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Les actualités de Heidi.news sur Nostr

Heidi.news

La Poste veut protéger nos données, mais pas toutes

La Poste a multiplié les rachats d’entreprises technologiques ces dernières années. Le géant jaune se positionne sur le marché sensible des communications sécurisées, tant à destination des acteurs privés que des administrations publiques. Mais peut-on prétendre protéger des données tout en misant sur la publicité ciblée en parallèle? Le paradoxe étonne.

C’est une entreprise qui est au cœur de nos échanges physiques depuis 1849, et qui aimerait aussi occuper ce rôle dans le monde numérique. La Poste ne cache pas ses grandes ambitions et a multiplié les rachats d’entreprises ces dernières années pour s’en donner les moyens. Du vote électronique à l’identité numérique, en passant par le dossier électronique du patient et les communications entre citoyens et autorités, l’incursion du géant jaune interpelle. Se transforme-t-il en ogre de données?

Pour répondre à cette question, je me suis plongé dans le dédale de ces développements effrénés. Et il y a beaucoup à dire.

### A la recherche des pièces du puzzle

La Poste a pris le contrôle d’une dizaine d’entreprises actives dans le numérique ces dernières années. Rien qu’en 2022, elle a investi 61 millions de francs dans différentes prises de participation. Cette frénésie d’acquisitions lui a d’ailleurs valu une dénonciation de l’Union suisse des arts et métiers (USAM) auprès du Contrôle fédéral des finances fin 2022. L’organisation faîtière estime que [le géant jaune étend ses activités au-delà du cadre](https://www.letemps.ch/suisse/lusam-se-plaint-poste-aupres-controle-federal-finances) de son mandat de prestation. Par ailleurs, [le Conseil fédéral veut renforcer les règles](https://www.wbf.admin.ch/wbf/fr/home/dokumentation/nsb-news_list.msg-id-97753.html) pour maintenir une concurrence équitable entre le secteur public et les acteurs privés.

[Dans un entretien au ](https://www.letemps.ch/suisse/christian-levrat-devons-augmenter-prix-poste)*[Temps](https://www.letemps.ch/suisse/christian-levrat-devons-augmenter-prix-poste)*[ en date de juin 2023](https://www.letemps.ch/suisse/christian-levrat-devons-augmenter-prix-poste), le président de l’ex-régie fédérale, Christian Levrat, affirmait à propos des rachats: *«On assemble les pièces d’un puzzle pour devenir un vecteur d’informations fiables et sécurisées en Suisse, pour la Suisse»*. Pour atteindre cet objectif, la Poste a acquis des participations majoritaires dans des sociétés de cybersécurité (TerraActive, Hacknowledge), des éditeurs de logiciels (Groupe T2i, Unblu, Klara, Dialog Verwaltungs-Data), des prestataires de services de confiance (SwissSign, Tresorit, SpotMe) et Xsana, une entreprise qui exploite le dossier électronique du patient. Elle a aussi racheté le code source de la plateforme de vote électronique développée par l’entreprise espagnole Scytl en 2020.

Autant d’acquisitions qui ont du sens dans la stratégie présentée par le géant jaune, qui a [inauguré un centre de développement informatique à Lisbonne](https://www.rts.ch/info/economie/14118354-la-poste-inaugure-son-site-de-developpement-informatique-a-lisbonne.html) en juin 2023 pour faire face à la pénurie de main-d’œuvre en Suisse. Mais si ces pièces semblent parfaitement s’emboîter dans le puzzle présenté par la Poste, ce n’est pas le cas de toutes. Elle a aussi repris Bring! Lab, une entreprise allemande qui commercialise une application de partage de listes de courses incluant des offres publicitaires personnalisées, et Livesystems, l’un des leaders suisses de la publicité numérique en extérieur.

Certaines de ces sociétés avaient d’abord fait l’objet d’une prise de participation minoritaire à travers le fonds de capital risque [Swiss Post Ventures](https://venture.post.ch/en). *«Certaines entreprises se développeront avec succès dans notre cœur de métier et nous envisagerons alors d’acquérir la totalité de leurs parts»*, précise le site web de la structure. Ce qui ressort donc, c’est que la Poste veut se positionner à la fois sur le segment de la confiance, et sur celui de la publicité. Mais ces deux ambitions sont-elles compatibles?

### Le numérique, une opportunité économique stratégique

Le modèle d’affaires traditionnel de la Poste est sous pression. L’entreprise, entièrement détenue par la Confédération, est tenue d’assurer le service universel, dont les modalités sont fixées dans la loi sur la poste et l’ordonnance sur la poste. Une contrainte qui lui garantit toutefois un monopole sur les lettres de moins de 50 grammes – le marché ayant été libéralisé pour les colis dès 2004. Mais le géant jaune ne cesse de rappeler que l’envoi de lettres et les versements au guichet sont en recul constant, et qu’il doit financer ces prestations de manière autonome – il ne reçoit pas de subvention.

La Poste affirme que le monopole des lettres lui permet de dégager 60 millions de francs par an, [mais que les «coûts non couverts»](https://www.letemps.ch/suisse/christian-levrat-devons-augmenter-prix-poste) du service universel représentent environ 250 millions de francs. A cela s’ajoute l’obligation de verser un dividende à la Confédération. Il est actuellement de 50 millions de francs par an, [mais devrait vraisemblablement retrouver son niveau d’avant 2020 à partir de 2026](https://www.watson.ch/fr/suisse/la%20poste/629035738-la-suisse-reclame-200-millions-a-la-poste-et-ca-enerve), soit 200 millions de francs. L’entreprise développe donc de nouvelles prestations, et cherche à leur donner une dimension de service public, pour s’assurer d’indispensables revenus complémentaires. Le numérique est un terreau parfait pour expérimenter cette approche.

*«L’un de nos objectifs, c’est de permettre l’application du secret postal qui prévaut dans les échanges physiques au sein des communications numériques»*, explique Wolfgang Eger, chef de l’informatique de la Poste, interrogé par *Heidi.news* début septembre. Une métaphore choisie avec soin pour justifier l’ensemble des incursions de l’ex-régie fédérale dans le domaine du numérique.

### L’art de se rendre indispensable pour les autorités

*«A la croisée des chemins balisés et des voies inédites, nous créons un pont entre l’homme et l’information»*, [affirme une vidéo diffusée sur le site de la Poste](https://www.post.ch/fr/notre-profil/innovation). Son ambition? Se positionner en tant que prestataire incontournable de services numériques sécurisés et fiables pour les entreprises, et peut-être plus encore pour les autorités.

En 2021, le géant jaune faisait part de son projet en la matière, [lors de l’annonce du rachat de Dialog Verwaltungs-Data](https://www.post.ch/fr/notre-profil/actualites/2021/la-poste-acquiert-dialog-verwaltung-data-ag): *«La Poste dispose déjà de produits qui ont fait leurs preuves, tels que l’extrait du casier judiciaire et l’extrait du registre des poursuites. Elle œuvre à en établir d’autres, en proposant des offres comme l’application ePost, IncaMail, l’identité et la signature numériques ou encore le vote électronique»*. Avec Dialog Verwaltungs-Data, la Poste pourrait à l’avenir fournir un écosystème numérique sécurisé et facile d’accès pour les administrations publiques.

La Poste n’a pas encore réussi son pari, certaines tentatives s’étant pour l’heure avérées infructueuses. Alors qu’elle figurait au sein du consortium d’entreprises derrière SwissSign, un prestataire pressenti pour fournir une solution d’identité électronique à l’échelle du pays, les Suisses ont rejeté le projet du Conseil fédéral en mars 2021 à une nette majorité. Pas de quoi freiner les ardeurs de la Poste, qui a décidé de racheter SwissSign et d’imposer sa solution d’identification SwissID à ses clients particuliers et commerciaux [depuis l’automne 2022](https://www.letemps.ch/economie/cyber/poste-forcing-imposer-solution-didentification-swissid).

Les autorités ont quant à elles revu leurs ambitions en matière d’e-ID à la baisse, en tenant compte du message envoyé par la population. L’objectif est désormais de proposer une identité électronique gérée par l’Etat. Et la Poste espère bien être de la partie, comme l’indique son président Christian Levrat au *Temps*: *«Il faudra voir si le Conseil fédéral veut se baser sur une solution existante ou développer une solution propre. Notre solution répond en grande partie aux exigences pour cette e-ID, et nous pourrons nous adapter à des exigences plus strictes»*.

La volonté de précipiter l’adoption de SwissID au sein de la population et de l’économie a-t-elle pour objectif de forcer la main de la Confédération? La Poste réfute, affirmant qu’il s’agit avant tout de fournir un moyen d’identification sécurisé pour sa clientèle. Toujours dans cette optique de numériser les prestations publiques, le géant jaune a aussi lancé ePost, une application pour appareil mobile qui se présente comme la «boîte aux lettres numérique officielle de la Suisse», permettant à la fois de recevoir son courrier de manière dématérialisée et de signer des contrats avec son smartphone.

En plus du vote électronique, un sujet qui fera l’objet d’un épisode bonus, la Poste a renforcé sa position sur le dossier électronique du patient (DEP): elle a repris 75% des parts d’Axsana, une entreprise qui gère l’une des infrastructures du DEP, Swisscom ayant décidé de se retirer. Le géant jaune occupe désormais un rôle majeur dans ce projet qui vise à faciliter l’accès aux données de santé.

La Poste cherche donc par tous les moyens à proposer des prestations numériques pour séduire les administrations, dont les propres efforts de numérisation sont loin d’être couronnés de succès.

### Pas vocation à recueillir des données

La politique de protection des données du fournisseur de SwissID, SwissSign, est limpide: *«Les données recueillies dans le cadre de la fourniture des prestations, notamment les données personnelles, ne peuvent être utilisées que dans le but de et dans la mesure nécessaire à l'accomplissement et au déroulement du service de certificats. Une utilisation à d'autres fins ou leur transmission à des tiers est strictement exclue»*.

Dans les faits, tous les services de la Poste qui proposent des communications sécurisées ont une politique de protection des données similaire. Cette question est prise très au sérieux par l’entreprise, selon Wolfgang Eger. *«Les prescriptions légales relatives à la gestion des données s’appliquent également au sein du groupe Poste. Par exemple, nous ne transmettons des données au sein de la Poste que si celles-ci sont indispensables pour fournir une prestation. Il va de soi que les finalités de traitement définies à l’origine doivent aussi être respectées. Nous appliquons des règles strictes de confidentialité pour nos services, parce que la confiance et la sécurité numériques sont des enjeux majeurs qui sont au cœur de notre ADN.»*

Le responsable de l’informatique du géant jaune est affirmatif: *«Notre modèle commercial, c’est le transport sécurisé et en toute confidentialité d’informations de A à B. Nous avons fait nos preuves avec le secret postal depuis 175 ans et nous voulons le transposer à l’ère numérique. La gestion des données de nos clients ne représente pas un modèle commercial pour la Poste»*. Une déclaration qui mérite toutefois d’être nuancée, dans la mesure où la Poste participe malgré tout au marché de la publicité en ligne dans certaines circonstances, ce qui implique de satisfaire aux exigences fixées par les acteurs dominants du secteur, à l’image de Google et Facebook.

