fin à l’engagement américain au sein de l’Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN). L’ordre mondial s’en trouvera instantanément bouleversé, et les garde-fous institutionnels américains n’y pourront pas grand-chose.
«Je me fous de l'OTAN.»
C'est en ces termes que Donald Trump a exprimé un beau jour ses sentiments à l'égard de l'alliance militaire la plus ancienne et la plus solide des États-Unis. Cette déclaration, faite en présence de John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale de l'époque, n'est pas une surprise. Bien avant de se lancer en politique, Trump remettait déjà en question les alliances américaines. C’est ainsi qu’il écrit en 2000, à propos des Européens: «Leurs conflits ne valent pas les vies américaines. Se retirer de l'Europe permettrait à notre pays d'économiser des millions de dollars chaque année.»
Aucun adulte dans la pièce
L'OTAN, fondée en 1949 et soutenue depuis trois quarts de siècle par les démocrates, les républicains et les indépendants, est depuis longtemps dans le viseur de Donald Trump. L’ancien président a menacé de se retirer de l’Alliance à de nombreuses reprises – y compris lors du funeste sommet de l'OTAN de 2018. Cette volonté est restée lettre morte, parce qu'il y avait toujours quelqu'un pour l'en dissuader. John Bolton dit l'avoir fait. Jim Mattis (secrétaire à la Défense), John Kelly (chef de cabinet), Rex Tillerson (secrétaire d’Etat, c’est-à-dire chef de la diplomatie), son successeur Mike Pompeo, et même Mike Pence (vice-président) auraient fait de même.
Mais Trump n’a pas changé d'avis. Et s’il est réélu en 2024, aucune de ces conseillers ne sera plus à la Maison-Blanche: tous ont rompu avec l'ancien président, parfois de manière spectaculaire. Quant aux autres analystes républicains ayant une expertise sur la Russie et l'Europe, ils se sont publiquement engagés contre Trump en 2016 ou l'ont critiqué après son départ en 2020. Lors d'un second mandat, Trump serait entouré de personnes qui, soit partagent son aversion pour les alliances américaines en matière de sécurité, soit n'y connaissent rien et s'en fichent. Cette fois, les mauvaises dispositions de Trump à l'égard des alliés de l’Amérique auraient toutes les chances de déboucher sur un réel changement de cap.
«Les dégâts qu'il a causés lors du premier mandat étaient réparables», m'a confié John Bolton. «Ceux d’un second mandat ne le seraient pas.»
Une bronca institutionnelle prévisible
Quitter l'OTAN ne serait pas pour autant une partie de plaisir pour Trump. A peine ses intentions annoncées, il faudrait s’attendre à une crise institutionnelle. L'approbation du Sénat est requise pour signer un traité international engageant les Etats-Unis, mais la Constitution ne dit rien du retrait d’un tel traité. Conscients de ce vide juridique, les sénateurs Tim Kaine (démocrate) et Marco Rubio (républicain) ont déposé un projet de loi. Déjà adopté par le Sénat, il vise à empêcher le président américain de se retirer de l'OTAN à moins de faire voter une loi spécifique au Congrès ou d’obtenir le soutien des deux tiers du Sénat.
Ces initiatives suffiront-elles à empêcher Trump de passer à l’acte? *«Je suis persuadé que les tribunaux nous donneront raison et n'autoriseront pas un président à se retirer de façon unilatérale»,* m’a confié Tim Kaine, tout en concédant qu'il y aurait sans doute un combat institutionnel à mener. Le combat serait aussi politique. Sur le plan des relations publiques, la controverse suscitée par un retrait de l’OTAN serait immédiate. Un large éventail de personnes – anciens commandants de l’Alliance et chefs d'état-major, ex-présidents américains, chefs d'État étrangers – se mobiliseraient pour plaider la cause de l’Organisation avec force.### **La géopolitique se passe dans les têtes**
Mais tout cela n'aurait pas nécessairement d'importance, car bien avant que le Congrès ne se réunisse pour discuter du traité, le mal aura été fait. La principale source d'influence de l'OTAN n'est pas juridique ou institutionnelle, elle est psychologique. Dans l’esprit de quiconque menacerait un membre de l'Alliance réside la certitude de se heurter à une défense collective. Si l'Union soviétique n'a jamais attaqué l'Allemagne de l'Ouest entre 1949 et 1989, ce n'est pas parce qu'elle craignait une réponse allemande. Si la Russie n'a pas attaqué la Pologne, les États baltes ou la Roumanie au cours des 18 derniers mois, ce n'est pas parce qu'elle craint la Pologne, les États baltes ou la Roumanie. L'Union soviétique s'est tenue à carreaux, comme la Russie continue de le faire aujourd'hui, parce que Moscou croit fermement à l'engagement américain pour la défense de ces pays.
Cet effet de dissuasion ne découle pas du seul [traité de l'OTAN](https://www.nato.int/cps/en/natohq/official_texts_17120.htm), un document schématique dont les signataires conviennent simplement, à l'article 5, «*qu’une attaque armée contre l'un ou plusieurs d’entre eux survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties»*. La dissuasion découle de la conviction du Kremlin que les Américains croient réellement à la défense collective, que l'armée américaine y est préparée et que le président américain s’engage à agir si la sécurité collective est remise en question.
Donald Trump pourrait sonner le glas de cette conviction par un seul discours, un seul commentaire, voire un seul message sur Truth Social – le réseau social qu’il a fondé après s’être fait évincer de Twitter. Qu’importe que le Congrès, les médias et le Parti républicain continuent à débattre de la légalité d'un retrait américain du traité. Qu’importent les obligations de papier. Une fois que le chef des armées aura déclaré *«Je ne viendrai pas au secours d’un allié qui subit une attaque»*, qui pourrait encore craindre l’OTAN? Et si les Russes, ou n’importe qui d’autre, n’ont plus à se soucier d’une riposte américaine, les chances qu’ils se risquent à conduire une attaque augmentent en flèche.
Un tel scénario pourrait sembler improbable – il ne l’est pas. Avant février 2022, [nombreux étaient ceux qui refusaient de croire à](https://www.theatlantic.com/ideas/archive/2022/03/putin-russian-political-deterioration/626966/) une invasion russe à grande échelle en Ukraine.
J'ai demandé à plusieurs personnes ayant des liens étroits avec l'OTAN d'imaginer ce qui arriverait à l'Europe, à l'Ukraine, et même à Taïwan et à la Corée du Sud, si Trump déclarait qu’il ne se sentait plus lié par l'article 5. Toutes ont convenu que la foi dans la défense collective pourrait s'évaporer en un tournemain.
### **L’Ukraine au bord du gouffre**
Alexander Vershbow, ancien ambassadeur des États-Unis auprès de l'OTAN et ancien secrétaire général adjoint de l'OTAN, note que Trump pourrait démettre l'ambassadeur américain de ses fonctions, empêcher les diplomates d'assister aux réunions ou cesser de contribuer au budget de fonctionnement du siège de l’organisation à Bruxelles, sans avoir à craindre une censure du Congrès. *«Au plan légal, il n’y aurait aucun moyen de l’en empêcher.»* Il faudrait plus de temps pour fermer les bases américaines en Europe et rapatrier les milliers de soldats américains qui y sont stationnés. Mais en tout état de cause, tous les organes politiques de l’Alliance devraient changer leur mode de fonctionnement du jour au lendemain.
James Goldgeier, professeur de relations internationales à l'American University et auteur de plusieurs ouvrages sur l'OTAN, confirme qu’une telle décision serait de nature à semer le chaos. *«Ce n’est pas comme si on pouvait dire qu’on a un autre plan pour faire face à la situation.»* Il n'y a pas de leadership de rechange, pas d'autres fournisseurs de systèmes de commandement et de conduite, d’armes spatiales, ou même de munitions. L'Europe serait immédiatement exposée à une éventuelle attaque russe à laquelle elle n'est pas préparée, et à laquelle elle ne pourrait se préparer avant de nombreuses années.
Sans l'OTAN, et sans un engagement américain en faveur de la sécurité européenne, les livraisons d’aide militaire à l’Ukraine seraient aussi destinées à se tarir. La perspective d'une sortie de l'Amérique de l'OTAN obligerait de nombreux pays européens à garder leurs ressources militaires pour eux, par peur d’une invasion. Les Ukrainiens commenceraient à manquer de munitions assez rapidement. La conquête de toute l'Ukraine par la Russie, qui reste l'[objectif de Poutine](https://www.theatlantic.com/ideas/archive/2023/11/us-ukraine-support-putin-defeat/675953/), redeviendrait envisageable. La logistique militaire ukrainienne s’en trouverait fortement compliquée, car les Russes pourraient bombarder les aéroports et les centres d'approvisionnement situés en Pologne et en Roumanie voisines. Cela a déjà bien failli se produire: au moins un missile russe [a frappé la Pologne](https://www.wsj.com/articles/russian-cruise-missile-that-struck-poland-exposes-natos-air-defenses-3312d456) par accident, et des frappes russes ont touché la frontière roumano-ukrainienne. Au début de la guerre, les Russes [ont délibérément attaqué](https://www.reuters.com/world/europe/air-strike-launched-ukraine-military-base-near-polish-border-lviv-authorities-2022-03-13/) une base dans l'ouest de l'Ukraine, tout près de la frontière polonaise, où s'entraînaient des recrues étrangères. Si les Russes commencent à cibler des bases en Pologne même, la livraison d’armes à l'Ukraine deviendrait impossible.
### **La fin d’un monde**
L’onde de choc ne s’arrêterait pas à l'Europe. Si Trump retire clairement son appui à l'OTAN, toutes les autres alliances militaires de l'Amérique seront menacées. Taïwan, la Corée du Sud, le Japon et même Israël se rendront compte qu'ils ne peuvent plus compter sur le soutien automatique des États-Unis. La fin de l'OTAN ne les affectera peut-être pas directement, mais sa disparition signifierait que tout le monde, partout, doit considérer que les États-Unis ne sont plus un allié fiable.
