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Le rutabaga: bonbon de terre
Jadis utilisé pour nourrir les ovins, le rutabaga se démarque par son goût à la fois terreux et sucré. Loin de se limiter aux purées hivernales, il gagne à être associé à du poisson cru
Cultivé en Scandinavie dès la fin du Moyen Age, le rutabaga découlerait d’une hybridation spontanée entre le chou chinois et le navet. Utilisé à l’origine pour nourrir les ovins, c’est lors des périodes de disette des deux guerres mondiales qu’il est devenu consommé par les Européens, avec d’autres légumes racines qui poussent vite et se conservent bien en hiver. Tout en rondeur, le rutabaga présente une base vert-jaune évoluant vers le mauve, le rouge ou le vert selon les variétés. «On en ven d dix fois moins que des carottes. Pourtant, il a plein de qualités: son goût sucré aux notes terreuses, sa chair dense, sa belle couleur et sa bonne teneur en vitamines», relève Gilles Roch, qui en cultive depuis une vingtaine d’années au domaine des Biolettes, à Ballens (VD), et les écoule entre novembre et avril sur les marchés de Vevey, Lausanne, Morges et Nyon.
Selon Yann Kriba, chef au Crans Ambassador de Crans-Montana, ce légume d’antan revient en force dans la gastronomie nordique. «Il se cuisine traditionnellement de plein de manières – en purée, chips, brunoise, soupe, frites, gratin – mais se prête aussi à des associations plus originales, comme du poisson cru dans un esprit de ceviche.» Pour le magazine T, il l’a donc associé à des filets crus de perches du pays, après l’avoir cuit longuement dans un jus de pomme pour accentuer ses saveurs mielleuses. Cette recette, dont la seule étape technique concerne la préparation de l’émulsion d’aneth qui apporte de l’acidité au plat, peut très bien être adaptée à d’autres légumes racines et d’autres poissons blancs.
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«Une Vie» avec Anthony Hopkins, la modestie du juste
L’histoire de Nicholas Winton, un Anglais qui sauva des centaines d’enfants juifs de Tchécoslovaquie, inspire à James Hawes un émouvant téléfilm de luxe
Anthony Hopkins a bien de la chance: octogénaire, il trouve toujours des rôles à la mesure de son formidable talent. Le voici dans celui du «Schindler britannique»: Nicholas Winton (1909-2015), un homme qui sauva pas moins de 669 enfants juifs en organisant des transports spéciaux en train entre Prague et Londres puis des adoptions en Angleterre. Evidemment, un autre acteur (Johnny Flynn) est chargé d’incarner Winton jeune. Mais c’est bien Hopkins qui, en vieil homme discret débusqué tardivement par une émission de télévision, rend le rôle mémorable, dans la droite lignée de son grand-père juif dans Armageddon Time de James Gray.
A lire: «Armageddon Time»: Reagan, Trump et l’éveil d’une conscience
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Sophie Aymon, une pionnière à la barre des bateaux de la CGN
La Compagnie générale de navigation assermente ce mercredi sa première capitaine. La Valaisanne Sophie Aymon ouvre ainsi la tradition biséculaire à la gent féminine
A bord de la flotte Belle Epoque naviguant sur le Léman, les enfants peuvent se procurer à la boutique souvenirs une casquette de capitaine afin de se prendre, le temps d’un jeu, pour le navigateur en chef. A partir de ce mercredi 27 mars, jour d’assermentation de la première femme capitaine de bateau CGN, la boutique cadeaux devra-t-elle élargir son offre pour proposer aux petites filles de se parer d’un tricorne? C’est en effet le symbole, commandé pour l’occasion à la marine nationale française à Toulon, qui sera remis à Sophie Aymon après sa prestation de serment. «Ce chapeau finit un uniforme féminin, les femmes ne portent pas de casquette. Mais le détail le plus important se trouve dans les galons sur l’épaule, c’est ainsi qu’on reconnaît le ou la capitaine», précise Sophie Aymon.
La Valaisanne de Martigny se réjouit du grand jour. Ce mercredi, sa famille et ses amis proches, ainsi que ses collègues qui l’ont vue évoluer, sont invités sur le Lausanne, pour l’assermentation de trois capitaines. Un événement qui se produit tous les trois ans environ, mais revêt une symbolique particulière cette fois-ci. «Mes parents auront du mal à ne pas verser une petite larme, garantit-elle. Ils sont très fiers.» Cette fierté s’élargit à tout le personnel de la compagnie de navigation, beaucoup ont demandé congé pour pouvoir y assister. Depuis 201 ans que les plus vieux bateaux naviguent sur le Léman, aucune femme n’en avait jamais été nommée au grade suprême.
**Lire aussi:** [Il y a 200 ans, le Guillaume Tell, premier bateau suisse à vapeur, traversait le Léman](https://www.letemps.ch/suisse/y-200-ans-guillaume-tell-premier-bateau-suisse-vapeur-traversait-leman)### Humilité et bon sens
Les qualités qu’il s’agit de posséder, selon Sophie Aymon, n’ont pourtant rien de particulièrement masculin. De la rigueur, de l’attention, de l’humilité «pour ne pas prendre de risques inutiles», et du bon sens. Une capacité à transmettre, également. Longtemps, la superstition selon laquelle la présence d’une femme à bord d’un bateau porte malheur s’est entretenue chez les marins. Mais Sophie Aymon n’a rien connu de cela. «Bien sûr, certains sont bourrus. Des petites vannes machistes – «t’as pas plutôt un peu de vaisselle à faire?» – j’en ai eu, mais il suffit d’avoir une bonne répartie pour faire sa place. Par contre, je me suis toujours dit qu’il fallait que j’en fasse au moins autant que les hommes.»
La navigation, quand on grandit à Martigny, ce n’est pas forcément une ambition. En tout cas pas pour Sophie Aymon. C’est en prenant un petit job d’été à 21 ans comme radeleuse (la personne qui reste à quai et met la passerelle au bateau) au Bouveret que l’idée commence à germer. «Les équipes des deux bateaux qui stationnaient le soir au Bouveret m’ont incitée à postuler. L’ambiance était super sympa. J’ai travaillé l’année suivante comme batelière.» Elle commence ainsi par apprendre à lancer les cordes, contrôler les billets, et se retrouve nommée caissière de bord en 2006. Elle forme ainsi des collègues, navigue sur toute la flotte, jusqu’à devenir commissaire de bord en 2012, soit la personne référente sur le bateau pour tout ce qui touche à la relation clients. «Cela faisait une douzaine d’années que je naviguais, je connaissais mon métier sur le bout des doigts… et j’ai eu envie de me lancer dans un nouveau défi. Je voulais devenir capitaine.» Elle reprend alors à zéro. Se retrouve sous les ordres de toute une hiérarchie, elle qui avait pris pour habitude d’en donner.