### L’attrait de la publicité en ligne

[Dans son rapport annuel 2022](https://geschaeftsbericht.post.ch/22/ar/app/uploads/FR_Post_Jahresbericht_2022.pdf), l’entreprise indique: *«La Poste a enregistré une croissance organique dans le secteur en ligne. Elle ouvre à l’adresse poste.ch des pages très fréquentées, comme “Mes envois”, pour ce que l’on appelle la publicité programmatique, c’est-à-dire une publicité adaptée aux centres d’intérêt des utilisatrices et des utilisateurs»*. Le document précise en outre que l’entreprise entend *«renforcer \[sa\] position sur le marché publicitaire afin de réaliser plus de bénéfices»*.

Les clients qui utilisent le portail «Ma Poste» voient donc leurs données personnelles traitées de manière automatisée à des fins de profilage. *«Nous voulons ainsi mieux comprendre les aspects personnels importants, tels que les centres d’intérêts ou les comportements des visiteurs. L’objectif consiste en premier lieu à créer des profils de clients et des groupes cibles, afin de personnaliser la communication avec vous ou les annonces publicitaires et d’identifier les tendances»*, écrit le géant jaune [dans sa déclaration de protection des données](https://www.post.ch/fr/pages/footer/protection-des-donnees-et-informations-legales/declaration-de-protection-des-donnees).

La Poste a mis en place sur son site web une bannière de consentement pour les cookies, mais celle-ci est conçue de manière à influencer le comportement des utilisateurs pour les pousser à les accepter afin de gagner du temps – il suffit d’une opération pour consentir à l’utilisation des cookies, contre quatre pour les désactiver. Ces pièges à utilisateurs (*dark patterns* en anglais) sont très courants, mais qu’une entreprise qui se profile sur la sécurité des données en fasse l’usage interpelle.

N’est-ce pas contradictoire de se profiler en tant qu’intermédiaire de confiance dans le cyberespace tout en s’adonnant à la publicité en ligne? Interrogée, la Poste balaie tout paradoxe, et précise qu’elle n’a en tout cas pas recours à des données sensibles, comme des informations de santé ou financières, ou des éléments qui relèvent du secret postal - c’est-à-dire le contenu des envois.

Le conseiller national Gerhard Andrey, lui-même co-fondateur d’une entreprise active dans le numérique, se montre pour sa part sceptique. Il s’explique: *«C’est très bien que la Poste cherche à fournir des prestations pour lesquelles il y a une demande à laquelle le secteur privé ne répond pas. En revanche, je ne crois pas que son rôle consiste à se développer dans des marchés concurrentiels, ce d’autant plus que la publicité en ligne soulève des questions en matière de protection des données. Sa raison d’être en tant qu'entreprise semi-privée serait plutôt de proposer des approches décentralisées, économes en données, sécurisés par design et avec des logiciels open source».*

Pour la Poste, qui tente par tous les moyens d’[inciter les particuliers à retirer les autocollants «Non à la publicité»](https://www.macommune.info/en-suisse-la-poste-demande-aux-habitants-de-dire-oui-a-la-publicite-dans-les-boites-aux-lettres/) sur leurs boîtes aux lettres, le marché publicitaire fait partie de son «cœur de métier», comme elle l’explique dans son rapport annuel. C’est en effet à travers ses services que les entreprises peuvent diffuser des annonces par voie postale.

A l’heure où les annonceurs veulent disposer d’offres *cross-media* (sur différents supports), le développement de la publicité en ligne paraît inévitable. Mais le géant jaune pourrait bien être confronté aux limites d’une stratégie pour le moins ambivalente. Qui fera confiance à une entreprise qui d’un côté sécurise certaines de nos données mais en utilise d’autres pour satisfaire aux exigences des géants publicitaires?

https://www.heidi.news/articles/la-poste-veut-proteger-nos-donnees-mais-pas-toutes

#Presse #heidi #Suisse

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De la curatelle au cauchemar: les leçons d’une enquête qui a secoué le Landerneau

L’exploration sur le fonctionnement des curatelles privées à Genève a suscité de très nombreuses réactions et incité des députés genevois à déposer un projet de loi pour réformer le système. Deux mois après la publication des épisodes les concernant, les principaux témoins de l’enquête relatent ce qu’ils sont devenus.

Une avalanche. Ou plutôt un flux quasi-quotidien de courriels, téléphones, courriers ou prises de contact via les réseaux sociaux ou par le biais de personnes connues de la rédaction. Rarement une enquête publiée par Heidi.news avait suscité autant de réactions que cette Exploration sur les curatelles privées à Genève. Les commentaires ne se sont pas limités aux frontières du canton. Plusieurs messages, évoquant des situations parfois tragiques, nous sont aussi parvenus des cantons de Vaud et du Valais.

De nombreuses personnes nous ont fait part de leur émotion à la découverte des difficultés auxquelles sont confrontés les protégés dont nous avons retracé les parcours. Parmi ces lecteurs, des citoyens ordinaires, des députés – «Je partage entièrement vos préoccupations et vous soutiens complètement», écrit l’un d’eux –, et même une ambassadrice suisse à l’étranger, qui nous a envoyé ce message: «Vous faites un travail absolument extraordinaire et je tiens à vous remercier toutes et tous!»

Beaucoup d’interlocuteurs, aussi, sont apparus dans l’urgence de partager leur propre expérience. *«Les cas que vous mentionnez dans vos articles sont loin d’être isolés»*, souligne une dame. *«La machine curatelle m’a broyée, mais avec cette bataille publique je revis»*, relate une autre. Ou encore celui-là:  *«J’ai dû prendre un avocat et j’ai gagné. Mais toute l’affaire a jeté une ombre d’insécurité sur ma mère.»* Nous n’avons malheureusement pas pu documenter les situations de toutes les personnes qui se sont manifestées: elles étaient trop nombreuses, et nous ne pouvions redémarrer l’investigation à laquelle nous avions déjà consacré des mois.

### **«Un loup pour surveiller des moutons»**

«*Je voulais signaler que la curatelle de ma mère s’est très bien passée, sans bizarrerie. L’avocate désignée a été très correcte et sympathique»*, a tenu a nous écrire l’un de nos lecteurs. Bien sûr, toutes les curatelles ne se transforment pas en chemin de croix. Mais à ce message près, la tonalité générale des témoignages adressés à la rédaction esquisse un tableau d’ensemble problématique, cohérent avec le sentiment de malaise qui se dégage des situations particulières d’Alice, Edwige, Patrick, Paul et des autres protégés sur lesquels nous avons enquêtés.

Parmi les lecteurs qui ont réagi, certains ont reconnu en l’avocat Luc Elaret *(nom modifié à sa demande)*, qui figure dans plusieurs épisodes de l’exploration, le curateur auquel ils avait eux-même eu affaire. C’est notamment le cas de ce Carougeois qui s’est dit disposé à transmettre des informations sur ses *«méthodes»*, ou d’une autre personne qui considère que les démêlés de sa famille avec Me Elaret ont englouti dix années de sa vie. *«Nous avons eu la bonne-mauvaise idée de demander la mise sous protection de notre oncle quand il a rencontré des difficultés cognitives. Ce dernier a cordialement détesté  son curateur»*, relate ce témoin. *«Me Elaret devrait être immédiatement éjecté de toutes ses curatelles»*, assène pour sa part un confrère genevois de l’avocat-curateur.

### **S’abriter derrière un écran de fumée**

A notre connaissance, Me Elaret est toujours le curateur d’Emilie *(voir les [épisodes 1 ](https://www.heidi.news/explorations/a-geneve-de-la-curatelle-au-cauchemar/qui-se-souvient-d-emilie)[et 2](https://www.heidi.news/explorations/a-geneve-de-la-curatelle-au-cauchemar/le-lit-est-fait-le-frigo-est-plein-qu-est-ce-que-cela-peut-bien-vous-faire))*. Cette dame âgée de 96 ans vit recluse chez elle depuis une dizaine d’années sous la férule de deux gouvernantes, une mère et sa fille faisant usage de sa maison comme si elle était la leur. Deux mois après la publication de l’enquête sur cette protégée et en dépit de toutes les réactions qu’elle a soulevées, la situation de la nonagénaire n’a pas évolué. Les deux gouvernantes sont toujours en poste.

C’est même pire que cela. La manière dont Me Elaret exerce cette curatelle semble d’autant moins avoir été remise en cause que nous avons appris qu’il s’était attelé, dans la foulée des articles exposant ce cas, à jeter le discrédit sur une voisine et amie d’Emilie, notamment par le biais d’un courrier adressé à une autre voisine de la même rue. D’après la version élaborée par le curateur, que l’une des représentants du Tribunal de protection de l’adulte et de l’enfant (TPAE) a contribué à colporter dans Genève, le problème ne tiendrait pas tant à la situation effective d’Emilie qu’aux *«manipulations»* dont l’autrice de ces lignes aurait été l’objet de la part de cette amie qui, sous couvert de dénoncer la réclusion de la vieille dame, convoiterait sa maison depuis des années.

*Heidi.news* réfute toute manipulation, et les éléments à notre disposition invalident catégoriquement l’hypothèse des intérêts mal placés d’un témoin de l’enquête. Pendant que les uns et autres s’abritent derrière des écrans de fumée, Emilie, elle, reste cloîtrée.

### **«Dégoûté du système»**

Patrick Spitzner, cet ancien policier cantonal qui se demandait si son curateur l’avait *«roulé dans la farine»* en lui ponctionnant plus de 25’000 francs pendant les deux ans et demi de sa curatelle *([épisodes 3 ](https://www.heidi.news/explorations/a-geneve-de-la-curatelle-au-cauchemar/curatelles-a-geneve-mode-d-emploi)[et 4](https://www.heidi.news/explorations/a-geneve-de-la-curatelle-au-cauchemar/curatelle-cherement-payee-j-ai-besoin-de-savoir-si-je-me-suis-fait-rouler-dans-la-farine))*, a appris début novembre 2023 que le recours qu’il avait introduit contre ces honoraires avait été rejeté. *«Je suis dégoûté du «système»»*, nous a-t-il écrit au moment de s’envoler pour l’étranger où, libéré de sa curatelle, il est déterminé à refaire sa vie.

Sylvie, dont le frère est devenu SDF dans une ville étrangère quelques mois après que le TPAE ait jugé qu’il devait bénéficier de mesures de protection *([épisode 7](https://www.heidi.news/explorations/a-geneve-de-la-curatelle-au-cauchemar/place-sous-curatelle-un-financier-genevois-se-retrouve-sdf))*, n’a pas reçu la moindre nouvelle du tribunal ni d’aucune autre autorité genevoise. En l’absence de soutien institutionnel, elle continue de chercher, seule, une solution pour faire bénéficier Paul de soins conformes à ses besoins.

Edwige, une autre protégée dont nous avons relaté l’histoire, a pu reparler à son frère avec qui elle était en froid. Ce dernier a exprimé le regret d’avoir demandé au TPAE sa mise sous protection en 2018 (épisodes [3](https://www.heidi.news/explorations/a-geneve-de-la-curatelle-au-cauchemar/curatelles-a-geneve-mode-d-emploi), [4](https://www.heidi.news/explorations/a-geneve-de-la-curatelle-au-cauchemar/curatelle-cherement-payee-j-ai-besoin-de-savoir-si-je-me-suis-fait-rouler-dans-la-farine) et [5](https://www.heidi.news/explorations/a-geneve-de-la-curatelle-au-cauchemar/face-a-des-curateurs-indelicats-la-detresse-de-certains-proteges)). Il pensait alors agir pour le bien de sa sœur et non l’exposer à une pénible et coûteuse curatelle, finalement levée en 2022.

