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Les actualités de Heidi.news sur Nostr

Heidi.news

Que vaut la nouvelle loi suisse en matière de protection des données personnelles?

En Suisse, la loi sur la protection des données encadre les pratiques des entreprises et des institutions. Une nouvelle mouture plus protective a vu le jour, qui s'applique depuis le 1er septembre 2023. Au point de se rapprocher du standard européen? Voyons cela!

Qu’est-ce qui empêche des entreprises comme Migros, Coop, Swisscom, ou CFF, de disposer de nos données intimes selon leur bon vouloir? En Suisse, c’est la loi sur la protection des données qui définit le cadre. Elle vient d’être revue de fond en comble, pour tenir compte de phénomènes de fond comme l’essor des réseaux sociaux, du cloud ou encore l’internet des objets.

En vigueur depuis le 1er septembre 2023, cette nouvelle loi sur la protection des données (LPD) s’inspire en partie de la référence internationale en la matière: le très protecteur Règlement général sur la protection des données (RGPD) de l’Union européenne, instauré en 2018. Mais les différences qui subsistent entre les deux approches en disent long sur l’exception helvète.

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https://www.heidi.news/articles/que-vaut-la-nouvelle-loi-suisse-en-matiere-de-protection-des-donnees-personnelles

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Israël face à sa «seconde guerre d’indépendance» s'apprête à mener une intervention contestée à Gaza

Tandis qu'une intervention terrestre israélienne se précise dans la bande de Gaza, cette intensification des opérations fait craindre une crise humanitaire majeure et entraîne la désapprobation d'une majorité de nations.

Trois semaines après les attaques du Hamas en Israël qui ont fait plus de 1’500 victimes, dont une large majorité de civils, Benyamin Netanyahou s’est adressé samedi à la presse dans un discours aux accents churchilliens.

Israël livre sa «seconde guerre d’indépendance», a déclaré le Premier ministre israélien, encadré de son ministre de la défense Yoav Gallant et de Benny Gantz, général et membre du cabinet de guerre formé après le 7 octobre. Faisant régulièrement appel à une «unité nationale» face à un adversaire qui pose un «défi existentiel» à l’Etat juif, il a prévenu que «la bataille dans la bande de Gaza sera longue et difficile».

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https://www.heidi.news/articles/israel-face-a-sa-seconde-guerre-d-independance-s-apprete-a-mener-une-intervention-contestee-a-gaza

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Ce qui fait la guerre, au-delà du fracas des bombes

Comme vous sans doute, j’ai en tête les images de Gaza sous les bombes. Et comme vous je lis les nouvelles qui tombent d’heure en heure, égrenant les destructions et les postures diplomatiques avant la grande invasion terrestre que tout le monde dit imminente. Mais quitte à parler guerre, j’aimerais cette fois évoquer la Russie, l’un des grands vainqueurs de l’embrasement au Proche-Orient.

La communauté internationale est un cyclope, qui n’a plus d’œil que pour Israël et Gaza. Pour son malheur, Kiev se retrouve dans l’angle mort. L’aide militaire et financière américaine s’avère plus fragile que jamais, face aux coups de collier de la droite trumpiste. Partout, l’émoi pro-ukrainien s’estompe. L’Europe promet un soutien sans faille – mais le souffle n’y est plus.

Quant à la contre-attaque promise par Kiev, elle échoue toujours à pénétrer les impressionnantes lignes de défense russes: les espoirs de percée avant l’hiver et la raspoutitsa sont proches du néant.

Dans ce contexte, nous venons de publier une Exploration sur laquelle j’aimerais attirer votre attention. Avec le photographe Alessandro Cosmelli, le journaliste italien Marzio Mian, qui sillonne depuis trente ans les pays slaves, a voyagé l’été dernier le long de la Volga. Près d’un mois de périple, sur 6000 kilomètres, pour tâter le pouls de la Russie au bout d’un an et demi de guerre.

Un an et demi d’échecs militaires, de sanctions économiques, de pressions internationales, et de cercueils en zinc – entre 120’000 et 300’000 soldats russes tombés au front. On est en droit de se demander si la société russe suit son cours ou déborde de son lit.

Un long fleuve intranquille

Que nous relate Marzio Mian de cette Russie profonde, irriguée par la «petite mère» des fleuves? Laissons ses interlocuteurs dresser le tableau.

* Un oligarque communiste au revanchisme incandescent: **«S’il le faut, nous utiliserons des armes nucléaires, nous détruirons la Terre, nous détruirons tout, putain.»**

* Une directrice de supermarché désabusée, en route vers sa *datcha* d’enfance. **«Les Russes sont tristes et résignés depuis mille ans.»**

* Un néo-hippie en larmes, qui fuit la réalité de son pays dans une île secrète sur la Volga. **«Ma mère m’a toujours dit que les garçons ne devaient pas pleurer.»**

* Un pope orthodoxe exalté, aux confins de l’Oural. **«La guerre est la dernière chance de sauver l’âme humaine.»**

Saviez-vous qu’à la faveur des sanctions, les boulangeries traditionnelles font fureur, de même que la viande et le fromage russes? Que la nostalgie soviétique n’a jamais fait autant recette? Que Staline redevient une icône chez les jeunes? Que le quotidien, vu de l’arrière, n’est pas franchement bouleversé par la guerre? Que les travaux publics vont bon train?

D’une plume vivide, Marzio Mian nous décrit en somme un pays nostalgique, qui s’accommode bien de la guerre et achève de se refermer sur lui-même.

### **Aux sources de la guerre**

«Depuis décembre 2022, la société russe est entrée dans une phase de «normalisation» de la guerre», abonde la géopolitologue russe Vera Grantseva, qui vient de publier [un ouvrage](https://theconversation.com/le-soutien-de-facade-des-russes-a-la-guerre-en-ukraine-216314) sur le soutien à la guerre. Surtout motivée par la peur et la lassitude, soutient-elle, ainsi que le poids immense de l’histoire et celui, plus récent, de la propagande belliqueuse.

En tout état de cause, cette façon d’appréhender les conflits, par le temps long et la plume, à l’arrière des lignes, aide à saisir ce qui se joue. A voir que l’esprit de citadelle assiégée, la stigmatisation de l’étranger, le revanchisme et la nostalgie d’un temps fantasmé alimentent, prolongent et nourrissent la guerre.\

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Il est possible que la portée de cette leçon dépasse la Russie.

https://www.heidi.news/articles/ce-qui-fait-la-guerre-au-dela-du-fracas-des-bombes

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Sur une île secrète au fin fond de la Russie, les larmes d'un hippie anti-guerre

Pour comprendre la Russie en temps de guerre, notre journaliste se rend à Kazan, où il reçoit un cours de gastronomie nationaliste à la sauce tatare. En quête d’un contre discours, il finit par suivre une chamane jusqu’à une île secrète de hippies sur la Volga.

Je poursuis les méandres de l’âme russe le long de la Volga, alors que la guerre en Ukraine fait rage. Un jour, à Kazan, je suis invité à déjeuner par Farid Nafigullovitch, 48 ans, «businessman». Ceux qui m’ont donné son contact le présentent comme «un Tatar très influent dans la ville». Et de fait, sur Telegram, Farid me promet des rencontres intrigantes.

Lorsque je le retrouve à Tatarskaya Usadba, un restaurant renommé de la ville, il m'attend dans une salle privatisée en compagnie de Mansur Hazvrat, mollah de la mosquée Al-Marjani. Sa mosquée est la seule à être restée active pendant l’ère soviétique, avant le renouveau religieux qui a vu en fleurir une centaine à Kazan.

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https://www.heidi.news/articles/sur-une-ile-secrete-au-fin-fond-de-la-russie-les-larmes-d-un-hippie-anti-guerre

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Les protéines, ce n’est pas que du muscle [VIDEO]

Chocolat aux protéines, poudre de protéines aromatisée à la vanille, yoghourt protéiné, protéines véganes… Les étalages regorgent de produits alimentaires enrichis en protéines. Mais de quoi parle-t-on vraiment? C'est le sujet de ce nouvel épisode de PopScience, réalisé avec l'Institut suisse de bioinformatique.

Les protéines, ce sont des petites machines moléculaires microscopiques. Elles sont présentes dans tous les organismes: des virus aux bactéries, en passant par les vaches, les champignons, les salades et nous. Dans notre corps, elles ne sont pas que dans nos muscles et ne vont pas forcément nous transformer en bodybuilder!

En fait, elles sont partout: elles sont indispensables à la vie et sont capables de faire des choses parfois surprenantes. Ce sont elles qui permettent à une luciole d’émettre de la lumière. Elles aussi qui permettent à vos yeux de détecter la lumière, ou à vos neurones de s'activer pendant cette vidéo.

Pour faire simple, les protéines, c’est un peu comme des assemblages de petits blocs de Lego: selon les protéines, entre 2 et 35’000 blocs *(350 en moyenne)* sont assemblés linéairement les uns après les autres selon un ordre défini par l’information génétique. Ces blocs sont appelés des acides aminés. Dans le monde des protéines, contrairement aux Lego, il existe seulement 20 blocs différents, 20 acides aminés différents (alanine, glutamine, proline…).

**Revenons à nos protéines alimentaires.** Quand vous mangez un steak de bœuf, vous allez manger beaucoup, beaucoup de protéines différentes:

* la fameuse ATP synthase, qui produit de l’énergie;

* une protéine appelée hémoglobine, qui transporte l’oxygène dans le sang;

* et surtout beaucoup de protéines myosine et actine, des protéines qui jouent un rôle fondamental dans la contraction des muscles et qui étaient très utiles à la vache pour galoper dans les prés.

### Vous prendrez bien un peu de rubisco

Des protéines, il y en a dans tous les aliments: les pâtes, le riz, et aussi les légumes comme la salade. Quand vous mangez une feuille de salade, vous ingérez beaucoup de protéines différentes, toujours la fameuse ATP synthase, mais en particulier de la protéine rubisco, celle qui capte le CO2 pour la photosynthèse. D’ailleurs, la rubisco est la protéine la plus abondante sur notre planète.

Et quant aux poudres de protéines, les fameuses protéines whey utilisées par les adeptes de la musculation, elles contiennent souvent un mélange de protéines, dont:

* des protéines lactalbumine ou immunoglobulines extraites du petit lait

* de la vitellogénine, une protéine présente en grande quantité dans le blanc d’œuf ou les glycines, des protéines abondantes dans les graines de soja.

Bon, avec 100 grammes de feuilles de salade, vous avalez une moins grande quantité de protéines qu’avec 100 grammes de steak, ou 100 grammes de protéines whey, car il y a beaucoup d’eau dans les feuilles de salade.

### Place à la digestion

Quand vous mangez des protéines, comme la protéine myosine présente dans votre steak ou la protéine rubisco de votre salade, elles vont être digérées dans votre estomac et votre intestin grêle: les acides aminés qui les composent, rappelez-vous les petits blocs de Lego, vont être libérés.

Ces acides aminés seront ensuite réutilisés par notre corps pour fabriquer d’autres protéines selon nos besoins: des protéines kératine pour nos cheveux, du collagène pour notre peau, des immunoglobulines pour se battre contre les virus ou le cancer.

Notre organisme n’est capable de fabriquer que 11 acides aminés sur les 20 existants. Pour les neuf autres, on a besoin de les obtenir grâce aux aliments. C’est pour cela qu’il est important de manger équilibré avec des protéines d’origines différentes, pour toujours avoir un stock suffisant des 20 acides aminés nécessaires à la construction, acide aminé après acide aminé, de toutes les protéines dont on a besoin.

Dans notre corps, on estime qu’il y a plus d’un million de protéines différentes qui assurent ensemble des milliers de fonctions. Et plusieurs centaines ou milliers de copies de la même protéine sont parfois nécessaires. Un seul globule rouge contiendrait 250 millions de protéines hémoglobine.

Une alimentation saine apporte suffisamment de protéines et donc d’acides aminés à notre organisme: pas besoin d’en rajouter.

#### **Pour aller plus loin:**

* C’est quoi une protéine? La réponse sur [precisionmed.ch](https://www.precisionmed.ch/cest-quoi-une-proteine/)

* Découvrez les protéines en bande dessinée grâce à [Protein Spotlight comics](https://www.proteinspotlight.org/comics/)

* La vie, l’amour, la mort et les protéines — [une (autre) bande dessinée](https://www.antipodes.ch/produit/la-vie-lamour-la-mort-les-proteines/)

* [Les activités grand public du SIB](https://www.sib.swiss/about/activities-for-the-public)

https://www.heidi.news/articles/les-proteines-ce-n-est-pas-que-du-muscle-video

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Les mystérieux frères de la foodtech israélienne, dont l'influence s'étend jusqu'en Suisse

Comment Israël est-il devenu l'un des leaders mondiaux de l’innovation alimentaire? Dans l’ombre, les frères Berger ont œuvré à faire de la foodtech, encore inexistante il y a dix ans, un secteur de pointe du pays. Portrait des deux magnats discrets, mais dont l’influence s’étend jusqu’en Suisse.