### Vent du sud-ouest et autres difficultés
Pilote, cela s’apprend sur des années. Il y a le vent du sud-ouest qui rend difficile l’accostage à Montreux. Il faut alors préférer Clarens lorsque le souffle est trop fort. Le peu de profondeur de l’eau complique l’accès à Saint-Sulpice, rend le chenal de navigation impossible même au printemps, lorsque le lac est bas. Les nombreux nageurs et la petite navigation autour du Montreux Jazz en été forcent parfois le bateau à ralentir, voire à s’arrêter. Les paddles sont «la hantise» du capitaine! En été, à partir de Versoix, il s’agit de se créer un passage dans le petit lac tant la rade est bondée. Et lorsque le brouillard est trop dense en hiver, il s’agit de se référer au radar, qui nécessite une formation en soi.
**Lire aussi:** [La CGN déplore trop de comportements à risque sur le lac](https://www.letemps.ch/suisse/geneve/la-cgn-deplore-trop-de-comportements-a-risque-sur-le-lac)
Mais toutes ces attentions ne gâchent en rien le plaisir de naviguer. «Vous trouverez dans n’importe quel portable de mes collègues une ribambelle de photos du lac», rigole Sophie Aymon. Son coup de cœur: l’entrée le long du Dézaley, entre lac et montagnes, «il y a tout dans un petit périmètre». Et la vue sur le Valais… on la voit venir! Son temps libre, elle le passe d’ailleurs hors du lac, en montagne, aux champignons. «Beaucoup de gens, en apprenant mon métier, me parlent de leur passion de la navigation, mais moi, c’est mon boulot, j’ai parfois envie de parler d’autre chose», lance-t-elle, en admettant aussitôt que c’est aussi une passion. Depuis peu, deux autres femmes sont arrivées sur le pont. Il leur faudra aussi des années pour grader, jusqu’à devenir capitaines. Mais elles savent que c’est désormais possible, la tradition leur est ouverte.
* * *
### Profil
**1979** Naissance.
**2002** Engagement à la CGN comme batelière.
**2012** Devient commissaire de bord.
**2014** Commence sa formation de capitaine.
**2024** Assermentation.
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«Si elle avait marché tout ce qu’elle a roulé, elle pèserait dix kilos de moins»
CHARIVARI. Même si le regard social s’est détendu, le printemps sonne le retour des régimes minceur. La solution au surpoids pour Géraldine, amie de notre chroniqueuse? Vendre sa voiture et sa vespa
Vous avez remarqué? Quand on parle régimes et santé dans un groupe animé, il y a toujours une suggestion qui retient l’attention et cristallise la discussion. L’an dernier, la joyeuse cohorte avait glosé sur le régime chinois, un combo acupuncture et légumes à l’eau qui, évidemment, vu son austérité, ne peut que fonctionner du moment qu’il est appliqué sans faux pas.
Cette année, Géraldine a pris tout le monde de court en donnant SA solution au surpoids. «Maigrir n’a rien à voir avec la nourriture. Pour maigrir, tu dois vendre ta voiture. Ou ta vespa. Enfin tout ce qui roule sans toi.»
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En hockey, les joueurs deviennent-ils plus méchants durant les play-off?
Alors les quarts de finale sont encore très disputés, les pénalités et les suspensions de matchs se multiplient. Est-ce inquiétant? Réponse avec deux spécialistes de l’arbitrage: Stéphane Rochette et Didier Massy
Le Lausanne HC dispute ce mercredi soir un match capital à Davos. Si les hommes de Geoff Ward s’inclinent, leur saison sera terminée. Ce quart de finale de play-off est particulièrement tendu pour ce club en pleine reconstruction, qui a réalisé une excellente saison régulière. La pression explique sans doute la dureté des échanges et la trop grande agressivité de certains Lions. Samedi dernier à la Vaillant Arena, plusieurs Vaudois ont ainsi perdu leurs nerfs. Lors d’une bagarre, Tim Bozon a frappé à main nue un défenseur grison et a été suspendu pour le match de lundi, perdu par les Lausannois. Cette décision, comme c’est régulièrement le cas, a été vivement débattue car jugée trop laxiste par plusieurs consultants. Son coéquipier Cody Almond a, lui, écopé de cinq matchs de suspension pour une charge à la tête contre un adversaire. Pas sûr que le Canado-Suisse puisse à nouveau griffer la glace cette saison.
C’est dire si les sanctions, déterminées par le juge uniquede la National League, peuvent être lourdes de conséquences, et le LHC n’est pas le seul concerné. L’autre équipe romande encore en lice dans ces play-off, Fribourg-Gottéron, a elle aussi été privée de deux de ses joueurs phares, son capitaine Julien Sprunger et sa vedette suédoise Marcus Sörensen, après l’acte 3 de la série contre Lugano. A Zoug, Berne et Lugano, des joueurs ont également été sanctionnés par le juge unique.
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Swissmedic met en garde contre le «Lemon Bottle», un médicament censé aider à maigrir
Largement promu sur les réseaux sociaux, le «Lemon Bottle» a été analysé par l'instance sanitaire nationale, qui constate le caractère nébuleux de la composition
Swissmedic a mis en garde mardi contre le «Lemon Bottle», une solution injectable pour maigrir promue sur les réseaux sociaux. Le médicament, dont aucun effet médical n’a été scientifiquement prouvé, n’a pas obtenu d’autorisation de mise sur le marché en Suisse.
Cela signifie qu’il n’est pas commercialisable et ne doit pas être utilisé, précise l’autorité helvétique d’autorisation et de surveillance des produits thérapeutiques dans un communiqué. Le «Lemon Bottle» représente un risque potentiel pour la santé, poursuit-elle.
### Il est considéré comme un médicamentSwissmedic range le «Lemon Bottle» dans la catégorie des médicaments en raison de sa composition et de son mode d’administration par injection sous-cutanée. Le produit est promu sur les réseaux sociaux et internet pour ses effets de réduction des dépôts graisseux au niveau du visage et de certaines parties du corps.
Swissmedic a analysé des échantillons de cette substance injectée dans le tissu adipeux provenant de différentes sources. L’autorité de surveillance a constaté que les déclarations des ingrédients varient sensiblement d’un échantillon à l’autre et sont mensongères.