### **Une facture «extravagante»**

Dans l’épisode 5, nous avions raconté comment Nicolas Burgy, sur les conseils d’un avocat, avait enfin obtenu d’être nommé curateur de sa mère en juillet 2023, cinq ans après avoir fait des démarches pour la signaler au TPAE, alors qu’elle commençait à avoir des absences. Pour ce journaliste à la retraite, une question de taille restait en suspens: celle des honoraires facturés à sa mère par le curateur désigné en 2018, Me P. Ergote *(nom d’emprunt)*. L’équivalent de 500 francs par mois, 1000 francs ou plus encore?

Cet ancien de la RTS n’avait pas la moindre idée des montants en jeu, jusqu’à ce qu’il accède lui-même aux comptes de sa mère. Un courrier officiel lui confirme alors que la rétribution du curateur s’élevait à 67’085 francs pour la période allant d’avril 2018 et mars 2022, soit un coût mensuel moyen de 1400 francs, une somme approuvée par le TPAE. Nous avons proposé à Me Ergote de la commenter, mais il n’a pas donné suite.

Plus encore que cette facture jugée *«proprement extravagante»* par l’avocat de Nicolas, ce sont les 5809 francs *«d’émoluments de contrôle»* réclamés en plus à sa mère par le  tribunal qui ont fait sortir le jeune retraité de ses gonds. *«Je suis tout simplement choqué»*, indique ce dernier.

Pour peu qu’un protégé dispose de quelques économies, il lui est impossible d’échapper à ces frais fixés par le Règlement sur les tarifs des frais en matière civile (RTFMC). *«L'émolument forfaitaire de décisions pour l'examen des comptes de curatelle est fixé à 100 francs, majoré d'un émolument complémentaire égal à 2‰ de la valeur nette de la fortune si elle dépasse 50 000 francs et de 3‰ si elle dépasse 300 000 francs»*, précise ainsi l’article 53. *«C’est comme si le tarif horaire d’un comptable était fonction de la fortune de son client et non du travail effectué»*, s’étrangle Brigitte Pivot, la présidente de l’association SOS Curatelles-Tutelles qui accompagne les protégés et leur famille.

Nicolas n’a pas encore décidé s'il allait contester la note de Me Ergote. Pour l’instant, entre deux visites à sa mère qui *«va bien»*, il a bouclé son rapport d'entrée en fonction et satisfait aux diverses requêtes administratives liées à son nouveau rôle de curateur, un travail qui *«ne prend tout de même pas des dizaines d'heures»*, fait-il remarquer.

Il a aussi pris le soin de recruter une aide ménagère à mi-temps plutôt que de continuer à dépendre de prestataires extérieurs. La bonne surprise est venue lorsqu’il a établi un budget prévisionnel, ainsi que le TPAE le demande. Il a réalisé que les finances de sa mère allaient mécaniquement être revalorisées de près de 1400 francs par mois, maintenant qu’elle n’avait plus à supporter les honoraires d’un curateur privé.

### **Les politiques face à leurs responsabilités**

Plus significatif encore pour les témoins et protégés dont l'expérience a nourri cette enquête, l’espoir soulevé par les réactions du monde politique à [la lettre ouverte de Serge Michel, rédacteur en chef de ](https://www.heidi.news/sante/curatelles-lettre-ouverte-aux-deputes-genevois)*[Heidi.news](https://www.heidi.news/sante/curatelles-lettre-ouverte-aux-deputes-genevois)*. *« Gageons que ces nouvelles révélations sauront intéresser les membres de votre assemblée, dans le cadre de la mission de contrôle de l’action publique qui vous échoit »*, écrivait-il aux membres du Grand Conseil le 16 septembre dernier, après la mise en ligne des premiers épisodes. Plusieurs députés, tous courants politiques confondus, se sont manifestés en retour.

Un collectif de citoyens réunis par l’association SOS Curatelles-Tutelles a lui aussi reçu de nombreuses réponses au courrier faisant référence à notre investigation, qu’il avait adressé courant septembre aux chefs de groupe du Grand Conseil, aux conseillers d’Etats responsables de la santé et de la protection sociale ainsi qu’aux autorités judiciaires de Genève. *«Le TPAE se doit d’être au service des protégés et de leur famille, afin d’aider les plus vulnérables et non de causer d’irrémédiables dégâts qui brisent des vies entières en grand nombre»,* souligne les signataires de la missive, qui demandent entre autres une réforme du mode de désignation des curateurs et la création d’un organe de surveillance véritablement indépendant.

### **Un projet de loi au Grand Conseil**

Le résultat le plus tangible de ces initiatives est le [projet de loi destiné à réviser le système des curatelles](https://ge.ch/grandconseil/data/texte/PL13366.pdf) déposé par l’UDC le 25 septembre 2023. *«Le système des curatelles à Genève et son fonctionnement en vase clos me scandalisent depuis des années »*, explique le député Guy Mettan, l’un des signataires du projet. Renvoyé devant la Commission judiciaire, le «PL 13366» prévoit notamment que le TPAE, sauf cas exceptionnel, « *désigne d’office aux fonctions de curateur des proches de la personne protégée ou une personne désignée par celle-ci* ».

*«Le curateur remet chaque mois à la personne concernée et à ses proches un décompte succinct des dépenses effectuées ainsi qu’un extrait des relevés de comptes »* prévoit aussi ce texte, qui abaisse en outre la rémunération du curateur à 75 francs de l’heure pour la gestion courante. Guy Mettan attend désormais d’être auditionné, et se dit *«raisonnablement optimiste»* quant à la suite que les députés réserveront à cette proposition de loi. *«Ce n’est pas un projet polémique,* relève l’élu. *Il n’est pas marqué idéologiquement ou partisan, et porte sur une problématique qui intéresse aussi bien à droite qu’à gauche.»*

### **Silence radio des intéressés**

Si cette exploration et les courriers adressés aux autorités ont su retenir l’attention des parlementaires, en revanche, le silence radio est en revanche de mise du côté de l’exécutif et du pouvoir judiciaire genevois. Enfin, pas tout à fait. *Heidi.news* a appris que la représentante du TPAE citée plus haut avait fait part de son exaspération vis-à-vis de la publication de notre lettre ouverte. Comme s'il était plus grave de s’adresser aux députés de la République et de se soucier du bien-être des protégés, que de laisser les plus fragiles de notre société aux prises avec des curateurs indélicats.

https://www.heidi.news/articles/de-la-curatelle-au-cauchemar-les-lecons-d-une-enquete-qui-a-secoue-le-landerneau

#Presse #heidi #Suisse

Heidi.news

Qui sont ces data brokers qui s’arrachent nos données comme si c’était de l’or?

A l'abri des regards, c’est un écosystème de l’ombre qui prospère à travers la collecte et la revente de nos données personnelles. De l’analyse de risques financiers au ciblage publicitaire, les possibilités sont légion, démultipliées par les possibilités de traçage offertes par les apps mobiles. Les obligations légales restent légères, du moins en Suisse, où domine encore une certaine culture du «pas vu, pas pris».

Imaginez. Vous vous réveillez un matin, ouvrez l’application des CFF pour réserver un billet de train, mais l’achat n’aboutit pas. A la place, un message d’erreur s’affiche: vous ne présentez pas les garanties suffisantes en matière de solvabilité, quand bien même vous n’avez pas une seule facture impayée. Vous réessayez le lendemain, puis le surlendemain… Rien n’y fait: vous êtes désormais privé de transaction. Cette mésaventure, relatée par la SRF, Philipp B. l’a vécue en 2020.

Que s’est -il passé? Il s’avère que les CFF évaluent la solvabilité des clients via Intrum, une société de recouvrement qui s’appuie sur la «solvabilité négative dans un ménage». Deux informations sont employées pour identifier les mauvais payeurs: l’adresse et le nom de famille. Et si Philipp n’a rien d’un mauvais payeur, ce n’était pas le cas de son fils, récemment parti du domicile familial.

Le système a ainsi attribué par erreur au père le score de solvabilité du fils. Il a fallu que celui-ci saisisse le préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PPFDT) – le «gendarme» de la Confédération en la matière — pour que les entreprises du secteur mettent un terme définitif à cette pratique, et simplifient les recours pour les clients victimes d’erreur.

Durée totale de la procédure: [trois ans.](https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/documentation/communiques.msg-id-95069.html)

### **«En Suisse, les data brokers sont un peu tabous»**

A l’abri des regards, des sociétés collectent, traitent, et parfois revendent nos données. On les appelle *data brokers*, ou courtiers en données personnelles. *«Les data brokers, en Suisse, restent un secteur un peu tabou»*, commente Sylvain Métille, professeur à l’Université de Lausanne et spécialiste de la protection des données. Il existe différents types de *data brokers*, spécialisés dans toutes sortes de données et de secteur d’activités: acteurs du marketing numérique et de la publicité ciblée souvent méconnus du grand public – le scandale [Cambridge Analytica](https://www.heidi.news/sciences/the-great-hack-cambridge-analytica-ou-la-grande-evasion-des-donnees-personnelles) a en partie levé le voile en 2018 –, annuaires en ligne agrégeant les informations publiquement disponibles sur une société ou une personne, sociétés de recouvrement spécialisées dans la collecte d’informations financières…

En Suisse, l’évaluation de la solvabilité financière bénéficie d’un traitement de faveur: il n’y a pas besoin de recueillir le consentement de la personne dont les données sont traitées, explique Sylvain Métille.  *«C’est une logique d’intérêt public prévue par la loi, afin d’éviter que les personnes insolvables n’empêchent l’accès à leurs données*, explique-t-il. *Il faut toutefois que les données aient moins de 10 ans, que la personne soit majeure, et que les grands principes généraux de la loi sur la protection des données (proportionnalité, finalité, etc.) soient respectés.»*

Et pour le transfert de ces données à des prestataires? *«Dans le cadre de la nouvelle loi sur la protection des données entrée en vigueur en septembre 2023, les personnes concernées devront en principe être informées sous 30 jours – soit par la société qui cède les données, soit par le data broker qui les acquiert»*, poursuit l’avocat.

Quand ce sont des données personnelles dites «sensibles» qui sont traitées, le consentement doit être recueilli explicitement. Leur liste est arrêtée par la loi: opinions et activités religieuses, philosophiques, politiques ou syndicales, données de santé ou relevant de l’intime, mesures d’aides sociales, et enfin éventuelles poursuites pénales ou administratives.

Malgré ce garde-fou, il est possible d’établir des profilages très intrusifs, car les données exploitables sont légion. Il y a les traces que l’on laisse derrière soi en magasin ou en ligne: réseaux sociaux, recherches en ligne, nombre de visites sur tel ou tel site, transactions… Il y a aussi le smartphone, qui nous suit partout et en sait long: déplacements, activités sur les réseaux sociaux, voire détails de la vie intime. Les apps qu’on y installe ont tendance à «cafter» auprès d’acteurs tiers, pour toutes sortes de raisons plus ou moins légitimes: mesure des audiences, rapports de plantage, collecte d’informations pour la publicité ciblée…

> *«On peut faire un portrait de moi et de ma famille très précis, qui constitue une atteinte à ma vie privée, mais ne constitue malheureusement pas une atteinte illicite aux yeux de la loi suisse»*, résume un juriste spécialisé dans le droit des données personnelles, fin connaisseur du secteur.

### **Des mouchards et des apps**

*«Pour tous les traitements de données personnelles, y compris via les applications mobiles, il est obligatoire qu’un responsable du traitement soit clairement identifié aux yeux de la loi»*, rappelle Sylvain Métille. Dans les faits, les développeurs ont de plus en plus souvent recours à des SDK (*Software Development Kits*), des bibliothèques fournies clés en main… au risque d’une perte de contrôle.