En Israël, quand on parle foodtech – l’innovation dans les assiettes –, un patronyme revient sans cesse sur la table: Berger. Les deux frères Berger seraient les grands manitous de la foodtech à l’ouest du Jourdain. Dans chaque siège d’entreprise, leur réputation les précède.

«Ce sont les frères de la foodtech. Ils sont les premiers à avoir parlé de foodtech dans le pays», nous confie un CEO de start-up.

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https://www.heidi.news/articles/les-mysterieux-freres-de-la-foodtech-israelienne-dont-l-influence-s-etend-jusqu-en-suisse

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Là où vont nos données personnelles: au cœur de datacenters ultrasécurisés à Genève

REPORTAGE. Ce sont les coffres-forts du 21e siècle, où reposent et transitent nos données personnelles. Les datacenters, ces immenses fermes de stockage numérique, sont des infrastructures sensibles, à la localisation secrète et à l'accès sécurisé. Heidi.news a pu visiter deux d'entre eux, enfouis dans les profondeurs de Genève.



Cette Exploration ayant été financée par crowdfunding, c'est-à-dire par vous, chers lecteurs, les épisodes sont disponibles en accès libre.

Nous laissons des traces de notre vie partout, y compris en-dehors de nos activités connectées – en faisant nos courses à la Coop ou à la Migros, par exemple. Mais comment circulent ces données une fois collectées, et surtout où vont-elles? Avec l’essor de l’informatique en nuage (cloud), on est parfois tenté de croire que le monde numérique est immatériel. Rien n’est moins vrai.

Nos réseaux de télécommunications, internet en premier lieu, sont composés d’infrastructures tout ce qu’il y a de plus palpable. Ce sont des câbles souterrains et sous-marins, des antennes, des satellites et des ordinateurs qui relient les individus entre eux à travers le monde entier. Les réseaux n’ont rien de magique. Pourtant, tout est fait pour que cette couche physique échappe à notre regard.

Pour saisir les enjeux de la collecte et l’exploitation des données personnelles dans leur globalité, il faut se pencher sur les infrastructures qui permettent à cette économie de prospérer. C’est dans cette optique que je me suis rendu dans deux centres de données basés à Genève, accompagné du photographe Niels Ackermann.

Objectif: rendre compte de ce qui se passe dans ces bâtiments qui, si l’on devait comparer internet au réseau sanguin du corps humain, en seraient le cœur palpitant.

### **Dans le sous-sol d’un centre commercial**

Le premier centre de données que nous visitons appartient à Equinix, multinationale américaine qui en possède plus de 250 dans le monde. Rendez-vous est pris dans un centre commercial de l’hypercentre de Genève. Des milliers de badauds y flânent chaque jour, sans savoir que sous leurs pieds grondent des machines qui permettent à des milliards d’informations de circuler de la Suisse vers le monde entier.

Plus de 90% du trafic internet et IP suisse passe par des *datacenters* d’Equinix. Le bâtiment genevois accueille également les télécommunications de France voisine. C’est au détour d’une conversation avec un spécialiste de l’hébergement local que j’ai appris l’existence de GV1, le nom de code donné par Equinix à son centre de données. Sans trop y croire, j’avais contacté l’entreprise pour un reportage.

![NAK_7149.jpg](https://heidi-17455.kxcdn.com/photos/c1f13d6d-592f-4bbe-a270-26ab6f3a3f4c/large "Le sas de sécurité est situé à l'entrée du centre de données d'Equinix. A droite derrière le mur se trouve le bureau où un vigile surveille les allées et venues. / Photo Niels Ackermann / Lundi 13 pour Heidi.news")

La réponse fut étonnament rapide — et rendez-vous est pris le jeudi 13 juillet 2023 à 9h30. A première vue, impossible de deviner qu’un centre de données se cache dans les sous-sols du centre commercial. Les bureaux de l’entreprise ne sont mentionnés nulle part et, contrairement aux devantures des magasins, la porte pour y accéder se fond dans le décor.

C’est Stéphane Buchs, responsable qualité, sécurité et opérations commerciales d’Equinix, qui se charge de la visite. Une fois la première porte franchie, nous arrivons devant un sas de sécurité. A droite, une borne où scanner un QR code reçu la veille. En face, le bureau d’un vigile. On nous demande de fournir notre carte d’identité, et de laisser notre empreinte digitale. Un badge est émis pour notre visite. Une fois à l’intérieur, il faudra à nouveau scanner notre index en même temps que le badge. La porte vitrée s’ouvre enfin.

![NAK_6904.jpg](https://heidi-17455.kxcdn.com/photos/32539b0c-3c81-40a2-9edd-29b5135011e4/large "Au plafond, un vaste réseau de chemins de câble et autres tuyaux s'étend de part et d'autres de la pièce. / Photo Niels Ackermann / Lundi 13 pour Heidi.news")

*«Ici, personne n’entre sans y avoir été invité,* glisse Stéphane Buchs. *Je ne dirais pas que nous avons enquêté sur vous, mais nous nous sommes renseigné un minimum.»* Le décor est posé. A l’intérieur, tout est flambant neuf. *«Nous avons profité de la réfection du centre commercial pour refaire l’ensemble de notre infrastructure*, explique-t-il. *Les machines ont continué à fonctionner durant toute la durée des travaux, de 2019 à 2022.»*

### **Un hub pour opérateurs internet**

Equinix occupe les lieux depuis 1999, et son centre de données est opérationnel depuis le 1er janvier 2000. C’est l’un des premiers de Suisse. La présence d’une telle infrastructure au sein d’un centre commercial est inhabituelle. Si l’entreprise a choisi ce lieu, c’est d’abord parce que l’occasion s’est présentée. Jusqu’en 1997, les locaux étaient loués par la Bourse suisse, qui s’est ensuite relocalisée à Zurich.

A la fin des années 1990, le canton de Genève se profilait déjà comme le carrefour des télécommunications de Suisse romande. Auparavant, les opérateurs concluaient des accords commerciaux entre eux pour accorder l’accès à leur réseau. Mais l’évolution d’internet pousse le secteur à adopter le principe du *peering*, où chaque opérateur est interconnecté aux autres. *«Aujourd’hui, le meilleur client d’un opérateur, c’est un autre opérateur»*, s’amuse Stéphane Buchs.

![NAK_6909.jpg](https://heidi-17455.kxcdn.com/photos/3dc3797e-24af-4ff2-bd96-dc92f721bc48/large "Le centre de données d'Equinix a des airs de station spatiale. / Photo Niels Ackermann / Lundi 13 pour Heidi.news")

Grâce au *peering*, les communications peuvent circuler de manière fluide d’un point A à un point B dans le monde entier. D’où le rôle stratégique d’un «hub» comme GV1, qui permet aux différents opérateurs de se relier entre eux. Ici, les clients louent un espace pour y sécuriser leur infrastructure informatique, qu’ils gèrent eux-mêmes. Equinix s’occupe du reste: locaux, alimentation électrique, refroidissement, connectivité, sécurité.

La visite commence enfin lorsque nous prenons un ascenseur pour descendre au niveau de l’un des deux étages où sont entreposés les dizaines de milliers de serveurs qui tournent continuellement. Les portes s’ouvrent sur un immense hall où dominent le blanc, le noir et le jaune. Tout est parfaitement bien aligné.

![NAK_6953.jpg](https://heidi-17455.kxcdn.com/photos/9342936d-a2b6-4531-ae0d-ecb033e8892f/large "Les racks (les armoires noires où sont installées les machines) sont bien sécurisés. Mais les clients qui le souhaitent peuvent installer des dispositifs supplémentaires. Certains vont jusqu'à mettre des systèmes de reconnaissance de l'iris. / Photo Niels Ackermann / Lundi 13 pour Heidi.news")

Les armoires – qu’on appelle des racks – où sont installées les machines, sont forgées d’un métal noir qui tranche avec les murs et le sol d’un blanc éclatant. Mais le contraste le plus saisissant vient de ces longues lignes jaunes qui traversent le plafond. Il s’agit des chemins de câbles en tôle où sont entreposés les milliers de fils qui permettent de faire circuler les précieuses données de nos communications numériques.

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Un univers visuel fort**


*«Ces lieux sont des “non-lieux” d’un point de vue visuel,* observe le photographe Niels Ackermann. *Des serveurs n’ont même pas besoin de lumière. Une cave, de l’électricité, une ventilation et c’est parti.* *Mais le volume des installations crée un premier besoin: l’organisation. Des câbles bien rangés, bien identifiés, c’est moins de risques d’erreurs et de problèmes techniques.*


*De ce besoin pragmatique d’organisation naît une certaine esthétique: des gaines colorées parcourent le centre reliant les machines comme des vaisseaux sanguins reliant des organes. Ces univers où tout est aligné, bien rangé, et où la couleur est superficielle, à part quand elle aide à l’organisation, prennent vite des allures de stations spatiales. La rationalité à l’œuvre donne à ces environnements, qui devraient être des trous noirs, une esthétique finalement très séduisante.»***

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### **La résilience avant tout**

Au-delà de l’esthétique, il y a la technique. Chaque rack est relié à deux alimentations électriques indépendantes l’une de l’autre. L’électricité provient de sources renouvelables certifiées, et les sites genevois sont approvisionnés par les Services industriels de Genève (SIG). En cas de panne, des batteries prennent le relais, le temps de faire tourner les génératrices – ce qui prend une vingtaine de secondes. En théorie, les génératrices pourraient fournir quatre jours d’électricité à l’ensemble du *datacenter*, grâce à leurs réserves de fuel. *«Nous avons des contrats de livraison sous 24 heures avec deux fournisseurs»*, précise Stéphane Buchs.

Rien n’est laissé au hasard. Tous ces équipements stratégiques sont inspectés deux fois par jour. Les génératrices sont testées toutes les deux semaines, et sont préchauffées en permanence pour être prêtes au démarrage en cas d’urgence. Des simulations de panne totale ont lieu tous les trimestres pour vérifier l’autonomie du site. *«En 23 ans, notre exploitation n’a connu aucune microcoupure»*, assure le responsable d’Equinix.

![NAK_7164.jpg](https://heidi-17455.kxcdn.com/photos/eaafae93-4d34-41e6-a175-91b29c439f38/large "Voici l'une des génératrices préchauffées en permanence. Dans le local où elle se trouve se dégage une forte odeur de fuel. / Photo Niels Ackermann / Lundi 13 pour Heidi.news")

Des milliers de machines qui fonctionnent en continu à pleine puissance, cela génère beaucoup de chaleur. Le *datacenter* est équipé d’un système de ventilation et d’un circuit interne de refroidissement alimenté par de l’eau prélevée dans le Léman – puis réinjectée dans le lac à 47 mètres de profondeur.

L’entreprise maintient une température constante de 23 degrés sur les deux étages où sont installés les serveurs. *«C’est ce qui permet aux machines de fonctionner dans les meilleures conditions»*, détaille Stéphane Buchs. Une partie de la chaleur permet de produire l’eau chaude de l’ensemble du centre commercial, des bureaux ainsi que les 24 logements qui se situent dans le bâtiment.

![NAK_7117.jpg](https://heidi-17455.kxcdn.com/photos/637d37f5-af1c-4085-8b04-3646542013dd/large "Des câbles, il y en a partout dans un centre de données. Et pourtant, ce n'est pas ce qui frappe le plus quand on découvre celui d'Equinix à Genève. / Photo Niels Ackermann / Lundi 13 pour Heidi.news")

En observant ce lieu dont j’ignorais tout, je prends conscience qu’un centre de données est un véritable écosystème, avec des règles et des équilibres qui lui sont propres. Celui d’Equinix ne fait pas exception.

### **Un datacenter en rase campagne**

Autre lieu, autre ambiance. Le troisième centre de données construit par Infomaniak, dont le nom de code est DIII, est situé dans un bâtiment en campagne genevoise. L’entreprise, qui se veut une alternative éthique aux géants américains, ne souhaite pas divulguer sa localisation, pour des raisons de sécurité. Les photos, prises par le chargé de communication avec son smartphone, seront d’ailleurs expurgées de leurs métadonnées de géolocalisation avant de nous être fournies.