Au fil du temps, tous les alliés de l'Amérique commenceront à se couvrir. De nombreux pays européens choisiront de s’acoquiner avec la Russie. Bon gré mal gré, de nombreux pays asiatiques opteront pour un rapprochement avec la Chine – *«par simple souci d’autopréservation»*, comme dit Tim Kaine. Pour se mettre à l’abri d’une invasion, les dirigeants pragmatiques des pays proches de la Chine ou de la Russie commenceront à prendre plus au sérieux les exigences commerciales et politiques de leur voisin, respectivement deuxième et troisième puissances militaires au monde.
De nombreux partis politiques et chefs d'État soutenus par Moscou ou Pékin (ou par leurs alliés tels que l'Iran, le Venezuela, Cuba…) disposeraient d'un argument convaincant en faveur [de l’autocratie](https://www.theatlantic.com/magazine/archive/2021/12/the-autocrats-are-winning/620526/): les Etats-Unis, dont l'image a déjà été gravement écornée par Trump, seront perçus comme en déclin. Au fil du temps, l'influence économique américaine déclinera également. Les accords commerciaux et les arrangements financiers s’en trouveront modifiés, ce qui aura un impact sur les entreprises américaines et, à terme, sur l'économie du pays.
Si Trump est réélu, les Américains seront tellement accaparés par le drame de leurs propres institutions défaillantes que, pendant un long moment, la plupart d'entre eux ne remarqueront pas les problèmes causés par un ordre international en pleine bascule. Les problèmes de la Lituanie et de la Corée du Sud sembleront lointains, sans importance. La fin de l'influence américaine se déroulera probablement dans une relative obscurité. Lorsque les citoyens américains se rendront compte de l'ampleur des changements, il sera trop tard.
*Traduit de l’anglais et édité par Yvan Pandelé. L’article original a été publié le 4 décembre 2023 [par The Atlantic](https://www.theatlantic.com/magazine/archive/2024/01/trump-2024-reelection-pull-out-of-nato-membership/676120/).*
https://www.heidi.news/articles/la-fin-d-un-monde-ou-comment-trump-pourrait-tuer-l-otan
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Si Trump revient, c’en est fini de la démocratie américaine
Si Donald Trump revient à la Maison-Blanche, il ne faudra pas compter sur les gardes fous du premier mandat. Il aura une meilleure compréhension des failles du système, des compagnons de route plus déterminés, et un véritable programme de représailles ciblées. Le danger pour l'Amérique est existentiel.
Aussi créative soit-elle, l’imagination humaine peine à dessiner le futur. Egarée, peut-être, par notre besoin irrépressible de familiarité. Nous avons tous conscience des moments d’instabilité grave, de crise, ou de soulèvement révolutionnaire qui jonchent l’histoire. Nous savons que de tels événements ont été légion lors des derniers siècles, décennies ou années. Mais nous refusons l’idée qu’ils pourraient bien se produire de nouveau demain.
Quand il s’agit de Trump, l’imagination perd encore un peu plus sa boussole. L’ancien président opère si loin des limites usuelles du comportement humain – sans même parler de celles de l’action politique – qu’il est difficile d’appréhender ce qu’il nous prépare, alors même que ses intentions sont connues. Qui plus est, nous avons déjà eu un mandat Trump, et il y a là de quoi nourrir un faux sentiment de sécurité. Nous avons survécu une fois, la démocratie américaine aussi. Le danger est-il si élevé qu’on le dit?
### **Premier discours, premier mensonge**Pendant son premier mandat, la corruption et la brutalité de Trump ont été contrebalancées par son ignorance et sa paresse. De retour aux manettes, il aurait dans sa manche de nombreux atouts: une bien meilleure compréhension des failles du système, des alliés plus déterminés à ses côtés, et un plan de représailles ciblées à l’encontre de ses adversaires – lui-même se réservant une impunité totale. En évaluant ce qu’une seconde présidence Trump pourrait nous réserver, beaucoup sous-estiment l’ampleur du chaos à venir.
L’homme est déjà empêtré dans de multiples procédures criminelles, qui vont s’intensifier dans les mois à venir. Il n'est pas impossible qu'au jour de l’élection, le 5 novembre 2024, il soit déjà condamné au titre d’une ou plusieurs d'entre elles. Et s'il remporte l'élection, il n’y aura pas à attendre longtemps pour assister au premier crime de son second mandat. Le 20 janvier 2025, vers midi, Donald Trump se rendra coupable de parjure en prononçant son discours d’investiture: lorsqu’il promettra de défendre la Constitution des États-Unis.
Un second mandat de Trump plongerait instantanément le pays dans une crise constitutionnelle plus terrible que tout ce que la guerre de Sécession a pu produire. Même au plus fort de la Guerre froide, même pendant la Grande Dépression, le pays disposait d’un gouvernement en état de marche avec un président à sa tête. Mais l’exécutif ne peut pas fonctionner sous les ordres d’un criminel, présumé ou condamné. Devenu hors-la-loi ou en passe de le devenir, ce président-là devra démanteler l'État de droit pour survivre.
### **L’agenda du chaos**
Grâce à l’intéressé et son entourage, nous avons déjà une idée assez claire des priorités d’un futur gouvernement Trump:
1. Faire cesser toutes les poursuites contre Trump, pénales ou civiles, au niveau fédéral ou des Etats constitués.
2. [Gracier et protéger](https://www.nbcnews.com/politics/donald-trump/trump-says-pardon-large-portion-jan-6-rioters-rcna83873) ceux qui ont tenté de renverser le cours de l'élection de 2020 au profit de Trump.
3. Traquer les adversaires et détracteurs de Trump [via le département de la Justice.](https://www.washingtonpost.com/politics/2023/11/09/trump-interview-univision/)
4. [Mettre fin à l'indépendance de la fonction publique](https://www.theatlantic.com/magazine/archive/2024/01/donald-trump-2024-reelection-cabinet-appointments/676121/) et licencier les fonctionnaires fédéraux qui refusent d'exécuter les ordres de Trump.
5. Au cas où ces décisions sans foi ni loi susciteraient des manifestations dans les grandes villes, [employer l'armée pour](https://www.newsweek.com/trump-could-legally-quell-protests-military-mark-esper-1842888) écraser toute protestation populaire.
Un retour de Trump entraînerait les Etats-Unis dans un maquis de scénarios jusque-là impensables. Le Sénat confirmera-t-il les candidats nommés par Trump à des postes à responsabilités, choisis pour assister le président dans son coup d'État? Les agents du ministère de la Justice vont-ils démissionner en masse? Les citoyens vont-ils descendre dans la rue pour protester? Les militaires accepteront-ils de réprimer les manifestations?
### **Les failles d’un système**
Le système politique actuel n’est pas conçu pour résister aux manœuvres subversives d’un criminel en chef à Washington. Un président peut se gracier lui-même pour des crimes fédéraux, et c’est sans doute ce que Trump prévoit de faire. Qu’est-ce qui l’empêcherait, dans ces conditions, de rédiger sa propre grâce présidentielle à l'avance avant de tirer sur les visiteurs de la Maison-Blanche? Soit dit en passant, dans la même logique, la vice-présidente pourrait assassiner le président dans le bureau ovale et se gracier dans la foulée…
Si un président peut ordonner au procureur général d'abandonner une procédure fédérale contre lui – on voit mal Trump résister à cette tentation –, l'obstruction de la justice pourrait devenir de facto une prérogative usuelle de la Maison-Blanche. Si Trump devient président, les États-Unis doivent leurs plus plates excuses à Richard Nixon, lequel aurait été dans son droit d'ordonner au ministère de la Justice [d’abandonner l’enquête sur l’affaire du Watergate](https://www.washingtonpost.com/wp-srv/national/longterm/watergate/articles/102173-2.htm). Il aurait d’ailleurs pu se gracier lui-même, ainsi que toutes les personnes impliquées dans le cambriolage de l’immeuble du Watergate et la dissimulation des preuves à la justice.
### **Une nouvelle génération d’affidés**
Après son élection en 2016, Trump s’est vite trouvé entouré de personnalités influentes, bien conscientes de la menace que représentait ce président sans foi ni loi. Ces pompiers improvisés sont parvenus à contenir un homme qu'ils considéraient, pour reprendre les [mots du premier secrétaire d'État de Trump](https://slate.com/news-and-politics/2017/10/now-we-know-why-rex-tillerson-called-donald-trump-a-moron.html) Rex Tillerson, comme *«un foutu imbécile»* (*«a fucking moron», ndlr.*) ou, pour [citer son deuxième chef de cabinet](https://www.cnn.com/2020/10/16/politics/donald-trump-criticism-from-former-administration-officials/index.html) John Kelly, comme *«la pire personne que j'aie rencontrée dans ma vie»*, à *«la malhonnêteté tout bonnement incroyable»*. En cas de second mandat Trump, inutile de compter sur des Tillerson ou des Kelly. Ni sur un procureur général comme Jeff Sessions, dont la décision [de se récuser de l'enquête](https://www.youtube.com/watch?v=wgos4aGdgHo) sur les liens entre Trump et Moscou a permis la nomination d’un procureur spécial indépendant.
Depuis 2021, les Républicains sceptiques à l'égard de Trump ont été écartés de la vie politique. [Liz Cheney](https://www.nytimes.com/2022/08/16/us/politics/harriet-hageman-liz-cheney-wyoming.html) et [Adam Kinzinger](https://www.theatlantic.com/ideas/archive/2023/10/adam-kinzinger-renegade-prodemocracy-republicans/675846/) ont perdu leur siège à la Chambre des représentants pour avoir défendu l'intégrité des élections. Tom Emmer [a retiré sa candidature au poste de président de la Chambre des représentants](https://www.cnn.com/2023/10/24/politics/tom-emmer-house-speaker/index.html) pour la même raison. Le groupe républicain au Sénat est devenu moins réceptif à l’autoritarisme trumpien, mais les sénateurs républicains les plus jeunes et récemment élus (Ted Cruz, Josh Hawley, J. D. Vance) ont tendance à soutenir les projets de Trump, tandis que ses adversaires au Sénat appartiennent à la génération sortante. Au sein du Parti républicain, les principaux rivaux de Trump pour l'investiture de 2024 osent rarement critiquer ses abus de pouvoir.