*«Ce sont l'équivalent des parpaings et des fenêtres pour les codeurs, qui évitent de devoir réinventer la roue à chaque fois»*, explique Esther Onfroy,  experte en sécurité informatique. *Les SDK sont des boîtes noires, des briques logicielles déjà compilées. Or, pour savoir ce qu’il y a à l'intérieur, nous sommes tenus de croire leurs créateurs sur parole….»*

Pour en avoir le cœur net, il faut ouvrir les boîtes noires. Et pour cela, passer chaque app sur une sorte de banc d’essai numérique afin d’analyser les flux de données entrants et sortants. C’est ce que fait le projet [Exodus Privacy](https://exodus-privacy.eu.org/en/), créé en 2017 par Esther Onfroy, qui permet à chacun de passer ses applications Android au banc d’essai pour en révéler les mouchards, les classant en plusieurs catégories: *crash reporting*, *analytics*, publicité, géolocalisation… La plate-forme montre aussi les autorisations demandées au téléphone: microphone, GPS, caméra, par exemple. La société HestiaLabs, créée à Genève par le mathématicien Paul-Olivier Dehaye, développe des outils comparables.

Ces expertises indépendantes sont essentielles pour vérifier les allégations des entreprises sur le traitement des données. Lesquelles tombent parfois des nues. En 2022, Google avait ainsi désactivé le téléchargement de dizaines d’applications – dont des applis de prière musulmane très populaires – suite à la découverte, dans un SDK de ciblage marketing, de lignes de code visant à exfiltrer des données sensibles à l’intention du[ renseignement américain](https://www.protocol.com/bulletins/google-android-apps-data-harvesting).

### Rencontres du troisième type

Le secteur se distingue par son opacité. En 2020, l’autorité norvégienne de protection des consommateurs a testé 10 apps mobiles très populaires, notamment de rencontre (Tinder, GrindR, OKCupid, Happn). Dans son[ rapport](https://storage02.forbrukerradet.no/media/2020/01/mnemonic-security-test-report-v1.0.pdf), elle liste des centaines d’acteurs de l’ombre qui collectent les données (géolocalisation, genre, préférences sexuelles, identifiant mobile…) des utilisateurs à leur insu.

En Europe, ces pratiques contreviennent au Règlement général sur la protection des données (RGPD), qui exige le consentement explicite des utilisateurs lorsque leurs données sont transmises à des tiers. Elles posent aussi problème en Suisse: le Préposé fédéral à la protection avait été [saisi fin 2020 à propos de l’app de rencontre Once](https://swissprivacy.law/242/), conçue par une startup domiciliée à Schwytz, qui ne permettait pas aux utilisateurs de supprimer leurs données.

L’enquête avait aussi montré que la société transmettait les données à des prestataires extérieurs sans en avertir clairement ses utilisateurs, et qu’elle ne s’assurait pas que leur exploitation restait dans le cadre du service demandé –  ce qui est pourtant un impératif légal. La société suisse a accepté les propositions du préposé [à l’issue de la procédure en 2023](https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/documentation/communiques.msg-id-95660.html)…  mais ne sera pas en mesure de les appliquer elle-même, ayant été rachetée en 2021 par le géant international Dating Group.

### **Un marché opaque de la donnée**

C’est dire si le business des données est opaque, tant les rachats successifs à l’international compliquent encore leur suivi. *«Les traceurs que nous avons identifiés avec Exodus Privacy ne sont que la partie émergée de l’iceberg*, avertit Esther Onfroy. *Car les data brokers peuvent revendre les données à d’autres société, via [par exemple ce type de portail](https://datarade.ai/). Sans compter que les données numériques se copient, et peuvent facilement se retrouver à vendre en ligne au plus offrant sur le dark web à la faveur d’un piratage.»*

Un secteur d’activité où opèrent également des firmes suisses. En 2021 la revue en ligne *[Das Netz Ist politisch](https://dnip.ch/2021/09/28/auch-in-der-schweiz-gibt-es-data-brokers-die-millionen-von-user-profilen-beherbergen/)* notait, dans le rapport norvégien de 2020 sur les apps de dating, une référence à 42matters. Cette start-up de l’EPFZ a depuis changé de modèle d’affaires, mais elle a agi au moins jusqu’à 2019 en qualité de *data broker*, permettant à ses clients de cibler les utilisateurs de telle ou telle app mobile… et cela, sans jamais avoir à recueillir leur consentement explicite. De façon parfaitement légale, en l’espèce.

Cette faille légale repose sur l’identifiant mobile, attribué de façon unique à chaque smartphone pour suivre l’évolution de certains comportements dans le temps. Utilisé pour le ciblage publicitaire, il n’est pas considéré comme une donnée personnelle sensible ou comme un élément de profilage par le droit suisse. *«L’annonceur ne connaît pas l’identité de la personne à qui il envoie telle ou telle publicité»*, précise le spécialiste Sylvain Métille, pour expliquer cette curiosité.

### **David contre Goliath au pays des données**

Dans l’Union européenne, un tel traitement est interdit à moins de disposer d’une base juridique comme le consentement explicite de l'utilisateur. En Suisse, la philosophie est inverse: la pratique est autorisée, à moins qu’elle ne viole un des principes de la loi sur la protection des données (LPD). Encore faut-il, pour la personne lésée, le démontrer. Et les entreprises peuvent arguer d’un intérêt privé ou public prépondérant pour justifier leur pratique, explique Sylvain Métille. *«Il faut prouver que le traitement est disproportionné ou a été mené à son insu. Pour les entreprises, cela constitue un avantage, car cette justification intervient souvent après coup.»*

En pratique, faire respecter le droit en vigueur est une gageure, précise Esther Onfroy, qui y voit avant tout un problème politique. *«Il existe des centaines de milliers d’apps téléchargeables en Europe susceptibles de collecter des données personnelles, avec des acteurs privés qui ont beaucoup plus de moyens que les structures nationales chargées de les contrôler* (comme le Préposé fédéral en Suisse, ndlr.)*.»*

*«Les enjeux liés aux données personnelles sont intangibles, tant pour les individus que pour les entreprises, qui vont avoir tendance à se défausser en invoquant l’ignorance,* poursuit-elle. *A leur tour, les régulateurs vont dire que c’est aux citoyens d’exercer leurs droits  – d’accès, d’opposition…  – auprès des entreprises.*

> *L’action doit être collective, pas individuelle, sinon le combat est perdu d’avance.»*

Or, si le RGPD ouvre la porte à des *[actions de groupe](https://swissprivacy.law/147/)* en justice, la loi suisse, y compris [dans sa nouvelle mouture](https://www.heidi.news/explorations/razzia-sur-vos-data/que-vaut-la-nouvelle-loi-suisse-en-matiere-de-protection-des-donnees-personnelles), ne le permet pas.

François Charlet, auteur d’un [ouvrage](https://www.helbing.ch/fr/detail/ISBN-9783719042769/Protection-des-donn%C3%A9es-en-entreprise) sur la protection des données en Suisse, dénonce aussi la disproportion des rapports de force. *«Certes, les clients ont un droit d’accès aux données qui les concernent. Mais les entreprises ou organes fédéraux ne fourniront ni plus ni moins que les informations requises par la loi, et c’est bien là la seule information gratuite. Pour aller plus loin et vérifier si elles disent vrai, il faudra en passer par des procédures civiles, administratives, voire pénales…»*

Pour le juriste, la seule solution viable à grande échelle serait de *«démonétiser»* enfin les données personnelles. *«Tant que les gens seront prêts à payer pour des services “gratuits”, comme le téléchargement d’un jeu mobile, avec leurs données plutôt que financièrement, le modèle actuel va persister»*, analyse-t-il. Et l’industrie parallèle de la donnée pourra continuer à prospérer.

https://www.heidi.news/articles/qui-sont-ces-data-brokers-qui-s-arrachent-nos-donnees-comme-si-c-etait-de-l-or

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Auprès d’un prêtre russe, je découvre que Dieu aime la bombe atomique

Mon périple le long de la Volga touche à sa fin. A Balakovo, une petite ville de la Haute Volga — autant dire, au milieu de nulle part —, je fais la rencontre du père Mikhaïl Rodin, qui me donne un sermon d’Apocalypse nucléaire. Après tout, que vaudrait un monde sans la Russie pour l’éclairer de sa flamme sacrée?

«[En cas de guerre nucléaire], nous irons au ciel en tant que martyrs, tandis que les agresseurs de la Russie mourront, tout simplement, sans avoir eu le temps de se repentir.»

Vladimir Poutine, au club Valdaï à Sotchi en 2018

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https://www.heidi.news/articles/aupres-d-un-pretre-russe-je-decouvre-que-dieu-aime-la-bombe-atomique

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Sur Gaza, la diplomatie d’Ignazio Cassis peine à trouver le ton qui rassemble

En Suisse, la ligne hésitante du ministre des affaires étrangères sur le conflit entre Israël et le Hamas fragilise la diplomatie du pays. Au point que certains le verraient déjà bien changer de département.

Il est le «Prügelknabe» du Conseil fédéral. Traduisez le bouc émissaire. La formule est de la NZZ qui, dans un éditorial du samedi 11 novembre, relève la position délicate du ministre des affaires étrangères Ignazio Cassis, pour qui le conflit entre Israël et le Hamas se transforme en un champ de mines.

Trop, trop peu ou trop tard. Le ministre peine à trouver le ton juste dans un conflit qui divise profondément les opinions publiques.

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https://www.heidi.news/articles/sur-gaza-la-diplomatie-d-ignazio-cassis-peine-a-trouver-le-ton-qui-rassemble

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Une révolution venue des cuisines

En novembre 2019, votre média préféré démarrait la publication de mon reportage «Et si l’on cuisinait comme on médite?». D’un monastère coréen au Jura suisse, d’un chef parisien à un génie japonais, je vous racontais comment la haute-gastronomie redécouvrait le sens de la nourriture et lui redonnait une sacralité. Quatre ans et une pandémie plus tard, ce reportage s’est étoffé. Il est devenu un livre sorti cette semaine, Cuisine et spiritualité, aux éditions Stock. En voici, en bonnes feuilles, le préambule.

C’est une première et un vrai choc culturel.

Début mars 2022, le très sélect jury des Asia’s 50 Best Restaurants décernait un Icon Award – l’équivalent d’un Oscar de la gastronomie – à Jeong Kwan, un choix aux antipodes du star system, du luxe et de la sophistication extrêmes qui prévalent dans cet univers depuis deux ou trois décennies. Celle qui a renoncé à la viande, au poisson et aux laitages pour œuvrer à la préservation des ressources de la planète et des êtres sensibles éblouissait l’assemblée avec sa philosophie d’ascèse et de sobriété joyeuse.

#### **Lire ou relire notre Exploration (2019)** «[Et si on cuisinait comme on médite?](https://www.heidi.news/explorations/et-si-l-on-cuisinait-comme-on-medite)»

Jeong Kwan? Une silhouette menue qui paraît toujours danser dans ses amples tenues déployées comme des ailes de papillon, un visage à l’ovale parfait, illuminé par un large sourire, des yeux pétillants sous le crâne lisse des nonnes bouddhistes zen.