**Retrouvez** [nos articles sur le thème de la santé](https://www.letemps.ch/sciences/sante).
### Des compositions aléatoires
L’emballage indique que la préparation contient principalement de la bromélaïne, de la lécithine et de la riboflavine, en plus d’une série d’ingrédients naturels. Or, lors les tests effectués, Swissmedic a constaté que la composition ne correspondait pas à la déclaration, certains échantillons ne contenant aucun des ingrédients indiqués sur l’emballage.
La qualité des ingrédients de la préparation n’étant pas contrôlée, l’utilisation du «Lemon Bottle» peut représenter des risques pour la santé, met encore en garde Swissmedic. L’institut rappelle que tout produit injectable sous la peau, à l’instar du «Lemon Bottle», rentre dans la catégorie des médicaments soumis à autorisation et ne peut pas être commercialisé en tant que produit cosmétique.
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L’EPFL mate l’EPFZ sur les pistes de ski
Chaque année, les écoles polytechniques de Zurich et Lausanne se mesurent lors d’une épreuve de glisse intitulée «Challenge». Lancée il y a plus de trois décennies, la compétition se tenait le week-end dernier
«Allez Lausanne!» «Allez Züri!» Sous un soleil éclatant, 50 étudiantes et étudiants romands défiaient la semaine dernière le même nombre de leurs pairs alémaniques à Disentis, aux Grisons. Agglutinés au bord de la piste, les supporters des deux écoles motivent les «Challengers» pendant que ces derniers s’appliquent dans les courbes. Malgré une courte nuit. Seul événement universitaire trans-Röstigraben, le «Challenge» n’est en effet pas qu’une histoire de ski. C’est une fête – presque un mini-festival – dont les soirées parsemées d’épreuves rapportent également des points en vue du sacre.
Objectif principal: défaire le camp adverse lors d’une succession de défis plus ou moins fantasques pour obtenir le droit de vanter la supériorité de sa région linguistique pendant une année. Mais surtout unir les étudiants d’un pays cloisonné par les langues… au sein d’un événement devenu largement anglophone.
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Dans l'affaire des obligations AT1 de Credit Suisse, des avocats anglais ont la Confédération dans le viseur
Des avocats anglais veulent déposer une demande d’arbitrage international contre Berne. Ils estiment que l’annulation des obligations dites «CoCos» de Credit Suisse, le 19 mars 2023, constitue une «expropriation» des détenteurs de ces instruments valant à l’origine 16 milliards
Un cabinet d’avocats anglais prévoit d’attaquer la Confédération afin d’obtenir des dédommagements pour des détenteurs d’obligations AT1, annulées lors du sauvetage de Credit Suisse le 19 mars 2023, révèle le site City A.M. Cette demande d’arbitrage international, en cours d’élaboration, repose sur l’idée que le Conseil fédéral aurait fait baisser la valeur de Credit Suisse afin de faciliter sa reprise par UBS. Ce qui constituerait une violation des traités internationaux sur les investissements et une expropriation des détenteurs de ces obligations, détaille l’avocat qui mène cette initiative.
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La population gazaouie révoltée par l’interdiction de l’UNRWA
L’interdiction de distribution d’aide alimentaire imposée à l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens accroît le désespoir des Gazaouis. Quelque 300 000 d’entre eux sont gravement menacés par la famine. Témoignages
«Tout ça, c’est exactement le plan des Israéliens: tant que vous choisirez de rester chez vous dans le nord de Gaza, vous mourrez de faim si vous n’êtes pas bombardés! Notre seul choix c’est partir, ou mourir», s’emporte Nawel, habitante de Gaza-City. La jeune femme, contactée via WhatsApp, s’insurge contre la décision d’Israël d’interdire officiellement l’accès au nord de Gaza à tout convoi humanitaire de l’UNRWA. Une décision qui intervient alors que le Hamas a déclaré mardi que 18 Gazaouis sont morts. Parmi eux, il déplore 12 noyés en mer, morts d’avoir tenté de récupérer de l’aide parachutée. Il appelle ainsi «à cesser les largages aériens et ouvrir les accès terrestres pour l’aide».
Dans le nord de l’enclave, 300 000 Gazaouis sont gravement menacés par la famine, après plus de cinq mois de guerre et un siège total imposé par Israël. Assya, Gazaouie réfugiée au Caire en Egypte, originaire de Beit Lahia dans le nord de l’enclave, est en contact avec sa famille restée là-bas. Ses proches n’avaient déjà jusqu’à présent «reçu aucune aide alimentaire» et lui décrivent «une situation terrible, qui ne fait qu’empirer». Alors, elle redoute les conséquences de cette interdiction de l’UNRWA.
## «C’est cruel et incompréhensible»
Cette décision a été prise dimanche, lors d’une réunion de militaires israéliens. La semaine précédente, l’agence de l’ONU avait déjà reçu deux lettres de refus, concernant des convois d’aide humanitaire. Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, en visite lundi en Jordanie voisine, a exprimé son indignation à la suite de cette interdiction de distribution: «C’est cruel et incompréhensible. […] Dans un monde qui s’assombrit, l’UNRWA est la seule lumière pour des millions de gens.» Même si dans la pratique – du fait des difficultés d’accès –, l’agence onusienne n’avait plus été en mesure de distribuer de l’aide dans cette région du nord de Gaza depuis plusieurs semaines, a admis sa porte-parole, Juliette Touma.
Le week-end a été noir pour l’UNRWA. Samedi, Washington a voté une interdiction d’un an de son financement. Le Congrès américain a adopté une mesure budgétaire interdisant toute subvention des Etats-Unis à l’agence onusienne «jusqu’au 25 mars 2025». Washington a décidé de réallouer les 175 millions de dollars d’aide à d’autres projets humanitaires, en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza, qui passeront par l’Agence américaine pour le développement international (Usaid). Dans un communiqué, l’UNRWA qui gère les écoles, les dispensaires, les services sociaux, et la distribution d’aide humanitaire à Gaza depuis sa création en 1949, a déclaré que cette décision «saperait les efforts déployés pour aider les habitants de Gaza affamés et risquerait d’affaiblir encore la stabilité régionale».
Israël s’est de son côté réjoui de cette mesure, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Israël Katz: «L’interdiction historique du financement américain de l’UNRWA […] démontre ce que nous savions depuis toujours: l’UNRWA fait partie du problème et ne peut pas faire partie de la solution», a-t-il écrit sur le réseau social X. L’Etat hébreu l'accuse d’employer «plus de 450 terroristes à Gaza», et affirme que 12 de ses employés ont été directement impliqués dans les attaques menées par le Hamas le 7 octobre en Israël. L’agence onusienne s’est séparée de ces 12 salariés en janvier dernier, et a ouvert une enquête.