La plupart de ceux qui seront appelés à diriger le pays en cas de second mandat Trump sont d’une trempe servile. Des affidés ayant déjà absorbé la réalité brutale du Parti républicain d’aujourd’hui: défendre la démocratie, c'est renoncer à sa carrière. Un carré d’opportunistes techniquement compétents s’est déjà constitué, issu des *think tanks* de droite et d’autres cercles. Il a d’ores et déjà commencé à planifier avec précision le démantèlement de tous les garde-fous institutionnels qui pourraient faire obstacle à la corruption et aux impulsions vengeresses de Trump. Ses probables futurs conseillers à la Maison-Blanche n’ont pas fait mystère du fait qu’ils partageaient sa volonté de se soustraire à la loi et d’utiliser les forces de l’ordre contre ses opposants – la famille Biden, mais aussi d’anciens compagnons de route comme l'[ex-procureur général William Barr](https://www.washingtonpost.com/politics/2023/11/05/trump-revenge-second-term/) et [l’ancien chef d’état-major des armées Mark Milley](https://www.theatlantic.com/ideas/archive/2023/09/trump-milley-execution-incitement-violence/675435/).
### **Le monde à l’envers**
Si Trump accède de nouveau à la présidence, le monde entier deviendra le théâtre de sa politique de revanche et de récompense. L'Ukraine sera abandonnée à Vladimir Poutine; l'Arabie saoudite recevra les fruits de ses investissements passés dans la famille Trump.
Pendant son premier mandat, Trump a confié à ses collaborateurs qu'il souhaitait se retirer de l'OTAN. De retour aux manettes, il choisira des collaborateurs qui ne le dissuaderont pas de le faire. D'autres partenaires devront s'adapter à l'autoritarisme et à la corruption qui régnerait à la Maison-Blanche. Les libéraux en Israël et en Inde perdront le soutien américain. Les démocraties d'Asie de l'Est devront composer avec le protectionnisme et les guerres commerciales de Trump. Pour peu qu’il mette fin au flux migratoire vers les Etats-Unis, le [parti antidémocratique Morena](https://www.theatlantic.com/ideas/archive/2023/02/mexico-democracy-autocrat-andres-manuel-lopez-obrador/673137/) au Mexique aura les coudées franches pour étouffer les institutions indépendantes du pays.
De toute façon, les États-Unis seraient trop paralysés par leurs problèmes domestiques pour venir en aide à leurs alliés à l'étranger.
### **La démocratie n’est pas l’objectif**
Si Trump est élu, il est très probable que ce ne sera pas avec la majorité du suffrage populaire. Imaginez le scénario: Trump est élu par les grands électeurs avec seulement 46% des votes citoyens, parce que des candidats tiers financés par des donateurs républicains ont réussi à diviser la coalition anti-Trump. Sans avoir jamais réussi à s’imposer devant le peuple, Trump entre à la Maison-Blanche pour la deuxième fois. Lui et ses partisans s’emploient alors à mettre en œuvre son programme de vengeance politique et d’impunité personnelle, en dépit d’une légitimité politique fragile.
Dans ce scénario, les opposants à Trump doivent faire face à une dure réalité: le système électoral américain aura privilégié une minorité stratégiquement implantée, dirigée par un président délinquant, au détriment de la majorité démocratique. Battu dans les urnes, le camp minoritaire s’arroge malgré tout le pouvoir de gouverner.
Ce camp n’aurait aucun scrupule à justifier la tournure des événements. *«Nous sommes une république, pas une démocratie»*, disaient beaucoup d'entre eux en 2016, lors de la première élection de Trump contre Hillary Clinton. Depuis lors, les mêmes s'opposent de plus en plus ouvertement à la démocratie. Comme l'[a tweeté le sénateur Mike Lee](https://twitter.com/SenMikeLee/status/1314089207875371008) un mois avant les élections de 2020: *«La démocratie n'est pas l'objectif»*.
Tant que le pouvoir de la minorité semble résulter d’un coup du sort occasionnel, la majorité peut l'accepter. Mais si les mal élus s’évertuent à conserver le pouvoir et l'utilisent pour subvertir le système juridique et constitutionnel, la majorité peut commencer à se rebiffer. L'une des conséquences d'un second mandat de Trump pourrait ainsi être une version américaine des [manifestations massives dans les rues de Tel-Aviv](https://www.theatlantic.com/photo/2023/07/israel-protest-law-supreme-court-powers/674815/) en 2023, lorsque Benjamin Netanyahou a tenté de remodeler le système judiciaire israélien en sa faveur.
### **Qu’est-ce qui pourrait mal tourner?**
Qu'est-ce qui pourrait suivre? En 2020, les conseillers de Donald Trump ont évoqué la possibilité d'utiliser l'armée pour écraser les manifestations contre les projets du président de rester au pouvoir malgré sa défaite dans les urnes. Aujourd'hui, les membres de l'entourage de Trump semblent voir plus loin. Certains [voudraient se préparer à invoquer](https://www.washingtonpost.com/politics/2023/11/05/trump-revenge-second-term/) l’Insurrection Act pour mettre l'armée au service de leur projet autoritaire. L’idée paraît stupéfiante. Mais Donald Trump y pense, donc tout le monde se doit de la prendre au sérieux, jusque dans les hautes sphères du commandement militaire.
Si un président peut demander l'ouverture d'une enquête sur ses opposants ou ordonner à l'armée de réprimer des manifestations, notre société aura cessé d’être libre. Il n'y aura plus d’Etat de droit, seulement une persécution légalisée des opposants politiques. Le souhait politique suprême de Trump a toujours été de brandir à la fois la loi et la violence institutionnelle comme attributs personnels du pouvoir. Beaucoup dans son parti semblent aujourd'hui déterminés à lui en donner les moyens.
Cette sombre perspective est la question centrale du scrutin de 2024. Si Trump est battu, les États-Unis pourront continuer à traiter les grands problèmes de notre temps de la manière imparfaite qu'on leur connaît: les guerres au Moyen-Orient et en Ukraine, le changement climatique, l’éducation et l'égalité des chances, la croissance économique et le niveau de vie des individus, etc. Arrêter Trump ne permettrait pas de progresser sur ces questions, mais de préserver la possibilité du progrès, en maintenant en vie la structure constitutionnelle et démocratique des États-Unis.
Une nouvelle présidence Trump, à l’inverse, serait une onde de choc qui écraserait toutes les autres questions. Elle marquerait un tournant vers une voie sombre, l'une de ces déchirures entre l’«avant» et «l’après» qu'une société ne peut jamais réparer, à l’instar de [l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021](https://www.theatlantic.com/magazine/archive/2022/01/january-6-insurrection-trump-coup-2024-election/620843/). La longue tradition des transitions pacifiques du pouvoir a été rompue ce jour-là, et même si la tentative de coup a échoué, la violence elle-même n'a pas été effacée. Les plans et les complots d'un second mandat de Trump peuvent aussi être défaits. Mais tous les futurs dictateurs en puissance sauront qu’un président peut tenter un coup d'État et, s'il échoue, revenir au pouvoir pour tenter de réitérer.
### **Une république, si vous pouvez la garder**
Comme en témoignent les mémoires et les prises de paroles publiques, de nombreux membres du cabinet et de l'équipe dirigeante de Trump étaient horrifiés par le président qu'ils servaient. Les dirigeants de son propre parti au Congrès le craignaient et le détestaient. Les plus gros donateurs du Parti républicain ont travaillé pendant trois ans pour essayer de faire nommer quelqu'un, n'importe qui d'autre. Mais les partisans de Trump convergent de nouveau vers leur candidat et se persuadent qu’il existe des motifs justifiables pour porter de nouveau au pouvoir l’auteur d’un coup d’Etat échoué: les impôts, le contrôle des frontières, quelques commentaires stupides d’étudiants *«woke»*.
Mais pour que la démocratie perdure, la sauvegarde du système démocratique lui-même doit être l'engagement suprême de ses principaux participants. Le respect des urnes importe plus que les noms sur les bulletins. Dans le cas contraire, tout le système menace de s’effondrer. Et c’est la direction que nous sommes en train de prendre.
A l’issue de l’assemblée constituante de 1787, il est dit que des citoyens ont demandé à Benjamin Franklin quel type de régime avait instauré la toute nouvelle Constitution votée par les pères fondateurs. *[«Une république, si vous pouvez la garder»](https://www.theatlantic.com/ideas/archive/2020/02/a-republic-if-we-can-keep-it/605887/)*, aurait-il répondu *(par opposition à une monarchie, ndlr.)*. Il n’entendait pas par là qu’on pouvait égarer la république comme par étourderie. Il prévoyait que des ambitieux et des impitoyables surgiraient pour essayer de mettre à bas le régime, avec l’assistance éventuelle des faibles ou des cupides.
Depuis 2016, l’Amérique se frotte au défi énoncé par Benjamin Franklin. Cette histoire comporte quelques méchants, beaucoup de héros, et juste assez de chance pour faire pencher la balance du bon côté. Il serait dangereux de continuer à compter sur notre seule bonne étoile.
*Traduit de l’anglais et édité par Yvan Pandelé. L’article original a été publié le 4 décembre 2023 [par The Atlantic](https://www.theatlantic.com/magazine/archive/2024/01/donald-trump-reelection-second-term-agenda/676119/).*
https://www.heidi.news/articles/si-trump-revient-c-en-est-fini-de-la-democratie-americaine
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Comment l'exposition au bruit affecte notre santé [VIDEO]
Un voisin qui fait du bruit tard le soir, des voitures qui klaxonnent, des travaux qui s’éternisent… Le bruit tape aussi si bien sur nos tympans que sur nos nerfs, avec de sérieux effets sur la santé. Parmi les solutions pour s'en protéger, les arbres. Un épisode de PopScience réalisé en collaboration avec Antoine vs Science
En Suisse, le bruit est réglementé. On ne peut donc pas émettre les décibels que l’on veut, quand on veut, où on veut. Et derrière l'ordonnance sur la protection contre le bruit (OPB), il y a un objectif clair: limiter la pollution sonore qui gagne du terrain.