### Un monastère isolé au cœur de la «foodosphère»

Une première? La dame exerce son art dans un monastère bouddhiste isolé des montagnes de Corée du Sud, à l’orée d’un parc national, à des lieues de Séoul. Jeong Kwan sunim, ou la Vénérable comme la désigne sa communauté, est une dignitaire respectée de l’ordre Jogye – branche la plus importante du bouddhisme coréen –, désormais à la tête de l’ermitage Chunjinam.

![Untitled (1).png](https://heidi-17455.kxcdn.com/photos/27d738c1-c4e2-4b4a-a40b-28e619eca167/large)

«Elle n’est pas une cheffe, n’a jamais eu de restaurant, et la cuisine est pour elle une pratique spirituelle», témoigne Éric Ripert, lui‐même à la tête du Bernardin, établissement triplement étoilé à New York. Il porte aussi au crédit de Jeong Kwan son respect absolu des ingrédients et de l’environnement, et son souhait de rendre les gens heureux grâce à l’énergie positive infusée dans ses plats...

La Vénérable a pratiqué loin des yeux du monde la méditation et l’art culinaire durant près de quarante ans, jusqu’à ce qu’un journaliste du *New York Times* croise son chemin, écrivant qu’elle créait les mets les plus exquis qui soient, subjugué notamment par l’esthétique, le rituel et la symbolique de son thé à la fleur de lotus.

### Sans jamais prendre des cours

Une première donc, et un choc culturel dans la mesure où cette femme à la petite étincelle au coin de l’œil et au véganisme militant a traversé deux ou trois plafonds de verre pour conquérir l’univers de la haute cuisine. Et pas seulement. Sa passion pour les saveurs et sa créativité la placent dans l’avant‐garde des chefs visionnaires, estime en substance l’académie d’experts des World’s 50 Best.

L’influence de celle qui n’a jamais suivi d’enseignement technique ni œuvré au sein d’une brigade dépasse largement les portes du monastère de Baekyangsa, l’horizon de Séoul et le continent asiatique pour inspirer de nombreux créateurs internationaux, de New York à Paris ou Copenhague, et tous ceux qui comme eux sont sensibles à la qualité de l’alimentation et au devenir de la planète.

### Alain Ducasse à la manœuvre

Cette histoire n’est pas seulement celle d’une «nonne philosophe». Elle débouche sur de nombreuses autres rencontres. Un Japonais qui communie littéralement avec le règne végétal, médite longuement en pilant chaque jour le sésame du *gomadofu* traditionnel, cuisine selon les préceptes millénaires de la *shojin ryori,* sans aucun produit animal ni électricité, préceptes toujours en usage dans certains monastères du Japon contemporain.

Autre personnalité étonnante, Toshio Tanahashi est venu initier la brigade du Plaza Athénée à un savoir japonais remontant aux premiers siècles de notre ère, voici quelques années, à la demande d’Alain Ducasse. Le chef et entrepreneur multi-étoilé a rendu hommage à Toshio pour sa contribution au concept de naturalité; plusieurs instruments et techniques, mais aussi un certain état d’esprit, ont désormais été adoptés par ses équipes.

### Le Suisse meilleur cuisinier du monde s’y met aussi

New York, printemps 2021, en pleine pandémie. Le Suisse Daniel Humm – élu meilleur chef du monde en 2017 par la même académie des 50 Best – crée une onde de choc en annonçant sa conversion au véganisme. Et la réouverture prochaine d’Eleven Madison Park, après une mue complète. On retrouve ici la patte du même Toshio à ses côtés, dans un des restaurants les plus vibrants et encensés de la «foodosphère». Daniel Humm et son équipe n’ont sans doute jamais été aussi créatifs, inspirés et cohérents qu’au lendemain de ce virage radical.

Autre étoilé en quête de spiritualité, marqué depuis toujours par l’Asie, Pascal Barbot est allé récemment se ressourcer auprès de la Vénérable Wookwan, personnalité éminente du bouddhisme coréen, à la veille de la réouverture de l’Astrance, son nouveau restaurant parisien.

De l’autre côté des montagnes, dans le Jura suisse, Ming Shan, premier centre d’études taoïstes de référence en Europe – dont les idéogrammes solaires et lunaires pourraient se traduire par «montagne de clarté» –, a ouvert en 2019. La cheffe suisse Judith Baumann, pionnière de la cueillette sauvage et grande connaisseuse de la flore et des ressources végétales, désormais taoïste, y explore les arcanes d’une cuisine marquée plus que jamais par les correspondances entre les éléments, les organes, les couleurs, le souffle de la nature.

### Le savoir lié aux plantes

L’enseignement multiple, holistique, qui y est dispensé suscite un grand engouement et fascine ; la voie du tao mêle ici les approches corporelles, intellectuelles, spirituelles, de la diététique chinoise à l’herboristerie et à la permaculture notamment.

La nature, sauvage ou apprivoisée. À Ming Shan comme ailleurs, un peu partout, on redécouvre les ressources du végétal, un savoir lié aux vertus des plantes, que nos couvents et monastères maîtrisaient tout particulièrement hier encore : des ressources thérapeutiques, nutritionnelles, médicinales, énergisantes, foisonnantes de saveurs. Une nouvelle génération de cueilleuses et de cuisiniers s’en empare, s’inscrivant dans la filiation de l’étonnante Hildegarde de Bingen (1098‐1179).

### Au programme des écoles

Le véganisme et le végétarisme ont gagné la haute cuisine, avec en filigrane un vrai respect du vivant et de la nature, de son offrande de beauté et de bien‐être, le refus du gaspillage, une conscience des enjeux de l’alimentation en termes de santé aussi. Les meilleures écoles de cuisine s’en inspirent et les inscrivent à leur programme depuis peu, à l’instar du CordonBleu: *sachal eumsik*, soit la culture culinaire des temples bouddhiques coréens, *shojin ryori* japonaise, cuisine du tao : ces traditions millénaires convoquent aussi la notion d’écologie spirituelle, comme elles semblent prémonitoires d’à peu près toutes les tendances contemporaines...

Il ne suffit pas, bien sûr, de se doter d’un beau potager ou même d’une ferme expérimentale – cultivés en biodynamie, en permaculture, en agroforesterie et selon toutes les méthodes pionnières et bonnes pour le climat.

Notre «maison commune» est menacée de toutes parts et le pape François lui‐même appelle à un changement radical. Perte de biodiversité, dégradation des écosystèmes, culture de la surconsommation et du gaspillage, épuisement des ressources et menaces sur l’eau : le souverain pontife invoque son homonyme et modèle François d’Assise pour prôner une « écologie intégrale », environnementale, économique et sociale.

### La sobriété joyeuse

La catastrophe actuelle est la conséquence de l’«anthropocentrisme moderne», dénoncent en substance les deux François à neuf siècles d’écart en invitant de même à une sobriété joyeuse, à dépasser les individualismes au profit d’une forme d’écologie spirituelle.

Les chefs sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à s’engager au sein de leur communauté pour des causes diverses. La pandémie a remis en lumière la pauvreté et la précarité au cœur des villes: des *food trucks* se déploient, des réfectoires solidaires voient le jour et se multiplient; des repas sont cuisinés bénévolement. Les catastrophes naturelles se succèdent, de plus en plus souvent sous l’effet du changement climatique: des équipes de cuisiniers se mobilisent pour offrir leur aide. La guerre impensable hier se déchaîne à quelques heures de nos frontières: un formidable réseau de solidarité se met en place pour acheminer des denrées alimentaires, avec en première ligne les collaborateurs de plusieurs grands chefs internationaux, à commencer par José Andres.

### Les chefs se découvrent humanistes

«On assiste à une vraie révolution humaniste venue des cuisines», constate le formidable Massimo Bottura, parmi les premiers à s’être engagé en créant la fondation Food for Soul, dont les réfectoires solidaires ont essaimé sur tous les continents.

«La pandémie et les millions de personnes jetées à la rue du jour au lendemain m’ont rendu très conscient du sens de la nourriture. Conscient que nous devions avoir des objectifs plus élevés que juste servir les gens riches», note de son côté son ami et collègue Daniel Humm. Dénonçant la faillite d’un modèle, le New‐Yorkais a créé l’ONG Rethink Food une semaine après le début de l’épidémie, servant plus d’un million de repas aux gens dans le besoin durant cette période. Face à un système agroalimentaire devenu intenable, le futur sera végétal, estime le chef.

Cuisiner peut être une manière de méditer, nous disent de concert Éric Ripert et Jeong Kwan, Toshio Tanahashi et la Vénérable Wookwan. Bien plus, il y a lieu d’inverser les rapports de domination de l’homme sur la nature et de resacraliser celle‐ci. Prendre conscience de la coupure entre l’homme et le vivant pour retrouver cette intelligence et cet amour profonds des plantes, des animaux, cette continuité entre eux et nous. Réenchanter le monde en célébrant sa beauté.

Voici venir une cuisine habitée, qui apporte des réponses à la quête contemporaine, à la crise climatique et environnementale sans précédent. Au grand vide spirituel, de plus en plus obsédant, assourdissant, de nos sociétés, la fleur de lotus et ses avatars déploient leurs réponses discrètes.

Demain, l’humanité mangera *shojin*, ou ne sera plus, en somme...

https://www.heidi.news/articles/une-revolution-venue-des-cuisines

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Le dessin de la semaine: le Conseil fédéral prêt à négocier de nouveau avec Bruxelles

Toutes les semaines, le dessinateur jurassien Pitch Comment croque un fait d'actualité pour Heidi.news.

C’est imminent, on va voir ce qu’on va voir. Dans un communiqué un rien cryptique, le Conseil fédéral a fait valoir mercredi 8 novembre 2023 qu’il était prêt à reprendre les négociations avec l’Union européenne, après l’abandon spectaculaire — et unilatéral — des discussions sur un accord-cadre par la Suisse en mai 2021. Le Conseil fédéral marche sur des œufs, sur ce dossier aux répercussions stratégiques importantes pour le pays, et politiquement très sensible .

La Confédération entend désormais d’avancer sur plusieurs dossiers séparés, parmi lesquels la libre circulation des travailleurs, les transport aériens et terrestres, l’échange d’électricité, sans oublier la contribution financière de la Suisse. Et comme il ne faudrait pas pousser Berne dans les orties, on en est encore à la définition d’un mandat de négociation qui, après avoir été validé par les Sept Sages d’ici la fin de l’année, sera soumis au Parlement.

Du côté de la Commission européenne, auprès de qui la Suisse n’est pas réputée en odeur de sainteté, on «prend note» en attendant que les choses deviennent sérieuses.

https://www.heidi.news/articles/le-dessin-de-la-semaine-le-conseil-federal-pret-a-negocier-de-nouveau-avec-bruxelles

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Les Petits Repor'terres No 2: de la viande grillée qui cache des légumes

Les Petits Repor’Terres est un podcast sur l'alimentation de demain animé par trois enfants. Des salades cultivées dans les airs à la viande de synthèse, ils sont immergés, micros en mains, au sein d’entreprises innovantes. L'objectif? Comprendre, par leurs regards, le potentiel de ces nouveautés à séduire les consommateurs en herbe pour composer l'assiette de demain.

Dans ce deuxième épisode de la série, les Petits Repor’Terres partent à la rencontre de la startup Planted Foods AG, à Kemptthal, près de Zurich. Elle commercialise des substituts à la viande fabriqués à base de protéine végétale, qu’on peut trouver dans les magasins d’alimentation en Suisse.