![NAK_0190(1).jpg](https://heidi-17455.kxcdn.com/photos/0a615da9-898f-4c8b-b3de-b92ae37d25ad/large "Le fondateur d'Infomaniak, Boris Siegenthaler (à gauche), a décoré les locaux de l'entreprise à sa manière. / Photo Niels Ackermann / Lundi 13 pour Heidi.news")

Niels Ackermann et moi-même avons pu visiter les lieux le 2 août 2023, accompagnés de Boris Siegenthaler, fondateur et directeur stratégique d’Infomaniak, et de Thomas Jacobsen, chargé de communication. Nous les avons d’abord retrouvés dans leurs bureaux de la zone industrielle des Acacias, où nous avons pu faire le tour du propriétaire.

### **Vers des centres plus verts**

Après cette première visite, direction l’objectif du jour, avec la Tesla d’Infomaniak. L’entreprise créée en 1994 a des ambitions écologiques élevées. Elle achèvera prochainement la construction d’un quatrième *datacenter* à Plan-les-Ouates, dans le souterrain d’un écoquartier, qui servira en prime de chauffage public. Quelque 6000 ménages en bénéficieront.

Comme l’explique le fondateur de l’entreprise, un centre de données peut être conçu comme *«une machine à transformer l’énergie électrique en énergie thermique»*. En général, cette chaleur est évacuée puis relâchée dans l’atmosphère, occasionnant un bilan énergétique désastreux.

![IMG_0018.JPG](https://heidi-17455.kxcdn.com/photos/32ca5047-e805-4855-8956-bb499047fa94/large "Le nouveau datacenter est situé sous ce quartier d'habitation écologique à la Jonction. / Photo Infomaniak")

Ce ne sera pas le cas à Plan-les-Ouates, où l’énergie produite par le *datacenter* doit être valorisée. Des pompes à chaleur permettront de maintenir la température ambiante autour des serveurs à 28 °C, tout en alimentant le réseau de chauffage des habitations alentour avec de l’eau entre 67 et 82 °C. *«Une innovation mondiale»*, s’enthousiasme Boris Siegenthaler. Mais pas gratuite: l’installation initiale a coûté 6 millions de francs d’investissement.

Nous n’avons pas pu visiter ce datacenter, encore en travaux, qui représente selon Infomaniak l’avenir du secteur.

### Au cœur du DIII

Le DIII, opérationnel depuis 2013, était déjà ambitieux dans ses objectifs environnementaux, et n’a cessé d’évoluer pour les renforcer, même si Infomaniak le considère désormais comme obsolète au plan écologique.

*«Malgré tous nos efforts pour maximiser l’efficacité énergétique de cette infrastructure, l’intégralité de la chaleur qu’elle produit est gaspillée dans l’atmosphère»*, se désole Thomas Jacobsen. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas continuer d’améliorer l’existant. Des panneaux photovoltaïques conçus en Suisse et produits en Allemagne par Meyer Burger seront prochainement installés autour du bâtiment.

#### Lire aussi: [Les datacenters, ces chaudières géantes](https://www.heidi.news/explorations/green-it-ou-les-paris-suisses-de-l-informatique-durable/les-datacenters-ces-chaudieres-geantes)

Pour pénétrer dans l’immeuble, qui semble comme perdu au milieu de nulle part, Boris Siegenthaler doit scanner son visage. Chaque porte au sein du *datacenter* nécessite une authentification biométrique. *«Dans les lieux les plus sensibles, l’empreinte digitale est aussi requise»*, ajoute le fondateur d’Infomaniak.

![NAK_0323.jpg](https://heidi-17455.kxcdn.com/photos/e62c9d5d-3205-4f38-92ca-22e536fc1264/large "Chaque porte du centre de données d'Infomaniak est protégée par des systèmes de reconnaissance biométrique. / Photo Niels Ackermann / Lundi 13 pour Heidi.news")

Nous arrivons au troisième étage. Les milliers de serveurs qui tournent ici servent à héberger des données ou à fournir de la puissance de calcul pour les applications cloud proposées par Infomaniak. *«Toutes les informations qui sont stockées ici le sont à deux autres endroits»*, détaille Boris Siegenthaler. L’entreprise propose aussi un service de colocation, qui permet à des acteurs externes d’installer leurs machines dans le bâtiment.

![NAK_0269.jpg](https://heidi-17455.kxcdn.com/photos/f7d8c6e7-dde7-414d-b14e-8e97ba19ec22/large "Ces deux onduleurs permettent de transformer du courant continu en courant alternatif pour alimenter les machines du centre de données. / Photo Niels Ackermann / Lundi 13 pour Heidi.news")

Les services cloud sont devenus la norme. En l’occurrence, Infomaniak alloue les capacités de ses serveurs à ses clients en fonction de leurs besoins, que ce soit en stockage ou en puissance de calcul. Tout est automatisé, et la facture prend en compte la consommation effective. Il s’agit d’un service d’infrastructure à la demande, l’une des principales offres de l’entreprise, aux côtés de sa suite de logiciels (kSuite) développée en interne.

### **Une ruche bouillonnante**

Premier constat, une fois arrivé dans la salle des serveurs: il fait chaud. *«Nous maintenons une température minimale de 28 degrés»,* explique Thomas Jacobsen. Soit cinq degrés de plus que ce que pratique l’industrie. Et avec l’été, ce seuil augmente. *«Nos machines fonctionnent parfaitement dans de telles conditions, réduire la température reviendrait à perdre de l’énergie»*, affirme le chargé de communication. Les appareils peuvent supporter des températures de 35 degrés sans perte d’efficacité.

![NAK_0301.jpg](https://heidi-17455.kxcdn.com/photos/5e7eef16-72c5-4ebf-b7d5-4f55fdcb3800/large "Une salle qui permet d'accéder aux câblage des serveurs. De ce côté-ci, la chaleur est plus élevée. / Photo Niels Ackermann / Lundi 13 pour Heidi.news")

Autre élément marquant: le bruit. La ventilation tourne à plein régime en cette période estivale. Alors que Boris Siegenthaler me propose un casque antibruits, Niels Ackermann prend la mesure de l’environnement sonore à l’aide de sa montre connectée: 94 décibels.

![NAK_0278.jpg](https://heidi-17455.kxcdn.com/photos/ebe2f3bf-b7b9-49bc-881d-37801b2843ac/large "La salle pour accéder aux serveurs de face. / Photo Niels Ackermann / Lundi 13 pour Heidi.news")

Dans ce bâtiment, il fait sombre. L’éclairage est limité au strict nécessaire, tout comme les autres fonctionnalités énergivores. Seule la salle où sont alimentées les batteries de secours est climatisée, afin de ne pas affecter leur durée de vie. Ce lieu fait aussi l’objet d’une attention particulière. *«C’est la seule salle dans ce bâtiment où il y a du combustible*, explique Boris Siegenthaler. *Nous veillons donc à réduire au maximum les risques d’incendie.»*

![NAK_0428.jpg](https://heidi-17455.kxcdn.com/photos/7e73bc3a-0912-462a-9b17-7a2539f54679/large "Une pièce où sont entreposés les composants permettant d'assembler, de modifier ou de réparer les serveurs. Un matériel souvent très onéreux. / Photo Niels Ackermann / Lundi 13 pour Heidi.news")

Des serveurs, il y en a plein les racks. Ici, l’espace est utilisé dans son intégralité. Boris Siegenthaler nous montre une salle où sont entreposées les pièces détachées: disques SSD et NVMe pour le stockage, processeurs pour la puissance de calcul… les machines sont assemblées, modifiées et réparées ici. Certains composants peuvent coûter très cher, notamment les processeurs graphiques (GPU) utilisés pour les tâches qui requièrent des algorithmes d’intelligence artificielle, particulièrement gourmands en ressources.

### **Des autorités peu concernées**

L’évolution des usages (streaming vidéo et musique, gaming, vidéoconférences…) va de pair avec une croissance exponentielle de la quantité de données générées. Alors les centres de données se multiplient comme les petits pains proverbiaux: on en compte [déjà plusieurs milliers](https://www.datacentermap.com/datacenters/) de *datacenters* dans le monde, et leur nombre ne fait qu’augmenter. [D’après des chiffres de 2021](https://www.usinenouvelle.com/article/les-geants-d-internet-ont-double-leur-nombre-de-datacenters-en-cinq-ans.N1140207), les géants du numérique en ouvrent en moyenne 16 nouveaux chaque trimestre, et [des milliards de dollars sont investis](https://datacenter-magazine.fr/investissements-records-sur-le-marche-europeen-des-datacenters/) chaque année dans la construction de ces infrastructures.

Contactés, ni le Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et des communications (DETEC) ni l’Office fédéral de la statistique n’étaient en mesure de fournir d’évaluer le nombre de centres de données présents en Suisse. Alors qu’il s’agit d’une activité devenue aussi critique que stratégique pour le fonctionnement d’un pays moderne. En 2022, le fournisseur de centres de données genevois SafeHost a été [racheté par un fonds d’investissement américain](https://www.heidi.news/cyber/derriere-le-rachat-du-genevois-safehost-l-ombre-des-geants-du-numerique) lié aux géants du numérique. L’information est passée presque inaperçue.

Un manque d’intérêt qui a de quoi surprendre. L’Etat ne semble pas s’intéresser de près aux lieux où sont hébergées les données personnelles de ses citoyens. Et nous verrons que les entreprises qui les récoltent ne partagent pas volontiers ces informations.

https://www.heidi.news/articles/la-ou-vont-nos-donnees-personnelles-au-coeur-de-datacenters-ultrasecurises-a-geneve

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Une mère qui a eu recours à la GPA: «Aux yeux de la Suisse, ma relation avec mon propre fils n'existe pas»

La gestation pour autrui ne se termine pas avec la naissance de l'enfant. Les parents doivent se battre pour être reconnus comme ses gardiens légaux. Les mères porteuses voient, elles, l'argent leur filer entre les doigts.

Albert ne semble pas dans son assiette. Le nouveau-né âgé de deux semaines a chaud et il s'agite. Sa mère Adriana, une Irlandaise d’origine roumaine, prend sa température: 39,1 degrés. Dans sa tête, les pensées se bousculent: «Je ne suis pas sa mère aux yeux de la loi. Je ne peux pas l'emmener à l'hôpital. Mais je ne peux pas laisser mon bébé tout seul». Comme sa grande sœur Alice, Albert est né d'une mère porteuse ukrainienne. C’est Katya qui lui a donné naissance à Varsovie, après avoir fui son pays au début de la guerre.

Lire aussi: En Ukraine: «Pose ton bébé, ton pays est en guerre!»

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https://www.heidi.news/articles/une-mere-qui-a-eu-recours-a-la-gpa-aux-yeux-de-la-suisse-ma-relation-avec-mon-propre-fils-n-existe-pas

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Israël et Palestine, la paix est-elle encore un horizon?

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https://www.heidi.news/articles/israel-et-palestine-la-paix-est-elle-encore-un-horizon

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«La propagande israélienne a gagné la guerre dans les médias»

OPINION. Riccardo Bocco est professeur émérite au Département d'anthropologie et de sociologie de l'IHEID à Genève, et spécialiste de la situation au Proche-Orient. Il nous livre ici son analyse des événements actuels en Israël et Palestine.

La mort d’une conférence pour la paix


Les reportages de Heidi.news de chaque côté du mur, «Palestine, terre d’humiliation» et «Israël, terre de promesses», ont été publiés au printemps 2023. A la rentrée, nous les avons rassemblés dans une revue imprimée, qui intégrait aussi une partie de l’enquête «Ouvrir la boîte noire de Tsahal» publiée l’an dernier. Pour terminer ce cycle sur le Proche-Orient, nous avons organisé une conférence qui devait se tenir le 18 octobre à la Maison de la Paix, en partenariat avec le Geneva Graduate Institute.


Cela correspondait aussi aux 30 ans des Accords d’Oslo, en 1993, et aux 20 ans de l’Initiative de Genève, en 2003, deux développements historiques qui n’ont pas tenu leurs promesses.


Ce débat devait faire le point de la situation sur le terrain, dégager des pistes pour une paix durable et passer en revue le rôle des acteurs extérieurs, notamment la Suisse. Mais l’attaque du Hamas le 7 octobre a bouleversé les esprits, les agendas et les possibilités de voyager, notamment pour les Palestiniens de Cisjordanie. Il était dès lors impossible de l’organiser: nous l’avons reporté au début 2024.


En attendant des jours meilleurs, nous avons posé les trois mêmes questions d’éclairage à trois des participants à la table ronde: **Yossi Beilin**, ancien ministre israélien, négociateur des Accords d’Oslo et de l’Initiative de Genève, l’avocate palestinienne **Hiba Husseini**, qui a conseillé les négociateurs palestiniens à plusieurs reprises, et **Riccardo Bocco**, professeur émérite à l’IHEID et spécialiste du Proche-Orient. La parole à ce dernier.**

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### **Quel est pour vous le contexte des événements actuels?**

Les événements actuels doivent être replacés dans le contexte du conflit israélo-palestinien qui dure depuis 75 ans et dont la résolution semble encore lointaine. Aux récents crimes de guerre commis par le Hamas lors de son assaut contre les soldats et les civils israéliens répondent maintenant de nouveaux crimes de guerre commis par les forces israéliennes contre la population civile de Gaza. Si Israël a le droit de se défendre, la population palestinienne occupée a le droit de résister. Dans les deux cas, en respectant le droit international humanitaire.