Si le sujet est pris au sérieux, c’est parce que l’exposition chronique au bruit génère ou accentue tout un tas de problèmes de santé:
* nervosité,* fatigue,
* hypertension,
* maladies cardiovasculaires,
* troubles de la concentration,
* baisse de la mémoire à long terme chez les écoliers,
* troubles de la communication,
* ou encore tendance à l'isolement.
**Et notre oreille.** En plus de jouer sur notre santé de façon générale et limiter notre nombre d’années de vie en bonne santé, il faut aussi mentionner qu’une exposition prolongée au bruit affecte aussi… notre oreille. Par exemple, une cour de récré, c'est à peu près 80 décibels (dB). S’exposer trop souvent à cette intensité peut provoquer une légère perte d’audition. Mais un concert ou une boîte de nuit, c’est à peu près 110 dB. Là, si on s’expose trop, on risque plutôt des acouphènes ou même la surdité.
En Suisse, on estime qu’une personne sur sept est gênée par le bruit, principalement celui qui nous vient de la circulation routière. Comme on peut s’en douter, cette pollution sonore concerne surtout la population urbaine.
**Comment les arbres peuvent nous aider ?** Quelles sont les solutions qui s’offrent à nous? Si la loi encadre le niveau de bruit autorisé, il en faut bien plus pour le réduire efficacement. Doit-on supprimer toutes les voitures et tous les aéroports? Évidemment, ce n’est pas si simple. Il existe d’autres solutions:
* On peut réduire l’émission du bruit, par exemple en limitant la vitesse sur les routes, en utilisant des revêtements spéciaux, des rails plus silencieux ou en réglementant le trafic aérien.
* On peut bloquer la propagation du bruit, notamment en pensant l’architecture de telle sorte que les bâtiments absorbent le bruit. Les murs anti-bruits, affreux mais efficaces, sont aussi une option.
* Enfin, on peut essayer de réduire le bruit à la réception avec de bons isolants phoniques et des matériaux absorbants.
Mais là, nous n’avons pas encore parlé d’une solution originale et naturelle: les arbres! Quiconque a déjà grimpé aux branches sait qu’on se sent comme dans un petit cocon là-haut, et ce n'est pas un hasard. Les branches et les feuilles absorbent efficacement les hautes fréquences, et les troncs se chargent des moyennes fréquences. Mais ce qui atténue encore plus les bruits, c’est le sol meuble d’une forêt, qui absorbe les sons au lieu de les réverbérer.
On peut donc planter des arbres pour absorber le bruit au niveau de la route ou au niveau des habitations. Et c’est sans parler des nombreux autres bénéfices d’un paysage arboré sur la santé des citadins:
* baisse de la mortalité,
* baisse du stress,
* baisse des naissances prématurées,
* baisse de la criminalité,
* stimulation de l’économie...
https://www.heidi.news/articles/comment-l-exposition-au-bruit-affecte-notre-sante-video
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2024, un monde fragile mais où le pire n’est pas certain
En 2024, plus de la moitié des électeurs de la planète seront appelés aux urnes. Face aux enjeux politiques, écologiques et technologiques, l’année qui s’ouvre est incertaine. Heureusement l’Histoire ne s’écrit jamais tout à fait à l’avance.
Avouez que le monde est plutôt sombre en cette fin d’année, avec une quasi paralysie des instances onusiennes - incapables d’enrayer les massacres - et le recul inquiétant du droit international sur tous les terrains de conflits.
Alors le pire est-il devant nous? Que nous réservera 2024, se demandent les journaux du weekend, en listant quelques-uns des grands enjeux politiques, écologiques et technologiques à venir. Quitte à convoquer des voyants à l’image du SonntagsBlick!
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Les bonnes résolutions 2024
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Pourtant spécialiste des greffes, le Dr Morel ampute un sketch de la Revue de Genève
La marche du monde, en 2023, a été dramatique. Pour alléger un peu cette lourde actualité, je vous propose une histoire amusante de “Genferei” (genevoiserie) autour du fameux Dr Morel et sa transplantation de foie à un patient des Emirats, ainsi que la non moins fameuse Revue genevoise, qu’il a réussi à censurer en partie.
C’est d’ailleurs un succès isolé. Car les développements judiciaires des procédures lancées par le Dr Morel contre Heidi.news sont pour l’instant plutôt positifs pour votre média préféré.
Le 12 octobre 2023, peu avant 19h30, le Dr Philippe Morel et son épouse franchissent les portes du Casino Théâtre, situé au 42 rue de Carouge à Genève, nous apprend l’allégué 80 d’un document déposé trois semaines plus tard devant la justice par son avocat. Le couple assiste à la première représentation de la cuvée 2023 de la fameuse Revue genevoise (si vous l’avez ratée, il vous reste ce soir ou demain).
Lire aussi: Le Dr Philippe Morel a court-circuité le don d’organes pour un patient émirati
Vers le milieu du spectacle, qui dure 2h20, un sketch représente le Dr Morel en pleine opération de prélèvement d’organes. Or le sketch est tronqué, parce que le comédien qui en assure la plus grande partie, Laurent Deshusses, se remet d’une opération pour laquelle le chirurgien a précisément été le Dr Morel (avouez que c’est un drôle de concours de circonstances).### **La prise de conscience prend six jours**
Ce 12 octobre, donc, le Dr Morel sort égayé du Casino Théâtre, sans avoir pu se rendre compte à quel point le sketch à son sujet serait «hautement blessant et humiliant», portant atteinte «à la fois à sa réputation d'homme honnête et à sa réputation professionnelle», car le dépeignant «comme un médecin vénal, sans scrupules et sans égards pour ses patients» (allégué 78).
Je cite toujours les documents remis par le Dr Morel et son avocat, peu avant une audience le 13 novembre devant le Tribunal de première instance.
La prise de conscience aura lieu six jours plus tard, le 18 octobre. Ce soir-là, le Dr Morel assiste une seconde fois à la Revue, cette fois à l’invitation du Conseil municipal de Vandoeuvres (allégué 81).
C’est le choc.
«L'atteinte \[à la personnalité\] est d'autant plus aiguë que le Sketch litigieux est joué quasiment tous les soirs, et parfois deux fois par jour, devant le public genevois, et ce sur une période de plus de deux mois» (allégué 70) et que la Revue «jouit d'une très grande popularité auprès du public genevois et d'une visibilité importante dans les médias romands» (allégué 58).
### **Un huissier se transporte**
Six autres jours s’écoulent avant que le Dr Morel, «encore sous le choc de cette humiliation publique» (allégué 82), n’appelle son avocat. On est le 24 octobre. Le sang de l’avocat ne fait qu’un tour. Il saisit son téléphone et dépêche à la Revue un «huissier judiciaire près les Tribunaux de la République et Canton de Genève» (allégué 83).
«A cet effet \[relever certains passages dudit spectacle\], je me suis transporté ce jour \[26 octobre\] à 19 heures 30 au Casino-Théâtre, rue de Carouge 42,1205 Genève où étant, j'ai procédé aux constatations suivantes», commence l’huissier dont le constat figure en pièce 34 de l’épais dossier déposé le 3 novembre au greffe de la justice genevoise.
«Le rideau s'ouvre sur une scène composée d'une table d'opérations entourée par du personnel médical, poursuit l’huissier dans son relevé du sketch “La greffe des soignants”. L'acteur Laurent Deshusses représente un médecin qui pratique une opération sur un patient conscient. (...) Environ au milieu du sketch, Laurent Deshusses entame une chanson satirique intitulée “Les portes d'entrées des HUG”. Laurent Deshusses, incarnant le Professeur Morel, avertit un patient des HUG qu'il va mourir à I'hôpital et qu'il va lui récupérer le foie et la cornée. Pour ensuite ajouter, qu'il pratique uniquement des greffes aux personnes qui peuvent payer.»
### **Un journaliste de Heidi.news va se faire dépecer**
«Plus loin, Laurent Deshusses, toujours en incarnant le Professeur Morel, chante: “Toi le cheikh qui m'a payé quand je t'ai transplanté, tous les acomptes que tu m'as versés, on va les oublier”. A toutes fins utiles, je mentionne que Heidi.news est citée nommément dans le sketch dans la mesure où I'un des intervenants autour de la table d'opération annonce l'arrivée d'un patient qui bosse chez Heidi.news.»
Sur ces mots inquiétants se termine le constat de l’huissier. Pour la suite, il faut retourner aux allégués de l’avocat, où nous attend une surprise.
«Au demeurant, le 2 novembre 2023, M. Morel s'est entretenu par téléphone avec M. Frédéric Hohl, producteur de la Revue, pour exiger la suppression immédiate du Sketch litigieux des prochaines représentations de la Revue» (allégué 86). Résultat? «M. Hohl s'est alors engagé verbalement à supprimer ledit Sketch des futures représentations de la Revue» (allégué 87).
Ca alors! La Revue aurait-elle plié sur un simple coup de fil d’un élu MCG?
Lisant ces quelques lignes dans les documents transmis par la justice en vue de l’audience du 13 novembre, j’ai aussi appelé Frédéric Hohl, le 10 novembre, pour m’enquérir du destin de ce sketch. «Ah ça jamais, m’a-t-il répondu. La Revue ne cède à aucune pression. Même quand le Vatican a demandé la suppression d’un sketch sur le Pape, nous avons tenu bon.»
### **Un couplet modifié**
Même le pape, dans la Cité de Calvin… Brave Genève, brave Revue, cette Mère Guillaume sur les remparts de la liberté d’expression et du rire salutaire!
Il se trouve pourtant que le lendemain, samedi 11 novembre, une journaliste de Heidi.news s’est elle aussi transportée au Casino-Théâtre du 42 rue de Carouge et a fait son propre constat. Figurez-vous que dans la chanson de Laurent Deshusses, un couplet a été modifié.
