Heidi.news
Espagne: l’extrême-droite aux portes du gouvernement
Il y a la Hongrie, la Pologne et l’Italie. A son tour, l’Espagne pourrait rejoindre ce dimanche 23 juillet, le camp des pays de l’Union européenne qui gouvernent avec l’extrême-droite, pour la première fois depuis la mort de Franco.
Les bureaux de vote des élections législatives se sont ouverts ce matin jusqu’à ce soir 20 heures et pour la première fois, les élections générales espagnoles se tiennent dans la canicule d’un milieu d'été, au terme d’une campagne polarisée comme rarement ces 40 ans dernières années.
Le Parti populaire espagnol est le grand favori des sondages et n’exclut pas de former une coalition avec la formation Vox, comme c’est déjà le cas dans de nombreuses villes et plusieurs régions autonomes, de la Castille-Leon à la communauté de Valence en passant par l’Estrémadure, confirmant ainsi cette poussée du populisme en Europe, que connaissent aussi l’Allemagne, l’Autriche et la France.
Voir plushttps://www.heidi.news/articles/espagne-la-poussee-de-l-extreme-droite-inquiete-bruxelles
#Presse #heidi #Suisse
Heidi.news
Ukraine: le Conseil fédéral étonnamment passif face aux menaces inquiétantes de Washington
Les relations entre la Suisse et les Etats-Unis sont tendues. Une réunion est prévue lundi 24 juillet pour tenter d'apaiser la situation sur fond de menaces américaines sur la place du négoce de matières premières.
Depuis des mois, les Etats-Unis exercent une pression constante sur la Suisse, l’accusant de laxisme dans la traque aux avoirs russes placés dans ses coffres, qui serviraient en partie à financer la guerre contre l’Ukraine. «Allô le Conseil fédéral, y a-t-il quelqu'un au bout du fil?», s’interroge la NZZ dans un éditorial particulièrement cinglant, qui pointe du doigt le manque d’anticipation de Berne face à une crise qui menace d’éclater à tout moment.
Une réunion discrète aura lieu, demain lundi 24 juillet, à Berne, entre des représentants du Trésor américain, les milieux économiques et le Seco. Derrière les menaces américaines se cachent en fait des intérêts économiques bien compris, notamment autour des bénéfices du négoce des matières premières, dont une grande partie transite par la Suisse. Selon l'organisation non gouvernementale Public Eye, c'était plus de la moitié pour le pétrole en 2022.
Voir plus#Presse #heidi #Suisse
Heidi.news
La frénésie d'expérimentations animales ne pourra pas durer, même en Chine
Une armée de singes à Shanghaï? Heidi.news publiait cette semaine l'interview de Muming Poo, l'un des plus grands scientifiques chinois du moment. Lisez ou relisez ces lignes, ainsi qu'entre les lignes. Ce qu'il annonce est sidérant.
La vie et la carrière de Muming Poo sont peu communes. Il est né en 1948 à Nanjing (Nankin, disent les Français) qui fut capitale impériale de la Chine des Ming puis capitale à nouveau du Kuomintang, le parti nationaliste de Tchang Kaï-chek avant le tristement célèbre viol de Nankin par les Japonais, (200’000 morts en 1937-1938). En 1949, les forces communistes de Mao parviennent à franchir le Yangtze et vont prendre Nanjing. La famille de Muming Po s’enfuit alors à Taïwan, où le jeune Poo fera sa scolarité.
A 22 ans, il part étudier aux Etats-Unis et rencontre vite le succès. Premier article de biophysique publié dans Nature quatre ans plus tard. Il passe d’une grande université à l’autre: Johns Hopkins, Purdue, Irvine, Yale, Columbia, San Diego, Berkeley. En 1999, il remet les pieds en Chine, continentale cette fois. Et ouvre à Shanghaï l’Institut de neurosciences (ION) de l’Académie chinoise des sciences.
Pourquoi choisir la Chine quand on domine le monde académique américain? Parce que l’expérimentation animale y est plus permissive.### L’échec pour les primates
De fait, la gloire vient en 2017, l’année où il renonce à son passeport américain pour adopter celui de la République populaire de Chine. Muming Poo a alors 69 ans. Il est parvenu, avec ses équipes de Shanghaï, à faire naître deux macaques clonés, expérience publiée [en février 2018 dans la revue ](https://www.cell.com/cell/fulltext/S0092-8674(18)30057-6)*[Cell](https://www.cell.com/cell/fulltext/S0092-8674(18)30057-6)*. «L'obstacle du clonage des espèces de primates est désormais surmonté», déclare-t-il à la presse internationale.
La méthode utilisée, le transfert nucléaire de cellules somatiques, est celle ayant donné naissance à la brebis Dolly, onze ans plus tôt. Depuis, des dizaines de mammifères ont été clonés, des chiens, des chats, des porcs, des vaches, des poneys et des chevaux, mais la méthode avait toujours échoué à faire naître des bébés chez les primates, cet ordre qui comprend les singes et les humains.
Le frisson qui saisit alors l’humanité est évidemment lié à cette perspective, vertigineuse et désormais ouverte: cloner des humains.
### **Singer la Planète des Singes**
Muming Poo dément, bien sûr. Pour lui, [comme il l’explique dans l’interview qu’il a accordée à ](https://www.heidi.news/sante/nous-avons-5-ans-pour-prouver-l-efficacite-medicale-de-nos-clones-de-singes-modifies-genetiquement)*[Heidi.news](https://www.heidi.news/sante/nous-avons-5-ans-pour-prouver-l-efficacite-medicale-de-nos-clones-de-singes-modifies-genetiquement)*, ces singes clonés permettent plutôt de disposer d’individus en tous points semblables. Une fois génétiquement modifiés, ils permettront des recherches sur des maladies comme Alzheimer, Parkinson, la schizophrénie, l'autisme, la sclérose en plaques ou l’épilepsie.
Reste la question de notre journaliste Fabrice Delaye, à laquelle Muming Poo ne répond pas. Combien de macaques clonés son institut a-t-il produits? Le chiffre qui court fait froid dans le dos: 12’000. De quoi singer la Planète des Singes. Le scientifique évoque 12 individus pour une expérience particulière sur les dérèglements de l’horloge circadienne. Malgré notre insistance, il ne fait pas l’addition de toutes les expériences ni de tous ses singes clonés.
Pourquoi? Parce que Muming Poo le sait bien: la tolérance chinoise pour les expérimentations animales va fondre, comme elle a fondu en Occident. Dans quelques annéesestime-t-il, même un pouvoir aussi ferme et efficace que le Parti communiste chinois ne pourra pas maintenir les pratiques actuelles.
### Derniers retranchements
Il y a là quelque chose de rassurant et d'incroyablement frustrant à la fois. Les recherches en neurosciences des dernières décennies ont produit très peu de résultats thérapeutiques, et le pas franchi par Muming Poo est peut-être un des rares à même de fournir une impulsion décisive.
Les instituts occidentaux le savent bien, qui se précipitent en Chine pour participer à ces recherches le temps qu'elles dureront.
Et après? Après, il faudra composer avec notre souci, légitime mais encombrant, du bien-être animal. Sans se cacher ce qu'il en coûte de vies humaines qui ne sont jamais réparées, faute de vrai progrès médical.
Et voici pourquoi la carrière de Poo est si fascinante: le scientifique chinois nous pousse dans nos derniers retranchements éthiques.
#Presse #heidi #Suisse
Heidi.news
Ode à l’œuf, après en avoir mangé des faux
On murmure qu’Israël aurait la population la plus végane au monde. Les restaurants rivalisent de créativité pour nourrir ces bouches exigeantes. A Tel-Aviv, une institution du brunch propose même des œufs au plat véganes. Récit d’une expérience aussi surprenante que décevante, qui a le mérite de faire réfléchir à l’intérêt des faux œufs, faux steaks et fauxmages.
On m’avait conseillé de me rendre au restaurant Benedict pour déguster des œufs véganes. J’avais marché au soleil jusqu’au boulevard Rothschild de Tel-Aviv, dominé par le soleil et le style Bauhaus des bâtiments.
Il a fallu jouer des coudes pour me hisser au comptoir, dans cette atmosphère typique où des couples amoureux côtoient des hédonistes nocturnes venus se retaper avec des pancakes et des œufs Bénédicte. Dans le menu pantagruélique où se côtoient pancakes sirupeux, steaks d’angus et toasts au saumon, je repère ma proie. Deux œufs véganes sur le plat, de la marque Yo! Egg. Accompagnés de «fauxmage» aux noix, poivronade, tahini au poivre et olives, du pain. C’est parti pour un «Classic morning».
Voir plushttps://www.heidi.news/articles/ode-a-l-%C5%93uf-apres-en-avoir-mange-des-faux
#Presse #heidi #Suisse
Heidi.news
«Nous avons 5 ans pour prouver l’efficacité médicale de nos clones de singes modifiés génétiquement»
Directeur de l’Institute of Neuroscience (ION) de Shanghaï, Muming Poo clone des singes modifiés avec des gènes humains pour étudier les maladies du cerveau. Entre espoir thérapeutique et controverse bioéthique, interview exclusive de ce chercheur dont les travaux évoquent immanquablement le début de la Planète des singes.
En avril dernier, le professeur Muming Poo, fondateur et directeur de l’Institute of Neuroscience (ION) de Shanghaï, a donné une conférence choc dans le cadre d’un symposium organisé par le Center for Excellence in Brain Science and Intelligence Technology (CEBSIT) en Chine et le Lemanic Neuroscience Network à la faculté de médecine de l’Université Lausanne.
Le thème? Les progrès dans la mise au point de modèles de macaques modifiées génétiquement pour les recherches sur les maladies du cerveau. Des macaques dans lesquels son groupe ajoute des gènes du cerveau humain associés à des désordres psychiatriques ou neurologiques. Une approche qui n’a pas manqué de choquer certains des neuroscientifiques les plus en pointe. Heidi.news a donc passé le professeur Poo à la question, pour en savoir plus. Il a rejoint Shanghaï après avoir exercé pendant 30 ans à l’Université de Berkeley en Californie.

Heidi.news - Pourquoi modifiez-vous les génomes de macaques avec des gènes humains dans le cadre de vos recherches?
Muming Poo - L’un des grands problèmes en ce qui concerne les maladies du cerveau chez l’homme c’est que nous n’avons pas de bon modèle animal. Les innombrables modèles de souris modifiés génétiquement marchent très bien pour des organes comme le foie ou les reins. Ils ont permis de grands progrès dans la mise au point de nouvelles thérapies en particulier contre les cancers. Mais avec le cerveau, cela ne marche pas. Si vous modifiez avec des gènes d’origine humaine le cerveau d’une souris, vous ne parviendrez pas exprimer des symptômes comme ceux de la schizophrénie ou de la dépression.
En quoi est-ce un problème?
Les souris modifiées avec les gènes associés à des pathologies humaines ont abouti à la création des lignées de modèles très uniformisés avec le même background génétique. Pour l’étude du cerveau, cela a permis de parfois recréer certains symptômes comme le déclin cognitif et d’avoir l’espoir à partir de là de développer des médicaments pour l’homme. On a par exemple des modèles de souris pour la maladie d’Alzheimer, qui développent des plaques caractéristiques de cette maladie très similaires à celles des humains.