## «Malheureusement, rien n’a changé avec cette résolution»
Dans ce contexte dramatique, la résolution adoptée lundi par l’ONU pour «un cessez-le-feu immédiat» ne suffit pas à donner espoir aux Gazaouis. Asma, originaire de Khan Younès et réfugiée à Rafah chez sa sœur, décrit la nuit passée «comme très dure, pleine de bombardements». Et se désole: «Malheureusement, rien n’a changé avec cette résolution. Que ce soit Israël ou le Hamas, je pense qu’ils ne veulent pas appliquer ce cessez-le-feu. Vivre comme ça, sans perspective d’avenir, vraiment il n’y a plus d’espoir.» Face à la guerre qui s’enlise, malgré cette résolution et la décision de la Cour internationale de justice en janvier dernier, Assya tranche: «Sur le papier, la communauté internationale condamne Israël. Mais sur le terrain à Gaza, rien ne change! Il faut prendre des mesures concrètes pour empêcher Israël d’agir, sinon à quoi bon tous ces mots?»
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Avec Bastien Hauser, jusqu’aux confins du cosmos
Dans «Une Singularité», le jeune auteur, né à Nyon et installé à Bruxelles, signe une exploration vertigineuse de nos vies éclatées en plusieurs temporalités et du floutage contemporain entre fiction et réalité
C’est l’histoire d’une chute sur le sol d’une cuisine qui se transforme en voyage cosmique. Un moment de bascule, un jour d’avril 2019, dans la tête d’un jeune homme, qui le propulse jusqu’aux confins de l’univers, de l’autre côté du miroir, au cœur du grand mystère. «Vous avez eu de la chance, l’hémorragie a été de courte durée, vous pouvez remercier vos thrombocytes», lance le médecin devant une image projetée du cerveau d’Abel, le narrateur d’Une Singularité. L’AVC a provoqué un hématome, simple tache que le médecin pointe sur l’écran. Abel n’écoute pas, regarde par la fenêtre, vers le ciel d’été. «Fatigue, désorientation, perte de mémoire, difficulté à trouver ses mots», note sur un carnet l’amie qui l’accompagne au rendez-vous.
Ainsi commence le premier roman de Bastien Hauser, né à Nyon en 1996, vivant aujourd’hui à Bruxelles après un master en création littéraire à La Cambre. A ce stade, Abel ne fait qu’amorcer le grand vertige qui s’annonce, il est encore spectateur des glissements qui s’opèrent en lui et altèrent sa perception de la réalité. Le lecteur, lui, a déjà accroché sa ceinture. L’écriture épouse les états de dissociation d’Abel, son impression d’une réalité dédoublée, d’un «déjà-vu constant». Ce bourdonnement dans la tête. Le vingtenaire reste prostré dans sa chambre. «Je passe mes journées à reposer mon cerveau dans la vase réconfortante de séries télévisées et d’émissions culinaires. Je fais tout pour ne pas penser. Je crains que, si je pense trop, mon cerveau se remette à saigner.»
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L’effondrement d’un pont à Baltimore ou comment chaque catastrophe devient forcément matière à complot aux Etats-Unis
REVUE DE PRESSE. Un porte-conteneurs a percuté un pilier du pont Francis Scott Key de Baltimore, le faisant s’écrouler dans la rivière Patapsco. Six ouvriers sont désormais présumés morts. Pendant ce temps, les réseaux, comme toujours, crépitent pour y voir le signe d’une machination
Les raisons qui ont mené à la catastrophe, faisant pour le moment six morts présumés, ont rapidement été présentées dans les médias. Une perte de puissance du «Dali» – le porte-conteneurs en question battant pavillon singapourien –, un appel de détresse puis la déroute. Le paquebot long de plus de 300 mètres est allé percuter l’un des piliers du pont autoroutier Francis Scott Key, qui s’est effondré dans sa quasi-totalité comme un vulgaire château de cartes. Baltimore est sous le choc et les plaies à panser seront gigantesques, entre le temps et le coût de la reconstruction d’un tel édifice, l’impact sur le trafic routier et sur le commerce maritime et la mise à l’arrêt d’une partie du port de la ville, qui joue un rôle majeur dans l’économie de l’est des Etats-Unis.
1h28 du matin, heure à laquelle le navire s’est échoué contre la structure, marquait le top départ des théories du complot entourant la catastrophe. Et une fois n’est pas coutume, c’est X qui fait office de catalyseur des spéculations les plus farfelues. Les internautes ont eu droit à une belle brochette de protagonistes, rivalisant d’imagination, de racisme ou de simple bêtise pour expliquer l’incident. Parmi nos joyeux théoriciens, nous retrouvons pêle-mêle Andrew Tate – influenceur mascu arrêté en Roumanie pour soupçons de trafic d’êtres humains –, Alex Jones, animateur de radio américain d’extrême droite, Michael Flynn, ex-conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, ou encore Maria Bartiromo, qui officie sur la chaîne américaine Fox Business.
This ship was cyber-attacked.
— Andrew Tate (@Cobratate) March 26, 2024
Lights go off and it deliberately steers towards the bridge supports.
Foreign agents of the USA attack digital infrastructures.
Nothing is safe.
Black Swan event imminent. pic.twitter.com/14SBqK8tJA
### Quand un pont s’effondre, c’est la faute de l’immigration
Cette dernière a tenté de relier l’accident à l’immigration par une étrange gymnastique mentale: «Vous avez beaucoup parlé de la possibilité d’un acte répréhensible ou d’un acte délictueux étant donné la grande ouverture de la frontière», s’est-elle adressée à l’un de ses interlocuteurs. Andrew Tate, ancien kickboxeur professionnel, s’essaie au contre-espionnage en déclarant de but en blanc qu’il s’agit d’une cyberattaque: «Les lumières s’éteignent et il se dirige délibérément vers les supports du pont. Des agents étrangers des États-Unis attaquent les infrastructures numériques. Rien n’est à l’abri. Un événement de type «cygne noir» est imminent.» Une théorie à laquelle Alex Jones s’est empressé d’acquiescer.