L'attaque du 7 octobre rappelle aux citoyens juifs israéliens les heures les plus sombres de l'Holocauste, leurs craintes d'être sans protection et la fragilité de leur État. De leur côté, les Palestiniens craignent une nouvelle Nakba. Le cabinet de guerre israélien a enjoint à la population palestinienne de quitter la partie nord de la bande de Gaza, sans préciser si et quand les habitants pourront rentrer chez eux. Cela rappelle aux Palestiniens les différents épisodes de nettoyage ethnique et de transferts forcés de population qu'ils ont subis pendant et après les guerres de 1948, 1956, 1967 et 1973, ainsi que la première et la deuxième intifada — pour ne citer que les événements les plus connus.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, la violence de l'assaut du Hamas intervient après des attaques répétées de l'armée israélienne et des raids des colons contre les villages et les villes palestiniens, sans parler des provocations au Dôme du Rocher et à la mosquée Al-Aqsa par les juifs orthodoxes israéliens, actes jugés intolérables par une majorité de la population musulmane locale et internationale.

Au cours des 30 dernières années, les régimes politiques en Israël et en Palestine ont ouvert la voie à l'arrivée de groupes religieux dont les visions messianiques sont actuellement incompatibles avec un projet de paix fondé sur une approche de coexistence mutuelle.

### **Quel chemin voyez-vous vers la paix?**

En 2023, alors que l’on célèbre le 30e anniversaire (de l'échec) des Accords d'Oslo, les Etats occidentaux sont encore incapables d'assumer leurs responsabilités pour n'avoir pas su (ou pas voulu) accompagner le processus de paix en rappelant aux «partenaires de la paix» leurs devoirs au regard du droit international, et pour ne pas les avoir sanctionnés lorsque la situation devenait explosive. Les Etats-Unis ont adopté une approche incrémentale, rendant chaque «partenaire de paix» responsable de ses propres actes, comme si l'asymétrie des forces entre Israéliens et Palestiniens ne devait pas être prise en compte.

Au lieu de se concentrer sur une politique de résolution des conflits, les États-Unis et l'Union européenne ont opté pour une gestion des conflits. C'est-à-dire qu'ils ont essayé de maintenir autant que possible le conflit à une faible intensité, en fournissant une aide humanitaire et une assistance économique aux populations palestiniennes censées accepter cette aide et les injustices auxquelles elles étaient confrontées. Au lieu de déclarer l'illégalité de l'occupation et de la colonisation, ils ont fermé les yeux. Y compris sur la corruption de l'Autorité palestinienne, véritable gérontocratie, et son maintien au pouvoir malgré l'absence d'élections parlementaires et présidentielles depuis le milieu des années 2000.

La seule issue pour la paix est la volonté politique de toutes les parties prenantes de trouver un processus de résolution du conflit, qui puisse s'en tenir autant que possible au droit international, tout en consentant en même temps à des compromis raisonnables et acceptables pour chaque partie. En fin de compte, la légitimité et la sécurité de l'État israélien et de ses citoyens juifs viendront des Palestiniens et non de la Torah ou d'un recours aveugle à la force.

N'oublions pas non plus que l'OLP était le «terroriste d'hier» pour Israël et qu'à l'avenir, des négociations avec le Hamas et ses partisans, mais aussi avec les colons orthodoxes et les suprémacistes nationalistes juifs, seront indispensables. A titre de comparaison, le processus de paix en Irlande du Nord n'a réellement débuté que lorsque l'IRA a été invitée à s'asseoir à la table des négociations.

La solution des deux États est désormais obsolète. En 1993, l'OLP a accepté de construire un État sur 22 % du territoire de la Palestine historique, mais un rapide coup d'œil à la carte redessinée par l'expansion des colonies israéliennes prouve que le projet est impossible.

De nouvelles perspectives ont récemment émergé grâce au travail des sociétés civiles israélienne et palestinienne. Elles ont fait émerger trois grandes options qui doivent être discutées en profondeur: un «État démocratique unique», un «État binational», ou un «État confédéral». Elles ne pourront être mises sur la table que lorsque les armes se tairont.

### **Qu'attendez-vous des acteurs extérieurs?**

Le plus effrayant actuellement, c'est l'attitude de la communauté internationale, en particulier des Etats-Unis et de la plupart des Etats européens. Ils semblent jeter de l'huile sur le feu en affichant une position unilatérale de soutien à Israël, en oubliant l'occupation illégale des Territoires palestiniens depuis 1967, la poursuite de la colonisation et les nombreux crimes de guerre commis par l'Etat hébreu au fil du temps.

Plus récemment, les États-Unis et l'UE ont également choisi d’ignorer pas moins de cinq rapports rédigés depuis 2017 par l'ONU, Amnesty International, Human Rights Watch et deux ONG israéliennes et palestiniennes de défense des droits de l'homme, lesquels pointent l'existence d'un système d'apartheid mis en place par Israël à l'égard des Palestiniens. Accepter d'être sourd et aveugle n'aide pas à avancer sur le chemin de la paix…

Aux yeux des Palestiniens et des populations de nombreux pays arabes, les Etats-Unis, l'UE et la plupart des Etats occidentaux ont perdu leur crédibilité. Et la Suisse, trop occupée à essayer de faire émerger un consensus sur le classement du Hamas comme organisation terroriste, risque aussi de perdre son rôle de partenaire diplomatique et d'intermédiaire entre les parties en guerre.

Au cours des trois dernières décennies au moins, la *«hasbara»* israélienne (l’«explication », ou plutôt la propagande) a gagné la guerre dans les médias et une partie de l'opinion publique internationale. L'un des exemples les plus saisissants est l'adoption de la définition de l'antisémitisme de l'IHRA (International Holocaust Remembrance Association) par les États-Unis, l'UE, l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l'Italie, les Pays-Bas. Selon la définition de l'IHRA, toute attitude critique à l'égard du gouvernement israélien peut être assimilée à un acte d'antisémitisme!

Aujourd'hui, en donnant le feu vert à la démesure israélienne, l’Occident risque d'être complice d'un nouveau génocide. Comme l'a écrit Raz Segal il y a quelques jours, «La Convention des Nations unies sur le génocide énumère cinq actes qui entrent dans sa définition. Israël en commet actuellement trois à Gaza :

* Meurtre de membres du groupe,

* Atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe,

* Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle.»

Le ghetto de Gaza a réussi à survivre pendant 16 ans. Espérons que l'UE et les autres décideurs internationaux se réveilleront à temps.

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**Cet article exprime le point de vue de son auteur, et non une prise de position de *Heidi.news*. La distinction entre les faits et les opinions est à la base du journalisme.**
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https://www.heidi.news/articles/la-propagande-israelienne-a-gagne-la-guerre-dans-les-medias

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«La guerre conduira à la dévastation et ne garantira en rien la sécurité d'Israël»

OPINION. Hiba Husseini, à la tête du cabinet d'avocats Husseini & Husseini à Ramallah (Cisjordanie), a été conseillère juridique auprès des délégations palestiniennes lors des négociations avec Israël. Elle nous livre ici son analyse des événements actuels en Israël et Palestine.

La mort d’une conférence pour la paix


Les reportages de Heidi.news de chaque côté du mur, «Palestine, terre d’humiliation» et «Israël, terre de promesses», ont été publiés au printemps 2023. A la rentrée, nous les avons rassemblés dans une revue imprimée, qui intégrait aussi une partie de l’enquête «Ouvrir la boîte noire de Tsahal» publiée l’an dernier. Pour terminer ce cycle sur le Proche-Orient, nous avons organisé une conférence qui devait se tenir le 18 octobre à la Maison de la Paix, en partenariat avec le Geneva Graduate Institute.


Cela correspondait aussi aux 30 ans des Accords d’Oslo, en 1993, et aux 20 ans de l’Initiative de Genève, en 2003, deux développements historiques qui n’ont pas tenu leurs promesses.


Ce débat devait faire le point de la situation sur le terrain, dégager des pistes pour une paix durable et passer en revue le rôle des acteurs extérieurs, notamment la Suisse. Mais l’attaque du Hamas le 7 octobre a bouleversé les esprits, les agendas et les possibilités de voyager, notamment pour les Palestiniens de Cisjordanie. Il était dès lors impossible de l’organiser: nous l’avons reporté au début 2024.


En attendant des jours meilleurs, nous avons posé les trois mêmes questions d’éclairage à trois des participants à la table ronde: **Yossi Beilin**, ancien ministre israélien, négociateur des Accords d’Oslo et de l’Initiative de Genève, **Riccardo Bocco**, professeur émérite à l’IHEID et spécialiste du Proche-Orient, et l’avocate palestinienne **Hiba Husseini**, qui a conseillé les négociateurs palestiniens à plusieurs reprises. La parole à cette dernière.**

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### **Quel est pour vous le contexte des événements actuels?**

Pour les Palestiniens, il s'agit de se libérer de l'occupation, d'exercer leur droit à l'autodétermination, de mettre fin à 75 ans de souffrance et de mettre un terme au conflit. Nous nous demandons toujours pourquoi Israël fait tout ce qui est en son pouvoir pour maintenir le conflit. Pourquoi les gouvernements israéliens successifs insistent-ils sur une politique de gestion du conflit alors que tout indique que la violence va éclater, encore et encore? Les Palestiniens ont averti, en privé et en public, que la poursuite de l'oppression et de la souffrance conduirait à une insécurité accrue.

Depuis l'assassinat du Premier ministre Itzhak Rabin en 1995, Israël a décidé que les Palestiniens n'étaient plus un partenaire pour un quelconque accord de paix. Au lieu de cela, il a cherché à rendre infranchissable la séparation entre la Cisjordanie et la bande de Gaza, à isoler Jérusalem-Est et à exercer une plus grande emprise sur les lieux saints, en particulier la mosquée Al-Aqsa. Israël a intensifié la construction de colonies autour de Jérusalem-Est et dans la zone C. Aujourd'hui, il y a plus de 750’000 colons en Cisjordanie, dont 250’000 à Jérusalem-Est.

La guerre conduira à la dévastation et ne garantira en rien la sécurité future d'Israël. La politique israélienne, soutenue par les États-Unis, a consisté à normaliser les relations avec les voisins arabes. Israël a même délimité avec le Liban une «frontière du gaz naturel», qui laisse les Palestiniens de côté. Cette politique a échoué. La question palestinienne est redevenue une priorité absolue et très urgente.

Israël pensait pouvoir ignorer les Palestiniens et maintenir des territoires divisés sous son contrôle. Il n'a pas su lire les signes et les avertissements. Ce faux sentiment de maîtrise totale de la situation l’a aveuglé. Certains observateurs ont parlé d'arrogance — peut-être est-ce le cas. L'Occident, lui, a tourné son attention vers d'autres priorités, comme l'invasion russe de l'Ukraine et les affaires intérieures. L’Occident a négligé la question palestinienne alors qu’il est, pour la plupart des Palestiniens, le principal responsable de l’accaparement de leurs terres par Israël.

### **Quel chemin voyez-vous vers la paix?**

Arrêter l'invasion terrestre! Pas de transfert de population de Gaza vers l'Égypte ou la Jordanie. L'ONU doit entrer dans Gaza et administrer l'aide humanitaire, notamment les médicaments, la nourriture, l'eau et le carburant. L'ONU doit rester sur le terrain à Gaza pendant au moins six mois afin qu’un cessez-le-feu soit instauré et respecté, et que la libération des otages et prisonniers de guerre soit assurée. Le Hamas ne doit pas être autorisé à reprendre le contrôle de l'administration de Gaza. L’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas n'a aucune légitimité en Cisjordanie, et encore moins dans la bande de Gaza. Elle ne pourra donc jouer aucun rôle. Une autorité internationale et arabe chapeautée par une agence palestinienne doit prendre le relais jusqu'à ce que les Palestiniens soient en mesure de s'autogouverner et de s’autoréguler. La communauté internationale doit être présente pour garantir qu'Israël ne gâche pas cette opportunité.