Du coup, la recherche pharmaceutique a parié des milliards sur ces modèles de souris Alzheimer. Des médicaments efficaces chez la souris ont pu être développé mais avec ensuite des échecs retentissants chez l’humain.
Il n’y a donc pas d’innovations?
Malgré les milliards investis, on n’a au bout du compte qu’un médicament (développé par Biogen à partir de recherches menées en Suisse, ndlr.), un anticorps, qui montre une efficacité modeste (et controversée, ndlr.), avec un ralentissement du déclin cognitif pour des cas d’Alzheimer précoces. Johnson & Johnson teste en phase 3 un produit même nature, mais c’est très peu si vous considérez le temps et l’argent investi.
Si vous regardez du côté des maladies psychiatriques. Pour la plupart, il n’y a rien. Les rares antidépresseurs et anxiolytiques ont été développé il y a plus de 30 ans.
La réalité, c’est que pour le cerveau, 97% des médicaments candidats qui marchent sur des modèles de souris humanisés ne marchent pas chez l’homme. Ils ne passent pas le stade des essais clinique.
Cela a été une immense déception qui a abouti à ce que la plupart des grandes entreprises pharmas ferment leur département de neurosciences. Dans une large mesure, cet échec est le résultat d’un manque de bon modèle animal au départ.
Qu’apportent les macaques dans ce contexte par rapport aux souris?
Le cerveau est beaucoup plus compliqué que les autres organes. Ces derniers peuvent être faits de tissus différents mais biologiquement, ils sont relativement cohérents. Avec le cerveau, c’est très différent parce que c’est d’abord un réseau. Et le cerveau des souris est trop différent de celui des humains. La souris a 60 millions de neurones , l’être humain 86 milliards, le macaque 6 milliards. De plus, ce n’est pas une espèce en danger et l’industrie pharma utilise déjà 80’000 macaques par an, essentiellement pour les études précliniques de sécurité et d’études du métabolisme d’une molécule.
A quand remonte l’idée de modifier génétiquement des macaques pour la recherche pharma?
Au milieu des années 2000, Anthony Chan à l’Université d’Emory aux Etats-Unis a créé un premier modèle de macaque modifié pour la maladie d’Huntington. On ne disposait pas alors d’outils performants comme les ciseaux génétiques CRISPR-Cas9, qui permettent des modifications plus ciblées. Il était en particulier très difficile d’amener une mutation génétique dans un embryon. Grâce à CRISPR, en 2014, nous avons produit un macaque modifié avec le gène MeCP 2 qui est impliqué dans une forme d’autisme dite RATT. Ces travaux ont été publiés par Nature.
Voir plus#Presse #heidi #Suisse
Heidi.news
Inquiétudes autour de la Terre sur le retrait russe de l’accord céréalier
Moscou a annoncé se retirer de l'accord sur l'exportation des céréales ukrainiennes. En un an, il a permis de délivrer 33 millions de tonnes dans le monde, dont la moitié pour les pays en voie de développement.
La Russie a finalement choisi de sortir de l’accord céréalier qui la liait à l’Ukraine. Après des semaines de menace, le porte-parole du Kremlin a annoncé le 17 juillet la non-reconduction de l’accord permettant d’exporter des céréales depuis la mer Noire. Le contrat liant les deux géants du blé est «de facto terminé» a conclu Dmitri Peskov, le lendemain d’une attaque par les forces ukrainiennes contre le pont reliant la Crimée au continent. La Russie pourrait cependant revenir sur ce retrait si ses conditions sont remplies.
Pourquoi l’accord est important. Mise en place en juillet 2022 et reconduits à deux reprises, la Black Sea Grain Initiative a permis d’exporter près de 33 millions de tonnes de céréales. «C'était une bonne chose pour l'Ukraine et pour les prix mondiaux des céréales», rappelle David Harland, directeur général du Centre pour le dialogue humanitaire. Les bénéficiaires des marchandises ont été en majorité des pays en développement – même si Moscou prétend le contraire.
#### Lire aussi: [La guerre en Ukraine continue de menacer la sécurité alimentaire de millions de personnes](https://www.heidi.news/articles/la-guerre-en-ukraine-continue-de-menacer-la-securite-alimentaire-de-millions-de-personnes/gifts/s37GjUAKxjhfgNjGWjrBeRcEpZSPkKYaCFb9bvQ7)**Des risques pour les pays importateurs.** Les pays d’Afrique et du Moyen-Orient sont les premiers menacés par un arrêt des transports en mer Noire, dont dépend leur sécurité alimentaire. A l’international, les inquiétudes sont palpables. Le gouvernement allemand, par la voix de sa porte-parole adjointe, a appelé Moscou à revenir sur sa décision et à «rendre possible la prolongation de l’accord».
En Afrique, l’extrême dépendance au blé ou au tournesol en provenance des deux pays belligérants «est telle que toute initiative permettant de détendre l’environnement des échanges est a priori bénéfique», [souligne pour ](https://www.heidi.news/alimentation/le-retrait-russe-de-l-accord-cerealier-montre-que-l-afrique-reste-trop-dependante-des-importations-alimentaires)*[Heidi.news](https://www.heidi.news/alimentation/le-retrait-russe-de-l-accord-cerealier-montre-que-l-afrique-reste-trop-dependante-des-importations-alimentaires)*[ Mègnon Bebada,](https://www.heidi.news/alimentation/le-retrait-russe-de-l-accord-cerealier-montre-que-l-afrique-reste-trop-dependante-des-importations-alimentaires) philosophe et docteur en Sciences politiques.
**Genève, lieu des futures négociations.** Dans les pourparlers céréaliers, la Cité de Calvin a à nouveau démontré son rôle de médiateur géopolitique. «Genève a joué un rôle clé dès le début, souligne David Harland. Les premières négociations entre la Russie et les Nations Unies ont eu lieu à Genève. Le Centre pour le dialogue humanitaire a contribué à l'élaboration du concept \[de l’accord\] et l'Organisation mondiale du commerce a également été impliquée.»
La Turquie a également été un acteur majeur dans les négociations entre les deux belligérants. Et le sera à nouveau à l’avenir, pressent le membre du Conseil consultatif de haut niveau des Nations Unies sur la médiation. L’espoir est en tout cas permis: «Il est possible que l'accord soit ressuscité.» A Ankara, le président Recep Tayyip Erdogan s’est dit convaincu que son homologue russe et «ami» «veut poursuivre l’accord».
**Les exigences des Russes.** Moscou s’est dite prête à rejoindre l’accord, à la condition que ses revendications, brandies par le pays [à plusieurs reprises](https://www.heidi.news/alimentation/exclusif-a-geneve-les-vrais-enjeux-des-tractations-sur-le-ble-entre-kiev-et-moscou), soient satisfaites:
* la livraison de ses propres produits agricoles et d’engrais sans entrave;
* la livraison d’ammoniac, ingrédient de base d’engrais azotés, via le gazoduc Togliatti-Odessa – endommagé en juin dernier par une explosion;
* la connexion de la banque agricole russe Rosselkhozbank à Swift, un réseau de paiement international.
#Presse #heidi #Suisse
Heidi.news
Le retrait russe de l’accord céréalier montre que l’Afrique reste trop dépendante des importations alimentaires
Ce lundi 17 juillet 2023 à minuit devait être renouvelée une troisième fois (après novembre 2022 et mars 2023), la « Black Sea Grain Initiative» permettant à l’Ukraine et à la Russie d’exporter des céréales depuis les installations de la Mer Noire. La Russie annonce se retirer de l’accord, qui est pour le Kremlin «de facto terminé». L’enjeu, pour l’Afrique, c’est d’aller au-delà pour réfléchir à une agriculture durable sur le continent.
A chaque grande crise régionale, internationale ou mondiale, tout le monde souligne à raison la vulnérabilité systémique de l’Afrique quant aux impacts de ladite crise. Et sans remonter loin dans l’histoire, on peut relever trois crises de ces deux dernières décennies, qui le démontrent à souhait.
La crise alimentaire mondiale de 2007-2008, qui s’est traduite par les «émeutes de la faim», a touché majoritairement des pays africains: Égypte, Maroc, Nigeria, Sénégal, Cameroun, Côte-d’Ivoire, Mauritanie, Mozambique, Burkina Faso, etc. A cette occasion, le Pr. Jean Ziegler, rapporteur spécial de la commission des droits de l’homme des Nations unies pour le droit à l’alimentation, relevait déjà la vulnérabilité particulière de l’Afrique, en dénonçant notamment la «destruction systématique de ses agricultures vivrières».
La crise du COVID-19 n’a pas touché l’Afrique comme les autres régions du monde, mais ses conséquences socio-économiques ont été et sont encore très importantes pour le continent: forte détérioration des moyens de subsistance des populations, dégradation des finances publiques, endettement, ralentissement des efforts pour atteindre les objectifs de développement durable (ODD). Ainsi, même une crise qui semblait épargner l’Afrique dans son déploiement, a fini par l’impacter fortement par ses conséquences.Et le schéma s’est vérifié une fois de plus avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie qui, bien que lointain, a «réussi» à impacter le continent sur différents plans, en particulier sur la question alimentaire, du fait de la trop grande dépendance africaine vis-à-vis des marchés agricoles mondiaux.
### **L’Afrique trop dépendante des flux agricoles mondiaux**
La Russie et l’Ukraine tiennent une place très importante sur le marché mondial des produits agricoles: 30% du blé et de l’orge, 20% du maïs et plus de la moitié de l’huile de tournesol. Troisième plus gros producteur de pétrole après l’Arabie Saoudite et les États-Unis, la Russie est également un exportateur très important d’engrais pour l’agriculture. On comprend que les sanctions occidentales prises à son encontre puissent affecter profondément les marchés mondiaux et les chaines d’approvisionnement. La conséquence a été immédiate en termes de déstabilisation des flux commerciaux agricoles pour plusieurs régions du monde, en particulier l’Afrique du Nord où les importations de produits agricoles venant de la zone de guerre sont significatives.
Le blé consommé en Afrique est à 80% importé de Russie et d’Ukraine. D’autres produits sont concernés: tournesol, engrais, pétrole, etc. A cause de la guerre, la dépendance des pays africains vis-à-vis de la Russie et de l’Ukraine, notamment pour les besoins agricoles, a grandement contribué à exacerber les tensions et les difficultés qui existaient déjà sur le plan alimentaire sur le continent.
Consciente de cette dépendance et après les émeutes de la faim de 2008, l’Afrique, sous la houlette des Nations unies, avait déjà pris un certain nombre d’initiatives afin d’affirmer une position commune lors du Sommet onusien sur les systèmes alimentaires qui a eu lieu en septembre 2021. Cette vision, appuyée sur le Programme détaillé pour le développement de l’agriculture africaine (PDDAA) et la Déclaration de Malabo sur la croissance agricole accélérée de juin 2014, défendait l’idée d’une agriculture africaine résiliente et durable face aux différents chocs. Tout allait plutôt dans le bon sens de la sécurisation des voies d’approvisionnement alimentaire pour l’Afrique avant que le conflit russo-ukrainien ne vienne rappeler la fragilité du continent et sa dépendance des marchés alimentaires mondiaux.