Maria Bartiromo tries to link the Francis Scott Key bridge collapse in Baltimore to "the wide open border" pic.twitter.com/bkMdvFNa3g
— Aaron Rupar (@atrupar) March 26, 2024
Cet énième déferlement de tweets accusateurs démontre une fois de plus qu’aux Etats-Unis, pratiquement chaque événement semble ourdi d’une machination, de la finale du Super Bowl à la prochaine élection présidentielle. «Les grands événements d’actualité - comme la pandémie, les catastrophes naturelles et les fusillades de masse - servent désormais systématiquement de matière première à des personnalités marginales, souvent d’extrême droite, pour amplifier leur vision du monde, qui met souvent en scène des cabales obscures ou de grandes menaces invisibles», regrette la chaîne NBC News. X est le terrain de jeu parfait pour nos théoriciens très peu adeptes du rasoir d’Ockham, poursuit le média en ligne Axios: «La plupart des informations erronées ont été diffusées par des utilisateurs «vérifiés» qui paient pour un abonnement premium qui renforce leurs messages […]. Ils sèment ainsi la discorde et la confusion alors que les détails sont encore rares, la cause et l’intention étant généralement les cibles les plus importantes de la désinformation.»
### Les gestes à observer quand votre voiture coule à pic
Pour revenir au monde des faits et à ce que l’on sait de la catastrophe pour le moment, le _New York Times_ indique que le bateau «a perdu de la puissance et a lancé un appel de détresse juste avant de heurter un pilier du pont. Les messages radio des secouristes suggèrent que l’équipage avait du mal à diriger le navire, d’après l’enregistrement publié par Broadcastify. La plupart des lumières du navire se sont éteintes brusquement, un peu plus de deux minutes avant que le navire ne heurte le pont.»
L’effondrement de l’édifice a projeté six ouvriers ainsi que plusieurs véhicules dans l’eau de la rivière Patapsco. Les recherches ont été interrompues pendant la nuit de mardi à mercredi et tous sont présumés morts. Le _Washington Post_ profite de la catastrophe pour prodiguer quelques conseils s’il vous arrivait de tomber à l’eau en conduisant. Mauvaise nouvelle, les chances de survie sont maigres dès le moment où votre voiture commence à sombrer. En bref, vous avez une minute «pour vous détacher, descendre les fenêtres et vous sauver».
### Un pilier vous manque et tout s’effondre
Pour ce qui est de la structure, des questions se posent quant à sa solidité. Comment la collision avec un seul pilier peut-elle mettre à mal l’entièreté d’un tel édifice? La raison est plutôt simple, répondent des ingénieurs au _New York Times_: le navire a détruit «un élément essentiel» sans lequel «il était impossible pour les autres éléments du pont d’assumer la charge et de maintenir le pont debout». Cependant, un tel résultat aurait pu être évité si les piliers étaient véritablement «à même de bloquer, de dévier ou de résister à une telle collision. Les ingénieurs se demandent aussi si les piliers du pont étaient équipés de dispositifs de blocage adéquats.» Mais qu’importent les protections, il reste peu probable qu’une structure, quelle qu’elle soit, aurait pu résister au choc d’un navire ne pesant pas moins de 95 000 tonnes.
Le pont Francis Scott Key, dont la construction a débuté en 1972, n’est d’ailleurs de loin pas le premier à connaître ce genre destin. Entre 1960 et 2015, 35 édifices se sont effondrés dans des conditions similaires, provoquant la mort de 342 personnes au total, [selon un rapport de l’Association mondiale pour les infrastructures de transport par voie d’eau](https://conference-service.com/pianc-panama/documents/agenda/data/full_papers/full_paper_46.pdf). Pas plus tard que le 22 février de cette année, un porte-conteneurs a arraché une partie d’un pont à Guangzhou, soulevant certaines questions concernant la sécurité du transport maritime. Faut-il «exiger que davantage de navires soient prêts à jeter l’ancre rapidement en cas d’urgence portuaire, et de prévoir des remorqueurs pour accompagner un plus grand nombre de navires lorsqu’ils entrent dans les ports et en sortent», se demande le média américain.

### Les ennuis commencent pour Baltimore
En attendant, Baltimore subit déjà de plein fouet les conséquences de la catastrophe. Perdant l’une de ses artères routières principales, la ville s’est engorgée dès mardi soir, avec des files de voitures se formant dans le Harbor Tunnel, l’un des itinéraires alternatifs. L’industrie automobile devrait aussi être touchée à plus ou moins court terme sachant que «Baltimore gère plus d’importations et d’exportations de véhicules que n’importe quel autre port américain. L’année dernière, près de 850 000 voitures et camions légers y ont transité», rapporte la _National Public Radio_, précisant encore que plusieurs groupes automobiles comme General Motors, Stellantis ou Mercedes pourraient être affectés. De nombreux autres porte-conteneurs vont également devoir être déroutés en attendant que la navigation reprenne normalement dans la zone portuaire.
Les principaux efforts se sont tout d’abord portés sur les ouvriers disparus, puis l’inquiétude s’est portée sur la reconstruction de l’ouvrage. Dans une année électorale où chaque faux pas est compté, Joe Biden s’est rapidement emparé du sujet, en promettant que le «gouvernement fédéral prendrait en charge, au moins dans un premier temps, les coûts de réparation du pont, tout en laissant ouvertes certaines demandes d’indemnisation à l’encontre de la compagnie maritime», écrit le média _Politico_. Le pont ne devrait cependant pas être sur pied de sitôt, certains observateurs estimant la durée des travaux à plus d’un an, pour un coût de plusieurs centaines de millions de dollars.

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Mort de l’Américain Richard Serra, sculpteur de l’acier
Richard Serra, exposé des grands musées américains au désert du Qatar, était connu pour ses œuvres massives, à l’aspect pourtant minimaliste, poussant la réflexion sur l’espace et l’environnement. Il est mort d’une pneumonie mardi
L’artiste américain Richard Serra, figure majeure de l’art contemporain, est mort mardi à 85 ans, selon le New York Times qui cite son avocat. Il était connu pour ses œuvres monumentales constituées de plaques d’acier rouillé.
Il s’est éteint chez lui dans l’Etat de New York des suites d’une pneumonie, selon le quotidien américain. Exposé des grands musées américains au désert du Qatar, Richard Serra a livré des œuvres massives, arrondies, à l’aspect pourtant minimaliste, poussant la réflexion sur l’espace et l’environnement.
Né à San Francisco d’une mère d’origine juive russe et d’un père espagnol, il se forme à Paris puis s’installe dans les années 1960 dans un New York en plein bouillonnement artistique. A la fin de cette décennie, il publie un manifeste puis révèle une œuvre fondatrice, «One ton prop (House of cards)», quatre plaques de plomb de 122x122 cm, maintenues en équilibre par leur propre poids, à la manière d’un château de cartes.