### **Qu'attendez-vous des acteurs extérieurs?**

L'ONU, à la tête d'une force multinationale, doit intervenir pour administrer, réhabiliter et reconstruire Gaza. Tout cela en attendant de passer de la gestion des conflits à leur résolution, une fois pour toutes, sur la base de l’égalité politique. L'Irlande, l'Afrique du Sud et d'autres conflits ont été résolus de manière équitable: le conflit israélo-palestinien peut l'être aussi. Cette guerre doit être un signal d'alarme pour l'Occident, qui devrait cesser de choyer Israël en raison de sa propre culpabilité!

Une invasion terrestre ne fera que prolonger le conflit et polariser le monde entre un camp des bons et un camp des méchants. Il s'agit là d'une mauvaise politique pour résoudre un conflit, quel qu'il soit. Des parties neutres comme la Norvège, la Finlande ou la Suisse, ainsi que l'Arabie saoudite et d'autres pays arabes qui ont normalisé leurs relations avec Israël, peuvent jouer un rôle essentiel pour rétablir le calme afin que la cause profonde du conflit soit traitée et résolue. La Cisjordanie et la bande de Gaza doivent être reliées et connectées. Un plan Marshall doit être rapidement mis en place.\

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**Cet article exprime le point de vue de son auteur, et non une prise de position de *Heidi.news*. La distinction entre les faits et les opinions est à la base du journalisme.**
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https://www.heidi.news/articles/la-guerre-conduira-a-la-devastation-et-ne-garantira-en-rien-la-securite-d-israel

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«Netanyahou a commis une erreur monumentale et finira par devoir quitter le pouvoir»

OPINION. Ancien ministre israélien sous Ehud Barak et député à la Knesset pour le parti de gauche Meretz (qu'il dirige), Yossi Beilin a été négociateur des Accords d’Oslo et de l’Initiative de Genève. Il nous livre ici son analyse des événements actuels en Israël et Palestine.

La mort d’une conférence pour la paix


Les reportages de Heidi.news de chaque côté du mur, «Palestine, terre d’humiliation» et «Israël, terre de promesses», ont été publiés au printemps 2023. A la rentrée, nous les avons rassemblés dans une revue imprimée, qui intégrait aussi une partie de l’enquête «Ouvrir la boîte noire de Tsahal» publiée l’an dernier. Pour terminer ce cycle sur le Proche-Orient, nous avons organisé une conférence qui devait se tenir le 18 octobre à la Maison de la Paix, en partenariat avec le Geneva Graduate Institute.


Cela correspondait aussi aux 30 ans des Accords d’Oslo, en 1993, et aux 20 ans de l’Initiative de Genève, en 2003, deux développements historiques qui n’ont pas tenu leurs promesses.


Ce débat devait faire le point de la situation sur le terrain, dégager des pistes pour une paix durable et passer en revue le rôle des acteurs extérieurs, notamment la Suisse. Mais l’attaque du Hamas le 7 octobre a bouleversé les esprits, les agendas et les possibilités de voyager, notamment pour les Palestiniens de Cisjordanie. Il était dès lors impossible de l’organiser: nous l’avons reporté au début 2024.


En attendant des jours meilleurs, nous avons posé les trois mêmes questions d’éclairage à trois des participants à la table ronde: l’avocate palestinienne **Hiba Husseini**, qui a conseillé les négociateurs palestiniens à plusieurs reprises, **Riccardo Bocco**, professeur émérite à l’IHEID et spécialiste du Proche-Orient, et **Yossi Beilin**, ancien ministre israélien, négociateur des Accords d’Oslo et de l’Initiative de Genève. La parole à ce dernier.**

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### **Quel est pour vous le contexte des événements actuels?**

Le monde arabe est divisé entre des forces pragmatiques et des mouvements islamistes extrêmes. Cette division caractérise les Palestiniens et s'exprime par la tension permanente entre le Fatah et le Hamas. Il y a quelques décennies, le Fatah était un mouvement d'étudiants palestiniens, créé au Caire par la deuxième génération de réfugiés palestiniens, dont l'objectif était de retourner en Palestine et d'effacer l'État juif, avec l'aide des pays arabes. Le Hamas était une branche des Frères Musulmans, confrérie créée au Caire en 1928.

Le Fatah était un parti politique, devenu le parti dominant de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), qui appelle à la création d'un Etat palestinien sur l'ensemble des territoires de l'ancien mandat britannique. Le Hamas était un mouvement religieux qui se concentrait sur l'aide sociale et l'éducation. Mais tous deux ont changé à la fin des années 1980. Le Hamas est devenu un parti politique qui appelle à l'anéantissement d'Israël et à l'établissement d'un État islamique théocratique. L'un de ses bras s'occupe de l'aide sociale, l'autre de la terreur contre Israël. Le Hamas est devenu l'ennemi juré du Fatah.

En novembre 1988, l'OLP, dirigée par le Fatah, s'est engagée à dénoncer le terrorisme et à accepter la résolution 242 de l’Assemblée générale des Nations unies, qui reconnaissait (indirectement) Israël. Lorsque les accords d'Oslo ont été signés par l'OLP et Israël, le Hamas s'y est opposé de toutes ses forces et a fait preuve d'une grande violence à l'égard des Israéliens. En 2006, le Hamas a participé aux élections du Conseil législatif palestinien, a obtenu la majorité et a formé un gouvernement d'unité de courte durée avec le Fatah. En juin 2007, après une confrontation cruelle et violente avec le Fatah à Gaza, le Hamas a pris le contrôle de la bande de Gaza et y a mis en place des institutions proto-étatiques. Tous les efforts déployés pour ramener sur le devant de la scène l'Autorité palestinienne dirigée par le Fatah ont échoué.

Le Hamas avait besoin d'une sorte d'Armageddon pour changer la donne, avec l’espoir de voir se rapprocher sa vision de l'État islamique. L'attaque de type «Daech» contre les habitants des *kibboutz* et *moshavs* israéliens dans le sud d'Israël le 7 octobre est aussi à comprendre comme une tentative pour le Hamas de gagner les faveurs des Palestiniens dans le cadre d’un conflit interne, en plus de vouloir affaiblir et ébranler Israël. L'opération terrestre prévue par Israël vise à remplacer la direction du Hamas par l'Autorité palestinienne ou une tierce partie. Quoi qu’il en soit, Israël ne devrait pas retourner dans la bande de Gaza.

### **Quel chemin voyez-vous vers la paix?**

L’histoire nous apprend que la paix suit la guerre. Pendant longtemps, les camps de la paix palestinien et israélien qui proposaient de nouvelles idées et des projets d'accords ont surtout été accueillis par du cynisme. On nous disait que notre conflit était insoluble, que des récits aussi divergents de part et d’autre ne nous permettraient pas de faire la paix. Que la droite en Israël était plus forte que jamais, que la partie palestinienne était divisée entre la Cisjordanie et Gaza, de sorte qu'il n'y avait pas d'interlocuteur palestinien unique pour Israël. Que les dirigeants du monde étaient des pompiers et que s'il n'y avait pas le feu au Moyen-Orient, aucun d'entre eux ne consacrerait de temps à pousser ce rocher de Sisyphe qu’est devenu le processus de paix entre les Palestiniens et les Israéliens.

Aujourd'hui, la situation est très différente. Si, à la suite de l'opération terrestre, les dirigeants du Hamas sont boutés hors de Gaza, Israël n’aura plus qu’un seul partenaire potentiel pour la paix: l'OLP, dirigée par le président Abbas. La division du camp palestinien aura cessé d’être, et elle ne servira plus de prétexte à la mise sur pause des négociations israélo-palestiniennes en vue d'une solution permanente.

En Israël, il est impossible de penser que la coalition d'extrême droite au pouvoir, dirigée par Bibi Netanyahu, l'emporte après la guerre actuelle. Avec ou sans commission d'enquête, l'histoire est connue: ce gouvernement a préféré traiter avec le Hamas plutôt qu'avec l'OLP, parce qu'il était opposé à la solution des deux États et que le Hamas du même avis. Le fait très clair que le Hamas est un Daech palestinien, révélé le 7 octobre 2023, a explosé au visage de Netanyahou et de son gouvernement. Il s'agissait d'une erreur stratégique fondamentale, loin devant les interrogations sempiternelles sur qui savait exactement quoi, ou si quelqu’un a négligé certains éléments d’information *(sur l’attaque en préparation, ndlr.)*.

Cette erreur monumentale découle d'une idéologie très dangereuse, et c'est pourquoi Netanyahou devra mettre fin à sa longue carrière politique, en démissionnant de lui-même ou sous pression de l'opinion publique. Un gouvernement israélien de centre-gauche, dirigé par un homme d'État qui croit en une solution à deux États, changera la donne.

### **Qu'attendez-vous des acteurs extérieurs?**

Au bout du compte, c'est une question de personnes, pas d'Etats. Il est urgent de trouver un dirigeant qui comprenne le risque d'une explosion au Proche-Orient, qui se soucie des deux parties, qui comprenne qu'elles sont toutes deux victimes, et qui soit prêt à investir du temps et de l'énergie dans un effort visant à réunir les dirigeants pragmatiques des deux parties pour les convaincre de faire le compromis de leur vie.

Le dirigeant d'une superpuissance qui décide d'intervenir dans la résolution d'un conflit devient instantanément un acteur — comme Jimmy Carter, indispensable au processus de paix israélo-égyptien —, car il peut allouer des ressources financières, amener avec lui une coalition d'autres pays, mettre en place des forces multinationales de maintien de la paix si nécessaire, etc.

Le dirigeant d'un petit pays est en général plus souple, dispose de plus de temps et peut mener une diplomatie de la navette, ce qui peut s'avérer essentiel pour réussir. Dans mes efforts pour la paix, j'ai été aidé par les dirigeants de petits pays (la Norvège pour l'accord d'Oslo, la Suède pour les accords Beilin-Abu Mazen), mais il est difficile d'établir des règles dans ce domaine. Mieux vaut attendre qu’un homme politique se préoccupe de la situation.

Il ne s'agit pas seulement d'aider les parties à négocier entre elles. Il s'agit d'organiser des conférences publiques et d'inviter Palestiniens et Israéliens à présenter leurs points de vue et à donner leurs idées. Il s'agit aussi de venir en visite officielle dans la région pour prouver aux deux peuples que le monde ne les a pas abandonnés et n'a pas renoncé à résoudre leur long conflit.

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**Cet article exprime le point de vue de son auteur, et non une prise de position de *Heidi.news*. La distinction entre les faits et les opinions est à la base du journalisme.**
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https://www.heidi.news/articles/netanyahou-a-commis-une-erreur-monumentale-et-finira-par-devoir-quitter-le-pouvoir

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Filmé à son insu: un jeune Vaudois érafle une Tesla et se fait dénoncer par la voiture

Dans le canton de Vaud, un père dont le fils a éraflé par accident une Tesla en stationnement a eu la surprise d'apprendre que la scène avait été filmée. La légalité de ce «mode sentinelle», susceptible de se généraliser sur d'autres véhicules, pose question au regard du respect de la vie privée.

C’est une histoire a priori banale, mais qui en dit long. Elle s’est déroulée début octobre 2023 en banlieue de Lausanne. En fin d’après-midi, le petit Corentin (prénom modifié) sort du sport. En ouvrant la portière de la voiture de son père, il percure légèrement le véhicule stationné juste à côté. Georges (prénom modifié) vérifie rapidement que son fils n’a pas abîmé la carrosserie. Il ne constate rien.

L’affaire aurait dû en rester là, mais le véhicule impliqué dans l’incident est une Tesla. Ce véhicule high tech possède un «mode sentinelle»: huit caméras embarquées qui, dès qu’elles détectent le moindre mouvement, enregistrent la scène, même à l’arrêt. Jusqu’à une distance de 240 mètres, d’après le constructeur.

La semaine suivante, alors que Georges emmène comme d’habitude Corentin à sa séance de sport, la propriétaire du véhicule concerné l’interpelle. Elle lui envoie une vidéo sur WhatsApp, où l’on distingue clairement que Corentin touche la Tesla lorsqu’il ouvre la portière de la voiture de son père. C’est le mari de la propriétaire du véhicule, qui se trouve être le coach sportif de Corentin, qui l’a identifié sur les images, que Heidi.news a également pu consulter.

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Hectar, l'école d'agriculture de Xavier Niel: phare de la modernité ou belle vitrine creuse?

Le campus français Hectar, fondé par l'homme d'affaires milliardaire Xavier Niel, se veut une sorte d'«Ecole 42» pour paysans, moderne et innovante. Alors qu'il vient de fêter ses deux ans, nous nous sommes rendus sur place, en région parisienne, pour évaluer le projet. Au-delà de sa communication triomphale.

Un imposant corps de ferme centenaire ravalé avec goût, au milieu de champs et de bois. Quelques touches futuristes à l’entrée, avec ces caméras de surveillance et un parking et des bornes de charge pour voiture électrique. Du rural paré de modernité, voici une image qui colle bien au paradigme d’Hectar.