### **L’accord céréalier, une réponse d’urgence que l’Afrique doit dépasser**
C’est pour répondre en partie à la déstabilisation des marchés agricoles mondiaux que les accords d’Istanbul ont pris l’initiative céréalière censée atténuer les tensions sur les chaines d’approvisionnement. L’Afrique n’est ni la seule ni la première bénéficiaire de cet accord. Mais toujours est-il que la dépendance de l’Afrique est telle que toute initiative permettant de détendre l’environnement des échanges est a priori bénéfique. Néanmoins, il faut replacer l’initiative céréalière dans son contexte de mesure d’urgence qui ne peut assurer une sécurité alimentaire durable pour le continent.
> > «Les pays africains auraient grand intérêt à saisir cette crise pour en faire une opportunité de décisions politiques audacieuses en faveur d’une agriculture africaine véritablement résiliente et inclusive»
Le fait que l’Afrique importe autant de produits agricoles est déjà une aberration en soi, étant donné le potentiel du continent en matière d’agriculture. Avec le changement climatique, l’heure est plutôt à la production locale et à la promotion des circuits courts, notamment en matière de production vivrière. Par ailleurs, que le blé soit une denrée de grande consommation dans certaines régions africaines pour des raisons historiques et culturelles (Afrique du nord), ne doit pas empêcher de se poser la question de la pertinence de l’importation de certains produits agricoles alors qu’il est bien possible d’envisager des alternatives. L’utilisation de certaines farines locales comme celle du manioc ou du maïs en boulangerie est une piste à explorer, comme le développement des engrais naturels mérite d’être soutenu massivement.
Alors, au lieu de s’accrocher à cette initiative céréalière conçue avant tout pour les marchés agricoles mondiaux, et d’attendre son renouvellement à l’infini, les pays africains auraient grand intérêt à saisir cette crise pour en faire une opportunité de décisions politiques audacieuses en faveur d’une agriculture africaine véritablement résiliente et inclusive.
### **L’audace d’une agriculture africaine résiliente**
Concrètement, il s’agit pour l’Afrique d’envisager plusieurs mesures capables d’impulser un système alimentaire durable et inclusif. D’abord, de façon générale, augmenter la production céréalière locale et faire croitre les secteurs agroalimentaires sur le continent. A ce propos, la nouvelle zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) entrée en vigueur en janvier 2021, devrait constituer un important levier pour intensifier les échanges commerciaux agricoles à l’intérieur du continent.
Ensuite, il est important qu’au niveau de chaque pays, soit pensée une meilleure intégration des cultures vivrières dans les politiques agricoles, en les liant aux enjeux de santé et protection sociale (ODD 1, 2 et 3). A l’échelle du continent, il s’agit de dépasser les initiatives solitaires prises pour assurer une certaine souveraineté alimentaire nationale (dans la crise alimentaire, le Ghana et l’Algérie par exemple, ont pris des mesures pour ne plus exporter vers les voisins) pour développer une véritable solidarité régionale dans la chaine de valeur agricole continentale. La souveraineté alimentaire (notamment nationale) est un objectif louable dont l’atteinte est forcément corrélée à un préalable : assurer la sécurité alimentaire pour toutes les populations africaines, en misant sur la solidarité.
Le conflit russo-ukrainien a remis en lumière les faiblesses intrinsèques des systèmes alimentaires africains. Il y a de fait une véritable crainte sur l’atteinte des objectifs de l’ONU en termes de lutte contre la faim, la pauvreté et pour la sécurité alimentaire. Dans ce cas, au-delà de la solution très limitée de l’initiative céréalière, il faudrait peut-être repenser complètement la politique d’importation des produits agricoles dans une Afrique qui dispose de 60% des terres arables dans le monde. L’Afrique doit-elle accepter l’augmentation exponentielle de son importation de blé ou peut-elle trouver des alternatives, des céréales ou des tubercules de substitution? C’est une question profonde, à forte dimension anthropologique, culturelle et sociétale qui se pose pour l’Afrique, à travers la crise céréalière, la sécurité alimentaire, les choix économiques de production et le modèle développement.
#Presse #heidi #Suisse
Heidi.news
Accord céréalier: Poutine utilise une fois encore l'arme de la faim
Alors que l'accord céréalier de la mer Noire arrive à terme, Poutine menace de ne pas la renouveler, si ses conditions ne sont pas remplies, notamment la réintégration de la banque agricole russe dans le système international de paiement SWIFT.
Reconduira ou ne reconduira pas? Telle est la question que Poutine laisse en suspens à la veille de l’échéance de l’accord sur les céréales ukrainiennes, utilisant la faim dans le monde comme levier de négociation.
Pourquoi c’est important? Il y a un an, la Russie et l’Ukraine signaient, sous l’égide de la Turquie et de l’ONU, l’initiative céréalière de la mer Noire, permettant la levée du blocus maritime russe sur l’exportation du blé ukrainien. Renouvelé à plusieurs reprises, cet accord arrive à terme ce lundi 17 juillet. S’il n’est pas renouvelé, c’est plusieurs pays en voie de développement, en Afrique et au Moyen-Orient, qui risquent de se retrouver en situation d’insécurité alimentaire.
Au cours d’un [appel téléphonique](https://www.lemonde.fr/international/article/2023/07/16/la-reconduction-de-l-accord-sur-les-exportations-de-cereales-ukrainiennes-toujours-freinee-par-moscou_6182157_3210.html) samedi à son homologue sud-africain Cyril Ramaphosa, le président russe a estimé que «l’objectif principal de l’accord» n’était pas atteint. Dans son communiqué, le Kremlin menace de refuser le renouvèlement de l’initiative si les entraves aux exportations russes, notamment les produits agricoles à destination de pays du sud, dont le Brésil, ne sont pas levées par les pays occidentaux. Sinon, Moscou estime ne voir «aucune raison» de prolonger cet accord.**L’arme de la faim.** Pourtant, vendredi, le président turc Recep Tayyip Erdogan, l’un des parrains de l’accord, était plus optimiste.
> «Nous nous préparons à accueillir Poutine en août et nous sommes d’accord sur l’extension du corridor céréalier de la mer Noire», avait-il assuré.
De son côté le Kremlin a nié avoir passé un accord avec le président turc. Un flou entretenu à dessein par Vladimir Poutine, qui utilise l’arme de la faim pour tenter de faire plier l’ONU sur plusieurs points de désaccord. Moscou demande notamment la réintégration de la Banque agricole russe dans le système international de paiement SWIFT.
Peter Stano, porte-parole de la commission européenne, a un autre point de vue:
> «La Russie, même si elle prétend que l'accord profite aux Européens ou aux Ukrainiens, enregistre en fait des bénéfices accrus sur son propre commerce d'engrais, de blé et de céréales, qu'elle vole également à l'Ukraine. Ainsi, tout ce qui vient de Russie n'est que mensonges et mensonges liés à la campagne illégale contre l'Ukraine.»
Selon l’UE, une non-reconduction de l’initiative provoquerait une envolée du prix des denrées sur le marché mondial, faisant courir le risque d’une insécurité alimentaire dans les pays les plus pauvres.
Ce que minimise Moscou, qui affirme que seul 3% des 32 millions de tonnes de biens alimentaires produits par Kiev depuis un an parviennent aux pays les plus pauvres. Chiffres à leur tour contestés par l’UE, selon laquelle [49% de ces exportations](https://fr.euronews.com/my-europe/2023/07/10/le-temps-presse-pour-prolonger-laccord-sur-les-cereales-ukrainiennes) ont profité aux pays pauvres.
De son côté, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s’est dit prêt à envisager la levée des obstacles visant les exportations russes, en «éliminant les entraves aux transactions financières de la Banque agricole de Russie».
**Perdre des soutiens africains?** Cela sera-t-il suffisant pour convaincre Moscou? Il faudra attendre demain pour le savoir, mais il y a fort à parier que Poutine finisse par céder. Difficile de croire qu’il fasse courir à ses alliés africains le risque de l’insécurité alimentaire, s’il espère conserver leur soutien à l’ONU. Les pays africains ont été les plus nombreux à soutenir, ou du moins à ne pas condamner, l’invasion de l’Ukraine.
Afin de renforcer leurs liens géopolitiques et économiques avec le continent, le gouvernement russe prépare le sommet Russie-Afrique prévu fin juillet à Saint-Pétersbourg. Le président sud-africain a aussi discuté avec son homologue russe du [sommet des BRICS](https://www.courrierinternational.com/article/diplomatie-poutine-laisse-planer-la-menace-sur-l-accord-cerealier-de-la-mer-noire#:~:text=Vladimir%20Poutine%2C%20lors%20d'un,c%C3%A9r%C3%A9ales%20ukrainiennes%20depuis%20un%20an.) (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) qui se déroulera en août à Johannesburg.
La tension est forte: si Vladimir Poutine s’y rend, l’Afrique du Sud, signataire du Traité de Rome, serait obligée de l’arrêter et le livrer à la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre, étant donné la mandat d’arrêt délivré contre lui. Le président russe est «présumé responsable» de crimes de guerre en Ukraine pour la déportation d’enfants de zones ukrainiennes occupées vers la Russie.
https://www.heidi.news/articles/accord-cerealier-poutine-utilise-une-fois-encore-l-arme-de-la-faim
#Presse #heidi #Suisse
Heidi.news
Quelques conseils aux résidents d'une Terre en feu
Tous les voyants sont au rouge canicule. Ce dimanche assomme l'Italie de chaleur. Juillet 2023 est marqué par de nouveaux records de température en Europe et en Asie ainsi que le «heat-dome» aux Etats-Unis, après les incendies canadiens. L'occasion de rappeler quelques conseils de bon sens.
Les climatosceptiques sont en sueur. Depuis quelques jours, l’hémisphère nord est frappé par une canicule record qui n’a pas encore atteint son pic. Des Etats-Unis à la Chine, en passant par l’Europe, la vague de chaleur provoque de grandes inquiétudes.
Pourquoi c’est important. Les autorités recommandent aux personnes âgées ou malades chroniques de ne pas sortir de chez elles. Aux enfants d’abandonner leur partie de foot en plein air, sous peine de malaise pouvant conduire jusqu’à la mort. Plusieurs victimes ont déjà été recensées en Europe. L’occasion de faire un tour d’horizon de ce qui risque de devenir notre nouvelle norme, et de suivre quelques conseils de bon sens. Surtout si vous êtes en vacances chez nos amis transalpins.
**Lire aussi**: [La température de l'océan Atlantique atteint des records](https://www.heidi.news/climat/la-temperature-de-l-ocean-atlantique-atteint-des-records-en-graphes) \[EN GRAPHES\]**Car c’est l’Italie qui subit** ce dimanche la plus impressionnante vague de chaleur européenne, avec seize villes en alerte rouge, victimes de températures incendiaires avoisinant les 38°C au nord et au centre, et plus de 40°C pour les villes du sud. Meteo Aeronautica, le service météo italien, craint «la vague de chaleur la plus intense de l’été, mais aussi une des plus intenses de tous les temps». Vendredi soir, dans les environs de Naples, deux footballeurs de 48 et 51 ans sont morts des suites d’un coup de chaud, rapporte [Il Messagero](https://www.ilmessaggero.it/italia/malore_calcetto_morti_caldo_arzano_casoria_napoli_ultime_notizie-7521752.html). Le pic de chaleur n’est pas attendu avant la semaine prochaine, au cours de laquelle sera sans doute battu le record de la plus haute température jamais mesurée en Europe. C’était en Sardaigne, le 11 août 2021, avec [48,8 degrés](https://www.lemonde.fr/planete/article/2023/07/16/une-canicule-record-s-installe-dans-l-hemisphere-nord_6182171_3244.html).