Alors, le poulet à base de protéines de pois, d’eau et d’huile de colza, ça fait illusion? Et ça se fabrique comment, de la viande végétale? Ecoutez nos jeunes reporters — et gastronomes exigeants — découvrir la manufacture de Planted, où ça sent «comme quand on fait bouillir des légumes». À vos écouteurs!

https://www.heidi.news/articles/les-petits-repor-terres-no-2-de-la-viande-grillee-qui-cache-des-legumes

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Tous ciblés, en Suisse et ailleurs: le marketing web étend le domaine de la lutte

La collecte et l’exploitation de nos informations intimes sont en général légitimées par des fins marketing. Si le fait d’être ciblé par de la publicité peut sembler anodin, c’est toute la chaîne de valeur qui interroge. La réglementation ne semble pas freiner l’appétit des plateformes, qui mettent en place des contre-mesures pour continuer leur business.

C’est un milieu dans lequel règnent les anglicismes et les acronymes. KPI, DSP, SSP, CPA, CRM… Difficile de s’y retrouver quand on ne maîtrise pas ce jargon. Pourtant, nous sommes en étroite relation avec ce secteur au quotidien, qui nourrit l’ambition de toujours mieux nous connaître pour influencer nos comportements.

Son nom? Le marketing numérique. C’est à lui qu’on doit toutes les publicités qui s’affichent sur nos écrans: réseaux sociaux, sites web, applications, télévisions connectées…

En Suisse, les dépenses publicitaires ont atteint 5,3 milliards de francs en 2022. La publicité en ligne pèse 63% de ce montant, [selon Statista](https://www.statista.com/outlook/amo/advertising/switzerland#ad-spending). Les seules dépenses pour les annonces sur les moteurs de recherche s’élèvent à 1,76 milliard, perçus pour l’essentiel par Google. Cette domination a d’ailleurs fait l’objet d’une enquête du Surveillant des prix,[ publiée en avril 2023](https://www.preisueberwacher.admin.ch/dam/pue/fr/dokumente/studien/bericht_online_werbung_27042023.pdf.download.pdf/Rapport%20SPR%20Enqu%C3%AAte%20publicite%20en%20ligne.pdf), qui voit dans ce quasi monopole un facteur de hausse des prix.

Le commerce en ligne ne cesse lui aussi de progresser. Entre 2019 et 2023, [selon la faîtière du secteur](https://www.rts.ch/info/economie/13844651-lecommerce-a-enregistre-un-leger-repli-en-suisse-en-2022.html), il a enregistré une hausse de 44%. Les Suisses ont dépensé quelque 14 milliards de francs dans des boutiques en ligne. Les entreprises s’adaptent aux nouveaux modes de consommation, à l’image de[ Coop qui a fusionné ses sites d’e-commerce en 2020](https://www.ictjournal.ch/news/2020-06-18/coop-fusionne-ses-sites-de-commerce-en-ligne). Le marketing occupe une place stratégique dans cette transformation numérique de nos modes de vie.

### Pas de performance sans données

On distingue deux types de campagnes publicitaires, comme l’explique Damien Fournier, fondateur de l’agence de marketing numérique Bright: les campagnes de notoriété et les campagnes de performance.

* Les campagnes de notoriété visent, comme leur nom le suggère, à apporter de la visibilité à une marque.

* De leur côté, les campagnes de performance ont pour objectif de générer une action de la part du consommateur: cliquer sur un lien, remplir un formulaire – qui permettra à l’entreprise un ciblage ultérieur –, ou même procéder à une transaction, la finalité de ce qu’on appelle l’entonnoir marketing.

Ces deux axes sont complémentaires. En l’occurrence, ce sont les campagnes de performance qui nous intéressent ici. *«Les annonceurs utilisent les données des éditeurs pour cibler une certaine catégorie de consommateurs, essentiellement selon des ciblages sociodémographiques»*, indique Pierre Berendes, spécialiste en publicité numérique.

Prenons un exemple. Une entreprise qui vend des vélos sur sa boutique en ligne cherche à augmenter son chiffre d’affaires. Elle mandate une agence de marketing numérique qui va se charger de la campagne, et acquiert des espaces publicitaires sur Facebook, Google et certaines applications de médias suisses. Ces plateformes «vendent des audiences», c’est-à-dire qu’elles diffusent des publicités de ce magasin de vélo uniquement auprès des internautes qui correspondent aux critères définis par l’agence de marketing.

### De l’importance de connaître sa cible

Evidemment, pour fournir un tel service, les plateformes se doivent de connaître au mieux leurs audiences. D’où l’importance de collecter et exploiter de grandes quantités de données personnelles. Les annonceurs peuvent aussi transférer des données sur leur propre clientèle, pour permettre aux plateformes de cibler des profils similaires.

La segmentation des individus en fonction de leurs caractéristiques se fait de manière automatisée, et les géants du numérique, comme les autres entreprises, conservent jalousement les algorithmes qui leur permettent d’asseoir leur domination. Mais l[es critères qui peuvent être définis](https://support.google.com/google-ads/answer/2497941?sjid=264107785624427860-EU) pour[ cibler les utilisateurs](https://www.facebook.com/business/help/633474486707199) sont sans fin: géolocalisation, genre, âge, langue, statut marital, éducation, emploi, centres d’intérêt, habitudes comportementales…

A force de données récoltées, la connaissance des utilisateurs touche à l’intime. [Selon une enquête de ](https://themarkup.org/privacy/2023/06/08/from-heavy-purchasers-of-pregnancy-tests-to-the-depression-prone-we-found-650000-ways-advertisers-label-you)*[The Mark Up](https://themarkup.org/privacy/2023/06/08/from-heavy-purchasers-of-pregnancy-tests-to-the-depression-prone-we-found-650000-ways-advertisers-label-you)* parue en juin 2023, la base de données de la plateforme publicitaire de Microsoft, Xandr, disposerait ainsi de plus de 650'000 manières de catégoriser les consommateurs. Les annonceurs pourraient ainsi cibler de *«gros acheteurs»*, des habitués des lieux de culte ou encore des personnes qui se *«sentent facilement découragées»*.

*«Facebook est sans doute la plateforme la plus intrusive, mais Google n’est pas en reste»*, observe Rui de Freitas, cofondateur de C Wire, une société qui propose un ciblage publicitaire contextuel sans suivi des utilisateurs. Et d’ajouter: *«Lorsque les annonceurs collaborent avec ces plateformes, ils acceptent de faire confiance à des boîtes noires dont ils ignorent le véritable fonctionnement»*.

### Course à l’armement

L’entrée en vigueur du Règlement général européen sur la protection des données (RGPD) en 2018 a obligé les acteurs du marketing numérique à modifier leurs pratiques. Certains spécialistes du secteur prédisaient d’ailleurs que la régulation allait réduire drastiquement l’efficacité des publicités ciblées. Parmi les mesures perçues comme les plus impactantes pour le secteur figurait l’obligation pour tous les sites web de recueillir le consentement pour les cookies, ces petits fichiers qui enregistrent nos activités au long cours.

Initialement destinés à personnaliser les sites web, les cookies sont devenus une méthode industrielle de traçage des internautes. Le RGPD a surtout mis à mal les cookies tiers, utilisés par des plateformes extérieures à cette fin. *«Rien ne justifie que Facebook ou Google puisse connaître tous les sites que je visite»*, estime Rui de Freitas. En France, [près de 4 personnes sur 10](https://www.cnil.fr/fr/evolution-des-pratiques-du-web-en-matiere-de-cookies-la-cnil-evalue-limpact-de-son-plan-daction) refusent les cookies non essentiels, depuis que le RGPD offre cette possibilité. Google a annoncé la fin de ces cookies tiers pour 2024.

Mais si la régulation a gagné une bataille, le bras de fer avec les Gafam se poursuit. *«Facebook cherche des solutions plus persistantes, alors que l’objectif du RGPD est de rendre la navigation plus privée»*, regrette Rui de Freitas. L’entreprise a développé son propre service, [l’API Conversions](https://fr-fr.facebook.com/business/help/2041148702652965), comme alternatives aux cookies de traçage. *«Ces informations passent désormais sur les serveurs de Facebook plutôt qu’à travers le navigateur comme c’était le cas avec les cookies tiers»*, résume le spécialiste.

Google a pour sa part adapté son célèbre service d’analyse d’audience, utilisés par des millions de sites web dans le monde. Google Analytics 4 (GA4) a été recalibrée pour respecter les règles en matière de protection des données… tout en continuant de miser sur un ciblage massif. Elle intègre des algorithmes d’apprentissage machine, capables de faire émerger des tendances et de fournir des indicateurs prédictifs sur le comportement des utilisateurs d’un site, comme la propension à acheter ou décliner un service.

### Toujours plus de segmentation

Le succès du marketing se mesure à sa capacité à susciter des comportements. *«Par exemple, pour une campagne où l’objectif serait d’apporter des visites sur le site de l’annonceur, il faudrait un taux de clic compris entre 0,5% et 1% pour que celle-ci soit considérée comme un succès»*, indique Alexandre Cahagne, spécialiste des médias numériques au sein de l’agence Havas. Au-delà de 1%, c’est un excellent résultat.

En rendant le ciblage plus incertain, donc moins efficace, la régulation porte un coup à l’efficacité des campagnes de marketing web. *«La régulation réduit la qualité des audiences, donc celles-ci sont fatalement beaucoup plus larges,* analyse Damien Fournier. *Au final, la publicité coûte plus cher, puisqu’il en faut davantage pour atteindre les objectifs.»*

Le secteur multiplie donc les innovations pour rester compétitif, en segmentant toujours plus. L’agence Bright a développé[ un modèle qu’elle a nommé le «lifetime value»](https://bright.swiss/la-lifetime-value-ltv-ciblee-par-consommateur/) (LTV). Damien Fournier explique: *«Notre lifetime value est un indicateur qui permet à une entreprise de déterminer la valeur de ses clients, ce qui lui permet d’adapter ses campagnes marketing en tenant compte de cette information.»*

*«Il s’agit d’un modèle mathématique,* précise Darko Macoritto, data scientist chez Bright. *Nous analysons les données clients d’une entreprise – lesquelles sont anonymisées au moyen d’un identifiant individuel généré par l’entreprise elle-même. En tenant compte de la fréquence d’achat, du panier moyen et de la marge des produits, Bright détermine la valeur totale d’un client sur une période donnée.*»

Prenons un exemple: le client X a dépensé 300 francs les trois dernières années. Le modèle a estimé que ce client allait en dépenser encore 200 francs ces deux prochaines années. Sa valeur est donc fixée à 500 francs. *«Cette indication permet à l’entreprise d’adapter ses prestations*, indique Damien Fournier. *Elle peut choisir de traiter les demandes de ce client plus rapidement, parce qu’elle estime que sa valeur le justifie.»*

### L’irruption du numérique dans la rue

Les affiches publicitaires traditionnelles qui tapissent les murs de nos villes et de nos magasins ont désormais de nouveaux concurrents: des écrans où défilent des annonces dynamiques, dont la diffusion peut avoir été programmée selon des conditions spécifiques – en fonction de l’heure ou de la météo par exemple. De plus en plus d’enseignes recourent à ce procédé, intitulé «*digital out of home*» dans le domaine du marketing numérique. Vous pourrez en trouver aussi dans les grandes gares CFF. Certaines villes, comme Paris ou New York, ont de tels écrans géants installés sur des immeubles.