L’école Hectar a ouvert ses portes en 2020 à Lévis-Saint-Nom, dans la vallée de Chevreuse, au sud de Paris. Fondée par le richissime homme d’affaires français Xavier Niel et Aurélie Bourolleau, ancienne conseillère agriculture d’Emmanuel Macron, elle est en quelque sorte la déclinaison des célèbres écoles 42 au monde de l’agriculture.

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Les élections fédérales dessinent une Suisse craintive, repliée sur ses acquis.

Les premières projections des élections fédérales 2023 montrent ce dimanche une poussée de la droite dure et un recul écologiste.

Est-ce la montée des tensions internationales, la guerre en Europe, les images de Lampedusa ? Le pays a renouvelé son parlement ce dimanche 22 octobre, avec des tendances lourdes, qui vont marquer la prochaine législature: l’UDC fait une progression importante, selon les premières projections, (+3,3 %) et assure sa position de premier parti du pays, et de loin.

Pourquoi c’est important? La formation a fait campagne sur une Suisse qui conserve une stricte neutralité face aux conflits, notamment en Ukraine. Une nation qui se préserve aussi d’une immigration et d’une présence étrangère «qui menacent ses valeurs». On en voit les premiers échos ce dimanche avec un éditorial de la SonntagsBlick, qui appelle la Conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider à mettre fin à la “Willkommenskultur” et à prendre exemple sur l’Allemagne de Scholz qui durcit les conditions de l’accueil des étrangers.

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Bombardements à Gaza: Quelque chose de profond a basculé au Liban

Sophie Woeldgen est correspondante au Liban et travaille pour plusieurs médias, dont Heidi.news. Les bombardements à Gaza, et l'explosion à l'hôpital Al-Ahli Arabi, ont cassé quelque chose dans l'opinion publique libanaise. Y compris dans des franges de l'opinion plutôt favorables à Israël.

Samedi dernier, je suis rentrée à Beyrouth après un long séjour en Suisse. Mes voisins, qui gardaient mes clés, m’ont accueillie à l’aube. Encore en pyjama, Gisèle (prénom modifié), 56 ans, me propose un café et allume machinalement la télévision.

Les images de Gaza défilent. Trois immeubles s’effondrent tels des châteaux de cartes. Des femmes et des enfants hurlent, en sang. Le corps d’un nourrisson est extrait des décombres. Gisèle zappe, mais les mêmes images tournent partout en boucle.

*«Sophie, tu te souviens comment a commencé la guerre de 2006?»*, me lance Pierre *(prénom modifié)*, son mari, qui s’est joint à nous. La réponse est oui. Après la mort de huit soldats israéliens et la capture de deux autres à la frontière par le Hezbollah, Israël lance en juillet 2006 l’opération «Juste Rétribution». Elle provoque la mort de 1200 Libanais, civils pour la plupart, et fait un million de déplacés en 33 jours.

### **«En Europe, les gens ne voient pas ça?»**

C’est ce traumatisme qui a refait surface depuis le lancement des représailles israéliennes à l’attaque du 7 octobre. *«Ils font la même chose à Gaza. Maintenant, ils vont tout détruire»*, anticipe Pierre, qui énumère les bombardements sur les convois d’évacuation et les infrastructures humanitaires. *«Là, ce sont des femmes, des enfants qu’ils tuent»*, relève-t-il avant de poser l’inévitable question: *«En Europe, les gens ne voient pas ça?»*.

La colère et l’incompréhension envers les chancelleries occidentales ne sauraient être sous-estimées. Le discours de la ministre des Affaires étrangères française à Beyrouth, qui a énuméré les atrocités du Hamas en reléguant Gaza au second plan, n’est plus audible. *«Pour les occidentaux, une vie palestinienne ne vaut pas une vie israélienne»*, commente Gisèle.

Ce discours est très répandu au Liban, mais Gisèle et son mari sont chrétiens. Il y a peu, ils soutenaient encore l’Etat hébreu avec enthousiasme – l’ennemi de leur ennemi, le parti-milice chiite Hezbollah, allié du Hamas. *«J’adore Israël!»*, me lançait régulièrement Gisèle. Dans le sillage de la normalisation engagée par plusieurs pays arabes ces dernières années, une certaine rue chrétienne libanaise soutenait la signature d’un accord de paix avec Tel-Aviv. Mais depuis deux semaines, même les plus francophiles des Libanais considèrent Israël comme un «Etat meurtrier».

### Une alliance des fronts

L’identification aux civils palestiniens et le rejet de l’Occident a créé une alliance des fronts que je n’avais jamais vue ici au Liban. Dans les manifestations de solidarité pour Gaza, au lendemain de l’explosion à l’hôpital Al-Ahli Arabi, drapeaux palestiniens, du Hamas, du Fatah, du Hezbollah, du parti communiste ainsi que du PSNS (parti social nationaliste syrien), faisaient face ensemble aux gaz lacrymogènes des Forces spéciales qui protégeaient l’ambassade américaine.

Dans la foule, des jeunes laïques, apartisans, manifestaient pour la première fois aux côtés du Hezbollah. Parmi eux, Julia, 23 ans. *«On soutient la cause palestinienne et Gaza car pour nous, on ne sera jamais en paix au Liban tant que la situation des Palestiniens ne sera pas réglée.»* Au point de manifester à côté des partis-milices qu’elle exècre en temps normal? *«Cette cause-ci est bien plus importante. Le massacre de mardi, sur un hôpital chrétien, a rassemblé tout le monde.»*

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Le retour du sale juif

OPINION. Lassée d’avoir honte, notre journaliste exprime sa colère envers ceux qui confondent sionisme et judaïsme. Elle dénonce notamment les médias qui, par confort ou peur de représailles, préfèrent passer sous silence ceux qui se revendiquent juifs mais refusent le projet sioniste.

C’est revenu en force le 7 octobre. J’ai reçu des messages de gens que je connais à peine et qui, pour une raison ou pour une autre, savent que je suis juive. Outrés par l’actualité, ils souhaitaient m’exprimer leur soutien. Ils espéraient que nous, ma famille et mes proches, nous portions bien.

Lire aussi (Le Temps): Berlin, terre promise d’un judaïsme d’avant-garde

C’est ce *nous* qui m’a heurté. Il m’a heurté par le passé et il continue de me heurter à ce jour. Car dans ce *nous,* ce n’est pas *nous, les juifs* que j’entends, mais *nous, les sionistes*. L’image qui clignote d’emblée dans mon cerveau lorsque que je lis ce *nous,* est celle de colons armés qui pillent la terre, oppriment et tuent.

### Israël, vitrine du monde juif?

Pourtant, je sais bien que la religion juive n’a strictement rien à voir avec le sionisme. La première repose sur une tradition millénaire, riche de rituels, de légendes et de mélodies. La seconde se réduit à une idéologie purement politique qui s’est bâtie, à l’aube du siècle dernier, sur le terreau du nationalisme européen. Contesté avec véhémence dès ses débuts, en particulier par les juifs eux-mêmes, la continuité du régime sioniste s’avère, ce n’est pas un scoop, catastrophique pour la communauté juive dans son ensemble.

Car, c’est là-bas, loin du sol européen, à la lisière du monde arabe, que les regards se braquent. Israël est devenu la vitrine du monde juif. Les médias et les politiques dénoncent ou soutiennent les Israéliens, mais évoquent rarement l’outrecuidante manipulation qui s’y joue.

> La réalité, c’est que seule un tiers de la population juive mondiale vit en Israël et que parmi ce tiers, une partie conséquente se bat depuis des années pour le droit des Palestiniens et contre le régime de Benyamin Netanyahou.

Hélas, dans la vieille Europe, ces voix sont privées de présence médiatique, par crainte des représailles qui pourraient en découler.

### Shabbat en secret

Auparavant, ce *nous* qui me chagrine tant aujourd’hui se dotait de visuels plus diffus. Il y avait celui du nouveau riche, ce gros plein de soupe qui ne rêve que d’argent, l’être sans manière ni élégance, qui parle trop fort et ne sait pas se tenir à table, ou encore le radin qui amasse sans jamais rien distribuer aux pauvres. Ayant grandi à Genève, dans un milieu prioritairement protestant et bourgeois, j’ai mis du temps à saisir l’origine de ma gêne.

Comme tous les enfants qui ressentent avant de comprendre, je me suis adaptée. J’ai pris l’habitude de répondre que Malka, prénom typiquement hébraïque, était d’origine inuite. Je me suis gardée de mentionner que je célébrais le shabbat et, lorsque j’en avais les moyens, je me suis chargée des additions. Je vous rassure tout de suite, ces quelques ajustements n’ont pas nui à mon bien-être. Ils ont en revanche aiguisé ma sensibilité aux préjugés qui influencent, inconsciemment le plus souvent, nos opinions et jugements.

### L’hystérie du philosémitisme

L’envers de l’antisémitisme s’appelle le philosémitisme. Il se traduit par un enthousiasme excessif, pour ne pas dire hystérique, pour tout ce qui touche de près ou de loin au judaïsme. C’est en vivant à Berlin, l’ancienne capitale du IIIe Reich, que j’ai découvert les bénéfices de ce pendant de l’antisémitisme. Constatant que *la carte juive,* comme on la désigne dans ces milieux, conférait du poids et de la résonance, je me suis ruée dessus et c’est ainsi que ce qui m’humiliait auparavant s’est transformé en la plus vaine des fiertés.

Or, si le philosémitisme constitue le verso de l’antisémitisme, c’est parce qu’il annihile lui aussi le débat sur la question juive. Le philosémite est celui qui applaudit pour se repentir. Jamais il ne questionne, car ne jouissant pas de l’impunité que confère la *carte juive*, il n’a, par définition, rien à dire. L’Allemagne, seul pays européen à assumer ouvertement sa responsabilité dans le génocide juif, souffre de philosémitisme. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard qu’elle ait formellement interdit toute manifestation pro-palestinienne et prononcé son soutien total et immédiat à l’État d’Israël après le 7 octobre. Cette attitude sclérosée est évidemment, une fois de plus, dramatique pour l’image de la communauté juive, car elle entretient la confusion entre Israéliens et Juifs, sionisme et judaïsme — favorisant ainsi, en dernière analyse, l’antisémitisme.

Si cette confusion entre sionisme et judaïsme n’était pas en train de prendre de l’ampleur, je ne m’offusquerais pas de ceux qui déduisent que, parce que juive, je suis nécessairement liée à l’État d’Israël. Je ne me sentirais pas blessée par les élans de bienveillance que me témoignent ceux qui ignorent que les juifs ne sont pas tous des sionistes et je ne m’irriterais pas devant l’usurpation constante et criminelle de la tradition juive par les sionistes et les responsables politiques d’extrême droite. Non, je ne crierais pas au scandale lorsque, au nom de la lutte contre l’antisémitisme, des politiciens genevois soutiennent des organisations sionistes comme la Cicad. Je ne monterais pas non plus sur mes grands chevaux quand l’ultra-droite instrumentalise l’État d’Israël pour véhiculer ses ambitions suprémacistes et islamophobes. Car c’est bien ce qui se passe.

### Haine des Arabes

Se pavanant comme «amis des juifs» et de lutter contre l’antisémitisme, les ténors de l’ultra-droite se servent de l’État d’Israël pour laisser libre cours à leur haine des Arabes. Si la Palestine est désormais la vitrine des abus du monde occidental, c’est à nouveau *nous, les juifs* qui en sommes responsables. N’est-ce pas dans nos mains qu’ont été placées les mitraillettes?

La situation est trop complexe pour émettre des jugements. La seule chose que je constate et dont je suis fermement convaincue, c’est qu’il est urgent que nous osions différencier le sionisme du judaïsme. S’affirmer non sioniste et se positionner contre l’État d’Israël n’est pas antisémite. Ce qui relève en revanche de l’antisémitisme pur, c’est de soutenir le sionisme au nom de la lutte contre l’antisémitisme.

PS. Voici quelques liens pour approfondir, le sujet:

* Naomi Klein sur l’antisémitisme comme [le moteur et la raison d’être de l’État d’Israël](https://www.theguardian.com/commentisfree/2023/oct/11/why-are-some-of-the-left-celebrating-the-killings-of-israeli-jews)

* Article sur [les organisations très présentes aux Etats-Unis](https://www.thenation.com/article/activism/jewish-voice-peace-protest-dc/) qui revendiquent la distinction entre sionisme et judaïsme.

* [Article du philosophe Elad Lapidot](https://www.tabletmag.com/contributors/elad-lapidot) sur l’antisémitisme, l’anti-antisémitisme et le sionisme.