**Grèce et Espagne en alerte.** Pas de répit non plus si vous faites du tourisme en Grèce. Les autorités ont décidé de fermer l’Acropole d’Athènes aux heures les plus chaudes. La Croix-Rouge a déployé ses équipes aux pieds de l’édifice pour venir en aide aux touristes victimes de malaises ou d’essoufflements. La situation est similaire si vous êtes en Espagne ou au Maroc où l’on s'apprête à affronter le pic en début de semaine prochaine avec des températures entre 37 °C et 47 °C. De quoi rôtir littéralement sur les plages de la Costa Brava.
**L’Asie n’est pas en reste** et connaît, elle aussi, des températures record dans les provinces du sud de la Chine (35 °C à 40 °C), mais aussi du nord-ouest. Au Japon, même son de cloche. Les autorités invitent les populations à se calfeutrer près des ventilateurs et à s’hydrater abondamment, car ce dimanche, l’est du pays signale des températures avoisinant les 39 °C.
**Sous le Heat Dome.** En Amérique du Nord, après les mégafeux qui ont dévasté les forêts canadiennes, brûlant plus de 10 millions d’hectares en quelques semaines, les Etats-Unis apprennent à vivre sous le «[Heat dome](https://www.wired.com/story/the-heat-wave-scorching-the-us-is-a-self-perpetuating-monster/?bxid=62f76fad08cc6c1c7e0e986e&cndid=&esrc=subscribe-page&mbid=mbid%3DCRMWIR012019%0A%0A&source=Email_0_EDT_WIR_NEWSLETTER_0_DAILY_ZZ&utm_brand=wired&utm_campaign=aud-dev&utm_content=WIR_Daily_071423&utm_mailing=WIR_Daily_071423&utm_medium=email&utm_source=nl&utm_term=P4)», le dome de chaleur. Un phénomène qui s’explique par une haute pression qui comprime l’air descendant et le réchauffe, formant une chape d’air chaud stagnante. Elle peut perdurer des jours, voire des semaines, décourageant la formation de nuages, ce qui permet au soleil de frapper de plein fouet les sols, évaporant l’humidité et accélérant les incendies.
A Phoenix, en Arizona, ce samedi était le 16e jour d’affilée dépassant les 43°C. Il est prévu que le mercure atteigne son pic à 46 degrés dans les prochains jours avant de redescendre progressivement. Dans l’état voisin de Californie, où se trouve la vallée de la mort, l’un des lieux les plus chauds du globe, les météorologues attendent un autre record ce dimanche, avec un mercure grimpant jusqu’à 54°C. Comme au Canada, les pompiers sont débordés face à des incendies d’une grande violence et déplaçant les populations.
### Conseils de bon sens
Voici les recommandations usuelles pour traverser cette vague de chaleur:
* Abritez-vous à l’ombre pendant les heures les plus chaudes.
* Si vous avez un ventilateur, humidifier une serviette que vous déposerez sur la grille afin de disperser de la fraîcheur. Evitez les climatiseurs qui rejettent de l’air chaud à l’extérieur, contribuant au réchauffement.
* Hydratez-vous (1,5 litre d’eau par jour), mais évitez la caféine qui est diurétique. Evitez aussi l’alcool et les boissons sucrées.
* Mangez abondamment, en privilégiant les plats froids, les légumes et les fruits.
* Prenez des douches fraîches, mais pas froides, car le corps produirait de l’énergie et de la chaleur pour se réchauffer. Les douches froides peuvent aussi provoquer un choc thermique.
* Limitez les efforts et les activités physiques.
* Restez à l’ombre et ouvrez enfin ce rapport du GIEC dont vous reportez la lecture. [Sinon, Heidi.news l’a fait pour vous en mars](https://www.heidi.news/climat/giec-voici-le-plan-de-sortie-de-la-crise-climatique-a-l-intention-des-decideurs).
* Privilégiez, au moment de voter, les candidats qui écoutent les scientifiques…
Selon l’agence européenne Copernicus et ses consoeurs américaines NASA et NOAA, juin 2023 a été le plus chaud jamais mesuré et juillet suit la même direction, avec une première semaine de tous les records, selon des données préliminaires de l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Il est donc probable que nous traversions l’été le plus chaud jamais enregistré. Il aura des conséquences directes sur nos existences à court et à long terme. L’été passé, les canicules ont tué plus de 60’000 personnes.
https://www.heidi.news/articles/quelques-conseils-aux-residents-d-une-terre-en-feu
#Presse #heidi #Suisse
Heidi.news
Découpé à la hache et le cœur dévoré: certains crimes ne meurent jamais
Il y a peu s’est tenu le procès en appel d’Alieu Kosiah, ex-chef rebelle ayant commis des atrocités pendant la première guerre civile libérienne. Le Tribunal pénal fédéral de Bellinzone l’a condamné le 1er juin 2023 pour crimes de guerre et, pour la première fois, crime contre l’humanité. Alain Werner, directeur de l’ONG Civitas Maxima et avocat de parties plaignantes au procès, nous livre ses impressions sur ce verdict inédit.
La Cour d’appel du Tribunal pénal fédéral a rendu un jugement historique. L’ex-chef rebelle libérien est reconnu coupable de violations des lois de la guerre et de crimes contre l’humanité. Sa peine de 20 ans de prison est confirmée.
Lire dans Le Temps: Alieu Kosiah est aussi condamné pour crimes contre l’humanité. Une première en Suisse
Il y a exactement 30 ans, durant l’été 1993, un groupe de soldats rebelles semaient une terreur inouïe dans une ville, Foya, de ce petit pays d’Afrique de l’Ouest, le Liberia, alors ravagé par la guerre civile.
### **«Défiez Ulimo, on prendra votre cœur»**
A 450 kilomètres au nord de la capitale Monrovia, un homme pieux respecté par sa communauté eut le courage de déclarer à un groupe humanitaire de passage que le groupe rebelle qui occupait les lieux, l’Ulimo (United Liberation Movement of Democracy for Liberia), avait pillé l’hôpital financé par les humanitaires.
Une fois les étrangers partis, l’homme pieux fut amené sur ce qui servait alors de piste d’atterrissage et son thorax fut découpé par les rebelles, son cœur extrait puis mangé devant la population.
«*Try ULIMO, your heart*» – «Défiez Ulimo, on prendra votre cœur» – était l’un des slogans utilisés pour terroriser la population. Certains civils, qui ont survécu à l’enfer, s’en souviennent encore.
### **Pas de justice locale**
Le plus sanguinaire des commandants Ulimo, celui qui découpa à la hache le thorax de l’homme pieux et répandit sa folie meurtrière à Foya, portait le surnom guerrier d’«*Ugly Boy*» («L’Affreux Garçon»), malgré ses beaux traits.
La population locale, qui parlait un autre dialecte que les soldats Ulimo, lui avait donné un autre surnom, pour pouvoir donner l’alerte à l’insu des rebelles. Ils l’appelaient «*Saah Chuey*», «L’Homme à la hache» en langue kissi.
*«Ugly Boy»* ne sera jamais jugé pour ses actes ignobles. On dit qu’il mourut par la vindicte populaire qui entraîna son propre équarrissage, après avoir été reconnu en Guinée par des réfugiés libériens. Dans le cas contraire, «*Ugly Boy*» pourrait vivre en liberté au Liberia.
#### Lire aussi: [De la difficulté de défendre un criminel de guerre présumé](https://www.heidi.news/articles/de-la-difficulte-de-defendre-un-criminel-de-guerre-presume)
Ce mois d’août 2023 marquera les vingt ans de la fin de la guerre dans ce pays. Sur place, personne n’a été jugé par un tribunal. Ni le gouvernement ni les Nations unies n’ont fait quoi que ce soit pour les victimes oubliées du Liberia, bien qu’une commission de vérité et réconciliation sur le modèle sud-africain ait été recommandée en 2009, afin que les principaux acteurs de la guerre soient jugés. Au moins 25’000 personnes ont perdu la vie pendant ce conflit sanguinaire, entre 1989 et 2003.
### **Un tournant pour la Suisse**
Ce 1er juin 2023, en Suisse, un tribunal a pourtant condamné un homme pour avoir participé au meurtre à la hache de l’homme pieux. Il s’agit d’Alieu Kosiah, qui résidait à Lausanne depuis la fin des années 1990. Cette condamnation est survenue exactement 30 ans après les faits et a été prononcée à Bellinzone, par la cour d’appel du Tribunal pénal fédéral, à 7000 kilomètres de là où ont eu lieu les crimes.
Alieu Kosiah avait déjà été condamné en juin 2021 par la Cour des affaires pénales pour multiples actes crimes de guerre, dont le fait d’avoir mangé un morceau du cœur de l’homme pieux en compagnie d’«*Ugly Boy*». Mais il n’avait pas été reconnu coupable du meurtre à la hache, les juges de première instance considérant que son rôle était passif.
Les juges d’appel en ont décidé autrement. Alieu Kosiah a été condamné pour complicité de meurtre de l’homme pieux, acte qualifié de crime de guerre et de crime contre l’humanité. La Cour a estimé qu’Alieu Kosiah avait remis l’homme pieux à *«Ugly Boy*» pour être emmené sur la piste d’atterrissage de Foya, sachant pertinemment ce qui se passerait ensuite – du fait des pratiques cannibales du commandant.
Ce jugement d’appel marque un tournant dans l’histoire juridique de la Suisse: il s’agit de la toute première condamnation dans notre pays pour crime contre l’humanité. Celui-ci n’a été introduit en 2011 dans le droit pénal suisse, mais la Cour d’appel a décidé de condamner rétroactivement Alieu Kosiah pour crime contre l’humanité. Cette décision ouvre la voie à d’autres poursuites du même type en Suisse.
### **Certains crimes ne meurent jamais**
Comme avocat et directeur de l’ONG Civitas Maxima, je représentais depuis 2014 dans ce dossier, au côté de Me Romain Wavre, plusieurs victimes libériennes dont un ami de l’homme pieux, lui-même victime des crimes de l’Ulimo et qui a assisté à son calvaire sur la piste d’atterrissage de Foya.
Nos mandants ainsi que d’autres victimes ont fait preuve d’une résilience, d’une dignité et d’un courage exceptionnels. La plupart sont venus trois fois en Suisse pour témoigner tout au long de la procédure et ont surmonté des obstacles comme l’épidémie d’Ebola en 2014-2015 et la pandémie de Covid-19 en 2020-2021, pour finalement obtenir justice.