Au lieu de:
«Toi le cheikh qui m'a payé quand je t'ai transplanté, tous les acomptes que tu m'as versés, on va les oublier»,
Laurent Deshusses, dont les plus anciens d’entre nous n’ont pas oublié son rôle il y a 30 ans dans L'Ours Maturin et la Famille Wallace sur TF1 et la RTS, chantait désormais:
«Toi presse qui viens fouiner, tu fais un sale métier, tous les mensonges que tu as publiés on va les oublier».
Diantre, le Dr Morel, toujours flatté d’avoir été surnommé «le chirurgien aux mains d’or», a aussi le bras long. Non seulement il a réussi, à défaut d’obtenir la «suppression immédiate du Sketch litigieux», à censurer en partie la Revue genevoise mais il a, en plus, été porté au Conseil d’administration des HUG par son parti, le MCG, le 13 décembre dernier.
*Heidi.news* aurait publié des mensonges? Nous maintenons l’intégralité de nos affirmations sur la transplantation de foie du patient émirati.
Et le résultat de l’audience du 13 novembre où nous avons eu le plaisir de croiser Philippe Morel ainsi que ses avocats? L’ordonnance du 14 décembre du Tribunal de première instance, sur mesures provisionnelles, donne raison à Heidi.news sur toute la ligne.
La partie adverse, qui n’osait apparemment pas attaquer la Revue, a tenté de faire porter à Heidi.news la responsabilité du sketch de Laurent Deshusses. C’est raté.
Le Dr Morel voulait surtout profiter de l’occasion, ainsi que de sa mention [dans un éditorial du 7 octobre](https://www.heidi.news/articles/politique-violences-conjugales-et-loi-du-secret) au sujet du candidat UDC vaudois au Conseil des Etats Michaël Buffat, pour obtenir par mesures provisionnelles la suppression [des articles de Heidi.news d’avril 2023](https://www.heidi.news/sante/affaire-philippe-morel-voici-les-documents-qui-contredisent-la-defense-du-candidat-genevois) le concernant. Raté également.
Le tribunal retient notamment que «s’agissant du préjudice subi, M. Morel «ne rend pas vraisemblable que les articles litigieux (…) auraient eu des conséquences notamment sur son activité professionnelle de chirurgien ou seraient responsables de l’échec de sa campagne électorale».
Et aussi «qu’il y avait un intérêt public prépondérant à informer le public sur les événements révélés», non seulement du fait des «ambitions politiques» de M. Morel mais même «eu égard \[à ses fonctions\] de médecin spécialiste en chirurgie générale et viscérale».
Le Dr Morel continue de prétendre que les documents ayant étayé l’enquête de Heidi.news sont des faux. Nous avons entamé des démarches pour prouver le contraire.
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Dans les fjords du Groenland, où les scientifiques suisses pêchent... de l'eau
Au Groenland, avec la fonte de la calotte polaire, les glaciers qui se jettent dans l'océan tendent à se retrouver les pieds au sec. Il y a là de quoi bouleverser tout l’écosystème du pays. Nos chercheurs suisses, à bord du Sanna, sondent les profondeurs des fjords pour mieux comprendre ce qui se joue.
A l’arrière du navire, une lourde poulie soutient un câble qui plonge dans l’eau. L’équipage du Sanna active le treuil électrique pour remonter la charge des profondeurs du fjord, à quelques centaines de mètres du glacier Eqalorutsit Kangilliit Sermiat, dont la blancheur réfléchit les rayons du soleil. Attachée à l’extrémité du filin, une structure métallique protège un gros appareil que deux scientifiques attrapent à sa sortie de l’eau. Samuel Jaccard, professeur à la faculté de géosciences et de l’environnement de l’Université de Lausanne, et son étudiante Mathilde Joray transportent leur cargaison à l’intérieur du bateau.
Démontant le couvercle de ce qui est en fait une pompe volumineuse, la jeune femme récupère avec précaution, à l’intérieur, un filtre circulaire recouvert d’un limon gris foncé, puis le dépose délicatement dans une boîte transparente. Le chercheur saisit alors une autre boîte contenant le filtre d’une seconde pompe déployée peu de temps avant, et les compare. «Les particules recueillies sur les deux filtres sont très différentes, verdâtres à 6 mètres de profondeur et grises à 50 mètres, constate Samuel Jaccard, qui met son nez sur le filtre chargé de chlorophylle. Le vert sent les algues!» L’odeur pourrait venir d’un composé volatil produit par le phytoplancton, des micro-organismes marins capables de faire de la photosynthèse.
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L’enfance terrible de la Terre nous éclaire pour découvrir les exoplanètes [VIDEO]
Que faisiez-vous, il y a quatre ou cinq milliards d’années? Sûrement pas grand-chose, puisque c’est à cette époque que s’est formée la Terre et le système solaire. On en connaît d'ailleurs un peu plus sur l’enfance de notre planète, grâce à une équipe de chercheurs franco-suisses. Guillaume Chaverot, jeune chercheur à l'Observatoire de Genève, nous détaille ces recherches pour PopScience.
La Terre s’est formée presque en même temps que notre système solaire, il y a plus de 4,6 milliards d’années. Tout a commencé par des petits grains de poussière dans l'espace. Ces grains se sont regroupés pour former de grosses boules de roche et de métal. Mais on est encore loin de l’ambiance paisible des belles plages des Caraïbes que l’on connait actuellement.
Sur Terre, c’est l’enfer pendant plusieurs millions d’années. Littéralement: la température est insoutenable, tout est recouvert par un océan de magma. Alors certes, il y a de l’eau, mais il fait tellement chaud qu’elle n’est pas liquide: c’est du gaz, de la vapeur d’eau.
Or, l’eau sur une planète, c’est très important: c’est ce qui amène la vie. Identifier le processus par lequel la planète se refroidit après sa formation est extrêmement important pour comprendre l’arrivée de la vie. Par exemple, savoir comment les océans se sont formés sur Terre nous a permis de comprendre comme la vie y est apparue.#### Voir aussi: [Quand les continents terrestres vont de nouveau fusionner](https://www.heidi.news/sciences/quand-les-continents-terrestres-vont-de-nouveau-fusionner-video)
**Ce qui est différent.** Comment passe-t-on de l’océan de magma, avec une atmosphère de vapeur d’eau, à des océans d’eau liquide, avec nos plages paradisiaques des Caraïbes? Récemment, on a découvert que cette transition s’est déroulée bien différemment de ce qu’on pensait.
Dans l'atmosphère actuelle de la Terre, les échanges de chaleur se font surtout par convection, c’est-à-dire par de grands mouvements des masses d’air. Pour simplifier les modèles, on avait considéré qu’il en allait de même pour la Terre pendant son enfance.
#### Voir aussi: [Alors c'est vrai, on sait dévier des astéroïdes?](https://www.heidi.news/sciences/c-est-vrai-on-sait-devier-des-asteroides-dans-l-espace-video)
Dernièrement, une équipe franco-suisse a démontré que cette hypothèse était fausse. Pour comprendre l’évolution d’une atmosphère chargée en vapeur d’eau, on ne peut pas négliger un autre mode de transfert de la chaleur: le rayonnement, c’est-à-dire l’échange de chaleur via les ondes électromagnétiques (infrarouge, lumière, UV, rayons X…)
Ce nouveau modèle change la compréhension du refroidissement de la Terre des débuts et des planètes analogues, et donc la formation des océans par condensation de la vapeur d'eau. Et c’est vrai pour toutes les planètes à l’atmosphère chargée en vapeur d’eau.
**Et à quoi ça sert?** Vous vous souvenez quand je vous disais que l’eau, c’était super important pour créer la vie sur une planète? Et bien, c’est exactement ce qu’on cherche quand on observe des exoplanètes, ces planètes situées en dehors de notre système solaire.
Ces résultats, qui montrent que la jeunesse de la Terre est différente de ce que l’on croyait depuis plus de 30 ans, ils viennent bouleverser notre compréhension du climat des exoplanètes.
Parce qu’on a des ordinateurs géants capables de mieux calculer les atmosphères de ces exoplanètes, on va pouvoir être bien plus précis sur les températures de ces planètes, savoir si elles ont du magma à la surface ou pas par exemple. Et peut-être trouver une trace de vie ailleurs que sur Terre…
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De Genève aux Caraïbes, l’étrange parcours du crypto-diplomate chinois Justin Sun
L'influence de Pékin dans les Caraïbes est à la fois prégnante et discrète. Seul le fantasque homme d’affaires chinois Justin Sun assume de se positionner comme ayant des intérêts économiques et politiques dans la zone. Celui qui dit résider en Suisse a ajouté à ses activités dans les cryptomonnaies un poste d’ambassadeur pour la Grenade auprès de l’OMC à Genève. En 2021, il annonçait avec le Premier ministre de la Dominique le lancement du Dominica Coin, une monnaie virtuelle qui permet notamment de faciliter l'obtention de la nationalité du pays.
Genève, 12 juin 2022. Le siège de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) est en effervescence. Les ministres de l’Économie et des Finances sont venus du monde entier faire le point sur les dégâts causés par le Covid et les sinistres perspectives de la guerre en Ukraine. Le décorum ressemble fort à celui des Nations unies: des petites tables ou pupitres ornées d’une pancarte qui indique en lettres capitales le pays représenté. Juste après les pupitres de la Guyane et la Guinée, un jeune homme aux traits adolescents se prend en photo. Puis se lève. Dans un costume bleu clair ajusté, il s'adresse aux ministres: «Je vous salue au nom du gouvernement et du peuple de la Grenade». Il présente les excuses du ministre du Commerce «qui n’a pas pu venir participer à nos délibérations» avant de lire un discours tiède sur le contexte économique post-pandémie. Les connaisseurs du milieu de la blockchain ont reconnu le fantasque Justin Sun.
Statut de diplomate refusé
Le milliardaire chinois de 33 ans, fondateur de la plateforme crypto TRON, a confié à l’ambassade de Grenade le soin de présenter ses lettres de créances aux autorités suisses. Quelques mois avant sa prise de parole, la Mission suisse a refusé de lui accorder le statut de diplomate, notant qu’il n’était officiellement pas domicilié à Genève mais en Grenade, comme l’avait révélé le magazine Bilan. Pour parer l’argument, il promet qu’il viendra vivre sur place. Mais de nouveau, le statut de diplomate lui est refusé.