* [Entretien avec l’autrice d’](https://www.faz.net/aktuell/feuilleton/buecher/themen/deborah-feldman-im-interview-ueber-den-judenfetisch-19143571.html)*[Unorthodox](https://www.faz.net/aktuell/feuilleton/buecher/themen/deborah-feldman-im-interview-ueber-den-judenfetisch-19143571.html)*[, Deborah Feldman](https://www.faz.net/aktuell/feuilleton/buecher/themen/deborah-feldman-im-interview-ueber-den-judenfetisch-19143571.html), à propos de son dernier ouvrage *Judenfetisch,* publié en aout 2023 chez Luchterhand Literaturverlag. La confusion entre juifs et Israéliens, très présente en Allemagne, est abordée.

https://www.heidi.news/articles/le-retour-du-sale-juif

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Peut-on vraiment attraper froid? [VIDEO]

Le nez coule, la gorge qui démange, quelques mots de tête. C’est la saison, vous avez sûrement attrapé froid. Mais attendez, est-ce qu’on peut vraiment attraper froid?

Toux, rhume, grippe… On a tendance à regrouper tout ça sous la fameuse expression du «coup de froid». Mais ce n’est qu’une expression dénuée de sens médical. En réalité, il est totalement impossible d’attraper froid. Le froid n’est pas un virus.

Ce que l’on attrape, ce sont des germes qui se multiplient dans le conduit nasal, la plupart du temps des virus respiratoires bénins, qui n’intéressent pas grand-monde et circulent beaucoup parmi nous: les rhinovirus, les coronavirus, ou encore les parainfluenza, des «presque grippe».

**Pourquoi l’hiver est la saison du coup de froid.** Mais d’où vient cette expression du coup de froid? C’est tout simple: en hiver, il fait froid, et on tombe plus facilement malade. Si on s’arrête là, il est évident qu’il faudrait incriminer le froid. Mais menons l’enquête, pour aller au-delà de cette croyance populaire. Il y a plusieurs coupables:

* **la promiscuité**: en hiver, on a tendance à vivre plus en intérieur. Et ça, les virus, ils aiment bien: c’est plus facile pour eux de sauter d’une personne à une autre. Parce que bien sûr, comme il fait froid dehors, on aère moins. Grave erreur si on veut se débarrasser des virus.

* **les changements de température** affaiblissent notre système immunitaire. Par exemple, passer de votre appartement chauffé, au froid extérieur, ça affaiblit notre système immunitaire.

* **les conditions climatiques**: contrairement à la plupart d’entre nous, les germes se plaisent bien dans l’air froid et sec, celui qu’on trouve plus volontiers en hiver.

**Un peu de nuance: le froid joue un rôle modeste.** Si le sujet continue de passionner les scientifiques, c’est peut-être bien parce que c’est plus compliqué que ça en a l’air. Dernièrement, une équipe de chercheurs s’est penchée sur notre nez, porte d’entrée des virus. A l’intérieur, une armée de petites billes microscopiques, les vésicules extracellulaires, veille à nous protéger.

Il s’avère que le froid, c’est leur point faible. Ces vésicules extracellulaires sont libérées quand des microbes sont détectés dans notre nez.

Dans une température «normale», tout fonctionne «normalement». Mais l’équipe de chercheurs a ensuite fait des tests à une température d’environ 4 degrés. Là, l’armée de petites billes était beaucoup moins présente dans notre nez. Et celles qui étaient là, beaucoup moins réactives.

**Le point final.** Si on n'attrape pas froid, ces nouvelles recherches viennent de confirmer qu’il existe bien un effet du froid sur notre système immunitaire. Ça et le fait qu’on soit tous en intérieur en hiver, avec des virus qui vivent leur meilleure vie sous moins 5 degrés, ça fait de l’hiver la saison du nez qui coule.

Soyons quand même clairs: un rhume, cela reste le résultat d’une infection causée par un germe, un virus le plus souvent. Comme ça au moins, vous saurez que vous n’avez pas attrapé froid.

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Caviar et pain «d’avant la perestroïka»: en Russie, le patriotisme culinaire fait recette

Notre journaliste poursuit son périple le long de la Volga, à la recherche de l’âme de la Russie profonde. A Astrakhan, près de la mer Caspienne, et Iaroslavl, dans la Haute Volga, il découvre que la nostalgie pour la Russie d’antan s’incarne jusque dans les choix alimentaires. Du caviar post-inflation au pain «d’avant la perestroïka», la tradition fait son retour en force.

Nous poursuivons notre quête des méandres de l’âme russe le long de la Volga, alors que la guerre en Ukraine fait rage depuis plus d’un an. A Saint-Pétersbourg, l’illustre directeur de l’Ermitage, Mikhaïl Piotrovski, nous avait rappelé que la mère des fleuves a toujours été le poumon économique de son pays. Y compris dans la Russie sous sanctions:

«Il en va de même ces temps-ci: c’est via la Volga et la mer Caspienne que nous commerçons avec l'Iran pour contourner les sanctions, que nous exportons du pétrole vers l'Inde et que nous importons ce dont nous avons besoin.»

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Amasser des données par tous les moyens. C'est ça, Migros

Premier employeur privé de Suisse, le géant orange collecte et traite chaque jour des millions de données personnelles. L'extension de ses activités au domaine de la santé soulève la question de sa capacité à croiser toujours plus d’informations sur ses clients.



Cette Exploration ayant été financée par crowdfunding, c'est-à-dire par vous, chers lecteurs, les épisodes sont disponibles en accès libre.

«Nous sommes proches de nos clientes et clients, nous nous mettons à leur place et nous proposons les offres et prestations qui correspondent à leurs besoins.» Voici l’une des «lignes directrices» présentées par le groupe Migros sur son site web. Nous ignorions, avant de nous pencher sur le géant orange, à quel point cette phrase a priori triviale est en fait proche de la vérité.

Car Migros détient, à l’instar de Coop, une quantité phénoménale de données sur ses clients, en particulier grâce à sa carte Cumulus. Ce qui lui permet de les connaître intimement, à travers leurs habitudes alimentaires et, plus récemment, leurs dépenses de santé.

Migros affirme que 3,1 millions de ménages seraient affiliés à son programme fidélité, lancé en 1997, tandis que [l’Office fédéral de la statistique recense](https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/population/effectif-evolution/menages.html) 3,9 millions de ménages en Suisse. Un tel taux de pénétration donne le vertige.

D’autant que Migros, ce n’est pas juste Migros. C’est aussi Denner, Galaxus, ActivFitness, Hotelplan ou encore Medbase. Saviez-vous que cette dernière franchise est [le plus grand employeur de médecins généralistes](https://www.pme.ch/dossiers-et-hors-series/2023/07/03/migros-a-la-conquete-de-la-sante-616392) du pays? De quoi aiguiser notre curiosité quant au devenir d’une telle masse de données personnelles…

### **Cumuler des points, accumuler des données**

Migros a refusé de nous accorder des entretiens avec des responsables du groupe ou de réaliser un reportage dans ses locaux, [comme nous vous l’avons expliqué dans notre premier épisode](https://www.heidi.news/explorations/razzia-sur-vos-data/donnees-personnelles-le-match-qui-de-coop-ou-migros-elude-le-mieux-nos-questions). Pour tenter d’appréhender ce que le géant orange fait avec les données personnelles de ses clients, nous avons dû nous appuyer sur sa [déclaration de protection des données](https://privacy.migros.ch/fr.html), ainsi que certaines réponses fournies par son porte-parole – quand elles ne se bornaient pas à nous renvoyer à ladite déclaration….

La carte Cumulus porte bien son nom: les clients cumulent des points pour obtenir des réductions et autres avantages, et Migros accumule des informations sur leurs habitudes de consommation. Contrairement à Coop et sa Supercard, [les conditions générales de Cumulus](https://cumulus.migros.ch/fr/a-propos-de-cumulus/conditions-generales.html) ne donnent pas plus d’éléments que ceux contenus dans sa déclaration de protection des données pour comprendre ce que l’entreprise met en œuvre pour cerner ses clients.

Concrètement, Migros annonce traiter de manière générale les catégories de données personnelles suivantes:

* Les données d’identification de base (prénom, nom, genre, date de naissance…);

* Les données de contrat;

* Les données de communication (lors d’échanges avec le service client);

* Les données comportementales et de transactions pour les achats en magasin (produits achetés, horaire, fréquence, lieu…);

* Même chose en ligne (commandes effectuées ou annulées, listes de favoris, articles consultés, recherches effectuées…);

* Les données de préférences (obtenues en croisant d’autres données entre elles);

* Les données techniques (adresse IP, identifiants associés à l’appareil utilisé via, notamment, des cookies…).

En ce qui concerne les préférences, l’entreprise précise qu’elle peut «*associer des données comportementales et de transaction à d’autres données et analyser ces données sur une base individuelle et non individuelle», lui permettant de «tirer des conclusions quant \[aux\] caractéristiques \[des clients\], \[leurs\] préférences et \[leur\] comportement probable*».

C’est ce qu’on appelle le «profilage»: l’art d’inférer des caractéristiques de clients – comme les préférences pour certains types de produits – par croisement d’informations personnelles.

![NAK_8813.jpg](https://heidi-17455.kxcdn.com/photos/da333740-8b08-4592-abf6-1cdb07dbee4f/large "Migros met volontiers en avant les avantages de son programme de fidélité, plutôt que la contrepartie qui réside dans la collecte de données. / Photo Niels Ackermann pour Heidi.news")

Selon l’entreprise, il s’agit d’offrir aux clients une expérience personnalisée. Migros fournit un exemple: «*Nous pouvons éviter que vous receviez des coupons de rabais pour des produits à base de viande si nous pouvons supposer que vous suivez un régime végétarien*».

Ce profilage ne se limite pas aux adhérents du programme Cumulus: tous les détenteurs d’un compte en ligne Migros sont concernés. Le géant orange affirme qu’il y aurait 5,1 millions de comptes créés, ceux-ci donnant accès à de nombreux services et plateformes d’e-commerce de la galaxie Migros – ce qui permet un suivi plus fin des comportements d’achat.

### **La plus grande transformation de l’histoire de Migros**

La transformation numérique de Migros est encore loin d’être achevée. L’entreprise a lancé en 2021 un programme intitulé Eiger, [«le plus grand programme de transformation de son histoire»](https://report.migros.ch/2021/fr/services/), avec l’objectif de renouveler entièrement son «noyau numérique». Le but: standardiser les processus internes et réduire la complexité historique de l’architecture informatique, ce qui devrait permettre au géant orange d’améliorer son fonctionnement.

Parmi les changements apportés par ce projet, Migros [va abandonner son environnement informatique](https://docs.google.com/document/d/1vceFGcqicKdZ7-wdMm8joKUFLDQMUV67rUUe28Sco5w/edit) sur site (*on-premise*) pour s’orienter vers le *cloud*, c’est-à-dire le stockage de données en ligne. Migros exploitait jusqu’ici encore quatre centres de données lui appartenant. *«Nous avons compris que ce modèle n’était pas la bonne solution à long terme»*, relevait néanmoins Rainer Baumann, chef du département Opérations à la Fédération des coopératives Migros, [dans une interview à ](https://www.ictjournal.ch/interviews/2021-06-30/comment-migros-sattaque-a-la-numerisation)*[ICTJournal](https://www.ictjournal.ch/interviews/2021-06-30/comment-migros-sattaque-a-la-numerisation)*[ en 2021](https://www.ictjournal.ch/interviews/2021-06-30/comment-migros-sattaque-a-la-numerisation).

Le géant orange a conclu en 2021 un partenariat avec Microsoft pour effectuer sa migration auprès de son service *cloud* Azure. *«La sélection du fournisseur de services cloud a pris en compte plusieurs aspects, tels que la maturité de l’offre, la stabilité et le rapport qualité-prix»*, précise Tristan Cerf, porte-parole de Migros. Et d’ajouter: *«En particulier, pour de nombreux services critiques, le choix s’est porté sur des prestataires ayant une expérience mondiale»*.

La migration devrait être [achevée à la fin de l’année 2023](https://www.ictjournal.ch/interviews/2022-12-16/eric-devantay-migros-online-la-migration-dans-le-cloud-va-encore-augmenter). Les données hébergées par Microsoft le seront en Suisse, le géant américain ayant [ouvert plusieurs centres de données](https://news.microsoft.com/de-ch/2022/05/31/microsoft-suisse-etend-ses-centres-de-donnees-locaux-avec-des-zones-de-disponibilite/) sur le territoire helvétique depuis 2019.

Migros utilise également les services cloud de Google, notamment pour ses outils d’analyse de données, y compris s’agissant du profilage. *«Les analyses sont en principe effectuées sous forme anonyme, afin qu’aucune conclusion ne puisse être tirée sur une personne»*, précise Tristan Cerf, alors même que la déclaration de protection des données indique le contraire, le profilage étant justement rattaché à un client identifiable via son numéro Cumulus ou son compte en ligne.