Il passe ensuite à de grandes plaques d’acier brun orangé, comme rouillées, exposées à New York, Washington, Bilbao, ou encore Paris. En 2014, il plante même de sombres tours dans le sable du Qatar, si loin qu’il faut un 4x4 et une bonne carte pour s’y rendre, à 70 km de la capitale, Doha. «Quand on voit mes pièces, on ne retient pas un objet. On retient une expérience, un passage», disait-il en 2004.
https://www.letemps.ch/articles/mort-de-l-americain-richard-serra-sculpteur-de-l-acier
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Le Temps (Suisse)
En Argentine, dix peines à perpétuité dans un procès-fleuve de la dictature
Dix perpétuités, une peine de 25 ans et une relaxe ont été prononcées par la justice argentine mardi dans le cadre d’un procès-fleuve de la dictature
La justice argentine a prononcé mardi dix peines de prison à vie, dans le cadre d’un procès-fleuve, ouvert il y a plus de trois ans. Il concerne des centaines de cas de séquestrations arbitraires, tortures, viols, disparitions, vols de bébés, dans trois centres de détention de la dictature (1976-1983).
Dix perpétuités, une peine de 25 ans et une relaxe ont été prononcées par le tribunal de La Plata, contre douze accusés (six autres sont décédés entretemps). Mis à part un incarcéré, ils comparaissaient en mode virtuel, en assignation à domicile, pour certains déjà sous le coup de condamnations.
Le tribunal a ordonné après le verdict des expertises médicales «urgentes» pour déterminer si la détention à domicile des condamnés est révocable. Le procès portait sur plus de 400 victimes, passées par trois «CCD», les tristement célèbres «Centres clandestins de détention» dont le pays compta des centaines: ceux-ci à Banfield, Quilmes et Lanus, dans un rayon de 25 km autour de Buenos Aires.
Parmi les accusés, des officiers, sous-officiers, policiers, des médecins militaires et policiers, un ex-ministre provincial. Tous ont clamé leur innocence, ou leur absence au moment des faits, et l’un a justifié un contexte de «guerre».
Le principal accusé, Miguel Etchecolatz, est mort en 2022 à 93 ans en détention, déjà sous le coup de peines de perpétuité. Selon l’association des Grands-Mères de la place de Mai, partie civile, 23 femmes enceintes figuraient parmi les détenues passées dans les CCD en question.
### Témoignage poignant
Certaines furent avortées par leurs bourreaux, certaines ont disparu et dix bébés y furent «appropriés» et donnés à des familles amies du régime, sept de ces enfants récupérant leur identité des années plus tard. Parmi les détenues à Banfield figurait Adriana Calvo, victime emblématique (décédée en 2010) dont le témoignage poignant, sur son accouchement mains liées et yeux bandés dans une voiture de police, marqua le «procès de la Junte» en 1985, et est longuement incarné dans le film à succès «Argentina, 1985» (2022).
Le verdict de La Plata intervient sur fond de résurgence du legs de la dictature dans le débat politique. Le président ultralibéral depuis décembre, Javier Milei, conteste à la fois la lecture de cette période -plutôt que de dictature, il évoque une «guerre» entre Etat et guérillas d’extrême gauche- et le bilan de 30 000 morts ou disparus, selon les ONG de droits humains.
Depuis la reprise en 2006 des procès de la dictature - après une parenthèse d’amnistie dans les années 1990 - la justice argentine recensait mi-mars 1 176 personnes condamnées, dont 661 en détention, la plupart à domicile. Près de 80 procédures restent en cours, en procès ou à l’instruction.
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Le Temps (Suisse)
Au Venezuela, l'opposition accuse le président Maduro de choisir ses rivaux
Un candidat de l'opposition par défaut a finalement réussi à s'enregistrer mardi pour la présidentielle du 28 juillet. La candidate choisie par Maria Corina Machado, elle-même inéligible, n'a pas été retenue
La coalition d’opposition au Venezuela a finalement pu enregistrer mardi un candidat à la présidentielle du 28 juillet, mais sa leader Maria Corina Machado, inéligible, accuse le président Nicolás Maduro, qui brigue un troisième mandat, d’avoir «choisi» ses rivaux.
Ce candidat est Edmundo Gonzalez Urrutia, un ancien ambassadeur et politologue. Il remplace Corina Yoris, l’universitaire novice en politique que Maria Corina Machado avait désignée mais qui n’a pas réussi à s’inscrire, sans que le Conseil national électoral (CNE) ne donne d’explication.
Alors que la limite des inscriptions expirait lundi à minuit, le CNE a finalement accordé un délai à l’opposition et accepté d’inscrire Edmundo Gonzalez Urrutia.
### Opposition divisée
Des analystes et l’opposition estiment cependant que Edmundo Gonzalez Urrutia pourrait être remplacé par un autre candidat - Maria Corina Machado, Corina Yoris ou un autre - à l’avenir si des négociations entre pouvoir et opposition étaient fructueuses.
Maria Corina Machado avait remporté haut la main la primaire de l’opposition et semblait pouvoir rallier derrière elle une opposition souvent divisée. Maria Corina Machado est inéligible, accusée par le pouvoir de corruption et de soutenir une invasion étrangère - ce qu’elle a toujours nié. «Ce que nous avons dénoncé pendant de nombreux mois a fini par se produire: le régime a choisi ses candidats», a-t-elle lancé mardi.
Des nombreux observateurs et opposants estiment que le CNE, souvent accusé d’être aux ordres du pouvoir, a délibérément bloqué la candidature de Corina Yoris. Le Brésil et la Colombie ont exprimé mardi leur «préoccupation», tandis que le ministre uruguayen des Affaires étrangères, Omar Paganini, a estimé que le Venezuela «se consolide en tant que dictature». La Maison Blanche s’est dite «très préoccupée» par le blocage de la candidature de Corina Yoris. Le ministère vénézuélien des Affaires étrangères a réagi en accusant le Brésil et la Colombie d’ingérence.
Le porte-parole du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a lui appelé la communauté internationale à «continuer à s’engager avec les parties en faveur d’une feuille de route négociée», et déclaré: «nous regrettons tout développement susceptible d’entraver les garanties électorales et rappelons la nécessité de garantir le droit de voter et d’être élu».
Mardi, avant l’inscription de Gonzalez Urrutia, Maria Corina Machado avait insisté: «Ma candidate c’est Corina Yoris. Personne ne va nous faire sortir de la route électorale. Nous lutterons jusqu’au bout».