En cause? La contradiction apparente entre ses activités d'homme d'affaires et celle de diplomate. Régie par la Convention de Vienne, l’immunité diplomatique ne peut être accordée que selon certaines conditions. Ce qui n’empêche pas Justin Sun de se présenter en «Excellence» depuis fin 2021, un titre honorifique qu’il semble chérir puisqu’il continue à s’en prévaloir alors qu’il a été démis de ses fonctions à l’OMC par le nouveau gouvernement de la Grenade en mars dernier.
Dépenses ahurissantes
Cette brève incursion dans le monde policé de la diplomatie n’a rien d’anecdotique. Aussi insaisissable que sa monnaie virtuelle, le jeune Chinois est difficile à localiser et son prétendu poste diplomatique est loin d’être son premier coup d’éclat. En 2018, il rachète le site d’échange de fichiers Bit Torrent pour 140 millions de dollars. Un an plus tard, il dépense 4,57 millions pour déjeuner avec Warren Buffet, avant d’annuler lui-même la rencontre sous pression apparente de son gouvernement. Fin 2021, il réserve pour 28 millions de dollars sa place à bord d’une fusée pour la Lune opérée par la future société de tourisme spatial de Jeff Bezos.
Il a aussi dépensé 78,4 millions de francs pour acheter un Nez de Giacometti, actuellement exposé à Paris. Des dépenses ahurissantes qu’il se permet grâce à une fortune récoltée dans les cryptomonnaies et notamment avec sa société Huobi, une plateforme d’échanges. Une activité qui lui vaudra d’être condamné il y a quelques mois par le gendarme américain de la Security and Exchange Commission (SEC). Cette dernière lui reprochait d’avoir rémunéré des célébrités – parmi lesquelles l’actrice et mannequin américaine Lindsay Lohan, mariée récemment à un banquier de Credit Suisse – pour faire de la promotion déguisée de ses cryptomonnaies.
Des cryptos pour des passeports
Officiellement, la Chine interdit les cryptos depuis 2021. Mais Justin Sun, lui, ne cache pas ses activités. Il est inconcevable que le jeune homme puisse étaler son succès aux quatre coins du monde sans de solides protections politiques. Interrogé sur ses liens éventuels avec les sphères politiques ou sécuritaires chinoises par Heidi.News, il n’a pas souhaité répondre à nos questions.
L’intérêt de Justin Sun pour les Caraïbes en général, et la Dominique en particulier, est lié au programme de naturalisation de la petite île. L’homme d’affaires chinois n’a pas procédé via les cabinets d’avocats ou les intermédiaires dévoilés par le projet Passeports des Caraïbes. C’est au travers du lancement d’un projet de monnaie virtuelle que Justin Sun a pris contact avec le sommet de l’Etat.
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Empreinte numérique: «Un monde sans vie privée est un monde sans liberté»
Carmela Troncoso est professeure en sécurité informatique et en protection de la vie privée à l’EPFL. A la tête du laboratoire Spring (Security and Privacy Engineering Laboratory), elle milite pour le respect des libertés individuelles dans le monde numérique. Entretien.
Heidi.news – Que pensez-vous de la collecte massive de données que font les entreprises à travers les offres de fidélité et les diverses applications mobiles qu’elles proposent à leur clientèle?
Carmela Troncoso – Lorsqu’on parle du secteur de la vente au détail, par exemple, les informations collectées concernent des éléments comme nos vêtements, notre alimentation ou encore les appareils électroniques qu’on utilise. Combinés, ces éléments donnent une idée très précise de qui nous sommes, ce que nous aimons et du type de choses que nous possédons.
Voici un exemple que j’aime bien, qui remonte déjà au début des années 2000: celui d’un supermarché américain[ qui effectuait des analyses d’achats à des fins de publicité ciblée](https://www.nytimes.com/2012/02/19/magazine/shopping-habits.html?pagewanted=1&_r=1&hp). Une lettre a été envoyée à une famille pour les féliciter d’attendre un enfant et leur faire des recommandations d’achat en conséquence. Le père de famille, offusqué, les a contactés en leur disant qu’il y avait une erreur, car personne n’attendait d’enfant dans sa famille. Une semaine plus tard, il a envoyé une lettre d’excuse: sa fille de 16 ans était enceinte…Les habitudes alimentaires changent beaucoup quand on est enceinte. C’est le cas aussi avec différentes maladies, comme que le diabète. Et là, il y a un problème de protection de la vie privée, car les entreprises ont connaissance de beaucoup de choses qu’on n’aimerait pas forcément divulguer.
##### **En quoi est-ce problématique?**
La question qui se pose, c’est quels sont les usages concrets que les détaillants peuvent avoir de ces informations? Plus précisément, quelles sont les actions qu’on souhaite les laisser entreprendre, comme l’envoi d'offres personnalisées qui peuvent plaire aux consommateurs, et celles qu’on préférerait qu'ils évitent, comme les tentatives d’influer sur les comportements?
On navigue constamment dans une zone grise. En sécurité des données, ce qu’on cherche à protéger, en fait, ne se limite jamais aux données en elles-mêmes. On cherche à se protéger des applications qu’il est possible d'en tirer, lesquelles peuvent être très variées. Cela peut être de la publicité ultra-personnalisée, qui peut se faire dans notre intérêt ou au contraire à notre détriment — comme dans l’exemple de la jeune fille enceinte. Ou cela peut être essayer de modifier insensiblement nos habitudes pour nous faire acheter davantage ou orienter nos achats. Ce type d’utilisations commence à déplaire aux individus, voire à la société en général. Parce que c’est notre liberté qui est en jeu.
##### **Est-ce que les citoyens se rendent compte de l’ampleur des données collectées sur eux?**
La plupart des gens ont beaucoup de mal à faire le lien entre la quantité de «traces» qu'ils laissent autour d’eux et l'effet que cela pourrait avoir. Mais c’est en train de changer, car on a de plus en plus d'exemples d’affaires qui sortent, dans lesquelles les effets délétères de la recolte massive de données sont manifestes. C’est le cas du scandale de Cambridge Analytica, par exemple.
De façon plus générale, le concept de vie privée est difficile à appréhender. Les effets des violations de vie privée et s’inscrivent sur le long terme, ce n'est pas comme si on perdait sa vie privée d’un coup, comme un électrochoc. On la perd petit à petit, sous l’effet des tentatives d’influences et des interventions qui utilisent nos informations personnelles pour façonner le monde dans lequel on vit. C'est très compliqué à détecter et il est aussi très difficile de trouver le bon compromis entre les avantages qu’on obtient dans l’immédiat et les préjudices qu’on peut subir à long terme.
##### **Les conditions générales et les déclarations de protection des données sont souvent ardues à comprendre et restent très approximatives. Quelle est votre position sur le sujet?**
En règle générale, les politiques de protection de la vie privée sont très difficiles à comprendre. Il existe de nombreuses études à ce sujet, qui les placent au niveau de lectures universitaires. Elles sont volontairement vagues. Mais pour se conformer à la loi, il n'est pas nécessaire de faire preuve de précision. La loi dit que vous ne pouvez collecter ou traiter des données que dans un objectif bien défini. L'une des astuces pour contourner cette contrainte consiste à mentionner une finalité très vague, telle que: «Nous collectons des données pour améliorer nos services». Qu'est-ce que cela veut dire? Pas grand-chose.
##### **Les technologies employées de nos jours sont-elles assez «sûres» pour garantir la protection de la vie privée des individus?**
Lorsqu’on parle de sécurité, il faut définir ce qu’on entend par là. La plupart du temps, les préjudices causés, ou possiblement causés, ne sont pas le fait d'une partie «non autorisée» qui volerait les données. Les données sont communiquées à des tiers, elles ne sont pas volées. La sécurisation des données ne peut rien faire contre ce type de préjudices. Et ce n'est pas parce que les données sont sécurisées qu'il n'y a pas de danger. Nous sommes de plus en plus à nous inquiéter et à réclamer une meilleure protection de la vie privée, car un monde sans vie privée est un monde sans liberté.
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Une présidentielle argentine sous le signe de la tronçonneuse
L'Argentine se trouve face à un choix crucial, ce dimanche 19 novembre: préserver une classe politique modérée, mais qui a laissé la crise économique appauvrir le pays, ou tenter un saut dans l'inconnu populiste, faisant le pari de la rupture.
«La différence entre un génie et un fou, c’est le succès», n’a cessé de répéter tout au long de sa campagne pour l’élection présidentielle argentine, Javier Milei, candidat «anarco-capitaliste», comme il aime se définir, et favori des sondages. Dans quelques heures ce dimanche, nous saurons s’il tient du premier ou du second.
Son pari d’être le nouveau Trump sud-américain payera-t-il? A l’instar de son modèle new-yorkais, il n’a cessé de multiplier les frasques et propositions démagogiques comme celles de «dynamiter» la Banque centrale, de mettre en place un «marché de la vente d’organes» ou de «tronçonner» les dépenses publiques, scie électrique en main lors de bains de foule.
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Au Groenland, avec des chasseurs d’icebergs pour prédire la fonte des glaces
«Seuls les glaces et le temps sont maîtres», dit un proverbe inuit. A bord d’un navire scientifique, l’expédition GreenFjord de l’EPFL en sera le témoin. Reportage sur le front mouvant de la calotte glaciaire du Groenland, le premier contributeur à l’élévation du niveau de la mer. Et sa fonte pourrait être bien plus rapide que prévu.
Derrière ses jumelles, le capitaine inuit balaie du regard l’océan de glace qui encercle le navire à perte de vue. Il cherche les ours polaires, aperçus deux jours plus tôt sur le rivage de granite du fjord. «La voie est libre», hurle-t-il, en sortant la tête de la cabine. L’annexe est hissée; les scientifiques s’activent en silence. L’air nerveux, ils déroulent un câble. Leur vigilance est telle qu’on imagine la mèche d’un explosif leur glissant entre les gants.