Les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité ont ceci de particulier qu’ils «*ne meurent jamais*». Parce qu’ils concernent, en raison de leur gravité, la communauté internationale dans son ensemble, ces infractions ne s’éteignent par aucune prescription, comme les crimes de droit commun. Les poursuites sont en théorie possibles aussi longtemps que la personne mise en cause est vivante et que des preuves existent. Et même, en théorie, si toutes les victimes sont décédées.
Comme les victimes oubliées du Libéria qui ont obtenu justice en 2023 si loin de chez eux, pour des crimes commis en 1993, les victimes de crimes internationaux commis pendant les conflits armés en cours ou récents ne doivent jamais perdre espoir. Il faut désormais tout faire pour qu’elles ne doivent pas attendre trente années de plus pour que soient jugés les crimes qu’elles ont subis.
#Presse #heidi #Suisse
Heidi.news
«Abu Dhabi Secrets»: l’espion, la prisonnière et la princesse captive
La correspondance de «Matar», l’espion émirati en charge d’opérations d’influence en Europe, nous a permis d’exhumer une autre histoire. Celle de la façon dont les Emirats arabes unis ont voulu étouffer deux scandales: la princesse Latifa, prisonnière de sa cage dorée, et la militante des droits humains Maryam al-Balushi, détenue dans des conditions atroces. Le tout avec l’aide d’un ténor du barreau britannique, spécialiste mondial des actions contre les médias.
C’est l’histoire de deux femmes. Deux citoyennes des Emirats arabes unis qu’en apparence tout oppose. La première, Latifa al-Maktoum, est l’une des filles du cheikh Mohammed al-Maktoum, émir de Dubaï et Premier ministre des Emirats. La seconde, Maryam al-Balushi, est une simple étudiante de Sharjah, l’émirat voisin.
Ces femmes ont toutes deux subi l’une des plaies de cette autocratie du Golfe: la détention arbitraire. L’histoire de Latifa al-Maktoum a ému le monde entier lorsqu’elle a tenté de fuir son pays, avant d’être interceptée à bord d’un yacht et séquestrée dans une villa par son émir de père. Maryam al-Balushi croupit depuis huit ans en prison, d’abord pour des accusations contestées de «terrorisme», puis pour avoir osé dénoncer ses conditions de détention.
Voir plushttps://www.heidi.news/articles/abu-dhabi-secrets-l-espion-la-prisonniere-et-la-princesse-captive
#Presse #heidi #Suisse
Heidi.news
Viols de guerre: trois Ukrainiennes du Donbass témoignent
Elles sont ukrainiennes, originaires du Donbass et ont eu la chance de pouvoir se réfugier en Suisse lorsque les Russes et les pro-Russes ont pris le pouvoir. Toutes trois ont subi des sévices sexuels et des abus traumatisants. Elles ont choisi de témoigner, au nom des milliers de civils toujours emprisonnés en Ukraine.
J’ai rencontré ces trois Ukrainiennes à l’Abbaye de la Maigrauge, à Fribourg. Elles y sont arrivées par l’entremise du père Nazar Zatorskyy, pasteur des Ukrainiens de Suisse. Né à Lviv, il vit depuis seize ans en Suisse et est notamment responsable des diocèses de Bâle et de Zurich. «Je suis en contact avec un grand réseau de bénévoles et d’activistes en Ukraine et j’essaie de faire venir des groupes de femmes pour quelques jours de repos en Suisse», m’explique le jeune pasteur.
Il faut plus de trente heures de bus pour que les réfugiées accueillies par le père Nazar parviennent à la Maigrauge, ce lieu de paix et de sérénité où elles sont nourries et logées. Le voyage coûte 300 francs par personne. *«C’est une somme prohibitive quand on touche une rente ou un salaire de 100 francs par mois»*, remarque-t-il, ajoutant qu’il cherche des fonds pour aider les concernées. Quand ces femmes, qui viennent de vivre plus de seize mois de guerre découvrent la Suisse, le choc culturel n’est pas loin. *«Elles peinent à croire qu’une vie tranquille existe si près de leur pays meurtri et souvent, elles ont hâte de retourner en Ukraine après une semaine déjà.»*#### Pour comprendre le contexte de la première invasion russe: [Il y a dix ans à Kiev, un post sur Facebook et paf! une révolution](https://www.heidi.news/explorations/ukraine-une-annee-de-guerre-resumee-en-1000-ans-d-histoire/il-y-a-dix-ans-a-kiev-un-post-sur-facebook-et-paf-une-revolution)
Irina, Liudmyla et Halyna, sont trois Ukrainiennes sexagénaires, originaires du Donbass. Elles ont subi des sévices qui les marqueront pour toujours. Réfugiées en Suisse depuis peu, elles militent pour libérer ceux qui croupissent toujours dans les geôles du Donbass, où la torture et les méthodes extra-judiciaires durent depuis 2014. *«Nous nous battons pour la création d’un mécanisme permettant la libération des civils emprisonnés, qui sont de facto des prisonniers de guerre et se retrouvent dans un vide juridique»*, martèlent-elles.
Les trois militantes ont eu la chance de pouvoir s’enfuir, contrairement à des centaines d’autres, femmes et hommes, enfermés dans des conditions inhumaines, sans jugement, parfois depuis des années. Leur crime? Etre opposés à l’annexion de leur oblast et, au pire, avoir soutenu les soldats ukrainiens.
Dans toutes les zones occupées, les Russes ont installé un régime de terreur qu’on découvre à mesure que les villes et les villages sont libérés par l’armée ukrainienne. Les récits d’atrocités commises par les occupants russes donnent une image de barbarie méthodique et systématique, autorisée voire encouragée par la hiérarchie et constituant autant de crimes de guerre. Depuis les découvertes macabres au printemps 2022 à Boutcha, la liste des lieux d’abus et de massacres ne cesse de s’allonger. Selon le gouvernement de Kiev, quelque 8000 personnes seraient encore emprisonnées dans les régions occupées, dont 40% de civils.
#### Lire aussi: [Réfugiées à Genève: «Nous habitions près de Boutcha, nous avons évité le pire»](https://www.heidi.news/education/refugiees-a-geneve-nous-habitions-pres-de-boutcha-nous-avons-evite-le-pire)
Beaucoup subissent des sévices abominables, notamment sexuels. Sous le flot des nouvelles qui arrivent jour après jour du front, on en oublie parfois qu’en Ukraine aussi, le viol est utilisé comme arme de guerre.
### **Irina, de victime à activiste**
 en 2023. | Courtoisie")
Irina Dovgan est cette femme qu’on avait attachée à un poteau au centre de Donetsk en août 2014. Esthéticienne et mère de deux enfants, elle avait soutenu les soldats ukrainiens venus combattre les séparatistes pro-russes soutenus par l’armée russe dans le Donbass.
Dénoncée et arrêté, elle vit cinq jours en enfer. Elle assiste au viol d’autres Ukrainiens et Ukrainiennes avant d’être exposée à la vindicte populaire au centre de Donetsk. Des passants lui crachent dessus, lui donnent des coups de poing et de pied. Sa photo, [publiée par le ](https://www.nytimes.com/slideshow/2015/04/20/world/europe/ukraine-pulitzer/s/ukraine-pulitzer-slide-4B85.html)*[New York Times](https://www.nytimes.com/slideshow/2015/04/20/world/europe/ukraine-pulitzer/s/ukraine-pulitzer-slide-4B85.html)*[,](https://www.nytimes.com/slideshow/2015/04/20/world/europe/ukraine-pulitzer/s/ukraine-pulitzer-slide-4B85.html) fait le tour du monde. *«Cela m’a sauvé la vie»*, dit-elle.
 est attachée à un poteau pendant que des passants l'insultent et la frappent. Sur la pancarte est écrit 'Tueuse d'enfant et agente des génocidaires'.")
Libérée au milieu de la nuit, Irina rejoint son mari et ses deux enfants à Marioupol, ville encore ukrainienne à l’époque. En septembre 2014, elle vient témoigner devant le Conseil des Droits de l’homme de l’ONU à Genève, accusant des mercenaires tchétchènes et ossètes de l’avoir torturée. *«Nous avons tout perdu en un seul jour, mon salon de beauté, la petite entreprise de construction de mon mari, notre maison saccagée par des milices pro-russes»*, se souvient-elle.
Lorsque la Russie lance la guerre d’agression contre son pays en février 2022, elle sait que les sévices reprendront de plus belle. Huit ans après les violences sexuelles que ses bourreaux lui ont infligées, et après des années de thérapie, Irina Dovgan se résout à enfin dire ouvertement qu’elle a été violée. Jusqu’à présent, elle s’en tenait à parler de menaces de viol. Elle aimerait inciter d’autres femmes à faire de même.
Alors installée à Kiev, elle fonde le réseau SEMA, une organisation d’entraide des survivantes de crimes sexuels en conflit armé, et devient membre du comité du Global Survivors Fund (GSF), fondé à Genève par deux prix Nobel de la Paix, Nadia Mourad, l’activiste et survivante yézidie, et le Dr Denis Mukwege, le gynécologue congolais – «l’homme qui répare les femmes». Les représentantes du GSF se sont rendues en Ukraine dès le printemps 2022, Nadia Murad y a rencontré le président Zelenskyi pour évoquer le viol comme arme de guerre.
En septembre 2022, Irina parle en marge de l’assemblée générale de l’ONU à New-York, en novembre, elle participe à des conférences à Paris, Londres et Bruxelles. Les viols perpétrés par les occupants russes en Ukraine sont enfin devenus un thème discuté dans les forums internationaux. Chez elle en Ukraine, Irina se rend dans les villages libérés, parle aux femmes, rassemble des témoignages, aide et console. Elle organise des ateliers avec des femmes violées et des tables rondes pour informer et récolter des dons notamment pour l’aide médicale.
*«Le viol est encore stigmatisé en Ukraine. Surtout les jeunes femmes se taisent, de peur de ne jamais trouver un mari, et tout le monde leur conseille de ne pas en parler»*, dit-elle. *«Les quelque deux cents viols officiellement documentés par la justice ukrainienne ne sont que la pointe de l’iceberg.»*
### **Liudmyla, trois ans de prison et d’abus**

Liudmyla Huseinova est enseignante et vivait à Novoazovsk, dans l’oblast de Donetsk, tout près de la frontière russe. Avec son mari, elle se rendait de temps en temps à Marioupol pour acheter des médicaments et de la nourriture. *«C'était dangereux de traverser les checkpoints russes»*, se souvient-elle. En 2014, les séparatistes remplacent le drapeau ukrainien de sa maison par celui de la république populaire de Donetsk (DNR). Malgré les menaces répétées, Liudmyla continue d’apporter de l’aide aux enfants dans la zone occupée. Elle est dénoncée et arrêtée en 2019.
*«J’ai passé 50 jours dans une sorte de camp de concentration dans une usine abandonnée. J’étais obligée de rester debout du matin jusqu’à 22 heures, une cagoule sur la tête.»* Quand elle s’écroule, les coups pleuvent. *«Les militaires étaient installés au premier étage. La nuit, ils descendaient pour choisir une prisonnière, tout le monde y passait. On entendait des hurlements nuit et jour.»*
Liudmyla est ensuite transférée au SIZO de Donetsk, un de ces centres de détention provisoire de tradition soviétique, insalubres, inhumains, dégradants. Elle y passera trois ans, battue régulièrement, violée souvent, enfermée en compagnie de femmes malades, toxicomanes et criminelles. Elle n’a aucun contact avec son mari.