### «Pire scénario»
Elle avait aussi pris ses distances avec la candidature de dernière minute de Manuel Rosales, 71 ans, vieux routier de la politique, déjà candidat face à Hugo Chavez en 2006. gouverneur de l’Etat pétrolier de Zulia (nord-ouest), qui a pu s’inscrire in extremis. Ce poids lourd était toutefois loin de faire l’unanimité dans l’opposition, qui lui reproche ses contacts réguliers avec Nicolás Maduro depuis qu’il est redevenu gouverneur en 2021.
Il s’est défendu de vouloir «enlever le leadership à qui que ce soit», assurant venir «les bras ouverts»: «J’ai dû prendre une décision: à savoir ouvrir un espace pour que les Vénézuéliens puissent voter ou aller vers une abstention et que Maduro reste en place pendant six années supplémentaires».
Du côté du pouvoir, tout est simple avec un candidat clair: Nicolás Maduro, 61 ans, qui a succédé à son mentor Hugo Chavez (1999-2013) à sa mort en 2013. Toute la machine de l’Etat et du chavisme est déjà en marche.
Plus de 60 pays, dont les Etats-Unis, n’avaient pas reconnu sa réélection en 2018, boycottée par l’opposition. Cette non-reconnaissance a débouché sur des sanctions économiques visant notamment le secteur pétrolier.
Le pouvoir peut en tout cas se frotter les mains de la confusion et des divisions de l’opposition avant le scrutin à un seul tour. Pour le politologue Yoel Lugo, «le pire scénario pour l’opposition est de maintenir le ton de tension interne qui, avec la division et la démoralisation, est l’équation parfaite pour la démobilisation de l’opposition. C’est justement la stratégie qui permet à Nicolás Maduro de rester au pouvoir».
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Le Temps (Suisse)
L'équipe de Suisse renoue (timidement) avec la victoire
Un coup-franc de Xherdan Shaqiri permet à la Nati de vaincre la République d'Irlande lors d'un match de préparation mardi à Dublin (1-0), malgré une animation offensive toujours en berne
Xherdan Shaqiri, désormais un joker pour l'équipe de Suisse? C'est ce qu'on a compris lorsque l'attaquant du Chicago Fire a pris place sur le banc de touche au début du premier match de l'année, samedi contre le Danemark. Titularisé mardi contre la République d'Irlande, comme six autres joueurs qui étaient aussi remplaçants trois jours plus tôt, le bonhomme avait à coeur de montrer qu'il ne l'entendait pas de cette oreille. Et s'il n'a pas particulièrement brillé dans le jeu, il s'est fait l'auteur d'une de ces fulgurances qui ont fait de lui un élément si important de ces dernières années en transformant magnifiquement un coup-france à la 24e minute, pour son trentième but en sélection.
Cette réussite a permis à la Nati de s'imposer 1-0 à Dublin et de conclure une série de cinq matchs sans victoire, étirée depuis octobre 2023 contre des adversaires pourtant abordables (Biélorussie, Israël, Kosovo, Roumanie et enfin Danemark). C'est toujours ça de pris, même si les hommes de Murat Yakin sont restés assez loin de signer un match de référence contre une formation solide mais se contentant d'opérer en rupture. Le 3-5-2 qui semble adopté pour cette année de Championnat d'Europe des nations a une nouvelle fois été gage de sécurité défensive, mais pas encore d'animation offensive. Il y a du monde à mi-terrain, presque trop parfois, le ballon circule mais les hommes combinent peu.
### Ndoye marque des points
Question de temps peut-être? Le problème est qu'il en reste peu. L'équipe de Suisse ne se rassemblera plus que pour préparer le grand rendez-vous allemand de l'été (15 juin-14 juillet), avec certes deux matchs amicaux contre l'Estonie et l'Autriche pour effectuer quelques réglages, mais les choses sérieuses arriveront très vite, et il faudra un peu plus de substance pour faire trembler l'Allemagne, la Hongrie et l'Ecosse.
Contre la République d'Irlande, Murat Yakin ne s'est pas privé de faire tourner son effectif. Vincent Sierro, titularisé à mi-terrain, etDereck Kutesa, entré en seconde mi-temps, ont signé leur première apparition sous le maillot national. Eray Cömert a montré ses limites sur le flanc droit de la défense à trois. Au poste de piston gauche, Dan Ndoye a marqué quelques points supplémentaires, faisant parler sa vitesse en phase offensive et une certaine abnégation lors des séquences de repli. Le Vaudois de Bologne est sans doute l'un des gagnants de cette trêve internationale, avec un Fabian Schär à nouveau impeccable derrière. Mention aussi à Yvon Mvogo, très serein dans sa cage en l'absence de Yann Sommer, victime d'une entorse à la cheville contre le Danemark. Mais le Fribourgeois, lui, sait très bien que ses chances de bouleverser la hiérarchie sont minces. Quant à Xherdan Shaqiri, comptez sur lui pour ne rien lâcher.
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Le Temps (Suisse)
«La Promesse verte» non tenue des biocarburants
Fort du succès de sa tragédie paysanne «Au nom de la terre», le cinéaste-reporter Edouard Bergeon élargit son rayon d’action jusqu’en Indonésie dans «La Promesse verte», thriller d’inspiration écologiste autour du commerce de l’huile de palme
Comme presque tout ce qui ne tourne pas rond dans ce monde néolibéral, c’est une chose qu’on sait et qu’on oublie: depuis trois décennies, l’industrie agroalimentaire abuse toujours plus de l’huile de palme au prix d’une terrible catastrophe environnementale. Là-dessus s’est encore ajouté un autre scandale, celui des biocarburants. Confronté à cette question à travers l’histoire de son père, poussé à planter du colza pour carburants avant d’en voir le prix s’écrouler face à la concurrence de l’huile de palme importée d’Asie du Sud-Est, Edouard Bergeon y a vu matière à une fiction: La Promesse verte, sa deuxième réalisation après le succès surprise en 2019 d’Au nom de la terre (2 millions d’entrées en France et 26 000 en Suisse romande), un film qui racontait la descente aux enfers du surendettement et le suicide de son père.
A lire: Souvent considérés comme les ennemis de l’agriculture, Les Vert·e·s rêvent d’une réconciliation
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De quel Assange parle-t-on?
ÉDITORIAL. Le célèbre lanceur d’alerte, qui croupit toujours dans une prison londonienne, a bénéficié d’un sursis mardi. La justice britannique estime ne pas avoir les garanties suffisantes des Etats-Unis sur la manière dont il serait traité s’il était extradé
La justice a de nouveau décidé de ne pas décider. Mardi, le fondateur de WikiLeaks a obtenu un dernier sursis de la Haute Cour britannique, qui estime qu’elle n’a pas de garanties suffisantes de la part des Etats-Unis pour l’extrader. Doit-on s’en réjouir?