Le ciel est clair en ce matin d’août 2023, et pourtant le tonnerre gronde. Il provient des entrailles d’un imposant mur de glace, de 70 mètres de haut, qui barre l’horizon sur plus de quatre kilomètres. La langue du glacier de Qajuttap, nommé d’après le dernier chamane de la région, se jette dans l’océan avec fracas.
C’est sur le front mouvementé de ce glacier de marée, au sud-ouest du Groenland, que les scientifiques de l’expédition GreenFjord de l’EPFL, financée par l’Institut polaire suisse, établissent leur camp de base flottant, pendant cinq jours. A base de l’*Adolf Jensen*, navire scientifique loué pour l’occasion.
Leur objectif: étudier le «vêlage» du glacier – cette rupture chaotique qui donne naissance aux icebergs, ces «montagnes de glace» qui dérivent avec les courants marins, parfois jusqu’aux côtes du Canada. Dans une lente fonte, l’iceberg crépite, craque et roule sur lui-même comme un baleineau. C’est pour cette raison que les chasseurs de baleines nomment cette violente séparation le «vêlage» du glacier, comme une naissance.
### **Une bombe à retardement**
Les dimensions du glacier de Qajuttap sont difficiles à appréhender à échelle humaine. Il ne s’agit pourtant que d’un des nombreux bras de la calotte glaciaire du Groenland, qui recouvre 80% de l’île, et dont l’épaisseur peut atteindre jusqu’à trois kilomètres. C’est la deuxième plus grande masse de glace au monde, derrière l’Antarctique, et le premier contributeur à l’élévation du niveau de la mer. Sa disparition pourrait entraîner une hausse des océans de 7 mètres. De quoi remodeler le visage de la Terre.

*«La montée du niveau des eaux a déjà lieu, et elle s’accélère. Pour anticiper son ampleur et ses conséquences sur les communautés côtières, nous devons comprendre les mécanismes derrière la perte des glaces»*, explique Dominik Gräff, postdoctorant à l’EPFZ et à l’Université de Washington, en préparant une sonde pour mesurer la température, la salinité et la profondeur de l’océan.
### **Double peine pour les glaciers de marée**
Percer les lois de fracturation de ces géants mouvants, à l’interface entre la glace et l’océan, n’est pas une mince affaire. *«Les glaciers de marée sont très dynamiques, ils interagissent avec l’air et la mer. L’influence de l’océan sur le vêlage est encore peu comprise, tant ce terrain d’étude est difficile d’accès»*, remarque Andreas Vieli, professeur en géographie physique à l’EPFZ, qui pilote l’opération depuis un camp terrestre, sur les rives du fjord, où sont installés des radars, des sismomètres et des caméras pour surveiller la dynamique du glacier.

Voilà trois décennies que ce Zurichois s’enthousiasme pour le vêlage des glaciers, en cumulant les expéditions au Spitzberg et au Groenland. Fait troublant, les glaciers présents dans les pôles ne souffrent pas seulement du réchauffement de l’atmosphère, mais aussi de celui de l’océan. Sous la ligne d’eau, à 350 mètres de profondeur, s’opère un changement insidieux. A la base du glacier, les eaux de fonte forment un fleuve glacial qui rencontre l’océan, plus chaud. Moins dense, cette eau douce s’élève vers la surface.
*«Cette circulation verticale provoque l’effet d’une “pompe” qui attire des quantités massives d’eau chaude venue de l’Atlantique vers la base du glacier, ce qui accélère sa fonte. La glace se dérobe sous les pieds du glacier»*, commente le spécialiste.
Encore mal comprise et jusqu’alors négligée dans les modèles scientifiques, cette fonte sous-marine pourrait être bien plus rapide qu’on ne le pensait jusque-là. En Alaska, le glacier LeConte fondrait ainsi jusqu’à cent fois plus rapidement que prévu, d’après [une étude inédite](https://www.science.org/doi/10.1126/science.aax3528) parue en 2019. *«Les projections sur la montée des eaux pourraient être fortement sous-estimées»*, avertit Andreas Vieli, qui espère améliorer les modèles climatiques avec les données récoltées au Groenland.
### **Au pied du mur de glace**
Le temps presse. Pour comprendre les mécanismes à l’œuvre, les scientifiques ont pour ambition de déployer un câble à fibre optique au fond de la mer sur 4 kilomètres devant le front du glacier. Une grande première, se réjouit Brad Lipovsky, professeur en géophysique des glaciers à l’Université de Washington: *«On connaît les câbles sous-marins qui relient les continents à internet, mais c’est la première fois qu’on utilisera cette technologie pour mesurer le vêlage d’un glacier»*. Plus fine qu’un cheveu humain, la fibre captera les vibrations provoquées par la glace, mais aussi la température et la tension de l’eau.
L’entreprise est périlleuse, tant le terrain d’étude est inhospitalier, instable et difficile d’accès. Aucun navire de la région n’a accepté cette mission, jugée trop dangereuse, à part l’*Adolf Jensen*. *«Beaucoup de choses peuvent mal tourner. Les instruments, très coûteux, peuvent être broyés par la glace, le bateau pris au piège…»*, admet Brad Lipovsky, en sirotant un café au chaud dans la cale du bateau. Il n’a pas l’air plus inquiet que cela. *«Si on réussit, on aura la première observation de l’évolution d’un glacier de marée en temps réel sur l’ensemble d’une année – même en hiver quand le fjord est recouvert par la banquise – avec une résolution extrêmement fine.»*

### **Du paradis à l’enfer blanc**
Mais à ces latitudes polaires, où selon le proverbe inuit *«seuls les glaces et le temps sont maîtres»*, rien ne se passe jamais comme prévu. Ce matin, le glacier est si actif qu’on navigue dans un bain de glace pilée, qui se referme sur notre passage. *«Arrêtez le bateau!»*, hurle un des scientifiques depuis la poupe. Le câble, déroulé à l’arrière du navire, est piégé par les glaces, et ne parvient pas à rejoindre les fonds marins.
Malgré les 5 °C ambiants, la sueur perle sur les fronts. A tout moment, les arêtes scintillantes des icebergs risquent de faucher le projet. L’annexe à l’eau, les scientifiques se métamorphosent en laboureurs des glaces. A l’aide d’un crochet, ils se débattent pour tenter de repousser les glaçons, mais l’étau se resserre aussitôt. Surchauffé, le moteur de la modeste embarcation se plaint, s’essouffle puis se noie – vaincu.

*«Le moteur est KO!»*, constate Brian, membre de l’équipage inuit, qui parle anglais avec un accent texan qu’il a glané auprès des prospecteurs miniers américains qui embarquent fréquemment à bord du navire. Rames et pelles en mains, les scientifiques ne peuvent plus que compter sur la force de leurs bras pour propulser leur barque.
### **La dérive des ours polaires**
Impassible face au branle-bas de combat des chercheurs, un phoque lézarde au loin sur un iceberg, digérant un copieux festin. Un pygargue à queue blanche le survole, poisson au bec, avant de regagner son nid, juché sur un promontoire rocheux. Aussi hostile et inhospitalier le front d’un glacier de marée peut paraître, ce désert de glace est un «point chaud» pour la biodiversité.
*«Les eaux de fonte du glacier brassent les sédiments riches en nutriments du sol marin et les transportent jusqu’à la surface. Cela favorise la croissance du phytoplancton, à la base de la chaîne alimentaire»*, commente Enrico Van der Loo, étudiant en master à l’EPFZ, en filtrant des échantillons d’eau.

Les grands prédateurs y trouvent aussi leur compte. *«Ours!»*, entend-on hurler depuis le ponton. Sur les flancs de granite polis par la glace, une mère et son ourson, effarés, dévalent les rochers, avant de sauter dans l’eau glacée. Dominik Gräff n’a pas l’air ravi. Le reste de l’équipe, au campement, n’est pas équipé. Il saisit aussitôt la radio pour les contacter. Le soir même, deux fusils sont héliportés au camp, depuis l’ancienne base militaire américaine de Narsasuaq.
Si les scientifiques sont pris de court, c’est que la présence d’ours polaires dans cette région, au sud-ouest de l’île, est exceptionnelle. Plus tôt cette année, d’énormes fragments de banquise se sont détachés au nord, et ont dérivé jusqu’au sud avec les courants marins, entraînant avec eux phoques et ours blancs. Du jamais vu en 30 ans, d’après les locaux. Dans le district de Kujalleq, qui englobe la pointe sud de l’île, le quota maximal de quatre abattages d’ours avait déjà été atteint à la fin juillet.

D’ici à 2030, la banquise estivale, dont dépendent les ours polaires pour chasser, pourrait avoir [complètement disparu de l’océan ](https://www.nature.com/articles/s41467-023-38511-8)Arctique. Pour survivre, et faute d’autre choix, certains se rabattent sur les icebergs que relâchent les glaciers de marée. Une stratégie d’adaptation inédite, [recensée pour la première fois](https://www.science.org/doi/10.1126/science.abk2793) au sud-est de l’île en 2022, mais éphémère.
*«La majorité des glaciers de marée du Groenland disparaissent et deviendront terrestres. Sans ces échanges entre la glace et l’océan, tout l’écosystème du fjord changera. La production de matière organique pourrait chuter»*, indique Dominik Gräff. Pour mieux comprendre les conséquences de ce phénomène sur la biodiversité, un second navire – le *Sanna* – prélèvera quelques jours plus tard des échantillons d’ADN dans les fjords environnants dans le cadre de l’expédition GreenFjord *(à voir dans un prochain épisode)*.