### **«Nous cherchions des moyens de maximiser la valeur des données»**

La personnalisation de l’expérience est au cœur de la stratégie de Migros. C’est d’ailleurs l’un des buts visés par son programme Eiger lorsqu’il sera achevé: *«Chaque client pourra profiter d’une expérience d’achat personnelle extrêmement confortable et complète»*.

L’entreprise a déjà mis le pied à l’étrier en matière de personnalisation de l’expérience. Google Cloud a publié [une étude de cas sur son site](https://cloud.google.com/customers/digitec-galaxus) à propos de sa collaboration avec Digitec Galaxus, que le géant orange possède à 70% depuis 2015 – les 30% de capital restants sont aux mains des cofondateurs. Le spécialiste du commerce en ligne intégré au groupe Migros a collaboré avec Google pour *«offrir à \[ses\] clients une expérience beaucoup plus personnalisée, avec des recommandations qui correspondent mieux à leurs intérêts»*. Digitec Galaxus a ainsi adopté l’outil de recommandation de Google établi sur des algorithmes d’apprentissage machine (*machine learning*) intitulé «Recommandation AI».

*«Nous cherchions des moyens de maximiser la valeur de nos données»*, indique Christian Sager, responsable produit pour la personnalisation chez Digitec Galaxus, cité par Google. L’intéressé estime par ailleurs que cette collaboration avec le géant américain a permis à l’entreprise de commerce en ligne d’*«atteindre son prochain milliard»* de francs de chiffre d’affaires.

Autre manière de personnaliser l’expérience? La fonctionnalité SubitoGo intégrée à l’app Migros, qui permet aux clients de scanner eux-mêmes leurs achats avec leur smartphone et de quitter le supermarché sans passer par la caisse: le montant du panier d’achat est directement prélevé sur la carte bancaire renseignée par l’utilisateur. Pour profiter de ce service, il faut toutefois utiliser un numéro Cumulus, un simple compte utilisateur ne suffit pas. Un choix qui vise sans doute à acquérir de nouveaux adhérents pour le programme de fidélité.

### **Comment Migros transmet des informations aux marques**

«Coop et Migros vendent des données sur leurs clients à l’industrie», [titre la ](https://www.nzz.ch/nzz-am-sonntag/coop-und-migros-verkaufen-kundendaten-an-die-markenindustrie-ld.1758801?reduced=true)*[NZZ am Sonntag](https://www.nzz.ch/nzz-am-sonntag/coop-und-migros-verkaufen-kundendaten-an-die-markenindustrie-ld.1758801?reduced=true)*[ du 1er octobre 2023](https://www.nzz.ch/nzz-am-sonntag/coop-und-migros-verkaufen-kundendaten-an-die-markenindustrie-ld.1758801?reduced=true). Selon le média alémanique, Migros vend des analyses de données aux fournisseurs leur permettant de cerner les groupes de clients qui achètent leurs assortiments. Contacté, Tristan Cerf, porte-parole du géant orange, précise qu’*«aucune information n’est vendue aux fournisseurs»*.

D’après lui, Migros communique des informations statistiques, qui ne permettent pas d’identifier des individus uniques. *«Ce sont des données agrégées et anonymisées, qui donnent aux fournisseurs des indications sur les tendances de consommation de leurs produits dans les enseignes Migros»*, indique Tristan Cerf.

A notre demande, le porte-parole du géant orange fournit un exemple concret. Une marque qui commercialise de la nourriture pour animaux veut savoir quels types de clients achètent ses produits, et elle demande à obtenir le détail sous la forme de parcours de vie.

![](https://lh5.googleusercontent.com/WyXIHlvC_Gl5jOPo_nXFBLXmlDFOSZ5BYUKPfKslFP6DgyVwYXy-7Ci5MYk72-ZRQQdxMjNsvnWuPt0dJ7gWeOnCrdYdQ_BY9AMtgUY_MX4SQonpJOjapROJ9MqmtUZ2OBbY9CfECkV6YVqmWFu2yQ "Exemple d'un tableau qui a été fourni par Migros à une marque. La marque étudiée a été anonymisée et les chiffres précis retirés. | Migros")

Le tableau ci-dessus permet au fournisseur de savoir que ce sont surtout les clients Migros de la catégorie «Golden Age» qui achètent le plus sa nourriture pour animaux. *«La comparaison dans le temps permet à la marque d’observer l’évolution*, commente Tristan Cerf. *Dans cet exemple-là, il y a une baisse de consommation du groupe “Golden Age”. Sur la base de cette information, la marque pourrait décider de procéder à une baisse de prix pour tenter de reconquérir les clients qui se sont détournés de son produit, ou changer sa présentation.»*

Continuons avec l’exemple de la nourriture pour animaux. Si la marque vend plusieurs produits chez Migros, par exemple des croquettes et des aliments humides, elle peut demander au géant orange de lui fournir des statistiques sur la proportion de clients qui consomment l’un ou l’autre, ou les deux à la fois. Cette statistique s’applique à l’ensemble des clients, et non à des groupes spécifiques.

Tristan Cerf insiste sur le fait qu’aucune information transmise à des tiers dans le cadre de cette prestation ne permet de tirer des conclusions sur un individu précis. *«Ce sont des analystes de Migros qui consultent les données pour fournir ces statistiques, à aucun moment les marques ont accès aux informations de nos clients.*» Ce service est aussi proposé pour les médicaments en vente libre.

Le porte-parole de Migros conclut: «*Le but de ce traitement des données est toujours d’améliorer le service au client dans l’univers Migros. Nous n’avons aucun intérêt à obtenir des informations qui ne servent pas ce but (ce qui serait le cas si nous collectionnions des données pour les vendre à d’autres, ce que nous ne faisons pas). Les données individuelles ou de ménage permettent à l’individu ou au ménage de recevoir des offres spécialisées et personnalisées, mais ne servent pas à améliorer l’assortiment par exemple. Les études sur la base de ces données sont toujours agrégées et anonymisées, car elles ont pour but d’améliorer l’offre sur la base de comportement de type de clientèle, pas d’individus»*.

Interrogé sur les pratiques de Migros, un expert de l’analyse de données partage son appréciation: *«Si Migros n'offre pas aux marques la possibilité de choisir des catégories précises supplémentaires qui permettraient de réduire considérablement le nombre d'individus concernés, désanonymiser ces informations est impossible»*.

### **Pour Migros, «données», ça s’écrit santé**

Si Migros veille à protéger les données qu’elle possède sur ses clients, elle n’a de cesse d’augmenter la quantité et la nature des informations qu’elle recueille. Le géant orange a investi massivement dans le domaine de la santé ces dernières années.

Tout a commencé en 2010 avec l’acquisition de la majorité du capital de l’entreprise Medbase, qui compte 167 cabinets médicaux en 2022. Medbase a par ailleurs racheté en 2020 Zahnarztzentrum.ch, [une chaîne de cabinets dentaires](https://www.blick.ch/wirtschaft/tochter-medbase-schnappt-sich-die-kette-zahnarztzentrum-ch-die-migros-fuehlt-kunden-jetzt-auf-den-zahn-id15892566.html), et annoncé [la reprise des activités suisses des pharmacies Zur Rose](https://www.ictjournal.ch/news/2023-02-08/medbase-filiale-de-migros-reprend-la-pharmacie-en-ligne-zur-rose) en début d’année 2023. La Fédération des coopératives Migros a aussi acquis les centres de fitness Silhouette en 2017 – devenu Activ Fitness – et Bestsmile au printemps 2020, [une start-up leader dans le domaine de la correction dentaire](https://bestsmile.com/fr/qui-sommes-nous/migros/).

Ce développement dans le domaine de la santé s’accompagne aussi de projets numériques. Medbase est partie prenante de la coentreprise Bluespace Ventures, qui comprend le groupe de cliniques Hirslander et les assureurs-maladie Groupe Mutuel, Helsana et Swica. Ils ont lancé ensemble Compassana, une plateforme qui se présente comme «l’écosystème smart pour la santé en Suisse». L’accès à cette plateforme se fait au travers d’une application pour smartphone, [laquelle nécessite d’accepter](https://www.compassana.ch/fr/dse-c-app-2023) que des données de santé soient collectées et traitées (y compris à des fins marketing).

Migros a aussi développé l’application de coaching iMpuls, qui propose des activités physiques en fonction des objectifs de l’utilisateur (perte de poids, tonification, gain de masse musculaire…), accompagnées de suggestions de recettes.

Pour accéder aux fonctionnalités de l’application, il est nécessaire de s’identifier avec un compte Migros, et d’accepter la «[déclaration complémentaire de protection des données](https://login.migros.ch/legal/DSE_GPL_1_4)», laquelle précise que l’entreprise peut «*procéder au traitement automatique des données personnelles afin d'analyser certains aspects personnels ou faire des prévisions (“profilage”). \[Migros réalise\] des profilages en particulier pour analyser votre état de santé ou vos habitudes de vie et, sur cette base, vous faire des propositions lorsque vous faites appel à des offres correspondantes*».

Le porte-parole de Migros assure que «*les données de santé ne sont pas fusionnées avec d'autres données clients ni utilisées pour créer des profils de clients et qu’elles sont traitées dans des espaces système spécialement sécurisés, auxquels aucune autre entreprise de Migros ou externe ne peut accéder*». Une affirmation qui, là encore, entre en contradiction avec les termes de la déclaration complémentaire de protection des données, ce que confirme un juriste spécialisé dans cette thématique.

Relancé à ce sujet, Migros précise: «*Les offres et recommandations personnalisées sur iMpuls sont établies exclusivement sur la base des données mises à disposition par les utilisateurs eux-mêmes sur iMpuls et ceci spécifiquement à cet usage. Elles ne sont disponibles qu'aux personnes qui ont expressément indiqué qu'elles désiraient une telle offre. Actuellement, il n'y a pas de lien ni aucun échange entre les données iMpuls et les données d'achat Cumulus ou d'autres données collectées via le compte Migros.*»

### **La publicité, encore et toujours**

Si les données de santé ne sont vraisemblablement pas utilisées à des fins publicitaires – une finalité qui n’est pas mentionnée dans les déclarations de protection des données d’iMpuls et de Compassana –, les autres informations récoltées par Migros peuvent l’être.

Pour ses campagnes publicitaires, Migros collabore de longue date avec l’agence Webrepublic, basée à Zurich et à Lausanne. Celle-ci a publié plusieurs études de cas liées à sa collaboration avec le géant orange, destinées à [augmenter l’installation de l’app Migros](https://webrepublic.com/fr/clients/case-studies/commercialisation-application-migros), [diffuser une promotion pour la Cumulus-Mastercard](https://webrepublic.com/fr/clients/case-studies/a-b-testing-youtube-cumulus-mastercard) ou encore renforcer [la visibilité des magasins sur Google](https://webrepublic.com/fr/clients/case-studies/clients-migros-satisfaits-grace-a-3000-annonces-generees-automatiquement).

[On apprend par ailleurs que Migros Online](https://webrepublic.com/fr/clients/case-studies/migros-online-meta-advantage-shopping-campaigns) a adopté l’outil [Advantage+ Shopping Campaigns de Meta](https://about.fb.com/news/2022/08/introducing-new-automation-tools-to-increase-sales-and-drive-growth/) (la maison mère de Facebook), qui permet d’automatiser des campagnes publicitaires tout en garantissant un meilleur ciblage des clients potentiels.

[Comme pour Coop](https://www.heidi.news/explorations/razzia-sur-vos-data/coop-pour-moi-et-pour-toi-et-surtout-pour-google), dès lors qu’on entre dans le champ de la publicité, il est difficile de cerner quelles données Migros partage – consciemment ou non – avec des acteurs comme Facebook et Google pour diffuser ses annonces et mesurer leurs performances.

Ce qui est certain, c’est que Migros est aujourd’hui en possession d’une quantité astronomique de données sur ses clients, de leurs habitudes alimentaires à leur état de santé, en passant par leurs comportements d’achat. Autant d’informations qui peuvent, une fois croisées entre elles, révéler bien des caractéristiques intimes sur les individus.

La législation impose pour l’heure une certaine retenue dans l’utilisation de ces données. Mais malgré la régulation, des zones d’ombre subsistent. De quoi s’interroger sur les dangers que peuvent représenter une telle accumulation, quand bien même l’entreprise affirme en faire une utilisation raisonnée et raisonnable, invoquant son *«intérêt légitime»*. Quid de celui de ses clients?

https://www.heidi.news/articles/amasser-des-donnees-par-tous-les-moyens-c-est-ca-migros

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