*«Au moment du référendum pour le rattachement de la République populaire de Donetsk à la Russie, j’ai refusé de signer»*, raconte-t-elle. Son courage lui vaut un supplément d’abus physiques et psychiques. En octobre 2022, elle fait partie d’un échange de deux mille prisonniers. Elle témoigne devant la Cour pénale internationale, puis devant une commission de l’ONU à New York.
*«J’ai eu une chance folle, mais je connais tellement de femmes qui y sont toujours et qui vivent des souffrances terribles»*, affirme Liudmyla. Elle cite l’exemple d’Olga Meleshenka, une jeune mère ukrainienne, jetée en prison en 2014, parce qu’elle ne voulait pas devenir russe. Sashko, son fils, a aujourd’hui 10 ans. Elle ne l’a pas vu depuis sept ans. Depuis un an, elle attend de passer devant un juge. *«Il y a des milliers de prisonnières comme elle, détenues dans des conditions horribles. Aidez-nous à créer un mécanisme pour libérer Olga et les autres»*, plaide Liudmyla.
### **Halyna, du Donbass à Boutcha**

La famille de Halyna Tishshenko a toujours vécu à Kramatorsk, pas loin de Bakhmout dans le Donbass. En 2014, Kramatorsk fut rapidement occupée par les forces pro-russes, et Halyna et son mari sont partis dans une ville voisine. *«Mais la guerre nous a rattrapés et nous avons décidé de fuir en direction de Kiev»*, raconte-t-elle. Ils s’installent à Dmytriwka, un petit village au sud de Boutcha, travaillent et gagnent assez d’argent pour construire une petite maison. Son mari meurt deux ans plus tard.
Le 24 février 2022, l’armée russe débarque près de Kiev. La fille et la petite-fille de Halyna s’enfuient à l’étranger.
*«Le 6 mars, j’étais seule à la maison. Les Russes sont entrés dans Boutcha sur leurs chars. Des officiers des forces spéciales ont occupé des maisons chez nous à Dmytriwka. Un beau jour, j’ai vu débarquer six types dans ma maison, pas des Bouriates mais des Russes de Pskov, d’une trentaine d’années»*, dit-elle. Son cauchemar durera jusqu’au 30 mars.
Halyna énumère les sévices sans émotion apparente: il faisait -5 degrés dans la maison, sans chauffage ni lumière. Les soldats lui ordonnent de se déshabiller, elle pleure, elle hurle. *«Ferme-la, mamie, ou je te tue»*, lance un soldat en lui arrachant ses sous-vêtements. Les jeunes Russes la violent à répétition, puis la font sortir nue dans la rue, un fusil pointé dans son dos. *«Ils n’étaient même pas saouls»*, remarque-t-elle.
Fin mars, les Russes sont chassés de Boutcha. Début avril, les sauveteurs ukrainiens la trouvent, terrée dans sa maison. Elle est examinée par un gynécologue. *«Ils m’avaient enfoncé un fusil dans le vagin»*, précise-t-elle. Elle est interrogée par les services du procureur général ukrainien, qui ouvre un dossier au nom de Halyna Tishshenko. Elle fait partie des plus de 90'000 dossiers pour crimes de guerre constitués à ce jour.
https://www.heidi.news/articles/viols-de-guerre-trois-ukrainiennes-du-donbass-temoignent
#Presse #heidi #Suisse
Heidi.news
Dans la tête de «Matar», l’agent émirati en charge des opérations spéciales en Europe
Pendant plus de deux ans, un espion des Emirats a piloté les missions des détectives genevois d’Alp Services depuis sa boîte mail cryptée dont le contenu a fuité. S’en prenant aux experts de l’ONU au Yémen ou manipulant des opposants au Qatar, «Matar» est l’archétype de l’agent d’une autocratie, divisant le monde entre ceux qu’il peut utiliser, et ceux qu’il faut abattre.
Quand il lit le premier article de blog le trainant dans la boue, Kamel Jendoubi croit à un acte isolé. Nous sommes au début 2019. Un auteur inconnu s’en prend à lui, l’accuse de cacher des ambitions personnelles derrière sa posture de «héros des droits de l’homme». Puis d’autres articles accusateurs sont publiés. «Kamel Jendoubi est-il proche des Frères musulmans?» fait semblant de s’interroger l’un d’entre eux. Enfin, au bout de quelques semaines, une rubrique «controverses» apparaît sur sa page Wikipedia, il comprend alors qu’il est victime d’une campagne orchestrée.
Enquêteurs de l’ONU dans le viseur
Quelques mois plus tôt, le 28 août 2018, Kamel Jendoubi prenait publiquement la parole à Genève, au siège des Nations unies. Devant des journalistes du monde entier, celui qui présidait le Groupe d’Experts sur le Yémen présente son rapport sur les exactions commises lors de la guerre civile (lire ici la version finale, qui fera beaucoup de bruit). Les découvertes des enquêteurs onusiens font froid dans le dos. Le conflit qui oppose les rebelles houthistes soutenus par l’Iran à une coalition de pays arabes menés par l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis a causé des milliers de morts et de nombreuses exactions. Tous les belligérants sont montrés du doigt, y compris Abou Dhabi. Les enquêteurs ont recueilli des témoignages de victimes dénonçant «viols d’hommes et de femmes» ou «violences sexuelles» perpétrées par «des forces des Émirats arabes unis». Une mise en cause directe du pays. Voilà comment on devient un homme à abattre.
Les hommes du détective genevois Mario Brero entrent en jeu en septembre 2018, selon les documents issus d’une fuite informatique de l’agence de renseignements Alp Services à Genève, que Heidi.news a pu consulter dans le cadre de l’enquête Abu Dhabi Secrets en partenariat avec Mediapart et l’European Investigative Consortium (EIC) dont fait partie, en Suisse, la RTS. Ils passent la vie de Kamel Jendoubi au peigne fin: études à Tunis puis à Paris, engagements en faveur des droits humains, participation au gouvernement tunisien après la chute de Ben Ali en 2011 et enfin, cette mission pour l’ONU. L’homme a un parcours irréprochable, sans aucune compromission ni avec le régime Ben Ali, ni avec les partis islamistes qui ont émergé ensuite. Mais en quelques semaines, les notes sont compilées avec pour objectif annoncé de «remodeler» sa réputation « de manière négative ».
Hélas, il a bonne réputation
Un autre enquêteur onusien sur le Yémen a été visé. Ahmed Himmiche, Marocain et ancien officier de l’armée de l’air reconverti en enquêteur des Nations unies a subi le même sort. «Nous avons examiné en particulier sa carrière professionnelle», commence le compte rendu le concernant, qui va aussi examiner «sa famille et sa réputation, y compris les signaux d'alarme et les liens avec des extrémistes, des puissances étrangères et les Frères musulmans». Manque de chance, les personnes interrogées décrivent un homme «respecté», «loyal» et «honnête».
Les conclusions de ces deux enquêtes poisseuses atterrissent sur le bureau d’un homme, à Abou Dhabi. Depuis ses locaux trop climatisés «Matar», dont on ignore s’il s’agit d’un nom de code, sa véritable identité n’apparaissant nulle part, est le commanditaire et l’interlocuteur de Mario Brero. C’est lui qui prend les décisions. Peau mate, duvet de poils noirs aux avants bras, barbe noire taillée qui rejoint des cheveux courts fins et foncés, «Matar» est l’archétype du «moukhabarat», espion en arabe.
«Whatever it takes»
Le moins qu’on puisse dire, c’est que «Matar» n’est pas un «digital native». Sa boite email cryptée, 547321@protonmail.com, c’est Mario Brero qui l’a créée, gardant les codes d’accès au passage pour espionner son client espion. Mais lorsque «Matar» oublie son mot de passe et le redemande au détective par WhatsApp, ce dernier lui l’envoie en photo, une image qui fera partie des documents que des pirates informatiques ont extraits des serveurs d’Alp Services et qui leur permettront d’accéder à toute la correspondance de «Matar». Ce sont ces échanges qui fournissent la matière de cet épisode de l’enquête «Abu Dhabi Secrets».
L’agent émirati n’est donc pas une fine lame, mais il est teigneux. «Faites tout ce qu’il faudra» (whatever it takes), dit-il à Mario Brero à propos d’une autre cible à abattre. «ous sommes derrière vous», ajoute-t-il, ignorant que le genevois l’enregistre. Officiellement rattaché à la fondation Al Araf, le client de Alp Services, «Matar» est affilié au Conseil Suprême de la sûreté nationale des Emirats. Sa mission est double: protéger les intérêts de son pays, bien sûr, en particulier lorsqu’il est mis en cause, et nuire au Qatar, le grand rival du Golfe, contre lequel les Emirats et l’Arabie saoudite ont décrété un blocus de 2017 à 2021.
Voir plus#Presse #heidi #Suisse
Heidi.news
Echange de données avec les Etats-Unis: «La marge de manœuvre de la Suisse est limitée»
Le préposé fédéral à la protection des données et à la transparence, Adrian Lobsiger, estime que la Suisse va conclure à son tour un accord pour autoriser la transmission de données vers les Etats-Unis. S'inscrivant dans le sillage de l'Union européenne.
La Commission européenne a annoncé le 10 juillet 2023 la conclusion d’un nouvel accord d’échange de données vers les Etats-Unis, selon des modalités proches de celles qui prévalaient précédemment sous le régime du controversé Privacy Shield. Ce dernier avait été annulé en juillet 2020 par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE).
Sur le fond, il s’agit surtout d’encadrer la capacité pour les géants américains du numérique (Google, Meta, Amazon...) de traiter les données de leurs centaines de millions de clients européens. Bruxelles, à cheval sur la protection des données personnelles, s’inquiétait de voir ces informations jetées en pâture aux agences de renseignement américaines, réputées curieuses. Le nouvel accord prévoit des cautèles pour limiter les ingérences de ce type.
Le militant Max Schrems, qui avait obtenu l’invalidation des deux accords précédents, en 2015 puis en 2020, a annoncé dans la foulée son intention de porter de nouveau l’affaire devant la justice. Jamais deux sans trois?So today @EU_Justice is announcing #SafeHarbor 3.0!
— Max Schrems 🇪🇺 (@maxschrems) July 10, 2023
'After a "Harbor", "Umbrella" and "#PrivacyShield" it's now a "#Framework", but guess what: it is largely a copy of the old principles! #WhatCouldGoWrong
We got our picture ready - more at 15:30 on https://t.co/QnIt9qQJEf! 😉 pic.twitter.com/cw1n0TQblB
En attendant, que va faire la Suisse? *Heidi.news* s’est entretenu mardi 11 juillet à Berne avec Adrian Lobsiger, préposé fédéral à la protection des données et à la transparence, en présence de sa suppléante, Florence Henguely.