*«L’objectif du digital out of home est de s’intégrer à l’écosystème publicitaire en ligne»*, explique Mario Siano, co-fondateur d’Advertima. Sa start-up propose [une technologie de vision par ordinateur](https://advertima.com/) qui permet d’estimer le nombre de personnes, leur âge, leur genre et la direction de leur regard à proximité des écrans publicitaires. Une solution qui permettrait selon l’entreprise d’afficher les bonnes publicités au bon moment. Par exemple, des publicités pour de la mousse à raser si les clients alentour sont des hommes.

Les principes du *digital out of home* sont toutefois différents de la publicité en ligne. Les publicités dynamiques affichées sur des écrans dans des magasins s’adressent à plusieurs personnes en même temps (*one-to-many*), alors que les annonces en ligne sont personnalisées (*one-to-one*). Leur efficacité n’est donc pas comparable. Néanmoins, le *digital out of home* permet d’optimiser et d’évaluer les performances des annonces.

Advertima assure que les entreprises qui se dotent de sa technologie peuvent en tirer des revenus supplémentaires ainsi que de précieuses informations sur le parcours de leur clientèle dans leurs locaux – sous la forme de données agrégées, donc sans identification possible des individus. Les capteurs de l’entreprise équipent 700 écrans en Suisse, selon Mario Siano.

Si la solution d’Avertima n’est pas présente sur tous les appareils qui diffusent des publicités dynamiques, ceux-ci sont malgré tout de plus en plus[ équipés de capteurs d’audience](https://basta.media/Les-cameras-publicitaires-un-pur). Obtenir des indicateurs de performance toujours plus précis est un impératif dans le domaine du marketing numérique.

Dans la grande bataille pour occuper l’esprit des consommateurs,[ les annonceurs ne ménagent pas leurs efforts](https://services.apgsga.ch/fr/offre/innovate/). L’entreprise APG/SGA, leader en Suisse sur le marché de la publicité extérieure, a par exemple lancé en 2018 une offre de publicité ciblée basée sur la géolocalisation, intitulée Aymo. Concrètement, les entreprises clients peuvent délimiter des zones pour y envoyer des annonces sur les smartphones des passants. Dans les 300 mètres autour d’un point de vente, par exemple.

La géolocalisation est obtenue grâce à des applications partenaires – principalement des médias comme *20 Minutes*, *Blick*, *La Tribune de Genève*, etc. APG/SGA affirme traiter chaque jour 3,8 millions de points de données de localisation. Il faut donc que l’utilisateur ait accepté que l’une de ces applications puisse accéder à sa géolocalisation et qu’il l’ouvre dans la zone définie par l’annonceur pour que la publicité lui soit proposée.

### Un Léviathan hors de contrôle?

Malgré la régulation, nos comportements n’ont jamais autant été mesurés et analysés. Le marketing numérique redouble d’ingéniosité pour continuer de recueillir les précieuses informations qui lui permettent de mieux nous cibler.

En parallèle, de nouvelles technologies voient le jour, avec l’objectif de capter toujours plus de données, y compris lors de nos activités hors ligne. *«Les casques de réalité virtuelle et mixte développés par des entreprises comme Meta et Apple permettront de récolter encore plus d’informations, qui auront une grande valeur pour les annonceurs»*, estime Pierre Berendes.

Les efforts du régulateur n’ont donc pas permis de venir à bout de l’opacité qui entoure la collecte et l’exploitation des données personnelles. *«Nous n’avons pas connaissance de toutes les méthodes employées par les géants du numérique pour capter nos données»*, observe Walter Rudametkin, professeur associé à Polytech’Lille. Selon lui, il est très probable que certaines techniques de ciblage n’aient encore jamais été documentées.

Quant à l’industrie de la publicité et du marketing numérique, elle continue de prospérer. [Selon Statista](https://www.statista.com/outlook/amo/advertising/switzerland#ad-spending), les annonces en ligne devraient capter 74% des dépenses publicitaires en Suisse d’ici à 2027, contre 63% en 2022. Le *business model* de la donnée a donc encore de beaux jours devant lui.

https://www.heidi.news/articles/tous-cibles-en-suisse-et-ailleurs-le-marketing-web-etend-le-domaine-de-la-lutte

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A la faveur de la guerre, le retour en grâce de Staline en Russie

Vous le pensiez mort et enterré, avec les 15 à 20 millions de victimes du régime soviétique? Pourtant, le «petit père des peuples» n'a jamais été autant à la mode en Russie. Non content d'être une icône pour vétérans et babouchkas, il fait fureur auprès des jeunes en mal d'orgueil national.

«La chute de l'URSS a été la plus grande catastrophe géopolitique du siècle.»

Vladimir Poutine, adresse à la nation en 2005

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https://www.heidi.news/articles/a-la-faveur-de-la-guerre-le-retour-en-grace-de-staline-en-russie

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Comment Israël fait «fleurir le désert» du Néguev avec sa technologie

Pour le dernier épisode de cette Exploration, notre journaliste s'est rendue dans le désert du Néguev. Ce reportage, réalisé début 2023, a un objectif: comprendre comment Israël parvient à cultiver des fruits et des légumes sur des terres aussi arides. Un savoir précieux, à l'aube des désertifications mondiales.

Le terrain pierreux étend sa couleur ocre à perte de vue. Le Néguev, au sud d’Israël, s’offre dans toute son aridité. Et soudain, entre deux collines, surgissent un vignoble, des palmiers, des buissons fleuris. Une véritable oasis dans le désert. «Personne ne croyait que ça pouvait marcher», lance Eyal Izrael, peau tannée par le soleil et voix profonde. Il y a 25 ans, sa femme Hannah et lui se sont lancés dans la production de vin au cœur de l’une des régions agricoles les plus hostiles au monde.

A l’époque, la ferme Carmey Avdat se résumait à un terrain aride, à l’image du désert alentour. Tout était à construire, dans ce milieu où il pleut quatre jours par an et où le mercure dépasse 30°C la moitié de l’année. L’homme poursuit:

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https://www.heidi.news/articles/comment-israel-fait-fleurir-le-desert-du-neguev-avec-sa-technologie

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Swisscom, que fais-tu de nos données? «Mh mh mh, la la la»

Swisscom est omniprésent en Suisse, des particuliers aux entreprises et jusqu'à l'armée suisse. Prise entre l'injonction à l'innovation et l'obligation de protéger les données personnelles de ses clients, l'ancienne régie publique n'a pas toujours brillé pour sa transparence. Elle cherche aujourd'hui à redorer son blason... quitte à avoir la mémoire un peu courte.

A l’idée d’écrire sur Swisscom et son usage des données personnelles, j’ai d’abord été prise de vertige, tant le géant bleu est partout en Suisse. Sa présence s’étend bien au-delà des télécoms et de la box TV: infrastructures réseaux, services informatiques, programmation audiovisuelle, fonds d’investissement soutenant toutes sortes de start-up. Difficile de compter toutes les têtes de l’hydre. Swisscom s’est diversifiée à travers toutes sortes de prises de participation, comme les grands groupes savent le faire.

Je prends donc attache avec le service presse. Au téléphone, le ton est perplexe: «Vous souhaitez obtenir une interview à quel sujet, au juste?, s’étonne mon interlocutrice. Notre utilisation des données, c’est une question très large…» Moi aussi, au fond, je m’interroge. Je joue franc-jeu et invoque la tension – qui dans le numérique confine parfois à la fracture – entre impératifs réglementaires de protection des données personnelles et injonctions à l’innovation. Et puis, «c’est une bonne occasion pour montrer ce que vous faites de positif» Les portes finiront par s’ouvrir… à moitié.

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https://www.heidi.news/articles/swisscom-que-fais-tu-de-nos-donnees-mh-mh-mh-la-la-la

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L’armée suisse passe chez Microsoft, et une fois de plus, le pays se rend vulnérable

OPINION. L'armée suisse passe chez Microsoft pour son organisation hors service. Un choix emblématique de la légèreté de la Confédération en matière de souveraineté numérique, brocarde notre journaliste Grégoire Barbey, spécialiste en nouvelles technologies.

L’information passera sans doute inaperçue dans le tumulte de l’actualité, mais elle montre l’urgence de débattre de la politique numérique de la Suisse. L’armée helvétique a annoncé ce lundi 6 novembre 2023 sa décision de recourir à Microsoft 365 pour «la planification des cours de répétition et les tâches réalisées hors du service».

Loin d’être anodin, ce choix traduit une absence de vision autour des enjeux de la numérisation et, plus largement, en matière de souveraineté.

«Toutes les personnes concernées ont la possibilité de planifier leurs prestations au moyen de leurs appareils privés et de communiquer avec les militaires de leur unité par voie électronique», peut-on lire dans le communiqué. Et l’armée de se réjouir: «L’envoi fastidieux de documents n’est plus nécessaire, et les dossiers d’ordres sont établis en commun, à distance et en toute sécurité».

A première vue, il s’agit simplement d’un processus de numérisation classique. Mais le choix du prestataire interpelle. L’armée le sait, et tente de rassurer en précisant que les données «seront stockées dans un cloud en Suisse», comme si l’enjeu se limitait au lieu de conservation des données. Le débat est pourtant beaucoup plus crucial.

### **Qui décide en dernier recours?**

A ce sujet, l’ancien conseiller national socialiste Jean Christophe Schwaab vient justement de publier *[Pour une souveraineté numérique](https://www.savoirsuisse.org/produit/229/9782889155613/pour-une-souverainete-numerique)*[ (éd. EPFL Press)](https://www.savoirsuisse.org/produit/229/9782889155613/pour-une-souverainete-numerique). Celui qui officie désormais en qualité de membre de l’exécutif de la commune vaudoise de Bourg-en-Lavaux résume dans son livre les enjeux de la souveraineté numérique pour un Etat à deux notions: choisir «qui décide» et «qui décide qui décide».

Pour l’élu, la Confédération peut tout à fait déléguer certaines tâches au privé, mais cette délégation ne doit pas l’empêcher de décider par la suite. Or, regrette-t-il, les entreprises américaines ne s’embarrassent en général pas de la législation helvétique et obéissent de surcroît aux injonctions extraterritoriales des Etats-Unis avec leur «US Cloud Act», une loi qui leur permet d’accéder aux données d’entreprises qui ont des activités sur leur territoire, même lorsqu’elles sont hébergées à l’étranger.

Jean Christophe Schwaab voit donc dans le recours à des solutions américaines les ferments d’une perte de souveraineté, parce que la Confédération se place à la merci des décisions d’une entreprise sur laquelle elle n’a en réalité aucun contrôle. Si demain, Microsoft effectue des modifications de son logiciel qui ne plaisent plus à l’armée, alors celle-ci n’aura pas de solution de repli, parce qu’elle sera bloquée dans un environnement propriétaire. Il en va de même en cas de changement de lieu d’hébergement des données.

### **Une Confédération sourde aux critiques**

Même le préposé fédéral à la protection des données, qui n’est pas réputé pour son ingérence dans le débat politique, a tenté de mettre en garde la Confédération contre l’usage de Microsoft 365. Mais celle-ci n’a pas écouté.

Le recours à cette suite du géant américain par l’armée suisse n’est qu’une étape. Toute l’administration fédérale utilisera la solution de Microsoft d’ici à fin 2025. Une décision qui n’a fait l’objet d’aucune contestation politique, même de la part de l’UDC, qui a fait de la souveraineté l’un de ses thèmes de prédilection.