Il ne faut pas se faire d’illusion. Même si Washington a assuré que Julian Assange ne croupirait pas dans «l’Alcatraz des Rocheuses», une prison de très haute sécurité dans le Colorado, il est peu probable que des garanties plus substantielles soient données aux juges londoniens dans trois semaines. Les Etats-Unis sont en pleine année électorale et le cas Assange demeure explosif. Or il est temps qu’on mette un terme à une situation humainement inacceptable. Les conditions de détention du plus célèbre lanceur d’alerte du XXIe siècle, dans la prison de Belmarsh à Londres, ne sont pas dignes d’une démocratie. La santé de l’Australien ne cesse de se dégrader.
La menace qui pèse sur Julian Assange d’être condamné outre-Atlantique à une peine pouvant aller jusqu’à 175 ans de prison est un test sur la manière dont les Etats-Unis sont prêts à juger les lanceurs d’alerte. Leur rôle, confiait au _Temps_ feu Daniel Ellsberg, l’homme des Pentagon Papers, reste indispensable pour révéler de manière moins orthodoxe, mais nécessaire, les travers des démocraties. Washington, qui a coutume de traquer inlassablement les _whistleblowers,_ devrait se rendre compte qu’ils peuvent contribuer au bien commun.C’est là toute l’ambiguïté des soutiens indéfectibles au fondateur de WikiLeaks, qui le présentent en héraut du journalisme et de la liberté d’expression. C’est le cas notamment de Reporters sans frontières. L’avocat de l’Australien fustige le fait que son client soit poursuivi pour des «pratiques journalistiques ordinaires». Vraiment? Pas si sûr. Il est indéniable que sa plateforme a permis de rendre publiques les horreurs de la guerre états-unienne en Irak. Mais l’Australien n’a pas toujours eu à cœur de s’ériger en défenseur de la démocratie.
En 2016, un rapport d’une commission spéciale du renseignement du Sénat américain le soulignait de façon catégorique: WikiLeaks et le GRU (le renseignement militaire russe) ont étroitement collaboré pour faire dérailler la campagne électorale de la démocrate Hillary Clinton – un «diable» – opposée à l’époque à Donald Trump. Julian Assange n’a en l’occurrence pas fait du journalisme, mais un travail de sape d’une élection présidentielle avec l’aide de la Russie de Vladimir Poutine. Aujourd’hui, avec le retour sur la scène de Donald Trump qui fut le premier bénéficiaire de l’action de WikiLeaks, on mesure les dégâts occasionnés.
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«While the Green Grass Grows»: à nos parents, emportés par le flux de la vie
Grand Prix du festival Visions du Réel l’an dernier, le film de Peter Mettler sort enfin. Un essai en forme de journal intime, singulièrement prenant
En quarante ans de carrière, le Canado-Suisse Peter Mettler s’est imposé comme un cinéaste inclassable qui conçoit ses films comme des «essais» de forme très libre, le plus souvent rangés parmi les documentaires faute de mieux. Déjà plébiscité à Visions du Réel en 2002 (jury et public) pour Gambling, Gods and LSD, long voyage de trois heures en quête de transcendance, le voici de retour avec un projet encore plus fou: While the Green Grass Grows («Tandis que pousse l’herbe verte») se présente comme une sorte de journal filmé typiquement méditatif de 2h45 qui ne serait que l’assemblage de deux parties (2 et 6) d’un work in progress qui en comptera sept pour une durée prévue de onze heures. Mais peu importe, le résultat centré sur la mort des parents du cinéaste, respectivement en 2019 et 2021, se tenant parfaitement tel quel, comme est venu le souligner un triplé exceptionnel de Grands Prix à Nyon, Leipzig et Montréal.
A lire: Le palmarès de Visions du Réel dominé par un essai poético-métaphysique de Peter Mettler
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Le Temps (Suisse)
Un «fake steak» meilleur que l’original?
Parvenir à imiter, voire surpasser la viande rouge grâce à des protéines végétales, tel était le graal de la start-up zurichoise Planted. Les premiers chefs internationaux à avoir testé le produit, commercialisé cet été, sont bluffés
La fermentation garde décidément sa part de mystère, «laissant parfois penser à quelque intervention divine»: cette citation de l’experte Luna Kyung, auteure d’un ouvrage de référence sur le sujet, s’applique à la dernière création de la société Planted, qui doit une grande part de sa réussite et de son intérêt gustatif à ce processus. Un «steak végétal» issu d’ingrédients naturels, selon ses concepteurs – protéines de soja, huile de colza, concentré de betterave, farine de haricots, farine de riz, épices, extrait de levure, cultures, sel et vitamine B12 –, a été dévoilé ces derniers jours à Lausanne, au Café de Prélaz.
Ce produit étonnant est appelé à marquer «un tournant» de l’avis de ses créateurs, à commencer par le cofondateur de Planted Pascal Bieri. «L’alternative à la viande rouge était un de nos objectifs dès la création de la société, en 2019, jusqu’ici jamais atteint.» «Un graal» – auquel une équipe d’une soixantaine de scientifiques et quatre chefs s’est dédiée cinq années durant dans les laboratoires de Kemptthal (ZH) et au-delà, via les cuisines de plusieurs chefs et consultants internationaux.
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Swiss Steel: le milliardaire Peter Spuhler jette l’éponge
Peter Spuhler, l’un des principaux actionnaires de l’aciériste helvétique, compte se retirer de Swiss Steel à la suite de divers points de discorde avec Martin Haefner, l’autre homme fort du groupe
Les rumeurs allaient bon train depuis quelques semaines sur les mésententes entre les principaux actionnaires de l’aciériste Swiss Steel. L’information est maintenant officielle. Peter Spuhler, le patron de Stadler Rail, veut se désengager du groupe lucernois en difficulté. Lundi, les administrateurs Barend Fruithof et Oliver Streuli ont annoncé leur démission du conseil d’administration de Swiss Steel avec effet immédiat, selon un communiqué de l’aciériste. Tous deux étaient des représentants de l’actionnaire principal PCS Holding, contrôlé par Peter Spuhler. L’action, qui vaut moins de 1 franc depuis des années, avait clôturé sur une baisse de 12% à la bourse suisse lundi. Mais mardi, le titre reprenait (+3,2%) des couleurs.
Seul maître à bord
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