##### **Heidi.news *—*** **La Commission européenne a validé ce lundi 10 juillet 2023 le transfert de données vers les Etats-Unis. Est-ce que la Suisse va s’aligner sur cette décision d’adéquation?**
**Adrian Lobsiger —** Le Secrétariat d’Etat à l’économie négocie depuis trois ans un cadre réglementaire (*framework*) similaire avec les Etats-Unis. Je m’attends à ce qu’il soit conclu dans les prochains mois. En l’occurrence, les entreprises américaines devront obtenir une certification pour recevoir des données européennes, comme c’était le cas précédemment avec le Privacy Shield. La différence, c’est que les Etats-Unis pourront également exiger un niveau de protection des données adéquat avec les pays vers lesquels ils envoient des données.
La décision d’ajouter un nouvel Etat dans la liste des pays qui fournissent un niveau de protection des données en adéquation avec les exigences légales suisses appartiendra au Conseil fédéral. Il y a bien entendu des éléments politiques qui entrent en ligne de compte. Mais il ne faut pas se leurrer, à partir du moment où l’Union européenne décide d’échanger des données avec des entreprises américaines, la Suisse a une marge de manœuvre limitée pour suivre une autre voie. Elle transmet de toute façon des données au sein d’Etats membres de l’Union européenne, qui pourront désormais aussi les transmettre aux Etats-Unis.
**Le Préposé fédéral à la protection des données n’est pas consulté sur l’opportunité d’adopter ce cadre réglementaire?**
Si, nous allons transmettre notre préavis, et il sera de manière générale favorable. Le système de l’échange transfrontalier de données personnelles repose sur une fiction juridique, et c’est particulièrement le cas dans un pays fédéraliste comme la Suisse. Dans notre pays, nous partons du principe que le niveau de protection des données est le même à Zoug qu’à Zurich ou à Genève. C’est la même chose au sein de l’Union européenne. Lorsqu’un pays est ajouté à la liste des Etats qui ont un niveau de protection des données adéquat, il faut le traiter comme tel.
#### Lire aussi: [Bientôt Microsoft 365 partout à Berne? Le Préposé fédéral à la protection des données dit son inquiétude](https://www.heidi.news/cyber/bientot-microsoft-365-partout-a-berne-le-prepose-federal-a-la-protection-des-donnees-dit-son-inquietude)
##### **Vous avez appelé le Conseil fédéral à trouver une solution cloud alternative à Microsoft 365, qui doit être adopté par l’ensemble de l’administration fédérale. Est-ce que ce nouveau cadre négocié avec les Etats-Unis change la donne?**
Oui, parce que Microsoft obtiendra une certification qui lui permet d’héberger et de traiter des données européennes sur le sol américain. Je pense néanmoins que la Confédération doit continuer de chercher une alternative pour toutes les informations qui sont du ressort du secret de fonction. Nous collaborons sur des essais pilotes avec des entreprises locales comme Infomaniak, mais la question de la souveraineté numérique est complexe.
Les récentes cyberattaques qui ont touché des prestataires suisses, tels qu’Infopro et Winbiz, ont démontré que ceux qui souhaitent des solutions suisses sont, au moment d’une violation de la sécurité des données, particulièrement critiques à l’encontre de ces mêmes prestataires. Il y a une tension entre souveraineté et sécurité des données. Nous devons soutenir les entreprises locales à atteindre la maturité nécessaire.
##### **Sur le cas Xplain, n’y a-t-il pas matière à s’étonner de la légèreté avec laquelle la Confédération a traité des données sensibles, non?**
Nous sommes face au problème de la sous-traitance. La loi oblige le responsable du traitement à s’assurer que les sous-traitants respectent les conditions de la loi sur la protection des données. Il faut accorder une vigilance accrue à l’égard de ces acteurs, être informé de l’ensemble de la chaîne, car certains sous-traitants ont eux-mêmes des sous-traitants, et autoriser cette sous-traitance.
#Presse #heidi #Suisse
Heidi.news
Votre montre connectée sait si vous êtes timide, ou si vous aimez sortir [VIDEO]
Montre connectée autour du poignet, on ne s’imagine pas laisser derrière nous une empreinte numérique gigantesque. Pourtant, à l’image de notre utilisation de réseaux sociaux ou de moteurs de recherche, ces smartwatches sèment une grande quantité de données. C'est le sujet de ce PopScience réalisé en collaboration avec Ma Thèse en 180 secondes. Dans cet épisode, Noé Zufferey, de l'Université de Lausanne, nous détaille ses recherches.
«Si vous me donnez votre montre connectée, je peux savoir si vous êtes introverti, ou si vous êtes ouvert d’esprit. Ces objets collectent des données qui sont souvent accessibles par autrui sans que les utilisateurs et utilisatrices en aient conscience. J’ai notamment pu montrer que près de la moitié d’entre eux partage leurs données avec des applications, et donc avec les entreprises qui les gèrent, sans même le savoir.
Dans la recherche en vie privée, on aime bien se glisser dans la peau de son adversaire. Je me suis penché sur Google, pour mieux comprendre les risques, et donc mieux les prévenir. J’ai notamment voulu savoir comment des données physiologiques, collectées par des montres connectées, peuvent être utilisées pour prédire le profil psychologique d’un individu.
### Bambocheur, ouvert d’esprit ou timide? Demandez à votre montrePour cela, [j’ai fait passer un test de personnalité à 230 personnes](https://www.usenix.org/conference/usenixsecurity23/presentation/zufferey). Je les ai ensuite équipées de montres connectées et j’ai collecté, pendant plusieurs mois:
* leur nombre de pas,
* leur rythme cardiaque,
* leurs activités physiques
* et leurs données de sommeil.
#### A revoir: [nos PopScience sur le cyber](https://www.heidi.news/videos/nos-popscience-cyber)
Avec tout ça, j’ai pu mettre en place un modèle statistique capables de prédire, avec une précision non négligeable, les traits de personnalité d’un individu. Exemple:
* le nombre de pas, en particulier les vendredis et samedi soir, sont typiques des personnalités plutôt extraverties;
* la stabilité émotionnelle est liée à un sommeil de bonne qualité;
* quant à l’ouverture d’esprit, elle est liée à la manière dont la fréquence cardiaque varie au fil du temps.
Le but ici n’est pas de réaliser des analyses psychologiques extrêmement précises. Je ne cherche pas à démontrer que les gens qui sortent tard sont tous extravertis. Toutefois, il serait possible de dessiner des portraits plus précis, avec un plus grand nombre de données et de participants. Si je peux le faire avec les données de 230 personnes, une entreprise comme Google, qui a accès aux données de millions d’individus, sera forcément plus efficace. Et plus dangereuse.
### Les données, un outil de propagande en devenir?
Et ce n’est pas votre seule empreinte numérique: en naviguant sur internet, en utilisant une carte de crédit, ou en utilisant un réseau social, vous semez derrière vous des quantités astronomiques de données personnelles. Elles sont ensuite stockées, et utilisées par de grandes entreprises, comme Facebook ou Google, et ce dans leur propre intérêt:
* publicité personnalisée,
* discrimination à l’embauche
* ou encore propagande politique ciblée
#### Voir aussi: **[D'Alexa aux filtres TikTok, gare à vos données biométriques](https://www.heidi.news/cyber/d-alexa-aux-filtres-tiktok-gare-a-vos-donnees-biometriques)**
Imaginez maintenant qu’un parti politique (par exemple) ait accès à des profils psychologiques à l’échelle d’une population entière. Ils pourraient alors jouer sur la personnalité des gens afin cibler leur propagande à l’échelle individuelle, et ce, sans consentement.
Maintenant que les risques sont connus, il nous reste le plus difficile: trouver comment les minimiser. Car l’information, c'est le pouvoir, et un grand pouvoir implique de grandes responsabilités.»
#Presse #heidi #Suisse
Heidi.news
Israël rêve de faire pousser des anguilles dans le désert
L’anguille disparaît des cours d’eau et les bébés anguilles, les civelles, s’arrachent au marché noir comme de la cocaïne. Pour continuer à remplir les tables du monde entier, une start-up israélienne s’est lancé un défi: recréer en laboratoire des filets du précieux poisson. La promesse de cours d’eau restaurés et de gourmets satisfaits?
Sur la rue Yitzhak Modai, des immeubles récents émergent de la terre battue ocre et des herbes folles du campus de Rehovot. Un ballet de tracteurs s’agite sur le bas-côté, tandis que des voitures électriques empruntent une route flambant neuve ornée de gazon en plastique. Bienvenue dans l’un des nouveaux quartiers de la Silicon Wadi, la Silicon Valley made in Israël, à une heure de Tel-Aviv.
C’est ici, dans cet estuaire de poussière écrasé de soleil, que doit naître l’anguille de demain. Ici que la start-up israélienne Forsea s’escrime à faire pousser du poisson dans des boîtes de Pétri.
«J’adore l’anguille!», sourit Mayu, blouse immaculée, pipette dans une main et flacon en plastique dans l’autre. Cette jeune Japonaise a rejoint Forsea quelques mois avant ma visite. L’anguille fait fureur sur les tables japonaises, dégustée en kabayaki (brochettes) ou avec du riz. C’est aussi un mets apprécié sur la façade atlantique, du Portugal à la Bretagne.

Victime de son succès, l’anguille japonaise, Anguilla japonica, a vu sa population s’effondrer. Sa cousine européenne, Anguilla anguilla, a pris le même chemin. L’espece est en danger critique d'extinction. «Notre objectif premier, c’est d’aider à la survie des anguilles», revendique le CEO Roee Nir. «La population a chuté de 90 à 95% sur les trente dernières années.» Cet ingénieur en biotechnologies, polo floqué aux couleurs de la startup, a cofondé Forsea en 2021.
La civelle, un marché à 3 milliards
https://www.heidi.news/articles/israel-reve-de-faire-pousser-des-anguilles-dans-le-desert
#Presse #heidi #Suisse
Heidi.news
Face à l’IA, les artistes précarisés entrevoient un espoir
Déjà fragilisés par l’économie des plateformes internet, les artistes et les créateurs font maintenant face aux intelligences artificielles génératives et à leur inondation de contenus gratuits. Cinquante experts se sont réunis à Glion sur Montreux dans le cadre du congrès international WKD (World Knowledge Dialogue), afin d'esquisser des solutions qui reposent pour bonne part sur d’autres technologies: celles du Web 3.
Alors que les IA génératives inondent les réseaux sociaux et autres plateformes de streaming d’images, de musique, de textes et de vidéos gratuites, comment les artistes et créateurs, souvent déjà précarisés, pourront-ils faire face? Du 25 au 27 juin 2023, les universités de Genève, Lausanne et Neuchâtel ont rassemblé cinquante experts de diverses disciplines à Glion pour débattre du futur de la création culturelle lors de la conférence WKD. Et dessiner des pistes de solutions innovantes.
Des plateformes qui précarisent. L’impact du numérique sur la production culturelle, n’est pas nouveau, mais il s’est accentué et provoque une diminution de rémunération par rapport aux modes précédents de diffusion d’une création et un partage encore plus inéquitable entre les intermédiaires et les artistes.
Ce partage voit les plateformes capter une part substantielle de la valeur créée, grâce à la publicité pour Facebook et YouTube, ou aux abonnements pour Netflix ou Spotify.
Dans tous les cas, les créateurs ne touchent rien sur la valeur ajoutée générée par la vente des données sur les utilisateurs agrégés par ces plateformes.