Le débat est pourtant plus urgent que jamais. Plus le temps passe, et plus des pans entiers de nos processus administratifs et politiques sont confiés à des tiers, hors de notre champ de souveraineté, et dont le pouvoir ne fait que grandir d’année en année. La Suisse ferait bien de se réveiller avant qu’il ne soit trop tard.

https://www.heidi.news/articles/l-armee-suisse-passe-chez-microsoft-et-une-fois-de-plus-le-pays-se-rend-vulnerable

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En Suisse, les barrages sont mieux contrôlés que les virus

OPINION. La Suisse possède deux laboratoires P4 fédéraux, à Mittelhäusern et Spiez, destinés à manipuler des pathogènes ultra dangereux. Mais le contrôle de leur sécurité n'est pas à la hauteur de l'enjeu, pointe notre chroniqueur Michel Huissoud, ex-directeur du Contrôle fédéral des finances.

Nous avons un problème avec les laboratoires biologiques de très haute sécurité. La Suisse en exploite deux, dans le canton de Berne: un civil, l'Institut de virologie et d'immunologie (IVI), et un militaire, le laboratoire ABC de Spiez. Juste avant les vacances d’été, la très sérieuse Commission de gestion du Conseil national estimait qu’il était urgent d'uniformiser et de renforcer l'activité de contrôle des cantons sur ces installations, tout en intensifiant la surveillance de la Confédération.

Plus d’une quarantaine de ces laboratoires P4 (le plus haut niveau de sécurité biologique) ont été identifiés dans une vingtaine de pays, dont le fameux laboratoire de Wuhan. Ils mènent des recherches dangereuses, sur des virus létaux contre lesquels n'existe pas de traitement efficace. Certains chercheurs vont plus loin et tentent des «gains de de fonction». Ils ont ainsi réussi à rendre des pathogènes plus transmissibles, plus virulents, plus immunogènes. De nombreux scientifiques ont donné l’alerte sur les risques liés à ces manipulations de laboratoire.

Et en Suisse? Rien ne bouge et nous avons la situation classique… Notre chère vieille Constitution fédérale parle de la sécurité des barrages, mais pas des pathogènes. La Confédération surveille donc la sécurité des barrages, mais les virus sont l’affaire des cantons. De celui de Berne, en l’occurrence. Aucune loi ne définit les règles minimales de sécurité à respecter. L’IVI et le Département fédéral de l’intérieur l’écrivent tranquillement: la responsabilité principale en matière de sécurité des laboratoires biologiques de haute sécurité incombe aux institutions concernées.

Le canton de Berne semble bien se fendre de quelques inspections, mais à un rythme pas vraiment convaincant. Le dernier rapport disponible date de 2008, il a donc 15 ans…

Toute cette affaire a été mise au jour par un [audit](https://www.efk.admin.ch/images/stories/efk_dokumente/publikationen/_bildung_und_soziales/gesundheit/20417/20417BE-Endgueltige-Fassung-V04.pdf) du Contrôle fédéral des finances. Une petite précision oubliée par la Commission de gestion du Conseil national. Mais il y a un problème plus intéressant. Cette commission recevra probablement dans quatre mois la réponse classique du Conseil fédéral: «Il faut modifier la Constitution si vous souhaitez mieux contrôler les virus et les laboratoires de haute sécurité».

Modifier la Constitution fédérale? Et pourquoi pas?\

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Un mot sur notre chroniqueur**

Juriste de formation, expert en audit, «shérif» pour les médias, Michel Huissoud a été chargé de la surveillance de l’administration fédérale durant plus de trente ans. Il milite aujourd’hui pour [une révision totale de la Constitution fédérale](https://www.demokratie.ch/blog/update-schweiz), et signe des chroniques pour le magazine alémanique *Beobachter* et *Heidi.news*.**

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https://www.heidi.news/articles/en-suisse-les-barrages-sont-mieux-controles-que-les-virus

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Un an avant la présidentielle américaine, les élections se jouent déjà à Gaza

En voyage au Moyen-Orient, le secrétaire d’Etat américain Anthony Blinken continue de s’opposer à un cessez-le-feu à Gaza, privilégiant une pause humanitaire. Tandis qu'Outre-Atlantique, l’administration Biden fait face à une fronde interne et externe sur la question palestinienne.

L’ombre des élections américaines de 2024 planait, ce samedi 4 novembre à Washington, sur la manifestation en faveur d’un cessez-le-feu immédiat à Gaza. «Nous ne voterons pas pour le Parti démocrate», a confié Jasmine Iman, une New-Yorkaise de 25 ans, à un journaliste de l’AFP. Pour elle, hors de question de soutenir le président Joe Biden candidat à sa réélection. «Nous allons nous assurer que tous les gens que nous connaissons ne votent pas pour le Parti démocrate», poursuit-elle.

Comme elle, des milliers de personnes s’étaient rendues dans la capitale américaine pour manifester leur colère contre le soutien américain aux opérations israéliennes. Accusant le président démocrate de contribuer à «un génocide». Après les attaques du 7 octobre en Israël, qui ont fait plus de 1'500 victimes dont une majorité de civils, Joe Biden a promis un appui inconditionnel à l’allié israélien. Au risque d’être accusé de ne pas suffisamment tenir compte des civils palestiniens, victimes de la riposte de Tsahal, l’armée israélienne. Samedi, le gouvernement du Hamas parlait de 9'500 personnes tuées par les frappes israéliennes, dont près de 4'000 enfants, des chiffres probablement amplifiés, mais révélateurs de la détresse humanitaire dans la bande de Gaza.

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https://www.heidi.news/articles/un-an-avant-la-presidentielle-americaine-les-elections-se-jouent-deja-a-gaza

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En Russie, la mobilisation c’est surtout pour les pauvres

L’«opération militaire spéciale» lancée par Poutine en Ukraine a fait 120’000 à 300’000 morts chez les Russes. Mais le front, c’est surtout pour les pauvres. Comme Pavel, chauffeur de taxi de Nijni-Novgorod, mort dans le Donbass quelques semaines après s’être engagé. Sa mère et sa compagne se disputent l’indemnité posthume.

«Aucun mot unique ne peut rendre toutes les nuances de toska. Dans son sens le plus profond et douloureux, c’est une sensation d’immense angoisse spirituelle, souvent sans cause précise. Dans des emplois moins morbides, c’est une légère souffrance de l’âme, un désir sans objet, une langueur, une vague agitation, des affres, une envie inassouvie. Dans des cas particuliers, ce peut être le désir de quelqu’un ou quelque chose, une nostalgie, un chagrin d’amour non partagé. Au plus bas, il peut qualifier une forme d’ennui ou de vague à l'âme.»

Vladimir Nabokov, Leçons

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Guerre Israël-Hamas: les enfants d'abord

Plus de 3500 enfants auraient été tués par la riposte israélienne dans la bande de Gaza, depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre. Tel-Aviv cherche à décapiter le management de l’organisation tapi dans les sous-sols de Gaza Nord, quitte à provoquer la mort de milliers de civils et susciter l’ire d’une partie de la communauté internationale. «Entre douze et quinze» hauts responsables du Hamas auraient été tués dans les opérations militaires israéliennes, rapporte Le Monde qui cite une source israélienne, ainsi que plusieurs dizaines à centaines de combattants affiliés au mouvement — qui en compterait 30’000, chiffre invérifiable. Pendant ce temps, le ministère de la Santé gazaoui, piloté par le Hamas, dénombre près de 9000 morts, civils et militaires confondus.

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Comment les Gardiens de la révolution iraniens ont financé le foot européen grâce à leurs passeports des Caraïbes

Des escrocs et hommes d’affaires iraniens connectés aux pasdarans, les Gardiens de la révolution islamique en Iran, se sont procurés des passeports auprès de la Dominique. Grâce à ces documents, ils ont pu voyager et contourner les sanctions occidentales, vendre du pétrole ou encore verser de l’argent à la Liga, le prestigieux championnat de foot espagnol. Pourquoi se gêner quand on est un pirate des Caraïbes?

En Iran, les voies de la richesse sont à l’ombre du pouvoir. Ali Reza Monfared est de ceux qui ont déjoué tous les pronostics. Quand il naît dans les années 1970, dans une famille modeste d’un quartier du sud de Téhéran, rien ne le prédestinait à devenir l’un des hommes d’affaires les plus prospères du pays. Cheveux en brosse rigidifiés par le gel, nez proéminent et costumes à quatre épingles, Ali Monfared est l’archétype de la jet set iranienne qui s’est enrichie par la grâce de mentors politiques pour ensuite mener grand train à l’étranger. Une vie de voyages et d’excès qui n’aurait pas été possible sans la nationalité dominiquaise dont il a fait l’acquisition en 2014.

Alors que la double nationalité n’est pas reconnue en Iran, nos partenaires de l’OCCRP et du média iranien indépendant Zamaneh Media ont identifié et confirmé la présence de plus de 1400 Irano-dominiquais parmi les 7700 dossiers auxquels nous avons eu accès. Il est difficile d’établir, dans cette masse de ressortissants de la République islamique, lesquels sont membres, ou proches, des Gardiens de la révolution, les fameux pasdarans. En revanche, des éléments compilés et recoupés ces deux dernières années permettent d'établir que nombre de ces 1400 personnes ont contribué à des activités contrôlées par l’appareil sécuritaire iranien.

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Protection des données: «Les sanctions ne font pas assez peur», estime l'avocat Sylvain Métille

Dans le cadre de nos articles sur la nouvelle Loi fédérale sur la protection des données entrée en vigueur le 1er septembre 2023. Le législateur a-t-il été assez ambitieux en la matière? L'avis de Sylvain Métille, avocat et spécialiste de la protection des données et de la sphère privée, ainsi que du droit de l'informatique et des technologies.

Heidi.news — Les consommateurs sont-ils bien protégés par les lois aujourd’hui en Suisse?

Sylvain Métille — Je pense que la nouvelle loi sur la protection des données offre une protection théoriquement suffisante. Le problème est plutôt son application. Il n’y a, aujourd’hui en Suisse, pas suffisamment d’application de la loi par l’autorité de surveillance. On peut alors se retrouver dans de nombreuses situations où c’est la personne dont la personnalité est atteinte qui doit se défendre seule. Et même si elle veut le faire, c’est souvent David contre Goliath.

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https://www.heidi.news/articles/protection-des-donnees-les-sanctions-ne-font-pas-assez-peur-estime-l-avocat-sylvain-metille

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Protection des données: le préposé fédéral aura-t-il les moyens d'accomplir sa mission?

Une nouvelle loi sur la protection des données personnelles est entrée en vigueur depuis le 1er septembre 2023. Elle renforce les pouvoirs du gendarme des données personnelles, le préposé fédéral Adrien Lobsiger. A quel point cela va-t-il changer la donne? Nous lui avons demandé.

Tous les regards sont tournés vers lui avec l’entrée en vigueur au 1er septembre 2023 de la nouvelle loi fédérale sur la protection des données (nLPD). Depuis 2016, Adrian Lobsiger dirige l’autorité de surveillance chargée de veiller au respect des règles en matière de collecte et d’exploitation de nos informations intimes. Une gageure, pour une institution qui souffre d’un manque chronique de moyens.

Mais les choses pourraient changer, car le préposé se voit doté de nouveaux pouvoirs par la nLPD. Comment le préposé fédéral, dont la réélection a été proposée par le Parlement pour la période 2024-2027, compte-t-il en faire usage? Nous l’avons rencontré en juin dans ses bureaux bernois du quartier des ambassades, qu’il partage avec la Chancellerie fédérale.

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https://www.heidi.news/articles/protection-des-donnees-le-prepose-federal-aura-t-il-les-moyens-d-accomplir-sa-mission

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