### **Des images sans précédent**
Un drapeau groenlandais flotte au camp de base, niché dans une baie à l’est du glacier de Qajuttap. Des doctorants de l’EPFZ y creusent une tranchée. Elle devrait protéger le câble à fibre optique des crocs des renards arctiques, qui ont déjà détruit plusieurs capteurs installés dans la vallée l’année précédente. Derrière sa moustiquaire, Brad Lipovsky ne quitte pas des yeux son ordinateur, qui est relié au câble que viennent de dérouler ses collègues sur le navire. *«C’est du jamais vu!»*, s’écrie-t-il, ému. Sur l’écran, un fleuve fluorescent apparaît. *«C’est la fonte sous-marine du glacier. Jusqu’alors, on ne pouvait que la deviner en observant la surface du fjord… ce sont les premières images qu’on a de ce genre.»*

Une constellation de points verts solitaires apparaît sur le moniteur. *«Ce sont les icebergs qui bougent et roulent sur eux-mêmes. On les voit fondre en direct,* commente Brad Lipovsky. *Avec ces données, nous pourrons mesurer la dynamique du vêlage et la quantité d’eau douce que le glacier relâche.»* L’année prochaine, ils reviendront récupérer le câble. *«On espère qu’il ne sera pas broyé par la glace, ou mâché par les renards arctiques»*, ajoute-t-il, tout sourire.
Quelques jours avant le départ, une bourse nationale a refusé de soutenir le projet, jugé trop dangereux. Cernes sous les yeux, ayant dû monter la garde toute la nuit contre les ours polaires, les scientifiques ont toutefois le sourire bien accroché aux lèvres. *«Jusqu’au dernier instant, c’était le parcours du combattant. Mais quand on voit la résolution de ces données, ça n’a pas de prix.»*
*Avec le soutien de l’Association suisse du journalisme scientifique, de la Fondation Liliane Jordi pour le journalisme et de [Journafonds](https://www.journafonds.ch).*
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Heidi.news
Cap sur le Groenland, pour lire l’avenir du monde dans la glace
Dans les glaces du Groenland, des Suisses prédisent le destin de la planète, et de l’humanité. Ce ne sont pas des prophètes mais des scientifiques, armés de sondes et de tubes à essai. Durant l'été 2023, nous avons suivi une expédition inédite qui a germé à Sion, nouvelle capitale de l’exploration polaire helvétique.
«Iceberg, droit devant!» Ces mots, qui signent la fin tragique du Titanic en 1912, sont aussi ceux qui marquent le début de notre expédition, aux confins de la calotte glaciaire du Groenland. En ce matin d’août, l’Adolf Jensen – un navire de recherche de 30 mètres de long – navigue à vue dans un bain de glace, qui racle la coque en crépitant. L’air vif brûle les joues, le soleil fracasse la rétine. Yeux plissés, l’équipe du projet de recherche GreenFjord de l’EPFL scrute l’horizon.
Un mur de glace, sublime et déchiqueté, se dresse devant eux. Un pan entier de glacier de marée – un géant de 4 kilomètres de large et 350 mètres de profondeur – vient de s’effondrer avec fracas dans l’océan, qui déjà se courbe. La vague, véritable petit tsunami, fonce droit vers le bateau, qui tangue sec. Bouches bées, les scientifiques s’accrochent, puis s’esclaffent, soulagés.
****C’est pour ça qu’ils sont là, au pied de ce front glaciaire qui crache des blocs de glace solitaires: percer les lois de fracturation de la calotte glaciaire. Et ainsi prédire l’avenir du climat sur Terre. Lancée en 2022, l’expédition scientifique GreenFjord doit se prolonger jusqu’en 2026. Au mois d’août 2023, nous avons eu la chance de suivre leur périple.
### **Le Groenland, cette boule de cristal**
Les caps glacés, particulièrement sensibles aux changements climatiques, offrent une vue sur le futur. Ils sont un «système d’alerte précoce» pour les évolutions du climat et de l’environnement. Plus encore: les transformations qui y ont lieu déterminent le destin de la planète, et de l’humanité. La calotte glaciaire du Groenland – ou *inlandsis* –, qui couvre 80% de l’île et mesure jusqu’à trois kilomètres d’épaisseur, est le premier contributeur à l’augmentation du niveau de la mer. Si elle venait à disparaître, les océans s’élèveraient de 7 mètres.
*«Ce qui se passe au Groenland détermine le sort de communautés côtières autour du monde»*, explique Dominik Gräff, chercheur à l’EPFZ et à l’Université de Washington, et membre de l’expédition. Et sa fonte, comme nous le verrons, pourrait être plus rapide que prévu.
L’Arctique, qui se réchauffe quatre fois plus rapidement que le reste de la planète, est le chef d’orchestre du climat mondial. D’ici à 2030, la banquise estivale pourrait avoir complètement disparu dans la région, cédant la place à des surfaces plus sombres, comme l’océan et la terre, qui retiennent davantage les radiations et accélèrent le réchauffement. Un cercle vicieux qui pourrait perturber jusqu’aux courants marins qui confèrent au continent européen son climat doux.
### **Des Alpes aux contrées polaires**
Bien qu’enclavée au cœur de l’Europe, à plusieurs milliers de kilomètres des pôles glacés, la Suisse cultive une longue tradition d’exploration polaire depuis le XIXe siècle. C’est d’ailleurs au Groenland, en 1912, que le météorologue suisse et spécialiste de l’Arctique Alfred de Quervain pose les jalons de la recherche polaire helvétique, en traversant pour la première fois la calotte glaciaire d’ouest en est.

Entre le Groenland et la Suisse, les parallèles sont plus nombreux qu’on pourrait l’imaginer. Considérés comme le «troisième pôle», les glaciers qui coiffent les Alpes (et l’Himalaya) sont un terrain d’étude rêvé pour qui s’intéresse aux paysages glacés des pôles — et réciproquement. *«En Suisse, comme au Groenland, les glaciers et le gel ont façonné les paysages et forgé les mentalités de la population»*, remarque Julia Schmale, professeure à l’EPFL Valais, à la tête de l’expédition.
En avril dernier, une délégation groenlandaise a d’ailleurs rendu visite aux politiciens suisses dans le cadre d’une collaboration sur la gestion des risques de catastrophes naturelles, comme les glissements de terrain, les avalanches ou les inondations – tous exacerbés par le réchauffement climatique.
Quant à la Suisse, elle ne cesse de cultiver son héritage polaire. A Sion, un nouveau centre de recherche sur l’environnement alpin et polaire – baptisé Alpôle – a ouvert ses portes en décembre 2022. De quoi élever la capitale valaisanne au sommet de la recherche mondiale en matière d’étude de ces milieux extrêmes.
Au dernier étage de l’ancien immeuble industriel d’Alpôle, qui abritait autrefois l’imprimerie du *Nouvelliste*, se trouve le nouveau «camp de base» de l’Institut polaire suisse. Fondé en 2016, sous l’impulsion du célèbre glaciologue Konrad Steffen dit «Koni» – tragiquement décédé il y a trois ans dans une crevasse au Groenland –, ce centre interdisciplinaire grandit aussi vite que les glaciers fondent. C’est cet institut qui a financé l’expédition GreenFjord, l’un de ses projets phares.
### **Une expédition inédite, avec les peuples inuits**
Pilotée par l’EFPL, GreenFjord vise à comprendre les conséquences des changements climatiques que subissent les fjords du Groenland. Tel un brise-glace, cette exploration inédite fait voler en éclat les silos traditionnels de la recherche scientifique, en regroupant six volets d’étude sous la même bannière: l’océan, la cryosphère, l’atmosphère, la biodiversité, la terre et la population locale.
*«C’est la première fois qu’on étudie l’ensemble de l’écosystème de la région en incluant la dimension humaine»*, se félicite Julia Schmale qui cumule les expéditions polaires. Il était temps, selon elle, car à mesure que l’atmosphère se réchauffe, et que les glaciers régressent, l’écosystème entier des fjords du sud du Groenland se métamorphose, de la circulation marine, à la formation des nuages, en passant par la distribution de la faune et la pêche, dont dépend la population locale. *«Tout l’écosystème est concerné. On ne peut pas anticiper l’évolution du climat sans considérer les liens entre ces disciplines»*, insiste la scientifique.
Car pour les Groenlandais, le réchauffement climatique n’est pas un sujet à chicaneries politiques: c’est déjà une réalité à laquelle il faut s’adapter, et vite. *«Tout change, pas seulement la banquise et les glaciers, mais aussi les poissons, les oiseaux et les plantes. J’ai des fraises dans mon jardin!»*, observe Oleeraq Nielsen, chamane et guide au musée de Narsaq, un village de pêcheurs au sud de l’île.

### **La face cachée de notre transition**
Pour les Inuits, les habitants autochtones du Groenland, l’enjeu est double. Ils n’affrontent pas seulement les conséquences du réchauffement climatique, mais aussi les mesures qui visent à l’atténuer. Car le dégel éveille l’appétit des grandes nations, qui ont entamé une course vers la décarbonation et le tout-électrique. En amont du village de Narsaq, un projet de mine à ciel ouvert prévoit d’exploiter ce qui pourrait être le second plus grand gisement de terres rares au monde, derrière la Chine. Ces métaux sont des ingrédients essentiels à la fabrication d’aimants permanents, qu’on retrouve dans les batteries des véhicules électriques, les turbines d’éoliennes, les smartphones, mais aussi certaines armes de guerre.
*«Le Groenland va devenir l’Arabie saoudite des métaux critiques»*, prédit un membre inuit de l’équipage de l’*Adolf Jensen*, qui accompagne régulièrement des prospecteurs miniers. Les déchets radioactifs, que la société minière prévoit de déverser dans un lac en amont du village, en disent long sur la face cachée de cette transition. *«Si la mine ouvre, on devra partir. On ne protège pas le climat en détruisant la nature»*, insistera quelques jours plus tard Aviâja Lennert, fermière dont les moutons pâturent au pied de la montagne convoitée.
Réchauffement climatique, ruée vers les ressources critiques, tensions géopolitiques: les forces majeures qui remodèlent le monde de demain convergent au Groenland. C’est au cœur de cette île glacée – la plus grande du monde – que cette Exploration vous invite à plonger.
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*Avec le soutien de l’Association suisse du journalisme scientifique, de la Fondation Liliane Jordi pour le journalisme et de [Journafonds](https://www.journafonds.ch).*
https://www.heidi.news/articles/cap-sur-le-groenland-pour-lire-l-avenir-du-monde-dans-la-glace
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