La conséquence de ce modèle économique est que les créateurs culturels sont précarisés.
Ce constat a propulsé sur le devant de la scène la question centrale du partage de la valeur. Professeur et responsable de la recherche à la Haute école d'art et de design de Genève (HEAD), Anthony Mazure illustre:
«Les industries culturelles représentent 2,1% du PIB de la Suisse. Mais 59% des personnes employées par ce secteur gagnent moins de 40’000 francs par an.»
Chercheuse au département Art, Media et Philosophie de l’Université de Bâle, Maria Eriksson a co-écrit un livre (Spotify Teardown: Inside the Black Box of Streaming Music, non traduit en français) qui a révélé le modèle d’affaires de Spotify, assimilable à un réseau social par la vente de données. Elle ajoute:
«Les plateformes comme Spotify ont diminué les barrières d’entrée pour qu’un musicien trouve une audience. Mais avec des catalogues de 100 millions de chansons et chaque jour de l’ordre de 100’000 nouveaux titres téléchargés sur ces plateformes, encore faut-il qu’une musique soit choisie par l’algorithme. Au final, moins de 0,5 % des musiciens sur Spotify touchent des revenus corrects.»

Même les musiciens les plus connus ont vu leur statut précarisé, relève le directeur du festival de Montreux, Mathieu Jaton, qui s’exprimait lors l’ouverture de la conférence WKD:
«Avant l’an 2000, 99% des revenus de l’industrie musicale venaient des disques. Dix ans plus tard, 90% provenaient des concerts et autres tournées. Le résultat est que les artistes sont constamment en tournée et ont moins de temps pour la création. La compétition évènementielle a aussi entrainé une multiplication par deux des coûts de production des concerts. Une tournée comme celle des Red Hot Chili Peppers coûte un demi-million de dollars par jour.»
L’impact de l’IA. Dans ce contexte, les conférenciers du WKD ont analysé l’arrivée des IA génératives et du Web 3 (les technologies de la blockchain), qui vont de nouveau bouleverser le paysage numérique. Pour la création culturelle, le Web 3 est vu comme une opportunité de mitiger les conséquences délétères des IA.
Voir plushttps://www.heidi.news/articles/face-a-l-ia-les-artistes-precarises-entrevoient-un-espoir
#Presse #heidi #Suisse
Heidi.news
Les liaisons dangereuses entre un détective genevois et certains journalistes
Durant plus de 20 ans, Mario Brero a soigné son rapport avec les journalistes. Charmeur ou manipulateur avec la plupart, il a aussi acheté les services de certains d’entre eux, leur commandant des articles ou des rapports, le plus souvent dans le cadre de campagnes de dénigrement. Cet article cite les noms de ceux qui ont été rémunérés par Alp Services et préserve l’identité des autres.
Le 29 novembre 2018, Heidi.news mettait en ligne sa «landing page», comme on dit, c’est-à-dire une simple annonce de la création de ce nouveau média, qui allait être lancé six mois plus tard. Il y avait la possibilité de s’y abonner par avance comme «membre fondateur» et d’ajouter un don au montant de l’abonnement. Douze personnes ont fait un don ce jour-là, le premier de l’existence publique du média. Le don le plus important, 500 francs suisses, est venu d’un certain Mario Brero.
Retrouvez ici le sommaire des épisodes de l’enquête «Abu Dhabi Secrets»
Un don non sollicité, qui allait bientôt se fondre dans la masse de 1500 autres donateurs et n’aura aucune influence éditoriale. Mais pour ce personnage, cela n’avait rien d’anodin, ni de désintéressé. «Mario se présentait en permanence comme l’un des «membres fondateurs» de Heidi.news. Il utilisait ça pour dire qu’il vous contrôlait à distance», raconte une personne ayant travaillé pour son agence genevoise, Alp Service, et qui, pour cette raison, a hésité à parler aux auteurs de cette enquête. Les anciens collaborateurs de l’agence l’assurent: «Mario connaît et contrôle de nombreux journalistes.»
Argument de vente
Son influence, réelle ou fantasmée, sur la presse, le détective en a fait un argument de vente. Notamment lorsque ce «mercenaire éthique», comme il se présentait souvent lui-même, vantait ses capacités de «dark PR» (relations publiques obscures, ndlr). «De nombreux experts estiment que les fake news répandues sur les réseaux sociaux sont ce qui a fait perdre les élections présidentielles à Hilary Clinton», explique-il dans un de ses argumentaires commerciaux. Avant de s’engager: «Nous utiliserons la même stratégie contre vos ennemis».
Ces opérations de dénigrement, de destruction de la réputation de «cibles» identifiées pour ses clients, sont au cœur du mandat que le détective basé dans le quartier des Eaux-Vives, à Genève, a décroché avec les services secrets des Emirats arabes unis et qui va, entre 2017 et 2021, lui rapporter 5,7 millions d’euros. Or, des milliers de documents issus d’une fuite informatique montrent l’importance du rôle de certains journalistes dans ces pratiques de «dark PR». Ils ont été obtenus par le consortium de médias European Investigative Collaborations (EIC), dont font notamment partie Mediapart et la RTS et auquel s’est associé Heidi.news pour cette enquête, Abu Dhabi Secrets.
Les six méthodes d’Alp Services
Pour résumer, il y a chez l’agence Alp Services au moins six méthodes pour utiliser la presse et les journalistes. Le plus simple reste de faire écrire aux employés de l’agence des textes qui seront publiés comme des articles sur des médias participatifs comme le site Agora Vox, Daily Kos aux Etats-Unis ou des notes de blog sur des sites comme Mediapart où l’on trouve le profil de Tanya Klein, une journaliste fictive créée par l’agence.
Un degré supérieur de complexité consiste à commander à des journalistes freelance des articles qui seront publiés sur les mêmes plateformes, avec ou sans leur nom. En mai 2018, la journaliste indépendante britannique Nina May, éditrice le reste du temps d’un magazine sur les chiens, est ainsi mandatée pour écrire cinq articles au vitriol sur l’entrepreneur suisse Hazim Nada, dont Alp Services, dans le cadre de sa mission pour les Emirats, entend salir la réputation en l’accusant d’être proche des Frères musulmans et pro-Qatar. Quatre autres de ses articles ciblent des personnes que vise Mario Brero pour l’autres clients: l’entrepreneur Eric Arnoux (dont il avait fait suivre les enfants, comme l’a raconté Heidi.news en avril 2021) ou le banquier Olivier Couriol.
Utile pour les fiches Wikipedia
La facture de Nina May se monte à 1140 livres sterling, soit près de 1300 francs pour neuf articles. La plupart ont disparu de la toile aujourd’hui, mais ils ont sur le moment été distillés sur des plateformes de blogs ou le site Medium, ce qui a permis de les utiliser comme «référence» dans des fiches Wikipedia pour des passages négatifs à l’égard de Hazim Nada ou de sa société de trading, Lord Energy.
En Espagne, c'est le journaliste Miguel Ángel Ruiz Coll qui a signé six articles sur le site OK Diario entre septembre et novembre 2017. Une société d’influence madrilène a été rémunérée par Alp Services pour cela, atteste une facture. Toujours en ligne, l’un d’entre eux accuse l’ancienne maire indépendantiste de Barcelone Ada Colau de s’être appuyée sur des islamistes radicaux pour augmenter sa popularité auprès de la population immigrée. «Grâce à nos recherches sur les Frères musulmans en Espagne, nous avons pu faire publier cinq articles dans Okdiario» se vante Alp Services auprès des services émiratis.
Ni Nina May, ni Miguel Ángel Ruiz Coll, ni la rédaction de OK Diario n’ont souhaité répondre à nos questions.
Cette technique a pourtant ses limites. «Les blogs avec des pseudos ou pas, ça marche un moment, raconte un employé d’une agence concurrente d’Alp Services. Mais ce qui fait la différence, c’est d’obtenir de vrais articles. Là, vous pouvez influencer durablement la notice Wikipedia de quelqu’un et lui créer de vrais dommages réputationnels».
Avec les vrais journalistes, c’est plus compliqué
Pour de vrais articles dans de vrais médias, il faut de vrais journalistes. C’est plus compliqué, mais c’est aussi l’occasion pour Mario Brero de déployer à la fois son talent et sa patience. Appels, messages, repas: rien n’est laissé au hasard. Pour s’y retrouver, Alp Services a dressé la liste de tous les journalistes avec lesquels l’agence a été en relation: le document «contacts presse». Il contient plus de deux cents noms. De ceux-là, une minorité a été intégrée dans un tableau Excel intitulé «liste contacts réseau» qui précise les missions pour lesquelles les journalistes ont été activés, puis les articles obtenus, notamment dans le cadre du mandat pour les Emirats.
A chaque journaliste, une stratégie différente. Il y a d’abord ceux qu’il faut contacter par email depuis une adresse anonyme, parce qu’ils se méfient de Mario Brero qui, rappelons-le, a été condamné à Paris dans l’affaire Areva (lire notre 1er épisode). Ensuite, il y a ceux qu’il faut inviter à déjeuner, à qui il faut lâcher quelques «vraies» informations avant d’en fourguer des fausses, en espérant qu’ils en fassent usage. Dans le meilleur des cas, le journaliste en question devient une source active, comme celui qui écrit un jour à Mario Brero: «J’ai été contacté depuis les US au sujet d’un cheikh qatari, ça pourrait vous intéresser... Merci encore pour le déjeuner!».
Des enquêteurs sur le tableau de chasse
Dans cette catégorie, un contact dont Mario Brero est particulièrement fier est un ancien membre de la rédaction du quotidien suisse de référence Le Temps, reconnu pour ses talents d’enquêteur. Alimenté par le détective genevois et ses collaborateurs, il a signé plusieurs articles à charge sur des cibles d’Alp Services, dont l’ONG Alkarama (voir l’épisode 2), les Frères musulmans ou encore l’homme d’affaires Hazim Nada, qui a particulièrement souffert du «black PR» de l’agence, comme le raconte une longue enquête du New Yorker en mars 2023. «Je connais Mario Brero depuis 20 ans, répond ce journaliste. Nos relations ont toujours été des rapports normaux entre un journaliste d’investigation et une source. Nous avons échangé des informations sur différents sujets, sans rétribution d’aucune sorte. J’ignorais que Mario Brero travaillait pour le gouvernement des Émirats arabes unis.» Et d’insister sur le fait que ses articles étaient tous «d’intérêt public». Dans les documents consultés par l’enquête Abu Dhabi Secrets, en effet, aucune rémunération n’apparaît pour ce journaliste qui, à sa décharge, se voit affublé de la note «une source à manier avec précaution».
Source, en effet, quand ce journaliste envoie à Alp Services des photos qu’il a prises à l’intérieur des bâtiments lors d’un rendez-vous à l’ambassade du Qatar. Il ignore alors que ces trois images seront immédiatement transformées en «rapport confidentiel» par Mario Brero pour ses commanditaires des Emirats. Rien d’illégal, pas de ligne rouge franchie, mais c’est ainsi que le piège Alp Services se referme sur les imprudents. Il leur donne l’impression qu’il s’agit d’échanges informels, alors que la moindre information est compilée puis vendue.
Voir plus#Presse #heidi #Suisse